mercredi 2 mai 2012

"Les Mange-Rêve: Le miroir du rat" de Jean-Luc Le Pogam

LeMiroirduRatL'histoire: Taÿfa aura sans aucun doute été la rencontre qui a tout fait basculer pour Iwan, Thibault et Mélanie. Taÿfa, citadelle aux mille couleurs de peau, aux accents sans frontières. Taÿfa, l'adolescente, dernier bastion de cette liberté à sauvegarder à tout prix. Taÿfa la rebelle qui détient et dévoile les vérités cachées, fédère la jeunesse, crée ses propres systèmes de communication pour échapper à la censure. Mais taÿfa sous haute surveillance et objet de toutes les convoitises car elle a fait chanceler le pouvoir du tyrannique Président Bogdich en s'attaquant à Tombmor, l'une des places fortes de son régime. 

C'est donc entre ses murs que garçons et filles de tous horizons se retrouvent pour organiser la Résistance, fiers d'avoir pu prouver que l'envie de liberté peut faire au moins vaciller ses plus farouches opposants. Mais c'est aussi entre ses murs que la rouille ronge doucement les mémoires endolories de jeunes qui n'avaient pas un instant pensé aux traumatismes que peuvent causer pareils événements. Jamais cependant nos trois héros, qui ont perdu leur âge, ne laisseront s'éteindre la flamme de l'espoir, fut-elle l'ultime lueur de vie d'une chandelle à l'agonie... 

La critique de Mr K: Avec Le Miroir du rat, Jean-Luc Le Pogam entame le deuxième cycle de sa série des Mange-rêve. Nous avions laissé nos héros en fâcheuse posture à la fin du deuxième Tombmor, seuls face à l'adversité, leurs deux âmes protectrices étant tombées au combat. Il va leur falloir rejoindre la cité libre de Taÿfa (où ils avaient séjourné auparavant) pour continuer la lutte. 

Ce livre est très sombre par rapport aux précédents. La mort est omniprésente, à commencer par la disparition pur et simple des deux piliers de l'aventure: Yvon et Jack. Sans compter les parents qu'ils n'ont pu retrouver et à propos desquels ils ne se font plus d'illusion vu la brutalisation des rapports humains et notamment envers les artistes sous le régime fasciste de Bogdich. Les jeunes gens, et surtout Iwan, sont plongés dans l'affliction la plus profonde. Que vont-ils devenir? Ils avaient déjà perdu leur âge dans le précédent volume, il semble maintenant que tout espoir ait disparu notamment chez le narrateur. Le Miroir du rat est l'occasion de suivre tout particulièrement les états d'âme d'Iwan, ses doutes profonds et sa mélancolie. Heureusement, il peut compter sur le soutien indéfectible de son meilleur copain Thibault, aussi énergique que drôle, et sur sa petite amie Mélanie. Ils le secoueront à plusieurs reprises pour le relancer et le sortir de sa léthargie. 

On suit sur une bonne centaine de pages, une course poursuite effrénée entre une armada de jeunes rebelles et les troupes des Mange-Rêve. Cela donne sans aucun doute un des plus beaux morceaux de bravoure de cette série. L'ambiance est sinistre, le froid omniprésente et toute cette rudesse est pleinement ressentie par le lecteur lors de la lecture de ce volume. En ce sens, l'écriture de l'auteur fonctionne pleinement et on a vraiment l'impression de se trouver au cœur de l'action... mais peut-être un peu trop. De plus, un aspect de l'œuvre m'a quelques peu rebuté. 

En effet, au fil de ma lecture, le rythme m'a semblé lent, parfois redondant. On aimerait que ça aille un peu plus vite, que l'organisation des jeunes rebelles soit plus détaillée, que l'auteur s'attarde sur les adversaires qui ici ne sont qu'ébauchés pendant la course poursuite centrale du livre. En restant centré sur les états d'âmes de ses jeunes héros, il a perdu pour moi le rythme du récit et s'attarde trop sur des éléments déjà aperçus dans les volumes précédents (quelques flashback sont de trop à mes yeux) et l'aventure stagne et manque de relief. C'est dommage car les idées de départ sont vraiment intéressantes et source d'une attente forte chez le lecteur mais l'ensemble retombe comme un soufflé et pour la première fois j'ai été déçu. Gageons que le tome suivant qui devrait sortir dans l'année comblera mes frustrations et relancera cette série qui m'a touché au plus haut point dans les tomes précédents.

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Le Grand Dérèglement
- La Route du Nord
- Tombmor 1 et 2

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samedi 3 décembre 2011

"Les Mange-Rêve: Tombmor 1 et 2" de Jean-Luc Le Pogam

couv_tombmor1(1)L'histoire: Alors que l'on ne sait toujours pas si Jack se remettra ou non de sa chute par-dessus bord, les conditions climatiques, politiques et sociales ne cessent de se dégrader dans cette Europe carcérale. C'est au cœur du voyage qu'une série d'événements majeurs vient percuter de front Iwan, Thibault et Mélanie à bord du Seagull. Mais les rencontres, bonnes ou mauvaises, et les longs retours sur soi ne sont-ils pas le meilleur moyen de comprendre les rouages des mécaniques les plus effrayantes? Ne permettent-ils pas ensuite de les aborder avec plus de force et de conviction?

Si assurément. C'est la raison pour laquelle les trois préadolescents quittent définitivement cette enveloppe de l'enfance jusque-là guidée par la naïveté pour entrer de plein fouet dans un autre monde, celui de l'adolescence, qu'ils vont devoir blinder car tous les clignotants sont au rouge lorsque l'expédition parvient enfin à Tombmor...

La critique de Mr K: Les deux volumes chroniqués aujourd'hui forment le troisième tome de la série des Mange-Rêve entamée par Le Grand Dérèglement et La Route du Nord. Nous avions laissé nos héros en plein périple en direction du Nord à la recherche de leurs proches disparus, raflés par les BMR (Brigades Mange-Rêve) et envoyés à Tombmor, forteresse-prison de Bogdich, dictateur de son état détestant par dessus tout les êtres épris de liberté et d'évasion.

À signaler, que le premier de deux volumes s'ouvre sur une préface haute en couleur de Christian Descamps, leader charismatique du groupe français mythique Ange et ami personnel de l'auteur. Belle entrée en matière pour une œuvre qui aborde un tournant décisif avec ce diptyque délectable à souhait!couv_tombmor2(1)

Tout d'abord, les jeunes aventuriers franchissent un cap. Les leçons de vie se font plus cruelles et ils grandissent, commencent à mûrir face à l'adversité et les épreuves qu'ils doivent affronter. C'est le cap de l'adolescence avec son lot de colère, de déception, de questionnements et de sentiments contradictoires. Les adultes sont remis en question dans leurs actes et leurs motivations, la passion guette avec ce qu'elle a de tentant mais aussi de destructeur, c'est aussi les premières prises de décisions importantes. Le tout est mené avec brio entre sobriété, réalisme mais aussi actes de bravoure (l'accident en cataski et le séjour "au frais" d'Iwan et Thibault, l'exploration de Tombmor...).

C'est aussi des livres de rencontres avec notamment cette communauté de jeunes réfugiés dans la cité adolescente et rebelle de Taÿfa qui résiste comme elle peut au pouvoir en place. C'est une grande nouveauté tant les deux premiers volumes s'apparentaient davantage à des huis clos se concentrant sur les rapports étroits entre les trois héros et les deux papis fringants. L'auteur ne sacrifie pas pour autant cet aspect mais l'ouvre sur l'extérieur donnant à réfléchir encore davantage aux rapports humains et la nécessaire construction de soi à travers le regard de l'autre et l'interaction avec lui. Là encore, il fait mouche entre délicatesse et rudeur à l'image de l'hiver artificiel qui plonge l'Europe dans l'obscurantisme. 

On retrouve la langue simple et évocatrice de Jean-Luc Le Pogam et c'est bien vite que l'on se retrouve à la fin de ces 576 pages qui s'apparentent à bien des égards à un parcours initiatique dans lequel, espérons-le, pourraient se retrouver nombre d'adolescents se complaisant trop souvent dans la consommation et l'identité publicitaire. Une belle réussite que ces Tombmor 1 et 2 pour une œuvre définitivement humaniste et fraternelle.

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jeudi 20 octobre 2011

"Les Mange-Rêve : La route du Nord" de Jean-Luc Le Pogam

routedunordL'histoire: 2024. Les ordinateurs des gouvernants ont cerclé l'Europe d'un mur électromagnétique infranchissable, y programmant des hivers de neuf mois, flanqués de températures à -50°. Dessinateurs, peintres, musiciens, danseurs, écrivains ou photographes... Tous sont pourchassés par les Mange-Rêve car leur métier d'artiste est désormais interdit.

2. La route du Nord: Deux cataskis géants! Voilà ce que Torg, Nag et leurs hommes ont vu surgir du bunker aux aurores. Deux vaisseaux des glaces que les Mange-Rêve prennent immédiatement en chasse sans même avoir la moindre idée de la destination des fuyards. Où qu'il ait choisi de se rendre, ce convoi qui file vers le nord ne devra jamais atteindre le but de son voyage.

À bord du Seagull et du Bugale Ar Mor maintenant engagés sur la faille ouest, Iwan, Thibault et Mélanie, conscients de la cible qu'ils représentent pour les Mangeurs, poussent avec Yvon et Jack les machines au maximum de leur puissance, à la limite de la rupture.

Mais, avec un thermomètre à -50°, des aubes blanches, des tempêtes de neige et la pression de poursuivants en motos-neige, la vie se fait au fil des jours de plus en plus difficile... Surtout quand la malchance se met de la partie!

La critique de Mr K: C'est avec un plaisir non feint que je me suis replongé dans les pérégrinations de Jack, Yvon, Mélanie, Iwan et Thibault dans le volume 2 de la série des Mange-Rêve, "La route du Nord". J'avais très apprécié le précédent opus ("Le grand dérèglement") et j'avais hâte de connaître la suite.

"La route du Nord" s'apparente sur bien des rapports à un road-movie. On suit tout au long de ce livre, la course poursuite en terre bretonne entre nos héros et les terribles brigades qui les ont pris en chasse à la fin du volume 1. C'est l'occasion pour l'auteur de peaufiner le background ambitieux de son œuvre en essaimant çà et là des éléments de réponse sur les catastrophes sismiques intervenues auparavant (la fameuse faille) et sur l'État totalitaire mis en place par Bogdich. Soyons clairs, n'attendez pas de réponses précises dans ce tome 2, c'est prévu pour la suite...

Nous entrons, dans "La route du Nord", dans l'intimité des cinq principaux héros. Les rapports entre jeunes gens et anciens sont à cet égard particulièrement bien rendus entre solidarité, amour et fous rire (j'ai bien ri à deux passages, chose rare quand je lis en général). Les vieux de la vieille sont toujours aussi attachants mais ils laissent davantage voir leurs faiblesses bien humaines. On se surprend plusieurs fois à trembler face aux péripéties qu'ils doivent affronter. Les rapports entre générations sont empreints de respect mutuel, chose bien agréable à lire face à l'état actuel des choses dans notre société. C'est aussi pour deux protagonistes, l'apprentissage de l'Amour, ce qui donne lieu à des passages tantôt attendrissants tantôt comiques (que c'est maladroit un ado quand même!). À la faveur d'un changement de point de vue, on se retrouve en compagnie de la brigade des Mange-rêve et l'on peut mesurer à cette occasion l'étendue de leur haine viscérale de ceux qu'ils pourchassent et leur degré d'embrigadement dans le système mis en place.

Le rythme reste lent dans ce volume, l'auteur comme dit précédemment cisèle davantage les rapports entre les personnages qu'il ne fait progresser son intrigue générale. Pour autant, les morceaux de bravoure ne manquent pas avec notamment l'avarie que subit l'un des deux cataskis et une attaque musclée des chasseurs de rêveurs. C'est aussi au détour d'une trahison, l'occasion pour les jeunes de se frotter au monde réel et de réfléchir à la notion de confiance et de solidarité. Malgré leurs interrogations quant à leurs proches disparus, la meute lancée à leurs trousses, ils prennent conscience que c'est ensemble et soudés qu'ils parviendront à surmonter leurs difficultés. Loin du pathos, c'est à travers toute une série de sentiments et d'émotions contradictoires qu'ils tracent leur chemin intérieur.

Lu très rapidement et avec plaisir, le livre nous laisse avec les héros en vue de leur objectif: la mystérieuse forteresse de Tombmor qui donne son titre aux deux ouvrages suivants de la série des Mange-rêve. Affaire à suivre donc!

A lire également:
"Les Mange-Rêve : Le Grand Dérèglement"

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mardi 6 septembre 2011

"Les Mange-Rêve : Le Grand Dérèglement" de Jean-Luc Le Pogam

LMR1L'histoire: 2024. Les ordinateurs des gouvernants ont cerclé l'Europe d'un mur électromagnétique infranchissable, y programmant des hivers de neuf mois, flanqués de températures à -50°. Dessinateurs, peintres, musiciens, danseurs, écrivains ou photographes... Tous sont pourchassés par les Mange-Rêve car leur métier d'artiste est désormais interdit. 

1.Le Grand Dérèglement: Iwan et Thibault sont amis depuis la maternelle.

Pour les deux garçons et leur copine Mélanie, début septembre rime depuis toujours avec rentrée. Sauf que cette fois, elle a eu lieu au collège.

Alors, quoi de plus banal que le petit coup de stress d'une rentrée de septembre à la veille des premiers grands froids?

Rien, si ce n'est qu'un soir, fuyant un cours de guitare qui a tourné au drame, Iwan et Thibault se réfugient chez eux mais doivent se rendre à l'évidence: leurs parents ont dispaeru!

C'est avec la complicité d'Yvon et Jack, deux grandsz-pères qui ont oublié de vieillir, que le trio se lance sur des cataskis bourrés d'électronique à la poursuite du train qui emmène ses prisonniers vers le nord.

Tous les cinq découvrent rapidement qu'ils sont la proie des Mange-Rêve qui les ont pris en chasse dès la première heure de l'expédition...

La critique de Mr K: Petit coup de projecteur aujourd'hui sur ma lecture du premier tome de la série des Mange-Rêve. Une amie m'en avait parlé et lors d'une soirée de crémaillère, elle m'a fait rencontrer l'auteur qui est un de ses proches. Le tome 1 en poche, je suis rentré chez moi. Il s'est passé quelques mois depuis et vacances obligent, le présent volume a dû attendre que ma PAL diminue pour que je m'y consacre. 

Ce premier volume nous plonge dans un monde à peine futuriste (son auteur parle d'anticipation) mais terriblement flippant. L'Europe s'est refermée sur elle-même et un hiver quasi permanent a été instauré par un pouvoir dictatorial qui fait régner la terreur aux seins des rêveurs (artistes) à l'aide d'une milice impitoyable (les fameux "Mange-Rêve"). Voilà un background comme je les aime et ce qu'il y a de bien chez cet auteur, c'est qu'il ne sacrifie jamais au pathos du genre pour se consacrer pleinement à ses personnages. Vous ne saurez donc pas grand chose sur le fond, Jean Luc Le Pogam distillant les révélations par petites touches successives, instaurant une attente chez son lecteur qui ne peut que poursuivre en espérant être davantage éclairé. 

La grande force de ce livre réside dans le traitement des personnages. Tout d'abord, les trois pré-ados sont loin des caricatures que l'on retrouve trop souvent dans la littérature pour "djeuns". Il y a du J. K. Rowlings dans sa manière de leur donner vie: beaucoup de malice, de sensibilité et de sens du détail qui font qu'on y croit, que les personnages prennent vie devant nous et surtout se révèlent crédibles. On passe donc un bon moment en compagnie d'Iwan, Thibault et Mélanie. Mais les personnages que j'ai préféré sont les deux grand-pères baroudeurs qui vont devoir s'occuper d'eux suite à la disparition des parents. Certes, ils sont hauts en couleur et des passages sont à la limite du vraisemblable mais qui n'a jamais rêvé d'avoir un super-papi à l'image de Jack et Yvon, retraités des services spéciaux toujours aussi pro et efficaces mais qui sont avant tout aimants et attentionnés envers ces trois jeunes livrés à eux mêmes. 

L'action se déroule dans ma chère Bretagne et c'est la deuxième raison principale de mon engouement. Loin de tomber dans le ringard, j'ai aimé parcourir les abords du golfe du Morbihan en cataski et me promener en compagnie de Mélanie et Iwan du côté du château de Suscinio. Ce n'est pas tous les jours qu'on lit une transfiction (genre cher à Francis Berthelot) se passant du côté de chez soi! En plus, ça tient la route et l'auteur évite l'écueil de l'écriture régionaliste en nous proposant une histoire universelle dans laquelle chacun peut se retrouver. Et puis... qu'on le veuille ou non, la Bretagne ça vous gagne! 

Ce premier volume est très rapide à lire, il s'agit de la mise en place d'une intrigue bien plus vaste qui se lance véritablement dans le deuxième volume que je vais bientôt lire. J'ai passé un agréable moment. L'écriture est fluide et agréable à lire, ce roman est à classer dans le "Cross-age", il est à conseiller aux jeunes mais il est aussi destiné à un public plus adulte adepte du genre (et j'en suis!). J'ai hâte de suivre les pérégrinations de nos héros dans le volume suivant: "La route du Nord"

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