mercredi 29 octobre 2014

"Urbi et orbi" de Seyer

couv

L'histoire: Rome 1493, César Borgia a dix-sept ans et s'apprête, sous l'égide de son père, le Pape Alexandre VI, à devenir celui que Machiavel appellera "Le Prince": un tyran ambitieux, cruel et sans scrupules, qui érige le meurtre en principe politique.
Ce récit est celui de Michelotto Corella, ami d'enfance de César Borgia et son tueur attitré...

La critique de Mr K: Ce livre est une pure découverte que j'ai fait par hasard en achetant ce volume 1 Urbi et orbi sur un coup de tête chez mon bouquiniste préféré. Les dessins m'ont de suite attiré ainsi que l'histoire. Il y a de quoi faire avec les Borgia et le présent volume se voulait moins théâtralisé que ce qui s'est fait jusqu'ici sur le sujet (adaptations des 70', voir la série US du même nom qui reste sympathique) avec notamment des dialogues crûs et sans faux fuyants.

L'originalité du point de vue marque de suite la différence par rapport à tout ce que j'ai pu lire ou voir sur cette famille déviante et orgiaque qui tenait les rênes de la papauté et d'une grande partie de l'Italie en cette fin de XVème siècle. Le plus dur n'étant pas de prendre le pouvoir mais de le garder (dixit Machiavel), le lecteur arrive au moment où Alexandre VI (le patriarche des Borgia qui veut mener tout son petit monde à la baguette) doit faire face aux menaces qui pèsent sur sa personne. Les grandes familles sont proches de se liguer contre lui et il doit avancer ses pions prudemment pour ne pas faire le moindre faux pas. Il va devoir jongler entre le choix d'un mariage de raison pour sa chère fille Lucrèce, les pulsions de César et les rois de France successifs qui veulent le déposer et en même temps faire main basse sur les trésors de l'Italie. César va faire le ménage avec son compagnon de toujours Michelotto Corella, mercenaire espagnol rencontré lors de ses études à Pise et qui va s'avérer un ami et un homme de main plus que précieux!

image 1

Urbi et Orbi, Mémoires horrifiques et Burlesques d'un Tueur ne fait pas dans la dentelle. Ça défouraille sec, ça pille, ça viole et ceci en toute impunité au nom du Saint Père. Curieuse époque vraiment! Pour distancier le propos et lui apporter une finesse supplémentaire, le choix de prendre Michelotto Corella est très intéressant. Il est à la fois acteur et spectateur. En tant qu'ami de César, il est convié à quasiment toutes les réunions secrètes entre Borgia et il prend activement part aux vendettas orchestrées par César. Comme en plus, il est loin d'être un imbécile et ne se limite pas à une brute épaisse, le personnage est séduisant malgré sa part sombre. Sa relation unique et complice avec César est très bien rendue par un auteur très méticuleux en terme de réalisme historique.

image 2

On retrouve cette acuité dans les données historiques qui sont toutes véridiques malgré parfois quelques omissions pour éviter la surcharge de détails et le ralentissement du récit. Les dessins sont vraiment splendides. Très sombres, chargés au possible, ils recréent impeccablement la Renaissance italienne dans la description des palais, églises et autres lieux. Il en va de même pour tous les détails concernant les personnages notamment dans leurs tenues et les objets qu'ils peuvent manipuler. Le langage détonne au premier abord, on s'éloigne vraiment du langage châtié type péplum hollywoodien pour plutôt être immergé dans un argot des plus charnus, haut en couleurs de l'époque. Là encore, même si parfois cela peut déranger, on retrouve tout le talent de l'auteur pour restituer une époque et une ambiance. Plume et dessins ne font qu'un pour le plus grand plaisir du lecteur emporté dans un tourbillon de sang et de stupre.

memoirehorrifiquepl

Au delà de la simple BD historique, ce volume s'apparente aussi à la théorie politique, à l'idéologie qu'exposera Nicolas Machiavel dans Le Prince, un univers où tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins quitte à sacrifier ses amis, voir sa famille. Tout ceci est remarquablement retranscrit dans ce roman graphique vraiment épatant en terme de forme et de fond.

Ce fut donc une lecture très agréable, très rapide que j'ai lu d'une seule traite tant j'ai été happé par l'univers et l'esthétique léchée de cette œuvre assez incroyable dans son genre. Un voyage mouvementé et réflectif que je vous encourage grandement à entreprendre si le sujet vous intéresse.

Posté par Mr K à 18:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

jeudi 12 juin 2014

"Je m'appelle Jean Cyriaque" de Jean-Pierre Dionnet et Jean Solé

couverture jean cyriaqueL'histoire: Pas de résumé officiel que ce soit au dos de l'ouvrage ou sur le Web concernant "Je m'appelle Jean Cyriaque"... Mais peut-on résumer une histoire telle que celle-ci?

La critique de Mr K: Voyage aux confins de l'étrange aujourd'hui avec cette BD bien barrée de Dionnet et Solé paru chez les Humanoïdes associés depuis déjà une trentaine d'années. En même temps, il faut bien avouer qu'aujourd'hui (sans vouloir passer pour le vieux con de service), la SF bien tordue a du mal à se faire un chemin chez les éditeurs et que les 70' – 80' était un âge d'or dans le genre. C'est une fois de plus par hasard et chez l'abbé que je dénichais cette petite merveille d'inventivité et de bizarrerie. Mais à quoi peut-on s'attendre d'autre de la part de Dionnet, grand copain de Druillet et rédacteur en chef du magazine Métal Hurlant.

Jean Cyriaque n'a rien de particulier. C'est un individu lambda qui rentre tranquillement chez lui quand il est renversé par une voiture. Il semble s'en sortir indemne et suit une étrange jeune femme promenant son léopard. Il va alors aller de découvertes en découvertes et notamment rencontrer le Peuple des Légendes, des humains sachant utiliser toutes les possibilités offertes par le cerveau humain (pour rappel, on en utilise que 5%!) et qui sont à l'origine de toutes les avancées civilisationnelles du monde et des mystères non résolus de notre univers. À partir de là, tout devient confus et le lecteur pris en otage par les deux auteurs navigue constamment entre rêves éveillés, psychédélisme et réalité pure et dure.

Œuvre de jeunesse, cette BD est constituées de quatre histoires qui ont été éditées à plusieurs années d'intervalles. Le scénario se tient mais il faut être prêt à sortir des sentiers battus et à ouvrir votre esprit. Pas besoin pour cela d'ouvrir vos chakras ou de fumer la moquette tant les auteurs s'adressent au plus grand nombre, nous réservant de nombreux moments explicatifs. On s'identifie assez vite à Jean Cyriaque et comme lui on passe par tous les états entre hébétude, fascination et délire. Véritable voyage initiatique, on suit le héros dans ses errements et ses découvertes. La fin est ouverte mais il ne pouvait en être autrement quand on se repasse le parcours entier du personnage, nulle frustration et déception en terme de contenu, simplement une vision qui détonne et surprend, ce qui est un gage d'authenticité et d'originalité (choses rares dans les temps qui courent je trouve).

image 1

On retrouve dans ce récit le héros candide qui doit découvrir la face cachée du monde qu'il croyait connaître, la foule imbécile qui se complait dans le conformisme et la méfiance de l'autre, le maître spirituel que l'on rencontre et nous apporte lumières et réponses, la communion des sentiments avec l'être aimé qui semblait nous attendre depuis toujours... Autant d'actes et de thèmes universels explorés ici par deux doux dingues épris de progrès et d'humanisme.

Cette œuvre est d'une beauté à couper le souffle. Les dessins de Jean Solé font écho au scénario et au phrasé de Dionnet. Les auteurs nous livrent de véritables toiles sur certaines planches. Étant fan de l'esthétisme psychédélique je ne pouvais que tomber en pâmoison devant tant de talent déployé qui n'est pas sans rappeler les plus beaux passages de la BD Eternus 9 de Victor Mesquita. La fascination reste la même pour les passages moins "perchés" qui accrochent autant le regard et harponnent irrémédiablement le lecteur.

Au final, cette BD est vraiment à découvrir tant elle appartient à une époque révolue mais toujours aussi envoûtante. À la fois belle, fascinante et profonde, elle vous proposera un voyage à nul autre pareil si le cœur vous en dit.

Posté par Mr K à 20:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
jeudi 6 mars 2014

"Monsieur Jean - Les Nuits les plus blanches" de Dupuy et Berberian

monsieur jeanL'histoire: "Le sommeil c'est comme l'amour, plus on le cherche, moins on le trouve" Clément V. (un ami de Monsieur Jean)

La critique de Mr K: Et de deux! J'ai enfin réussi à mettre la main sur un autre volume de la série de Monsieur Jean de Dupuy et Berberian. Comme dit dans mon précédent post concernant le volume 1 L'amour, la concierge, cette série est un plaisir de chaque instant entre humour et constat sur la vie quotidienne d'un néo trentenaire. Et oui, Monsieur Jean fête ses trente ans au début de ce volume et il broie du noir!

Pourtant, il a son petit appartement, il est publié (Monsieur Jean est écrivain) et a une vie somme toute confortable. Mais voilà, comme chacun d'entre nous, cela ne lui suffit pas. Éternel célibataire collectionnant les conquêtes féminines, il n'est toujours pas posé familialement (cela semble le titiller de plus en plus) et les trente ans sonnent un peu comme un échec. Il a beaucoup de mal à dormir ce qui donne des historiettes drolatiques à souhait livrant pèle mêle toutes les visions oniriques de ses rêves. On rit beaucoup de lui dans ces moment là même si on ne peut s'empêcher d'être touché par cet être un peu esseulé qui plane parfois à 10000! Mention spéciale à l'attaque dévastatrice de pizzas aux anchois sur une armée de Monsieur Jean terrés dans des tranchées. 14-18 quand tu nous tiens!

monsieurjean1

On le retrouve tout de même entouré de ces deux amis déjà aperçus dans le volume précédent. Il y a toujours Félix qui squatte moins l'appart de Monsieur Jean mais se révèle toujours aussi gaffeur et gamin. Ainsi vous verrez comment au nom de l'amitié, le héros va aider son copain de toujours à déménager et louper par la même occasion un rencard crucial dans sa vie sentimentale plutôt morne. Il y a aussi Clément un autre ami du héros qui le vanne à chaque entrevue et qui par là même, l'aiguillonne sur quelques choix cruciaux de la vie. Vous verrez aussi notre héros aller à contre cœur au Portugal pour présenter son ouvrage avec son traducteur attitré bavard comme une pie. Cela donne lieu à des quiproquos de première classe et à des rencontres hors norme. Enfin, une autre micro récit le met aux prises avec son double négatif désirant par dessus tout le pousser vers le bas. C'est encore une charmante demoiselle qui le sortira de ce mauvais pas.

monsieur_jean2

Au final, j'ai à nouveau passé un excellent moment en compagnie du héros de Dupuy et Berberian. On retrouve son flegme d'écrivain parisien si attachant et un humour à la fois stylé et percutant. Les dessins restent égaux à eux mêmes et soulignent à merveille la finesse des scénarios livrés. Il y a une fois de plus une part de nous même dans les personnage de cette BD est c'est sans doute ce qui fait qu'elle fait mouche à chaque fois. À découvrir si ce n'est pas déjà fait!

jean3

mardi 3 septembre 2013

"Shelter" de Chantal Montellier

tumblr_ml1l1vSZDd1rnbxwxo1_500

L'histoire: Théresa et son mari sont invités un soir chez des amis, alors qu'ils s'arrêtent dans un centre commercial pour acheter une ou deux bricoles, une bombe atomique explose à l'extérieur et de lourdes portes blindées condamnent les galeries marchandes.
Les clients vont alors devoir s'organiser sous le joug de la direction qui, progressivement, met en place un substitut de gouvernement fachiste. Theresa se demande alors, avec d'autres, comment réagir !

La critique de Mr K: Une bonne lecture réflective aujourd'hui avec cette bande dessinée sortie en 1980 qu'un bon ami m'a prêté avec enthousiasme. Chantal Montellier que j'avais découvert bien plus jeune dans la revue À Suivre adopte un dessin réaliste, souvent en noir et blanc qui évoque beaucoup le style de Tardi. Elle n'a jamais hésité à travers son oeuvre à exposer ses idées féministes et ses engagements politiques. Dans cette bande dessinée, on retrouve nombre de ses préoccupations à travers un récit plutôt classique dans sa facture mais d'une noirceur absolue.

Thérésa et Jean sont invités pour la soirée chez des amis. Avant de les rejoindre, ils doivent passer au centre commercial Shelter pour acheter deux / trois bricoles. Histoire anodine en apparence si ce n'est qu'en arrière fond, au détour de deux trois bulles, on apprend qu'une menace d'attaque nucléaire est prise au sérieux en France. En effet, des événements apocalyptiques sont relatés à la télévision faisant cas de centaines de morts après une attaque nucléaire. Le couple doit se dépêcher car un couvre-feu a été instauré à 18h, mais au cours de leur séjour dans le centre commercial, une sirène d'alerte retentit et le complexe est bouclé. Ils vont devoir comme un millier de personnes vivre enfermés pour très longtemps car le patron de Shelter leur annonce que toute la ville a été détruite et que les radiations interdisent toute sortie sous peine de contamination!

2731600187-1984-large

Vous l'avez compris très vite, nous nous retrouvons confronté à un récit se déroulant en huis clos. Comment se comporte un groupe humain face à une menace, concentré qu'il est dans un espace confiné? Comment les autorités se comportent-t-elles pour gérer la situation? Le propos est très dur et dénonce clairement une certaine fascisation de l'État qui rappelle clairement le régime nazi ou l'univers décrit par Orwell dans 1984. Sinistre et noire, cette oeuvre s'apparente à un cri contre la normalisation et l'uniformisation, contre la policiarisation de la société. Le scénario est particulièrement bien écrit, touche juste et vous mettra très mal à l'aise durant certains passages. Quelques planches se révèlent un peu caricaturales voir outrancières mais les personnages restent remarquablement traités et exploités pour aboutir à une fin sans concession.

001

Belle réflexion sur la liberté et le contrôle des populations par une démocratie en dépérissement face à une crise extrême, cette lecture se révèle encore aujourd'hui essentielle et toujours d'actualité. Un must que je ne peux que vous conseiller chaudement.

mercredi 10 juillet 2013

"Astéroïde Hurlant" d'Alexandro Jodorowsky

001

L'histoire: Un astéroïde né de la destruction d'une planète file dans le vide intersidéral. Dans sa course pour l'éternité, il frôle des mondes habités et émet des ondes qui engendrent une transformation ou une crise. De cette rencontre déchirante, comme un papillon éjecté de sa chrysalide, naît alors une histoire... dure et acérée comme un minéral et brillante comme une comète.

Ou plutôt onze histoires d'Alexandro Jodorowsky, dessinées par d'imparables étoiles filantes: Pascal Alixe, Igor Baranko, Ciruelo, Adi Granov, Christian, Højgaard, José Ladronn, Axel Medellin, Carlos Meglia, Jérôme Opena, Marc Riou, Mark Vigouroux et J. H. Williams III.

Chaque histoire est reliée par la trajectoire de l'astéroïde hurlant, et dans un feu d'artifice de science-fiction, d'humour et de fantastique, illustre la philosophie cruelle et lucide d'Alexandro Jodorowski.

La critique de Mr K: Lors de notre passage aux Utopiales 2011, Nelfe et moi avions terminé en apothéose avec une conférence de sieur Jodorowski. Grand moment de réflexion et d'humour, cette rencontre mémorable n'avait que raffermi ma haute opinion de cet auteur illuminé et profondément mystique. Ce recueil est particulier. Lorsque Fabrice Giger en 2002 décide de ressusciter la défunte revue "Métal Hurlant", il s'adresse à Jodorowski pour créer un personnage qui incarnerait le mensuel: ce sera un astéroïde hurlant. Ce dernier est le point commun des onze récits compilés dans le présent volume, ouvrage de commande auprès de dessinateurs qu'il connaît plus ou moins bien. Jodorowki les guide en fonctions de leurs forces et faiblesses pour les faire accoucher de onze récits aujourd'hui réunis.

C'est autant d'histoires marquées du sceau Jodorowski. On y retrouve ses obsessions et préoccupations, force la réflexion de l'auteur. Disons-le tout-de-go, l'ambiance n'est pas à l'optimisme mais on baigne dans la métaphysique de l'être humain, le rapport à la croyance, la foi dans la science et l'idée de changement. Dans ce volume, il est notamment question des habitants d'un monde menacé se tournant vers de vieilles croyances multi-millénaires, de l'éternel combat entre le bien et le mal qui finalement se mêlent, de la recherche d'un coupable expiatoire aux pêchés d'un peuple, de vampirisme inversé, de la quête de l'Amour et de sentiments humains par une nation robotique, de l'avidité humaine source de conflit et de vice, de la notion romantique du sacrifice ultime... Autant de récits qui parlent de nous mais transposés dans des univers fantasmagoriques définitivement seventies, âge d'or du genre.

Asteroide_Masters_05(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

J'ai littéralement dévoré ce recueil tant il se révèle être une compilation sans défaut de la bande dessinée SF des années 70. Le style de dessin est très différent d'une histoire à une autre. On passe de dessins tirant vers le minimalisme à des planches ultra-réalistes ou au psychédélisme léché à la Druillet. C'est là qu'on ne peut que constater la puissance scénaristique qui permet à chacun des dessinateurs invités de se transcender et de proposer des micro-récits accrocheurs à souhait. Au début de chaque histoire, Jodorowski se fend d'une petite introduction explicativo-philosophique élevant l'esprit du lecteur avant sa plongée dans la matière. Ca fonctionne à merveille, il m'a été quasiment impossible de poser cet ouvrage avant de l'avoir terminé.

Asteroide_TOG_03(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Belle expérience entre plaisir esthétique et réflexion intense, cet bande dessinée sort du lot et s'impose à mes yeux comme une des meilleures de son auteur à placer juste à côté de "L'homme est-il bon?" de Moébius. Un incontournable à découvrir au plus vite!

lundi 14 mai 2012

"Le prisonnier des étoiles: Le dôme des plaisirs" d'Alphonso Font

prisonnierdesetoilesLe02_11070L'histoire: Le sosie du Méga, dirigeant de la planète Terre dans un futur proche, est poursuivi par les forces de sécurité de tout l'empire qu'il semble menacer de part son existence même. Il n'est pas seul, une plantureuse blonde gouailleuse l'accompagne...

La critique de Mr K: Impossible de vous donner le résumé exact de cette BD, je n'en ai trouvé nulle trace sur le web... Sachez qu'il s'agit d'un tome 2 et que je n'ai pas lu le tome 1 qui semble-t-il est épuisé... Il me manque donc un certain nombre d'éléments pour pouvoir éclairer complètement votre lanterne mais cette pongée dans l'univers d'Alphonso Font est un beau voyage qu'il me semblait important d'aborder dans un post.

L'histoire en elle-même est classique et ce volume s'apparente à un road movie où nos deux héros doivent s'enfuir et se cacher face à une menace obsédante. Mitraillés par un hélicoptère sur une plage où ils tentent de se reposer, ils se font faire prisonnier par des pirates embarqués dans un sous-marin. Pendant ce temps là, le Méga envoie à leur trousse un cyborg indestructible... À partir de là, on enchaîne les rebondissements, le récit est haletant à la manière d'un Indiana Jones ou d'un volume des aventures de Tintin.

Les personnages principaux n'ont rien de vraiment original en eux-mêmes mais les rapports qu'ils entretiennent entre séduction et chamaillerie égayent une BD d'aventure que l'on prend un grand plaisir à parcourir. On voyage beaucoup entre les fonds sous-marins, une cité lacustre perdue dans un marais des plus malsain et une ville où culmine à son sommet le fameux dôme des plaisirs où le seigneur des lieux s'adonne au plaisir sous toutes ses formes (il ne fait pas partie du FMI pour autant!). Les dessins sont agréables et sortent de l'ordinaire, on reconnaît au passage la patte de l'école espagnole de la BD, on peut faire le rapprochement avec Gimenez notamment. Les dialogues sont fournis et ne tombent jamais dans la médiocrité et la vulgarité.

Un bon récit d'aventure que je vous conseille si vous êtes amateurs. De mon côté, je vais essayer de dégoter le volume 1 pour savoir enfin de quoi il en retourne exactement!

prisonnierdesetoilesLe02p_11070(Cliquez sur l'image pour agrandir)

dimanche 4 mars 2012

"Barbarella" édition intégrale, premier tome de Jean Claude Forest

barbarellaL'histoire: Barbarella voyage de planète en planète et vit d'innombrables aventures...

La critique de Mr K: Chronique sexy aujourd'hui avec une icône de l'érotisme et de l'esprit de contestation qui soufflait dans les années 60. Le présent ouvrage s'ouvre sur une préface recontextualisant l'œuvre: il fallait être un peu fou et sacrément culotté pour mettre en image les aventures débridées et sensuelles d'une héroïne aux formes aussi subjectives qu'évocatrices que Barbarella. La censure s'est emparée du phénomène, des grands noms comme Resnais se sont levés contre l'interdiction prononcée, un film avec Jane Fonda sera tourné... aujourd'hui qu'en reste-t-il?

Tout d'abord, de sacrés récits de SF mâtinés de psychédélisme. Barbarella explore les galaxies et multiplie les rencontres. On explore avec elle nombre de mondes étranges, aux créatures improbables et aux paysages délirants: labyrinthes organiques, montagnes sous marines, bâteaux volants, hommes-poissons, sorcières technologiques et j'en passe.

En tant que femme libérée (et c'est pas si facile comme dirait l'autre), elle connait moultes conquêtes d'un soir voir plus et use de son charme pour arriver à ses fins. C'est ce qui a le plus choqué dans les 60's, Barbarella n'est pas une fille de mauvaise vie mais simplement une femme qui s'assume en tant que telle et qui n'hésite pas à rechercher d'abord son plaisir avant une relation stable. Ce qui aujourd'hui passe pour anodin est considéré comme une provocation à l'époque. Surtout que la BD était tenue pour un divertissement réservé à la jeunesse...

barbarella-robot

Le charme a opéré de suite sur moi. Certes il y a cette sculpturale blonde au corps de déesse à la Bardot ou Ursula Andress mais la BD ne se résume pas à elle. Les dessins en noir et blanc bien que datés font encore mouche. On nage constamment entre réalisme des traits et éléments purement imaginaires et cette confrontation nourrit le rêve éveillé auquel est convié le lecteur. Les dialogues et autres passages écrits sont d'une qualité impressionnante notamment les commentaires du narrateur qui tendent vers la poésie et impriment des impressions et des ressentis totalement différents d'une lecture de BD classique.

Chouette expérience même s'il faut s'accrocher par moment tant certains passages sont mystérieux (comprendre à la limite de l'intelligible) et certaines phases de récits se révèlent elliptiques. Témoignage d'un esprit et d'une époque, j'ai adoré ce voyage aux côtés d'une femme de choc et de charme! À découvrir si vous êtes amateurs de voyages dans le temps et de BD vintage!

barbarella 2

Posté par Mr K à 17:56 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
samedi 11 juin 2011

"Monsieur Jean, l'amour, la concierge" de Dupuy - Berberian

jeanL'histoire: Monsieur Jean approche de la trentaine. Il vit seul dans son appartement, où il écrit, et reçoit régulièrement des amis ou des conquêtes d'un soir. Il n'entretient pas franchement les meilleures relations du monde avec sa concierge, qui lui lance des regards noirs lorsqu'il sort sans être rasé et qui lui bloque son courrier pour se venger des remarques assassines lancées par Félix. Félix est un ami de Jean. Enfin, un ami... un type avec lequel Jean a des souvenirs communs et qui profite de sa gentillesse. Et puis il y a Chantal, une ex que Jean croise au musée. Ou encore une jolie blonde qui fait un sondage dans un supermarché. Sans parler de ce producteur qui invite Jean dans sa propriété pour lui soumettre un projet de scénario.

En clair, Jean vit, donc rencontre des gens.

La critique de Mr K: C'est encore une fois le hasard qui m'a replongé dans le passé. En effet, je pratiquais assidûment Monsieur Jean dans les années 90 lors de mes années lycée, la documentaliste étant amatrice des aventures de cet apprenti écrivain (du moins dans ce tome 1). Le présent volume m'attendait bien sagement dans un hangar d'une association pour la réinsertion d'anciens détenus.

Ce premier tome nous permet de faire connaissance avec Monsieur Jean. Récemment remarqué lors de la saison littéraire, il vit seul dans son appartement. Au cours de huit "historiettes" et 4 / 5 strips, on est témoin de ses rapports compliqués avec sa chère concierge (archétype de la commère chiante et envahissante, à l'inverse de Renée dans "L'élégance du hérisson"). Il retombe par hasard lors d'une exposition sur son ex qui a beaucoup compté pour lui et qui depuis s'est recasée. On assiste à sa recherche désespérée de potes disponibles pour une soirée que Monsieur Jean finira par passer chez ses parents, à une rencontre foudroyante au supermarché, à la garde d'un tigre de salon (au sens propre vu la teigne de félin que son pote lui refile à garder). On croise aussi Félix son meilleur ami toujours à la ramasse et qui s'incruste chez lui...

Les dessins sont sympathiques et plutôt originaux, on reconnaît de suite un volume de Monsieur Jean. Le ton est plaisant; l'humour léger issue de scènes quotidiennes et habituelles... On se reconnaît facilement dans certaines situations car c'est une vie ordinaire avec ses hauts et ses bas qui nous est montrée ici. On passe un chouette moment et j'ai retrouvé le même plaisir qu'à mes 16 ans. L'ensemble n'a pas vieilli et l'humour fait toujours mouche. Une série vraiment à découvrir si vous ne la connaissez pas.

Mais celle qui en parle le mieux, c'est encore sa concierge: "Monsieur Jean? Ah celui là! On se demande ce qu'il fait de ses journées..." (Paulette Poulbot, gardienne d'immeuble).