vendredi 27 octobre 2017

"Les Anciennes nuits" de Niroz Malek

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L’histoire : A Alep, un écrivain consulte un cardiologue car son cœur s'emballe. Le médecin lui diagnostique une hypertension psychologique et lui conseille d'écrire le soir pour calmer ses angoisses. Dès la nuit suivante, l'homme s'installe dans son bureau, écrit ses premiers mots et laisse surgir des pages toutes les vies de sa chère cité.

La critique de Mr K : C’est à une bien étrange lecture que je vous convie aujourd’hui avec Les Anciennes nuits de Niroz Malek, auteur récompensé en 2016 par le Prix Lorientales pour Le Promeneur d’Alep. Roman s’inspirant du fameux Mille et une nuits, cet ouvrage déconcerte énormément et vous demandera une force de concentration importante, notamment pour vous engouffrer dans ce récit à tiroirs où les contes s’enchâssent entre eux. Au final, on en ressort plutôt déstabilisé mais heureux de cette expérience vraiment différente.

Tout commence pas un banal rendez-vous chez le médecin. Le patient a le cœur qui s’emballe et ces palpitations l’inquiètent grandement, lui qui pratique régulièrement le sport et mange sainement. Son affection est d‘origine nerveuse selon le thérapeute qui lui conseille alors d’écrire pour expulser les mauvaises ondes et pulsions qui l’habitent. Mais voila, pas facile de retrouver l’inspiration quand celle-ci n’est plus aussi fertile qu’auparavant. Peu à peu, face à sa page blanche, des récits vont venir à lui et entraîner le lecteur dans la magie des contes entre philosophie, érotisme, politique et onirisme dans un mélange des genres borderline et hors du commun.

Nous sommes ici à dix mille lieues des images de la Syrie que nous connaissons. À part quelques rares passages se déroulant à notre époque (sans aucune référence d’ailleurs au contexte actuel de guerre civile et de terrorisme larvé), le lecteur navigue dans l’imaginaire fertile de cet écrivain. Et même si on peut se demander à l’occasion si ce mal ne vient pas justement de la situation terrible dans laquelle se trouve son pays et sa ville (les images d’Alep détruite hantent les écrans médiatiques), Niroz Madek s’attache à décrire sous forme de contes orientaux les rapports humains, la hiérarchie patriarcale, les croyances ésotériques et l’amour charnel à la mode syrienne.

On voyage beaucoup sur les terres arides et les espaces verdoyants d’un pays riche de sa culture et des rapports entre les personnes. Sultans, mendiants, voyageurs, commerçants, jeunes et vieux, hommes et créatures mythiques (dont les fameux djinn !) vivent de grandes aventures qui au-delà du surnaturel, du bizarre et du cruel racontent l’homme, sa nature et sa condition. Amours contrariés, découverte du sexe, rites de passages, malédictions en tout genre peuplent des histoires qui s’emboîtent entre elles, le conteur racontant l’histoire d’un autre conteur racontant une autre anecdote ou légende. Difficile dans un premier temps de réussir à suivre le rythme et à faire le rapprochement entre ces récits qui s’entrechoquent, s’opposent et se complètent (quelques indices chiffrés émaillent les chapitres et paragraphes mais honnêtement ça ne m’a pas du tout aidé au départ !). Je me suis surpris à parfois revenir en arrière pour bien saisir le sens et la portée des propos rapportés. Une fois le coup pris et l’esprit adapté à cette étrange approche littéraire, c’est un pur délice.

La langue au départ ésotérique (surtout dans sa structure) se fait ensorcelante, d’une légèreté et d’une poésie rare, l’auteur aime sa matière et ses personnages. On ne peut plus dénombrer les passages envoûtants avec de belles pages sur l’amour physique, de très belles descriptions de femmes et l’exposition d’enjeux qui dépassent les simples protagonistes de l’histoire en cours. On en apprend donc beaucoup sur les traditions du Moyen-Orient mais aussi sur nous-même à travers des thèmes universels qui touchent chacun d’entre nous.

Ce livre ne plaira sans doute pas à tout le monde, il nécessite je pense un temps d’adaptation, une ouverture d’esprit et parfois même de l’abnégation. Mais quel bel écrin et quelle richesse de contenu une fois que l’on a ouvert cette boite à histoires. Une très belle expérience, riche d’enseignements et de plaisir de lecture. À chacun de tenter l’expérience ou pas.


dimanche 10 septembre 2017

Craquage littéraire estival

À l'occasion de la visite prolongée d'une amie de Nelfe à la maison courant août, nous lui avons fait visiter notre petit coin de Paradis entre plages, vieilles pierres, Festival Interceltique et gastronomie bretonne. Lectrice régulière de notre blog, elle a émis le souhait innocent (sic) d'aller faire un tour chez notre cher abbé... Vous connaissez ma faible capacité de résistance à l'idée d'aller visiter ce lieu de perdition très bien achalandé, Nelfe étant elle-aussi tentée... en deux temps trois mouvements ; nous voila partis ! Voici le résultat de cette visite imprévue mais une fois de plus fructueuse. Jugez plutôt !

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(Ne sont-ils pas beaux les p'tits nouveaux ?)

N'est-ce pas un beau craquage des familles ? Je vous l'accorde, on a fait pire (surtout moi) mais franchement, il était impossible de résister. Au final, voici une sélection une fois de plus variée et riche en promesses de plaisirs littéraires. Voici un petit tour d'horizon des nouvelles acquisitions du Capharnaüm Éclairé qui vont rejoindre leurs aînés sur les rayons de nos PAL respectives. Suivez le guide !

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(C'est toujours un bonheur certain de dégoter des ouvrages publiés chez Actes Sud)

- Monde clos de Christos Chryssopoulos. Une bien curieuse trouvaille que ce roman polyphonique nous parlant d'une cité périphérique à travers les destins et vies des habitants des lieux entre rêve, tragédie et sublime au détour de leur quotidien. La couverture et le résumé m'ont séduit de suite et en allant zieuter sur le net, les avis parfois très positifs m'ont conforté dans mon choix. Je suis bien curieux de voir ce que cela va donner.

- Les Arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann. Ce roman d'un jeune auteur allemand narre la rencontre entre le grand explorateur Von Humboldt (croisé pour ma part lors de mes études d'Histoire) et le prince des mathématiques Gauss. À priori, les échanges entre les deux génies de leur temps font des étincelles et couvrent les réussites et échecs d'une vie humaine. Véritable phénomène littéraire dans son pays d'origine, j'ai hâte de me faire ma propre opinion sur cet ouvrage.

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(La meute des ouvrages publiés chez Le Livre de poche)

- Les Ritals et Bête et méchant de Cavanna. Le hasard fait que j'ai pu me procurer deux des trois volumes constituants l'autobiographie de Cavanna. C'est un personnage qui m'a toujours fasciné et qui à priori à eu une vie passionnante en dehors de la sphère publique. Il ne me reste plus qu'à trouver Les Russkoffs et je pense m'atteler à la lecture de la trilogie d'une traite. Sinon j'aurais peur d'être frustré.

- L'Apiculteur de Maxence Fermine. Décidément mes pas croisent beaucoup Fermine cette année et quel ravissement de tomber sur le présent ouvrage. Un extrait était au coeur de l'épreuve de français du DNB l'année dernière et j'adore cet écrivain qui est capable de nous transporter très loin avec une économie de mot incroyable. Je me le réserve pour le début d'année prochaine pour me le garder au chaud, ayant lu Opium cet été (la chronique est prête et sera postée dans le mois après les sorties de la Rentrée littéraire).

- Mémoires de mes putains tristes de Gabriel Garcia Marquez. Un ouvrage dont je ne connaissais même pas l'existence avant de tomber inopinément dessus : il y est question d'amour charnel, de tendresse, le tout enrobé d'humour selon les avis que j'ai pu consulter depuis. Le genre de recettes qui me plaît et qui conforte cet achat compulsif s'apparentant au départ à un coup de poker. Quoiqu'avec cet auteur, je ne prenais pas un grand risque...

- Une Maison de poupée d'Henrik Ibsen. J'ai eu l'occasion de parcourir quelques extraits de la présente pièce féministe lors de lectures de manuels de BAC pro. J'avais été saisi par la modernité du verbe et la profondeur des propos, c'était l'occasion rêvée d'approfondir cette première approche en lisant l'oeuvre intégrale. Qui lira verra, mais je n'ai aucun doute sur la qualité de l'oeuvre et de sa portée.

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(Mégamix foireux de titres inclassables)

- Souvenirs de la troisième guerre mondiale de Michaël Moorcock. Tout petit recueil de nouvelles dont deux inédites en France, je n'ai strictement aucune idée du contenu de cet ouvrage que j'ai adopté de manière purement instinctive. Mon choix a été seulement guidé par mon amour profond pour mes lectures précédentes de l'auteur et un titre accrocheur en diable. Wait and read !

- La Danse du bouc de Douglas Clegg. Petit craquage purement sadique avec un ouvrage mettant en scène un professeur complètement branque qui rêve de dégommer les élèves indélicats qui auraient la mauvaise idée de mal se comporter durant ses cours. Du fantasme à la réalité, il n'y a qu'un pas qu'à priori le personnage principal franchit allègrement. Ça a l'air furieusement gore cette affaire, m'est avis que ça devrait me plaire ! 

- Johnny chien méchant d'Emmanuel Dongala. J'ai entendu beaucoup de bien de ce roman se déroulant au Congo et mettant en scène des adolescents plongés trop tôt dans l'âge adulte à cause de guerres absurdes récurrentes dans cette région du monde. Le livre a l'air assez furieux dans son genre, sans doute thrash mais aussi porteur de sens et d'humanité. 

- L'Ile de Robert Merle. Enfin, dernier ouvrage pour moi avec ce roman d'aventure maritime écrit par un auteur talentueux que j'admire énormément. C'est typiquement le genre de lectures qui m'ont fait aimer les livres et m'ont fait voyager dans l'imaginaire très facilement étant plus jeune. On n'est pas loin de la Madeleine de Proust là...

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(Vous avez vu ? Nelfe n'a jamais autant trouvé d'ouvrages à son goût !)

- La Promesse des ténèbres de Maxime Chattam. Malgré ses déconvenues avec les derniers titres parus de l'auteur, Nelfe a décidé de retenter sa chance avec un ouvrage plus ancien de Chattam en espérant retrouver les très belles sensations de lecture qu'elle avait éprouvées lors de sa lecture enthousiaste de la Trilogie du mal.

- Le Charme discret de l'intestin de Giula Enders. Voila un ouvrage qui a fait grand bruit lors de sa sortie et dont Nelfe a entendu le plus grand bien. Comme à la maison nos entrailles ne nous laissent pas forcément toujours en paix (sans mauvais jeu de mot), il était temps de prendre le taureau par les cornes ! 

- Pas de pitié pour Martin de Karin Slaughter. Un ouvrage qui a fait de l'oeil à ma douce lors de sa sortie, elle s'était dit alors qu'à l'occasion d'un chinage, elle pourrait l'acquérir. Le hasard faisant bien les choses, c'est désormais chose faite ! Ne reste plus qu'à attendre sa chronique.

- Scintillation de John Burnside. À priori, un ouvrage bien noir, sur l'amitié entre adolescents. Il n'en fallait pas plus à Nelfe pour se laisser tenter car c'est son triptyque magique en terme de thématique de lecture. Gageons qu'elle ne soit pas déçue !

- En attendant Babylon d'Amanda Boyden. Enfin, un coup de poker provoqué par une couverture attirante, une histoire intrigante se déroulant à la Nouvelle-Orléans avant l'ouragan Katrina et une maison d'édition que Nelfe affectionne énormément. M'est avis que celui-ci va lui plaire aussi.

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Voili voilou, on est très mal ! Tout ça à cause de l'indélicatesse de la copine de Nelfe qui a donc participé passivement (mais a participé tout de même !) à l'effrondement total de tout espoir de rédemption pour nous et notre PAL qui atteint désormais une taille gigantesque et se mute de plus en plus en une deuxième bibliothèque. C'est grave docteur ?

lundi 21 août 2017

"Leçons de grec" de Han Kang

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L’histoire : Au cœur du livre, une femme et un homme. Elle a perdu sa voix, lui perd peu à peu la vue. Les blessures de ces personnages s’enracinent dans leur jeunesse et les ont coupés du monde. À la faveur d'un incident, ils se rapprochent et, lentement, retrouvent le goût d'aller vers l'autre, le goût de communiquer.

La critique de Mr K : Retour en terres asiatiques aujourd’hui avec ce roman coréen tout juste sorti en ce mois d’août pour la rentrée littéraire. C’est ma première lecture de cette auteure qui a atteint une renommée internationale avec son précédent roman La Végétarienne (Prix 2016 du Man Booker International Prize). La lecture de la quatrième de couverture de Leçons de grec promettait beaucoup notamment une exploration en profondeur de deux êtres que la vie a cassés et qui vont essayer de rebondir. Promesse tenue largement pour un livre extrêmement lent dans son développement et envoûtant par sa forme.

Lui est professeur de grec ancien et il perd la vue. Il le sait depuis désormais un certain temps mais les prémices de la cécité totale commencent à se faire ressentir. Personnalité plutôt solitaire, c’est un intellectuel épris d’érudition et de linguistique. À travers ses cours, il veut apporter à ses élèves (inscriptions libres et non rattachée à un cursus particulier) sa technique, l’analyse fine de textes anciens et le goût des bons mots. En parallèle, c’est un homme terrifié à l’idée de se retrouver plongé dans des ténèbres perpétuelles, or il ne trouve personne à qui se confier, personne en tout cas qui réussisse à l’écouter et l’entendre.

Elle vient au cours de grec ancien. Studieuse et appliquée, elle ne parle plus depuis des années. Après une séparation difficile avec son mari, la perte de la garde de son enfant, elle aussi se retrouve seule et déboussolée. Elle s’interroge beaucoup sur les raisons de cette aphasie, elle tourne et retourne dans sa tête des scènes du quotidien, des souvenirs et flashback la mettant en scène en famille ou avec des amis. Une éclaircie apparaît dans cette brouille généralisée, les cours de grec qui la séduise par leur rigueur et leur portée philosophique.

Ces deux là étaient donc bien fait pour se rencontrer. Cela se fait très lentement et par étapes, Han Kang se plaisant pendant les 2/3 du livre à suivre chacun d’entre eux dans sa vie intime. Comme le peintre avec ses pinceaux, c’est par petites touches successives et pas forcément reliées les unes aux autres que l’on aborde ces deux personnages à la psyché torturée : souvenirs d’enfance traumatisants, échec d’un mariage, incompréhension face à certaine situation, peur du handicap et de l’inconnu, difficultés familiales mais aussi des moments fugaces de bonheur et de satisfaction. Peu à peu, nos deux personnages prennent de la hauteur, une densité certaine. On se prend d’affection pour eux, on compatit à leurs peines et leurs fêlures, l’empathie fonctionne à plein régime.

Puis vient le moment de réunification qui s’apparente clairement à un état de grâce où auteure mêle très habilement poésie en vers libre et narration plus classique. On change alors de registre, le récit décolle vraiment vers des ailleurs différents, moins balisés où les sensations et émotions ressenties subrepticement jaillissent du livre et prennent en otage le lecteur désarçonné. Tous les éléments précédemment abordés se font écho, l'auteure propose un dernier quart d’ouvrage vraiment bluffant, très profond en terme d’analyse des motivations de chacun et finalement, une histoire universelle sur la reconstruction de soi grâce à l’Autre. C’est puissant, émouvant et source de nombreuses réflexions que l’on peut se faire sur sa propre vie et les rapports que l’on entretient avec ses proches.

Leçons de grec est donc une très belle lecture, très enrichissante et très agréable même si je dois bien avouer qu’être amateur de littérature asiatique aide beaucoup. En effet, on retrouve ce mélange très subtile entre écriture légère et aérienne avec une lenteur de rythme et une exploration profonde des motivations humaines. On aime ou on n’aime pas, personnellement j’adhère totalement et je vous confirme que dans le domaine ce roman est une vraie réussite. Avis aux amateurs !

lundi 13 février 2017

"La Vie sur Mars" de Laurent Graff

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L’histoire : Un voisin homme-grenouille. Des cow-boys qui font leurs courses au supermarché. Un candidat aux élections et son jumeau. Un ninja et des piments. Une femme frigide sous la neige. Une journaliste qui parle à son chat. Un chasseur de Japonaises. Un écrivain et la Coupe du monde de football. David Vincent et les Bee Gees. La vie est étrange, parfois.

La critique de Mr K : Drôle de recueil que La vie sur Mars de Laurent Graff, livre "pêché" par hasard par Nelfe lors d’une visite impromptue dans un magasin discount où les éditions du Serpent à plumes (Motifs est leur collection de "poche") étaient bien représentées avec des prix défiants toute concurrence. La quatrième de couverture bien barrée lui a laissé penser que ce livre était pour moi. Comme c’est bizarre... En même temps, elle n’avait pas tort !

Chaque nouvelle nous livre un destin singulier, le ton allant de la comédie / farce façon nonsense anglais à une certaine mélancolie tirant parfois vers le drame. Chacun des personnages rencontrés semble ancré dans une certaine habitude, une monotonie qu’une rencontre ou un événement improbable va venir rompre et pimenter à sa manière. Le quotidien bascule alors en "absurdie", en échanges troubles et en situations cocasses.

On se retrouve alors à suivre des scènes parfois délirantes comme un pauvre mec se retrouvant chez son couple de voisins habillé en homme grenouille au milieu d’une cérémonie étrange et pour le coup pas rassurante, un couple amateur de western allant faire leurs courses en costume (on flirte ici avec un univers à la Strip-tease, émission terrible dans son genre), un chasseur de femmes asiatiques nous explique ses tactiques d’approche et au final son peu de réussite (loufoque à souhait), un ninja français amateur de piments ainsi que de préceptes orientaux et en prise avec le réel très occidental, un candidat aux municipales qui va passer une nuit dantesque avec son jumeau de frère peu fréquentable ; mais aussi pléthore d’autres personnages plus zozos et dérangés les uns que les autres... Et pourtant chacun n’a rien d’extraordinaire, vit sa vie plutôt sereinement avec quelque part coincé dans la tête l’idée qu’il est à sa manière un être à part, un super-héros injustement méconnu.

L’écriture légère permet une accroche immédiate du lecteur, c’est fluide et accessible. Pourtant derrière cette apparente simplicité se cache une profonde ironie, un cynisme larvé mettant en lumière nos travers naturels et notre propension à croire ou faire n’importe quoi. Le basculement vers ces horizons "déviants" se fait insidieusement, parfois sans vraiment que le lecteur s’en rende compte et puis d’un coup la situation nous échappe, nous laissant pantelant et surpris, heureux d’avoir été pris à rebrousse poil, loin des sentiers battus en matière de nouvelles à chute. L’accentuation de l’effet se traduit en général en fin de texte par deux trois lignes décrivant le futur des personnes que l’on vient de croiser, certaines lignes sont d’une banalité affligeante (pour les personnages, l’effet est garanti sur le lecteur) ou complètement frappadingue.

On passe donc un très agréable moment au cours de cette lecture rapide (107 pages seulement). On alterne entre émotions contradictoires, passant du rire à la tristesse entre déroute et effet crescendo qui tiennent diablement bien le lecteur en haleine. On en viendrait presque à penser que le recueil est trop court mais comme on le dit souvent "Point trop n’en faut". La Vie sur Mars est un petit recueil jubilatoire que je conseille de découvrir à tous les amateurs de textes courts aussi efficaces qu'étranges. Pour ma part, si je recroise un livre de l’auteur dans un bac d’occasion quelconque, je me relaisserai tenter sans aucune hésitation.

vendredi 5 février 2016

Premier craquage de PAL 2016 !

Vous l'attendiez avec impatience, le voici le voila... Roulement de tambour... Le premier craquage de 2016!

Lieu du crime: notre Emmaüs adoré bien évidemment! Dans le rôle principal, votre obligé qui une fois de plus n'a pas su résister à ses pulsions primales en digne toxico littéraire qu'il est et Nelfe en second couteau qui pour le coup est aussi tombée sur de belles petites perles! Mais que voulez-vous, on ne se refait pas... C'est bon la Honte! Voyez plutôt.

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Oui, je le conçois aisément, ça fait peur... du moins pour ceux qui ne nous connaissent pas encore beaucoup. Nos fervents lecteurs eux ont depuis longtemps abandonné toute idée de mesure et de raison quand il s'agit de nos acquisitions. On aime chiner et le chinage nous le rend bien. Une fois de plus le hasard a mis sur notre chemin des titres soit recherchés, soit accrocheurs et le tout pour 30 euros (et ouais quand même!). Ayant définitivement laissé de côté l'idée de baisser ma PAL personnelle (qui stagne autour de 200 titres environ), c'est avec un plaisir immense que je rentrais le sourire aux lèvres (avec un peu de bave aussi... accro je vous dis!). Suivez le guide (et une petite incartade de Nelfe en fin d'article), voici les nouveaux qui rejoignent leurs petits camarades!

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On commence très fort avec cinq titres des éditions Actes Sud à 1 euro pièce! Si si, vous avez bien lu et à ce prix là ils sont lisibles et en théorie possèdent encore toutes leurs pages! Miam miam!

- Le Jour des morts de Cees Nooteboom. Un roman faisant la part belle au deuil et la renaissance par la redécouverte de l'amour, entre temps qui passe et mélancolie. La quatrième de couverture est envoûtante à souhait, gageons que ce sera une belle lecture.

- Un Lieu sûr de Barbara Gowdy. Un roman à priori détonant où les éléphants tiennent le premier rôle pour un texte relevant selon certains du défi littéraire! De quoi intriguer d'autant plus que l'esprit de l'oeuvre flirte avec Kipling et Tolkien. Impossible de ne pas tenter le coup! Affaire à suivre!

- Le Reste est silence de Carla Guelfenbein. Chronique familiale sombre où un repas de mariage va dynamiter la cellule familiale révélant des fêlures jusque là bien dissimulées derrière les apparences. J'ai pensé au film Festen en lisant la quatrième de couverture et j'espère qu'on s'en approchera dans le choc des émotions.

- Des Phrases courtes, ma chérie de Pierrette Fleutiaux. J'aime beaucoup les romans qui traitent de la vieillesse et notamment de la perte d'autonomie. On tombe souvent sur des oeuvres crépusculaires où l'angoisse du temps qui passe met en exergue des émotions puissantes et pures. Il est ici question de la maison de retraite, des visites que l'on reçoit et des rapports familiaux qui se transforment. Sans doute pas la plus gaie de mes acquisitions mais la promesse d'une lecture marquante.

- L'Ampleur du saccage de Kaoutar Harchi. Un roman coup de poing autour de la notion de culpabilité ou encore, la rencontre improbable de Crime et Châtiment de Dostoïevski avec la culture maghrébine. Pour le coup, c'est quitte ou double. Qui lira, jugera!

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On continue dans les brochés avec trois ouvrages très différents au charme certain!

- Tekrock de Roland C. Wagner. Un auteur que j'aime beaucoup et qui nous a quitté trop tôt. Il s'agit d'un volume de sa relecture des Mystères de Paris d'Eugène Sue (grand feuilletoniste du XIXème siècle) mettant un enquêteur aux capacités très spéciales dans un futur devenu fou. SF, humour, policier sont au RDV!

- En même temps, toute la terre et tout le ciel de Ruth Ozeki. Un mystérieux journal intime emporté par un tsunami, une ado mal dans sa peau, une aïeule zen de 104 ans, un kamikaze japonais amateur de poésie, un suicidaire obsédé par le modus operandi parfait pour mettre fin à ses jours, imaginaire et réalité qui se mêlent... Ça sent le bon roman japonais à la Murakami comme je les aime! J'ai très hâte de m'y mettre!

- Yujin et Yujin de Lee Geumyi. Il s'agit d'un roman jeunesse coréen suivant deux jeunes filles portant le même nom et partageant un lourd secret. J'avais adoré Les Petits pains de la pleine lune de Gu Byeong-Mo dans la même collection et de la même origine. J'y retourne donc confiant avec cette chronique adolescente dans un pays méconnu en Occident.

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Cinq livres dont les couvertures sont les plus belles de mes trouvailles du jour selon Nelfe. C'est elle la photographe du couple, y'a pas à tortiller, elle seule réalise les clichés des posts dédiés aux acquisitions. Et puis, vous ne la connaissez pas, il ne faut pas la contrarier... Aie aie, pas taper!

 - La Tour d'ivoire de Henry James. Voila un livre considéré comme un classique outre-Manche et outre-Atlantique et que l'on retrouve évoqué dans nombre de romans que j'ai pu lire. Il s'agit une fois de plus d'une histoire de famille avec le retour au pays du fils prodigue qui ne se reconnaît plus dans les valeurs de sa patrie d'origine et qui va se heurter à des manigances cyniques de la part de vieux amis... Sacré programme en perspective!

- Du Miel pour les ours d'Anthony Burgess. C'est l'achat foldingue de ce craquage! On suit ici les aventures burlesques d'un couple occidental en voyage d'affaire en URSS: quiproquos, situations absurdes et humour déjantés sont annoncés en quatrième de couverture. Je suis bien curieux de lire ça! Cet ouvrage devrait sortir assez vite de ma PAL.

- L'Attentat de Harry Mulisch. Cinq épisodes de la vie d'un homme depuis un événement fondateur qui fait s'effondrer son univers: un attentat contre l'occupant allemand devant sa porte et le massacre de sa famille en représailles. À priori une très belle plume pour une histoire bouleversante.

- Le Pousse-pousse de Lao She. Petit voyage en Chine avant l'arrivée du timonier Mao en suivant le parcours chaotique d'un chinois lambda avec en fond une vision saisissante du petit peuple de Pékin et de ses us et coutumes. Un livre précédé d'une belle réputation sur lequel je fonde de beaux espoirs. Wait and see!

- Le Secret de la chambre jaune de Kafû et Akutagawa. Le Japon encore et toujours avec cette fois ci, deux courts textes érotiques présentés comme perturbants et sentant le souffre. Censurés lors de leur sortie dans les années 20 et vendus sous le manteau, c'est une raison supplémentaire pour tenter l'expérience. 

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Un petit ensemble désordonné pour continuer l'exposition des nouveaux adoptés:

- D'un bord à l'autre d'Armistead Maupin. Il s'agit de l'épisode 5 des Chroniques de San Francisco dont j'ai lu les trois premiers tomes il y a bien longtemps et dont je recherche les volumes manquants pour les lire d'une traite lors d'un été à venir. Que de bons souvenirs avec cette saga hors norme où personnages borderline et langue subtile capturent si bien une époque et un mode de vie! 

- Marcovaldo d'Italo Calvino. Une histoire bien barrée une fois de plus pour cet auteur que j'affectionne beaucoup, on suit les pérégrinations d'un pauvre hère entre aventures picaresques et surréalisme. Du Vian à la sauce italienne à priori, tout pour plaire donc!

- Le Neveu d'Amérique de Luis Sepulveda. Impossible de résister à cet auteur qui à chaque fois me charme par ses écrits entre naturalisme et prise de conscience écologique et humaniste. Ce titre est plus autobiographique nous contant une vie d'errances, de rêves et d'engagement.

- Les Lois de la gravité de Jean Teulé. Idem pour Teulé que j'adore, je tombai sur ce livre que je n'ai pas lu de lui. Et hop! Dans mon escarcelle! Tiré d'un fait divers réel, retour sur une femme meurtrière qui veut dénoncer son crime avant la prescription de celui-ci. À la fois intrigant et faisant écho au cas Jacqueline Sauvage tout juste graciée par notre Président.

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3 romans placés de près ou de loin sous le signe d'histoires qui rencontrent l'Histoire:

- J'ai épousé un communiste de Philip Roth. Roth est un grand auteur américain comme je les aime qui s'attarde ici sur la période sombre du maccarthysme et sa chasse aux sorcières. À travers le destin tragique d'Ira, ce roman rend justice à ces individus détruits par les événements qui ébranlent la trame même de nos existences. Tout cela sent le complot et les trahisons dans les cercles les plus intimes... J'aime déjà!

- Le Chemin des âmes de Joseph Boyden. C'est l'histoire d'un retour au pays suite à l'armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale d'un soldat amérindien, le portrait d'un homme brisé par le conflit qui va devoir recoller à la réalité et réapprendre à vivre le temps d'un voyage en canoë de trois jours en compagnie de sa tante. Je m'attends à de l'intimisme et à un texte forçant l'empathie, je vais préparer ma boîte à mouchoirs!

- Un Barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras. D'inspiration autobiographique, ce roman raconte l'histoire d'une famille de colons français en Indochine, une veuve devant s'occuper de ses deux enfants et lutter contre la fatalité qui semble s'abattre sur elle et les siens de manière régulière. J'avais adoré L'Amant du même auteur, j'ai hâte de pouvoir lire celui-ci qui s'y apparente clairement dans le contenu et la forme.

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Enfin pour terminer, 3 ouvrages de SF prometteurs:

- Hôpital nord de Jean-Pierre Andrevon et Philippe Cousin. Un livre à la quatrième de couverture bien étrange où l'hôpital décrit semble être le dernier endroit où il faut se rendre même en cas de nécessité absolue: expériences glauques, disparitions inquiétantes, cauchemars éveillés... J'ai pensé immédiatement à une série géniale initiée par Lars Von Trier lui-même. Je n'ai pas hésité plus d'une demi-seconde! 

- Stardust de Neil Gaiman. Un récit de fantasy d'un auteur que j'ai appris à connaître et à apprécier au fil des oeuvres lues. Le monde des hommes côtoie depuis des lustres celui des fées. Une fois tous les neuf ans, ces deux univers peuvent se rencontrer lors d'une foire. Cette fois-ci, tout ne va pas se passer comme prévu... Pitch classique, je compte sur Gaiman pour y apporter un éclairage et un style novateur.

- Le Fils de l'Homme de Robert Silverberg. Encore un auteur que j'adore et qui présente ici un livre à la quatrième de couverture très mystérieuse entre renaissance et découverte de soi par un homme anonyme dans un monde inconnu. Ça a tout l'air de proposer une expérience hors du commun!

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L'incartade de Nelfe : Regardez comme j'ai été raisonnable en comparaison avec Mr K... Hum... Je dois avouer que ma PAL fait aussi très peur et que de mon côté j'ai décidé de rester dans la mesure. Oui, je sais, c'est moche. La folie ça a du panache, la raison, c'est fade, mais que voulez-vous, c'est ça ou je dois aménager le sous sol de notre maison pour y faire rentrer tous nos livres alors on fait ce qu'on peut ! Bref ! Voici mes 4 petits nouveaux :

- Wilt 2, Comment se débarrasser d'un crocodile, de terroristes et d'une jeune fille au pair de Tom Sharpe parce que j'ai lu il y a peu le premier tome et que je me suis bien amusée. Ma belle-mère venait de me prêter celui-ci mais comme je souhaite me faire la saga dans son ensemble, le voici mien désormais !

- Wisconsin de Mary R. Ellis parce qu'avec moi quand tu mets les mots enfants, alcoolisme, guerre et saga familiale dans une quatrième de couverture c'est jackpot !

- Les Ailes de l'ange de Jenny Wingfield parce qu'avec moi quand tu mets les mots enfants, alcoolisme... Ah non mince ça je l'ai déjà dit ! Parce que les histoires d'enfances brisées, de cruauté et de courage face à l'adversité ça me met la larme à l'oeil et là y a du lourd...

- Les Dépossédés de Ursula Le Guin parce que ce titre là me disait quelque chose mais en fait je me suis trompée, il s'agissait du roman du même nom de Steve Sem-Sandberg. Dans ce dernier il est question de seconde guerre mondiale et du ghetto de Varsovie... Je crois que j'étais bourrée lors de cette virée à Emmaüs pour le confondre avec un roman SF. On ne se moque pas ! C'est pas grave, il a l'air bien quand même et puis au pire, il atterrira un jour dans la PAL de Mr K (comment ça, c'est de la triche !?)

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Au final, PAL explosée doublée d'une satisfaction sans borne d'avoir laissé libre court à mon instinct consumériste de base en manière littéraire. Une Nelfe ravie de ses trouvailles. À vous de continuer à nous suivre dans les mois (et années!) à venir pour recueillir nos avis aussi variés qu'éclairés!


samedi 19 décembre 2015

"Kuessipan" de Naomi Fontaine

kuessipanL'histoire : Kuessipan est le récit des femmes indiennes. Autant de femmes, autant de courages, de luttes, autant d’espoirs. Dans la réserve innue de Uashat, les femmes sont mères à quinze ans et veuves à trente. Des hommes, il ne reste que les nouveau-nés qu’elles portent et les vieux qui se réunissent pour évoquer le passé. Alors ce sont elles qui se battent pour bâtir l’avenir de leur peuple, pour forger jour après jour leur culture, leur identité propre, indienne.

La critique Nelfesque : "Kuessipan" est un roman étonnant. Des chapitres extrêmement courts, parfois composés de seulement 5 lignes, qui dépeignent autant de destinées de femmes indiennes. D'abord désarçonnée, j'ai décidé de me laisser porter et de lire ce roman comme un recueil de nouvelles.

Naomi Fontaine est innue, issue d'un peuple amérindien du Canada. Dans cette communauté, les racines sont très importantes chez ce peuple autochtone. Leurs terres leur appartient et n'ont jamais officiellement été cédées au Canada. Leur histoire est assez complexe et n'est pas décrite dans "Kuessipan". Si cela vous intéresse, il va falloir faire des recherches par vous-même car Naomi Fontaine s'attache uniquement ici à la façon de vivre des femmes indiennes, à leur quotidien, leur avenir, leurs espoirs...

Avec ce focus sur plusieurs familles innues, l'auteure nous donne plus à voir le ressenti des familles indiennes à notre époque. On s'attache moins dans cet ouvrage à leur quotidien matériel qu'à leurs croyances, leur respect de la nature, leurs principes... Le lecteur plonge dès les premières pages dans l'univers de cette peuplade, dans la sphère privée d'une famille, dans la tête d'une femme. On est ici dans l'infiniment intime et à mon sens la contextualisation manque au lecteur. A moins bien sûr d'être tout à fait au fait des évènements et des problématiques innues, il est difficile de comprendre les tenants et les aboutissants de chaque histoire. Cela aurait également pu être indiqué en note par le traducteur ou en annexe à la fin de l'ouvrage mais ce n'est pas le cas et c'est fort dommage.

Sans doute en passant à côté de tout un pan de l'intention de l'auteure, les destinées émouvantes défilent. Qui se soucie de l'avenir de ses enfants, qui pleure son mari ou un temps révolu, qui en appelle aux ancêtres pour tenter de comprendre un monde moderne si loin des valeurs indiennes... L'écriture est simple, les phrases sont courtes et les mots touchants. Les histoires s'égrainent comme autant de petits poèmes à la langue évocatrice et délicate.

Avec "Kuessipan", le lecteur n'est pas face à un ouvrage ordinaire. L'amour de l'auteure pour ses terres et son envie de partage transparaissent à chaque page. Un très bel hommage et une belle intention qui aurait résonné plus fortement avec une volonté d'instruire le lecteur sur les problématiques des innus au XXIème siècle.

lundi 9 novembre 2015

"UnAmerica" de Momus

unamericaL'histoire : Dieu, agent d'entretien dans un fast-food de Caroline du Sud, présente des signes d'Alzheimer. Revenant sur Son oeuvre, Dieu voit que tout cela est bon ; sauf l'Amérique. Heureusement, il n'est jamais trop tard pour une destruction créative. Lâché par Ses supers-pouvoirs, Dieu confie alors à Brad Power une mission : désaméricaniser l'Amérique.

La critique Nelfesque : Complètement emballée par la 4ème de couv' de "UnAmerica", j'étais ravie de découvrir ce roman de la Rentrée Littéraire du Serpent à Plumes. Je ne connais pas l'auteur, Momus, mais qu'importe ! Je me lance !

Et je me ramasse...

Qui est Momus ? Auteur-compositeur britannique, il est également blogueur et journaliste pour le magazine Wired (merci Wikipédia). Avec une trentaine d'albums à son actif, il est très fertile côté musique. Côté littérature en revanche, "UnAmerica" est un de ses rares romans traduits en français. Celui-ci, présenté comme un roman plein de références mythologiques, littéraires et pop, m'est passé à 4.000 au dessus de la tête. Dans le côté délirant et burlesque, je n'ai vu que branlette intellectuelle et délires d'un "artiste". Et j'ai souffert énormément. Comme jamais j'avais souffert en lisant en fait...

Le début de "UnAmerica" est prometteur. Dieu n'en peut plus de l'Amérique. Tout le débecte dans cette nation dixit égoïste, impérialiste, menteuse et Jean Passe. Alors pour se venger, et surtout remettre les pendules à l'heure, il décide de la "désaméricaniser", de lui faire perdre son statut d'Etat tout puissant et de revenir en arrière. Pour cela, il a besoin d'un homme, Brad Power qui, accompagné de Ses 12 disciples, devra reprendre la mer pour faire le voyage inverse de la découverte du Nouveau Monde. Problème : Brad n'a pas une thune ! En plus des 12 disciples, il devra donc trouver du travail et tout mettre en oeuvre pour que le projet de Dieu soit couronné de succès.

Vous avez une envie folle de connaître la suite ? Moi aussi ! Quel speech ! Quelle entrée en matière ! Et en quelques pages, Nelfe a dégringolé de 15 étages et s'est retrouvée face la première sur la faïence glaciale de la désillusion (et au passage, je suis devenue poète...).

"Revenons à nos moutons. Lagopède, le mot, pas l'oiseau, me fait penser à "ptérodactyle", à "Michigan", à "souiller", comme dans la phrase : "Un ptérodactyle est arrivé dans le Michigan, souillé par le plus noir des meurtres !" A ce moment-là, je pense à la dactylographie, mot qui, en anglais, désigne la science qui étudie les empreintes digitales mais, en français, veut dire taper à la machine. Comme dans : "La dactylo française assassinée a échangé la dactylographie contre la dactylography". A ce moment-là, je frotte du jaune d'oeuf qui a séché sur un coquetier." (page 156)

(Et moi, à ce moment-là, j'ai l'ancéphalogramme plat d'une huître neurasthénique... Je songe au suicide...)

"Je passe un torchon sur ma vaisselle quand je songe à une phrase d'une chanson d'Elvis Costello : She's filing her nailes as they drag in the lake. Alors que je ne m'étais jamais posé la question, je comprends tout à coup que ça parle de policiers qui draguent le lac tandis que la femme se fait les ongles.
Mais pourquoi les policiers draguent-ils un lac au lieu de la dame ? Si tu as la réponse, Brad, écris-moi, s'il te plaît." (page 157)

(Ca y est, on m'a perdu !)

Il est très difficile d'écrire une chronique sur un bouquin que l'on a eu du mal à comprendre, que l'on n'a pas compris, que l'on ne comprendra pas. Le choix des mots, la narration, le style de l'auteur... Je n'ai adhéré à rien (ou presque (voir plus bas)). Je n'abandonne jamais une lecture. Question de principe. Je chronique toutes mes lectures ici et je m'y tiens. Mais je peux te l'avouer lecteur, heureusement que "UnAmerica" ne fait que 191 pages sinon j'y aurai laissé ma santé.

Bon malgré cela, et entre deux moments de coma, il faut bien avouer que les critiques de l'Amérique sont savoureuses et Momus n'y va pas avec le dos de la cuillère. Mais, il était acquis que la sobriété n'est pas la came de cet auteur. Dans cette Amérique, les employés doivent payer leurs patrons pour travailler, le vendeur rivalise d'ingéniosité pour faire payer au client le moindre "service" dès qu'il passe la porte du magasin... Les valeurs d'humanité sont ici complètement bafouées à tous les niveaux et Dieu a bien raison de vouloir remettre les compteurs à 0 !

L'auteur a déclaré : "Chaque jour j’écris un chapitre. Je suis installé dans un fauteuil, avec un clavier connecté et le texte écrit est projeté sur un mur. Comme mon corps est relaxé, mon esprit aussi est léger. Je ris quand j’écris." Ben voilà ! En fait j'aurais dû brancher le rétroprojecteur et fumer un bon gros pétard pour m'ouvrir l'esprit ! Parfois, ça tient à peu de choses...

Cet avis n'engage que moi et à la lecture de critiques dithyrambiques sur cet ouvrage, je ne doute pas que Momus trouvera ses lecteurs et les ravira de ses élucubrations. Pour ma part, vous connaissez mon avis : FUYEZ PAUVRES FOUS !

mardi 27 octobre 2015

"Quiproquo" de Philippe Delerm

Quiproquo DelermL'histoire : Un journaliste du Nord de la France part en reportage dans le Sud-Ouest. Il quitte "la brique sombre qui s'attache si bien les soirs à bière, les petits matins de pluie et de mélancolie" et découvre, "la lumière de la brique rose, le vert profond des pins et des cyprés, le vert pâle des peupliers". Notre reporter va peu à peu se laisser gagner par une torpeur immobile. Quand, soudain, sur cette tendre scène bucolique, le Quiproquo Théâtre va poser ses tréteaux. L'homme de plume va endosser un nouveau rôle, saltimbanque, et découvrir derrière les masques la tragi-comédie de la vie.

La critique Nelfesque : Voilà un petit ouvrage que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire. Philippe Delerm est un de ces auteurs des petits bonheurs du quotidien, des petits clins d'oeil de la vie, ceux que l'on voit si on le veut bien, ceux qui réchauffent le coeur par leurs souvenirs. Dans la famille Delerm, j'aime le père, la mère et le fils, chacun bien ancré dans cette culture du temps qui passe, de la nostalgie et de la valeur de la moindre petite seconde et des petits détails. Pour "Quiproquo", je demande le père et ces 86 pages lues un soir de grand vent sur une fin d'été encore chaude.

Après un petit passage près de Périgueux ("Le conducteur avait un accent pur rocaille venu de Périgueux" (salut la famille !)), l'histoire de "Quiproquo" se déroule dans un petit village d'Aquitaine, Camparoles, en plein coeur de l'été. Avec ce jeune journaliste en plein questionnement existentiel, le lecteur fait la connaissance de Maria, Stéphane et Alicia. Une famille de saltimbanques qui est tombée amoureuse de ce village et a décidé d'y monter le Quiproquo Théâtre. Certains montent sur scène, d'autres restent en cuisine, des amis s'occupent des lumières... Le Quiproquo est un lieu de rencontre au coeur de ce tout petit village du Sud-Ouest.

Au fil des pages, on sent la convivialité des longues soirées d'été, la chaleur du soleil sur notre peau, le vent dans les arbres près de la rivière. Le lecteur prend le temps de vivre et suit le héros ordinaire de ce lire dans son chemin vers la quiétude et finalement son changement de vie.

Quand un homme découvre son lieu de vie idéal, l'adopte et s'y installe. Un éveil à la vie qui met du baume au coeur du lecteur. Une écriture simple et fluide, comme l'histoire proposée ici. Un moment de vie fait de bonheurs et de peines, l'amour, le deuil... Une évidence.

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lundi 26 octobre 2015

"Journal d'un caméléon" de Didier Goupil

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L'histoire: Le XXIème siècle sera bipolaire Après une rupture amoureuse, Cosme Estève, peintre de son état, se retrouve pour un délai indéterminé dans un établissement spécialisé. Armé de sa seule boussole, il erre dans les couloirs labyrinthiques à la recherche du fumoir pour se griller une énième cigarette. Le dédale n’est pas seulement géographique il est aussi mental. Au fil du périple, qui le replonge dans son passé et la genèse de sa vocation, il aura la confirmation de ce qu’il pressentait : ils sont nombreux à cohabiter à l’intérieur de lui-même. Pour endosser les différentes identités qui s’agitent en lui, il n’aura d’autre solution que de devenir caméléon.

La critique de Mr K: L'occasion m'a été donné de découvrir Journal d'un caméléon paru au Serpent à plumes qui m'a de suite intrigué par le pitch de sa quatrième de couverture: artiste maudit, hôpital psychiatrique, l'amour et encore l'amour… Autant de thèmes qui m’interpellent et qui m'intéressent réunis dans la même œuvre! Ce n'est pas beau ça? J'avais adoré la lecture de Vol au dessus d'un nid de coucou (et sa géniale adaptation par Milos Forman au cinéma) et apprécié le film de Maurice Pialat sur Van Gogh, vous en avez un croisement littéraire de fort belle facture ici avec un court roman original dans sa construction et diablement addictif une fois que l'on a pénétré dedans.

Le récit commence dans un hôpital psychiatrique. Cosme Esteve, peintre d'origine catalane y est interné suite à une rupture amoureuse très douloureuse avec sa maîtresse du moment. Artiste multi-forme, homme à femme, voyageur, amateur de cuisine et de fête, à travers des flashback et des errances dans les couloirs de sa prison du moment, Didier Goupil dresse le portrait d'un homme complexe qui se révèle être bien vivant et proche de l'auteur (c'est un ami à lui). Étrange mélange de fiction et de réalité, l'ouvrage possède un charme certain entre portrait intimiste et une certaine vision du monde qui transparaît ici ou là.

Ce livre, c'est donc avant tout le portrait d'un homme amoureux de la vie et de l'Art. L'auteur balaie large et rentre même dans les alcôves de la vie privée de son ami. Rien ne nous est épargné par exemple sur ses atermoiements amoureux avec ses deux femmes officielles successives et ses nombreuses aventures. Ce côté "artiste" branchouille n'est pas ce qui m'a le plus plu chez lui, bien au contraire, je ressentais de l'agacement face à ces marivaudages incessants. Instable, bipolaire surtout, Cosme Esteve traverse la vie par périodes allant de la félicité la plus totale à des moments bien plus sombres qui culminent avec son internement. C'est l'occasion pour l'auteur de dresser en filigrane un état des lieux des institutions psychiatriques et des pratiques en vogue en la matière dans notre pays (vous verrez ce n'est pas très reluisant). Clairement, ces passages sont l'occasion pour le héros de réfléchir à sa vie, à l'existence humaine de manière générale ("Le Siècle des Lumières avait voulu l'individu, le XXIème siècle l'avait fait. À la perfection. Nous étions tellement des individus que nous étions désormais seuls au monde" page 96). J'ai été profondément touché par certains passages, une émotion palpable à chaque page entre richesse du propos, originalité provoquée par le point de vue de l'interné et quelques touches plus décalées de bon aloi qui permettent de redescendre la pression pour quelques pages.

Journal d'un Caméléon s'est aussi cela: des passages plus drôles, plus tendres aussi, reflet d'une vie aux multiples facettes qui donne son titre à l'ouvrage. Pour traverser cette vie, le peintre s'est mué en caméléon. Pour ses pannes de créativité, ses dévissages psy, ses problèmes de cœur, ses voyages, Cosmo Esteve change de personnage, d'identité et continue son petit bonhomme de chemin bon gré mal gré. Il se dégage alors une folie douce, un destin hors du commun qui se joue des conventions et des règles comme on peut s'y attendre de la part d'un artiste d'ailleurs. On s'accroche donc à ce personnage et à tous ceux qui gravitent autour de lui notamment ses deux femmes, alchimies mêlées de la figure de la mère et de l'amante. Loin des clichés, les relations entre personnages sont ici très réalistes, fidèle à la réalité même si cette dernière est quelques peu altérée par la maladie mentale dont souffre le héros.

Il faut un certain temps pour rentrer dans l'ouvrage. Il m'a fallu une trentaine de pages pour me faire une idée nette du personnage et des principes d'écriture mis en œuvre par Didier Goupil. Loin d'être linéaire, la trame s'apparente à un gigantesque puzzle entre carte mentale du personnage et déroulé plus classique de sa vie. Le style de l'auteur est à la fois alerte et exigeant, sans lourdeurs inutiles et par là même très accessible. Les interrogations de départ laissent peu à peu la place alors à la curiosité et à l'empathie. On passe un très bon moment et on s'étonne d'en être arrivé si vite à la fin tant le temps s'écoule rapidement. Une belle et profonde expérience de lecture que je ne peux que vous conseiller.

mardi 25 août 2015

Acquisitions estivales multiples

Ensemble

Le début de l'été est une période propice aux destockages en tout genre, ce fut le cas notamment dans deux bibliothèques municipales de par chez nous. En apprenant ces événements à venir, Nelfe s'est vue investie d'une mission quasi sacrée chez nous: compléter nos PAL avec d'éventuelles affaires à ne pas manquer! Pour info, je n'étais pas là lors de ses petits craquages ce qui explique pourquoi ils sont restés plutôt relatifs! Voici un petit tour d'horizon des acquisitions qui vont venir rejoindre nos réserves à lire!

Poulpe

C'est ainsi que ma douce a pensé à moi en me ramenant trois volumes de la série du Poulpe que je n'ai toujours pas lu. Ceux qui nous suivent depuis un certain temps savent que j'affectionne tout particulièrement les aventures de Gabriel Lecouvreur et de sa coiffeuse de copine. On peut dire que je suis gâté avec ici tour à tour une enquête sur des militaires français ayant sévi au Rwanda, le meurtre épouvantable d'un immigré dans les beaux quartiers de la capitale et l'assassinat d'une jeune femme naviguant dans les sphères de l'aéronautique à Toulouse. Beau programme en perspective!

autre

- 1275 âmes de Jim Thompson: Petite trouvaille nelfesque qui s'apparente à un roman bien noir, mâtiné de policier. La quatrième de couverture sent le souffre et le pétage de plomb d'un shérif au bout du rouleau. Ça promet de dépoter et Nelfe m'a confié qu'elle avait bien hâte de le lire!

- L'École d'impiété d'Alexandre Tisma: Petit recueil de nouvelles sur la seconde Guerre mondiale qui m'attire beaucoup étant friand de récits courts à l'occasion (Nelfe ne pratique pas trop, préférant les romans). Intimisme et monstruosité de la guerre semblent se mêler dans ce livre dont j'ai eu des échos très positifs! Qui lira, verra!

- L'Homme aux yeux de napalm de Serge Brussolo: Nelfe n'a pu s'empêcher de me prendre un Brussolo tant elle connait mon goût pour cet auteur prolifique à l'oeuvre très variée. Il s'agit de SF ici avec une rencontre du troisième type qui se déroule très mal. Traque impitoyable, mutations inquiétantes, imagerie et mythes de Noël revus par l'auteur... Je suis bien curieux de lire ça!

- Anthologie officielle des Utopiales 2010: Chaque année, nous allons aux Utopiales de Nantes et à chaque fois j'hésite à prendre le recueil de nouvelles SF qui sort pour l'occasion. Nelfe m'a dégoté celle-ci avec notamment comme auteurs conviés pour l'occasion Vincent Gessler, Peter Watts ou encore Thomas Day et Iain McDonald. La thématique retenue est la notion de frontière, je pense que l'aventure sera au RDV. Affaire à suivre!

Lire

Enfin, la mistinguette s'est trouvé quelques vieux exemplaire du magazine Lire (ici janvier, mars et mai 2013) auquel elle s'est d'ailleurs abonnée très récemment. En plein rush de la Rentrée littéraire, il est parfois bon de revenir en arrière et trouver des idées de lecture dans des romans déjà sortis il y a quelques temps. Il n'y a pas que les nouveautés, les petites pépites sont partout, ce n'est pas une course! M'est avis que l'état de sa PAL ne va pas s'améliorer!

Bon ben, vous pouvez vous rendre compte que malgré mon absence c'est encore ma PAL qui va le plus grandir! Au choix Nelfe remplit à merveille ses devoirs conjugaux ou alors elle cherche à me torpiller! La réflexion reste ouverte...