mardi 7 août 2018

"Quiproquo" de Philippe Delerm - ADD-ON de Mr K

qiuproquoJ'ai déjà lu et chroniqué cet ouvrage le 27/10/15. Mr K vient de le terminer et de le chroniquer à son tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de la mienne.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "Quiproquo", ça se passe par là.

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mercredi 27 juin 2018

"De l'odeur de l'encre" de Lisa Barel

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L’histoire : Il ne suffisait pas de vouloir, il fallait se donner les moyens. Quelque chose bougeait de l’intérieur, quelque chose vivait de plusieurs manières. Ça voulait tout et ça ne savait pas trop comment l’atteindre. Je me laissais guider, entreprendre par la chose. En moi, ça bougeait. Personne ne pouvait se douter à quel point. Personne ne pouvait se douter que c’était peut-être grave. Car, en effet, c’était grave. Ça voulait tout, ça voulait surtout. Je savais ce que ça voulait et je n’y pouvais rien. Ça bougeait, voilà. On n’y avait vu que du feu. Un jour, il serait trop tard.

Ce second roman relate le destin troublé d’une femme amoureuse et sensible aux prises avec des traumatismes de l’enfance. On suit ses escapades à vélo, on lit ses lettres et on vit son quotidien à l’hôpital psychiatrique. A la fois combative et fragile, elle nous entraîne dans sa lutte contre ses démons et nous déclare que malgré la maladie c’est encore le sentiment amoureux qui se distingue de tout.

La critique de Mr K : Chronique d’un objet littéraire non identifié aujourd’hui avec De l’odeur de l’encre de Lisa Barel sorti au début du mois aux éditions du Serpent à plumes. L’auteure nous propose une plongée sans concession dans l’esprit d’une femme amoureuse qui sombre dans la folie criminelle. Livre très étrange où elle brouille les pistes à travers différents points de vue, on passe un moment à la fois étrange et fascinant.

L’héroïne anonyme est malade. Perturbée, confuse et totalement décalée avec la réalité, elle raconte ce qu’elle vit et ressent. Le parti pris de l’écrivain est particulier car tour à tour on passe d’un récit à la première personne très immersif à un récit plus distancié qui permet de se faire une idée plus précise du personnage. On navigue dans le flou tout du long tant on passe du coq à l’âne, d’une focalisation à une autre et d’un sujet à un autre. C’est très réussi même si c’est déstabilisant. Au final, cela dresse un portrait ultra-réaliste d’une personne diminuée mentalement qui tente de survivre avec plus ou moins de réussite. Angoissant au départ puis franchement inquiétant, on explore sans fard l’évolution du personnage qui vire très vite à la folle furieuse qui trucide à tout va, guidée par ses pulsions de mort mais aussi d’amour. Malheur à celles et ceux qui croisent sa route et ont tendance à passer de vie à trépas.

Personnage complexe, tantôt attachant, tantôt repoussoir, on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec elle. En quête d’amour et de reconnaissance, elle n’est pas forcément consciente de ses tares et de ses limites. Cela donne des passages touchants où le pathétique se dispute à la curiosité morbide. En effet, on glisse progressivement vers l’innommable avec un personnage qui se transforme littéralement, quittant les berges de la morale établie pour nous embarquer dans une contrée sauvage où plus aucune limite n’est posée. C’est fulgurant voir choquant par moment mais totalement brut et d’une force impressionnante. On prend des coups et on se prive pas pour en redemander. De l'odeur de l'encre est un livre pour maso assumé !

Je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer cet ouvrage qui ne ressemble à rien d’autre (la narration et la langue méritent vraiment le édtour) et propose une expérience totale au lecteur. Si vous avez le cœur bien accroché, courrez-y !

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samedi 12 mai 2018

"La Joie de vivre" de Thomas Bartherote

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L’histoire : Un homme se lève et va acheter une baguette de pain. Quoi de plus simple, de plus banal ?

Sauf que notre héros souffre d’un mal peu anodin. Comme tout individu, cet homme est le centre du monde. Narrateur, il nous fait partager son corps, ses moindres mouvements, ses sentiments et impressions. Le lecteur se trouve ainsi embarqué dans le point de vue du héros. Il évolue par lui et en lui, à la façon d’une caméra subjective, comme dans un jeu vidéo.

Le chemin vers la boulangerie est une souffrance infinie. Chaque seconde est décortiquée, vécue comme une succession de décharges atomiques.

La critique de Mr K : Quand j’ai soif de sensations nouvelles en terme de lecture, je me tourne souvent vers les éditions du Serpent à plumes qui proposent régulièrement des ouvrages différents, des voix dissonantes dans le chœur fourni de la production littéraire. On peut dire qu’avec La Joie de vivre de Thomas Bartherote, ils font très fort dans le domaine. Dérangeant tout autant qu’étrange, voila un livre qui ne laissera personne indifférent et qui s’apparente à un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié).

Jeune auteur de 33 ans originaire du sud-ouest (preuve en est qu’il évoque à un moment une chocolatine, les initiés comprendront -sic-), Thomas Bertherote nous livre un premier roman brut de décoffrage qui met en avant un curieux personnage nous racontant un acte banal entre tous : aller à la boulangerie pour s’acheter une baguette. Si ça, c’est pas un pitch qui fait rêver, je ne m’y connais pas ! Bien évidemment, ce point de départ n’est qu’un prétexte pour pénétrer dans la psyché plus que torturée d’un être à part, isolé du reste du monde, à l’écoute du moindre détail de son corps et de son environnement immédiat.

Disons-le tout de suite, cet ouvrage ne plaira pas à tout le monde. Il est en effet plus que rare de pouvoir se confronter à un parti pris aussi extrême que l’axe de narration conservé durant les 150 pages de ce petit livre âpre, languissant et totalement branque. Le titre ironique renvoie à un personnage vraiment décalé, accro aux sensations et aux stimulis qu’il perçoit à tout instant. Un personnage aussi qui apparaît très vite comme dénué de sentiments propres, de désirs clairs (Sheldon sort de ce corps !). On pourrait presque penser qu’il ne se résume qu’à une machine biologique branchée sur automatique sur laquelle vient se superposer un esprit perturbé, apeuré, obsédé par ce qu’il perçoit et exempt de toute grille de lecture sociale, le fait étant qu’il fuit tout contact avec les être humains. Oui, oui, je sais, le gars est vraiment attirant et charismatique -sic-.

La première partie de La Joie de vivre se déroule dans sa chambre-appartement et on assiste à son lent réveil, son passage aux WC et sa douche. Tout y est décortiqué avec un luxe de détails rare mais qui pourrait horripiler les moins patients des lecteurs. Les textures, les odeurs, les mécanismes, les réactions épidermiques, les couleurs... tout, absolument tout est passé au crible de son esprit obsessionnel et malade. Dès lors, si l’on veut l’accompagner et aller au bout de sa lecture, il faut lâcher prise, se laisser guider uniquement par les sensations éprouvées par ce personnage ubuesque et accepter de ne pas tout saisir et de partager une expérience hors norme.

Antisocial par excellence (il sait garder son sang froid à priori...), le héros n’aura pas ou peu de rapports avec le reste du genre humain. Cela donne lieu à des scènes bien délirantes quand il sort enfin de son logement-cocon et qu’il donne à voir l’image d’un être définitivement perdu et fragile. On est touché alors en plein cœur et pris par la maniaquerie exacerbée du personnage. On se demande bien ce qu’il va bien pouvoir se passer une fois son périple accompli, car pour lui, traverser la rue s’avère être une véritable odyssée. Plus la lecture avance, plus on est happé par ce souffle intimiste d’une rare puissance qui touche tout autant qu’il bouleverse nos schémas de lecture habituels.

En terme de qualité littéraire pure, on est clairement ici face à un exercice de style. Amoncellement de pensées internes, pas forcément reliées entre elles, on peut passer du coq à l’âne très facilement. La structure mentale du héros étant plus que précaire, il en va de même de ses pensées et donc du récit les relatant. Il faut un bon temps d’adaptation et une grosse envie de lecture pour tenir le choc tant ce dernier est important. De ce chaos décousu ressort au final un portrait atypique et une expérience de lecture aussi fascinante qu’unique en son genre. À chacun de se laisser tenter ou pas...

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mardi 13 mars 2018

"L'Empire du mensonge" d'Aminata Sow Fall

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L’histoire : Au Sénégal, trois familles partagent une cour. Cette cour est un véritable Eden où ils partagent les repas, des joies et les peines, les longues discussions et les récits des ancêtres.

Quand la famine frappe, les familles se dispersent et les enfants grandissent avec le lointain souvenir de leur paradis perdu. Et le temps passe. Mais peu à peu ces mêmes enfants se retrouveront et parviendront à recréer une nouvelle cour commune, une nouvelle île édénique remplie d’espoirs.

La critique de Mr K : Voici un court ouvrage de 133 pages qui fait son petit effet. Grande romancière sénégalaise, je découvre Aminata Sow Fall avec L’Empire du mensonge, un ouvrage qui fait la part belle à l’humanisme, l’éducation sous toutes ses formes et l’apologie de l’entraide et de la sincérité. Inutile de vous dire que ça fait du bien dans ce monde de brutes qui nous envoie régulièrement des signaux plus que négatifs où avidité et individualisme ont bien souvent été érigés comme des vertus cardinales. Entrez avec moi dans une autre vision du monde venue d’un continent trop souvent décrié mais qui réserve un océan de sagesse à qui sait bien observer...

Roman de la contemplation et de la vie en même temps, ce roman nous conte le destin de nombreux personnages qui gravitent de près ou de loin autour d’une cour qui rassemble tous les dimanches des êtres épris de fraternité et de discussions. Ici on parle de tout et de rien, pas de sujets tabous et les gens simples s’improvisent philosophes, conteurs ou simples spectateurs à la recherche de savoir et de distraction. Autour d’un bon repas et du traditionnel thé, on échange, on se cherche, on se titille même parfois quitte à se prendre la tête. Il en ressort toujours un élément positif, une idée, un concept ou une graine à faire germer pour donner de beaux fruits.

Bien que profondément ancré dans une culture et un lieu bien précis, il se dégage de ce récit une universalité bienvenue. Au centre de tout l’éducation et de prime abord celle des parents à leurs enfants avec la nécessité de transmettre en priorité des valeurs de partage, d’écoute et de bienveillance teintée de non violence. Dans un monde livré à l’incurie de certains extrémismes (religieux et économiques), l’individu se doit de se préparer, à l'aide d’une culture riche et d’un esprit critique à toute épreuve, face à la montée des périls : le règne de l’apparence et de l’égocentrisme, le consumérisme et le capitalisme sauvage qui en découlent, la négation de l’autre par la volonté d’imposer sa volonté et ses idées par tous les moyens. Il y a l’école aussi, trop souvent réservée à une élite en terres africaines avec un effort essentiel à donner pour scolariser les filles. À ce propos, on a un très bel exemple de réussite dans le livre avec trois jeunes filles bien différentes les unes des autres et qui chacune réussissent à leur manière dans la voie qu’elles ont choisie.

Que ce soit les hommes corrompus que l’on trouve à la tête des états africains et le détournement des fonds humanitaires, les entreprises occidentales et maintenant orientales qui continuent de piller les richesses africaines ou encore le progrès technologique qui d’une certaine manière déshumanise les populations au nom du sacro-saint confort personnel mais nous fait parfois oublier l’essentiel, l'empire du mensonge est triomphant. Loin de condamner toute avancée, l’auteur à travers ses personnages nous pousse à réfléchir sur notre rapport à l’autre, aux relations sociales qui s‘étiolent énormément en occident et dont les effets arrivent aussi de l’autre côté de la Méditerranée malgré des traditions sociales fortes dans le domaine de la vie en communauté. Dans un ton apaisant et militant (il y a du Aimé Césaire dans les mots et le phrasé de cette auteure), convoquant tour à tour les croyances, les coutumes, les rêves et désirs de chacun mais aussi le règne naturel ; Aminata Sow Fall sacralise les idéaux de paix et de solidarité entre les êtres.

You may say I am a dreamer but I am not the only one disait Lennon dans une de ses chansons les plus célèbres. Voici un ouvrage profondément utopique, bienveillant, baigné dans une langue profonde, gouleyante et solaire qui porte le lecteur vers un ailleurs béni. Certes ce n’est qu’un rêve, les hommes n’ont pas une belle nature selon moi mais cet ouvrage réveille des ardeurs enfouies depuis longtemps dans mon cœur, cette envie de croire qu’un monde meilleur est possible pour tous les hommes de bonne volonté. Un bijou éclairant et éclairé que je vous invite à découvrir au plus vite.

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jeudi 15 février 2018

"Animal boy" de Karim Madani

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L’histoire : Alex, dans le Paris de la lose, sur fond d'attentat au Bataclan. Alex a été témoin de l'horreur le soir du Bataclan, mais va savoir pourquoi, dans son délire de junky en manque, il va raconter aux flics le soir-même qu'il est un rescapé, qu'il a tout fait pour sauver cette fille qu'on a retrouvée dehors, dans ses bras. Et il va s'enfoncer dans son répugnant mensonge, jusqu'à la noyade.

La critique de Mr K : Nouvelle sortie marquante au Serpent à plumes avec un livre-choc, un roman noir sous fond de dope et de punk rock avec en arrière plan les attentats du 13 novembre. Lecture fulgurante, électrisante, les qualificatifs ne manquent pas pour parler d’un roman qui m’a énormément plu ainsi que chamboulé. Suivez moi dans les pas d’Alex et de sa fuite en avant...

Le héros, si on peut le caractériser ainsi, est un camé dernier niveau. Totalement addict et polytoxicomane, il traîne sa vie comme un boulet avec l’impression d’avoir raté le coche. Le 13 novembre 2015, il est devant le Bataclan n’ayant pu y rentrer, refoulé par l’agent de sécurité chargé de vérifier les entrées. L’impensable arrive et une jeune fille gravement blessée s’écroule dans ses bras et s’y endort définitivement. Interrogé par la police au Quai des orfèvres, Alex va s’imaginer survivant de l’attentat, un rescapé revenu de l’enfer et ayant essayé de porter assistance à la jeune fille. Peu à peu le mensonge va grossir et au fil du temps, malgré les conseils et invectives de Charlotte sa compagne, il s’enferre dans son déni de réalité, suit les avis non éclairés d’un vieux copain de zonzon et va sans s’en douter sceller le sort de bien des personnes et franchir le rubicon.

C’est bien simple, on est pris de suite dans le récit qui commence dare-dare le soir des événements. L’engrenage se met très vite en place ne laissant aucune latitude au lecteur pour se reposer, la tension est immédiate, palpable et totalement sans issue. La logique ici est absente car on rentre dans la tête et on suit les actes d’un toxicomane en manque total de repères et de sens moral commun. La drogue, les galères, le chômage, les rêves évanouis, les expériences malheureuses qui ressurgissent peuplent le quotidien d’Alex, un jeune homme détruit par son passé et sa propension à faire les mauvais choix et, comme on peut le voir au fil du récit, à se laisser influencer. Tantôt touchant, tantôt effroyable dans sa manière d’agir et de penser, le personnage fascine, on aime à suivre ses errances, ses choix et les quelques flashback qui émaillent la trame principale et éclaire le propos général.

Individu repoussoir mais non dénué d’humanité, à travers sa vie, ses erreurs et ses essais de rédemption, l’auteur pointe avec cynisme et talent les travers de notre société : la surpopulation carcérale et ses effets désastreux, la violence quotidienne de la société envers ses marginaux, la non-intégration de tout un pan de personnes laissées sur le bord de la route de notre démocratie. C’est fulgurant, franc et direct comme un coup droit bien asséné au bon moment. Très rock and roll dans sa manière d’écrire, la forme est en parfaite adéquation avec le fond, fournissant une écriture nerveuse, teintée d’urgence, de mélancolie et de désespoir. Certains diront que ce n’est pas de la grande littérature, je dirais plutôt qu’on est ici face à un cri, à un brûlot nécessaire et totalement sincère et sans fard. J’aime ce caractère jusqu’au-boutiste et cette vision partagée sans chichis et sans artifices. Ça me parle et me touche, bref ça me plaît !

Flirtant avec du Despentes ancienne période, je me retrouve en terrain connu et apprécié avec des personnages charismatiques, sombres et machiavéliques par moment. Lou le meilleur ami est un modèle du genre jouant tour à tour sur la menace et les sentiments pour mieux mener sa barque. J’ai aussi eu un gros coup de cœur pour Charlotte la copine d’Alex qui tente par tous les moyens de s’en sortir (la désintox notamment) et d’entraîner dans un nouveau sillage vertueux son amour d’Alex qui se trouve partagé entre cette liberté à portée de main et la possibilité de se faire de l’argent facile en s’enfonçant dans le mensonge. Tortueux est le chemin de chacun ici et même si certaines situations sont extrêmes, on retrouve l’idée qu’une vie humaine n’est qu’une suite de choix et de conséquences directes ou indirectes. Très bien construits, les destins se mêlent, se séparent et aboutissent à un final épouvantable dans son genre.

Je n’en dirai pas plus pour ne pas lever le mystère mais sachez qu’il est impossible de relâcher Animal boy avant la dernière phrase. Les 225 pages de l’ouvrage se découvrent avec un plaisir sans cesse renouvelé. Malgré un background et des situations peu ragoûtants, on sent une grande délicatesse de la part de l’auteur pour les aborder, les développer et apporter un éclairage certes thrash mais totalement construit et bien mené sur notre époque et les âmes perdues que l’on peut croiser à l’occasion. Vous l’avez compris ce roman m’a fait grand effet et rentre dans ma collection privée de petits classiques en puissance qu’il faut découvrir si le courage et l’envie vous prennent de vous approcher au plus près de la barbarie et du désespoir. Une perle noire comme on en croise rarement !

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dimanche 14 janvier 2018

"Prière pour ceux qui ne sont rien" de Jerry Wilson

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L’histoire : Un ex-taulard qui se planque sous un sapin, une maritorne qui vit dans ses déjections, un décati chaleureux qui agonise dans un mobil-home, un alcoolique qui se pisse dessus en secouant un pénis imaginaire, tels sont les âmes errantes des parcs publics de boise, Idaho.

Swiveller les connaît tous. Éboueur et philosophe, il arpente chaque jour les parcs et réserves de la ville pour nettoyer les traces les plus improbables d’une humanité composée de buveurs de bières, de vin ou d’effroyables distillations personnelles. Il témoigne entre drôlerie et tendresse du génie éternel des clochards célestes de l’Idaho.

La critique de Mr K : Attention chef d’œuvre ! Ce petit ouvrage de 170 pages et un vrai petit bijou : brut de décoffrage et à la fois poétique. La quatrième de couverture de Prière pour ceux qui ne sont rien m’avait pourtant prévenu, avec Jerry Wilson, on se retrouve au carrefour de Steinbeck et Bukowski, deux auteurs que j’affectionne beaucoup. Force est de constater que les références ne sont pas mensongères et qu’il est impossible de relâcher ce livre avant de l’avoir terminé, happé que nous sommes par ces récits hauts en couleur qui provoquent des émotions multiples et contradictoires.

L’auteur nous invite a suivre quelques tranches de vie partagées par son double Swiveller, garde municipal de parcs publics dans l’Idaho, à Boise plus exactement. Jour après jour, il est chargé de nettoyer les lieux des déjections et détritus les plus divers, allant de canettes de bières vides aux étrons les plus ragoûtants, en passant par des mégots et l'exécution de menues réparations nécessaires à l’entretien des structures dispatchées dans le parc (toilettes, espaces barbecue, jeux pour enfants...). Il est amené à côtoyer la lie de l’humanité, toute une horde de laissés pour compte-SDF qui survivent bon gré mal gré dans ces espaces verts. Des liens se créent et l’employé municipal ne se contente pas d’exercer ses fonctions, il écoute, apprécie et aide ces homeless qui ne le laisse pas indifférent, lui que la vie n’a pas épargné non plus.

Ce livre est d‘abord une plongée sans fards dans l’envers du décor du rêve américain. Derrière le modèle de réussite et l’idée que chaque homme peut se faire lui-même et accéder à la réussite, se cache une pauvreté parfois extrême, l’exclusion de tout un pan de la population qui ne rentre plus (ou n’est jamais rentré) dans les bonnes cases. À la manière d’un Steinbeck, ce livre est un témoignage, un cri d’engagement pour dénoncer les inégalités criantes du système US qui peut générer des cercles vicieux implacables où chacun peut glisser lors d’un moment de faiblesse. Perte d’emploi, divorce et ses complications, alcoolisme peuvent entraîner une lente et irrémédiable descente en enfer avec pour terminus le parc public de Boise en ce qui nous concerne aujourd’hui.

Et nous en croisons des destins et des vies brisées dans ce court ouvrage qui condense à merveille pour mieux exposer les difficultés rencontrées par une marge non négligeable d’américains. Ces damnés de la terre sont frustres, parfois repoussants, forts en gueule, désespérés mais ils vivent comme ils peuvent avec l’énergie du désespoir. C’est l’aspect Bukowski de ce livre qui nous donne à voir sans tabou et avec une langue bien rêche parfois les délires d’alcooliques, les engueulades débridées, les éléments de la survie du quotidien avec son lot d’embrouilles et de système D, les détails scabreux de la vie intimes de ces clochards asservis par la vie. On passe vraiment par une palette large d’émotions allant du rire au drame le plus atroce car ici rien n’est exagéré ou artificiel, on respire le parfum de la vie, sa puanteur, son angoisse sourde et sa difficulté. On relativise pas mal sur sa propre condition face à tant de malheurs.

Le héros n’est ni plus ni moins qu’une projection de l’auteur qui a eu une vie bien remplie avec notamment un nombre incalculable d’activités menées dont concierge, ouvrier dans une usine de traitement des eaux usées, routier, ouvrier en bâtiment jusqu’au poste de garde forestier pour les parcs municipaux de Boise, où il a rencontré les futurs protagonistes de son roman. Ce parcours atypique explique le réalisme crû et bouleversant de cette Prière pour ceux qui ne sont rien, une ode à la liberté mais aussi une charge sans concession contre l’Amérique pronée par Trump, entre révolte et ton pathétique.

D’une lecture aisée, très agréablement découpé en chapitres courts se concentrant sur des tranches de vie brutes, ce roman fait passer un moment déroutant et enrichissant au sein de cette faune interlope, miroir négatif de cette Amérique qui s’est rêvée grande à nouveau mais se ridiculise et s’affaiblit dans le monde depuis plus d’un an. Un ouvrage essentiel dans son genre, rude et poétique, une expérience assez bluffante que je vous invite à découvrir au plus vite !

http://cafardsathome.canalblog.com/archives/2018/01/14/36047267.html

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vendredi 12 janvier 2018

"Comme le cristal" de Cypora Petitjean-Cerf

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L’histoire : Lisette et Ada sont deux cousines. Lisette aime lire et Ada a tout le temps mal quelque part. Lisette rédige des notices fleuries, pimpantes, pour des brochures commerciales, Ada travaille pour une grande surface et est amoureuse du pharmacien. Elles s’entendent comme chien et chat, comme le chaud et le froid ; et entre elles, il y a Franz.

En août 1988, alors qu’ils écoutaient Powerslave d'Iron Maiden, Franz a embrassé sa cousine Ada sur la bouche. Si elle ne s’en souvient plus, lui ne l’a jamais oublié et l’aime encore de cet unique baiser partagé.

Et puis il y a le canapé de leur enfance. Un matin il est posé devant chez Franz, quinze ans après sa disparition dans un camion-benne. Après quelques jours il disparaît à nouveau. Avant de réapparaître. Et encore.

La critique de Mr K : Comme le cristal est le premier ouvrage que je lis de Cyphora Petitjean-Cerf qui a le vent en poupe et a reçu pas mal de critiques élogieuses de divers horizons. Parfois comparée à Anna Gavalda que j’aime beaucoup, je me laissais tenter par cette sortie littéraire du Serpent à plumes, une maison d’édition qui ne m’a jamais déçu. Malgré un démarrage difficile, ce fut encore une fois une belle lecture avec son lot d’émotions variées et un plaisir de lecture optimum.

Je vous parlais d’un début de lecture compliqué car les personnages sont d’un premier abord assez détestables, pénibles et irritants dans leur genre. On a tout d’abord du mal à s’accrocher à eux, à les apprécier et vouloir poursuivre un petit bout de chemin avec eux. Handicapés des sentiments, ressentant une solitude profonde, ils semblent passer à côté de leur vie amoureuse pour diverses raisons. Franz est un ours mal léché qui vit reclus dans sa tanière tout à sa passion d’apiculteur et de métalleux (un intégriste fan d’Iron Maiden). Ada, sa cousine, est une hypocondriaque obsessionnelle dernier degré qui travaille comme responsable du rayon lingerie de l’hypermarché du coin et voue une fascination sans borne à son pharmacien attitré. Enfin, Lisette est une crème, la bonté incarnée d’une niaiserie sans borne, toujours prête à aider les autres sans jamais vraiment s’occuper d’elle. D’autres personnages gravitent autour du trio : une boulangère à bout de souffle qui ne supporte plus son jeune fils (des passages bien thrash et fun), une jardinière haute en couleur, un pharmacien et un chef d’agence immobilière qui semblent inaccessibles aux deux cousines.

Peu à peu, la mayonnaise prend et l’on va comprendre les rapports parfois étranges qui les unissent et l’évolution radicale prise par certains personnages. Il est question de frustration par exemple, d’un souvenir vivace qu’on ne peut effacer et qui refait sortir des émotions perdues depuis longtemps et des questions commençant par la si pratique formule Et si, j’avais... Le poids de l’éducation, des habitudes de famille qui construisent l’individu, le façonnent et peuvent parfois le faire dévier vers des comportements outranciers (Ada en est un très bel exemple). C’est aussi avec Lisette un beau focus sur la peur de l’autre, de ce qu’il pense, l’angoisse de mal faire avec un stress qui peut nous tétaniser lorsque l’on se met trop la pression. Nos personnages principaux ont tous du mal à gérer leur vie à leur manière, ils ont des soucis en terme de sociabilisation et d’estime de soi. Ce qui au départ peut s’avérer troublant voir irritant en devient touchant quand on apprend à mieux les connaître. Un beau tour de force que ce roman à ce niveau là qui fait la part belle à la réflexion sur soi, l’introspection mais aussi aux blocages qui nous empêchent par moment d’avancer.

Comme élément déclencheur, un apport fantastique étonnant avec un canapé qui apparaît et disparaît. Il a fait partie de la vie des cousins pendant leur jeunesse et son retour impromptu (Comment ? Pourquoi ?) va réveiller des choses, remuer le passé et peu à peu agir sur la vie si millimétrée des personnages engoncés dans leurs certitudes et leurs habitudes de vie. D’abord fugace l’effet va prendre de l’ampleur et emporter très loin Franz, Ada et Lisette ainsi que le lecteur totalement pris par cette histoire en apparence simpliste mais qui s’avère profonde et émouvante à souhait. Délire hallucinatoire ? Farce ? Coup monté ? Quoiqu’il en soit, ce canapé a un rôle de catalyseur et va permettre aux principaux personnages de progresser et de tendre vers un avenir meilleur.

D’une lecture aisée, très rapide, la langue épurée de prime abord gagne en densité comme les multiples couches d’un mille-feuilles que l’on se prend à déguster lentement. Le ton est juste, plein d’humanité dans sa complexité. Les rapports humains sont ici purs et simples dans leur grande variété et nous renvoient bien souvent à des situations que l’on a pu connaître. Tristesse, humour, cynisme se mêlent pour donner une lecture unique et assez bluffante dans son genre. L’année 2018 commence décidément très bien !

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vendredi 27 octobre 2017

"Les Anciennes nuits" de Niroz Malek

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L’histoire : A Alep, un écrivain consulte un cardiologue car son cœur s'emballe. Le médecin lui diagnostique une hypertension psychologique et lui conseille d'écrire le soir pour calmer ses angoisses. Dès la nuit suivante, l'homme s'installe dans son bureau, écrit ses premiers mots et laisse surgir des pages toutes les vies de sa chère cité.

La critique de Mr K : C’est à une bien étrange lecture que je vous convie aujourd’hui avec Les Anciennes nuits de Niroz Malek, auteur récompensé en 2016 par le Prix Lorientales pour Le Promeneur d’Alep. Roman s’inspirant du fameux Mille et une nuits, cet ouvrage déconcerte énormément et vous demandera une force de concentration importante, notamment pour vous engouffrer dans ce récit à tiroirs où les contes s’enchâssent entre eux. Au final, on en ressort plutôt déstabilisé mais heureux de cette expérience vraiment différente.

Tout commence pas un banal rendez-vous chez le médecin. Le patient a le cœur qui s’emballe et ces palpitations l’inquiètent grandement, lui qui pratique régulièrement le sport et mange sainement. Son affection est d‘origine nerveuse selon le thérapeute qui lui conseille alors d’écrire pour expulser les mauvaises ondes et pulsions qui l’habitent. Mais voila, pas facile de retrouver l’inspiration quand celle-ci n’est plus aussi fertile qu’auparavant. Peu à peu, face à sa page blanche, des récits vont venir à lui et entraîner le lecteur dans la magie des contes entre philosophie, érotisme, politique et onirisme dans un mélange des genres borderline et hors du commun.

Nous sommes ici à dix mille lieues des images de la Syrie que nous connaissons. À part quelques rares passages se déroulant à notre époque (sans aucune référence d’ailleurs au contexte actuel de guerre civile et de terrorisme larvé), le lecteur navigue dans l’imaginaire fertile de cet écrivain. Et même si on peut se demander à l’occasion si ce mal ne vient pas justement de la situation terrible dans laquelle se trouve son pays et sa ville (les images d’Alep détruite hantent les écrans médiatiques), Niroz Madek s’attache à décrire sous forme de contes orientaux les rapports humains, la hiérarchie patriarcale, les croyances ésotériques et l’amour charnel à la mode syrienne.

On voyage beaucoup sur les terres arides et les espaces verdoyants d’un pays riche de sa culture et des rapports entre les personnes. Sultans, mendiants, voyageurs, commerçants, jeunes et vieux, hommes et créatures mythiques (dont les fameux djinn !) vivent de grandes aventures qui au-delà du surnaturel, du bizarre et du cruel racontent l’homme, sa nature et sa condition. Amours contrariés, découverte du sexe, rites de passages, malédictions en tout genre peuplent des histoires qui s’emboîtent entre elles, le conteur racontant l’histoire d’un autre conteur racontant une autre anecdote ou légende. Difficile dans un premier temps de réussir à suivre le rythme et à faire le rapprochement entre ces récits qui s’entrechoquent, s’opposent et se complètent (quelques indices chiffrés émaillent les chapitres et paragraphes mais honnêtement ça ne m’a pas du tout aidé au départ !). Je me suis surpris à parfois revenir en arrière pour bien saisir le sens et la portée des propos rapportés. Une fois le coup pris et l’esprit adapté à cette étrange approche littéraire, c’est un pur délice.

La langue au départ ésotérique (surtout dans sa structure) se fait ensorcelante, d’une légèreté et d’une poésie rare, l’auteur aime sa matière et ses personnages. On ne peut plus dénombrer les passages envoûtants avec de belles pages sur l’amour physique, de très belles descriptions de femmes et l’exposition d’enjeux qui dépassent les simples protagonistes de l’histoire en cours. On en apprend donc beaucoup sur les traditions du Moyen-Orient mais aussi sur nous-même à travers des thèmes universels qui touchent chacun d’entre nous.

Ce livre ne plaira sans doute pas à tout le monde, il nécessite je pense un temps d’adaptation, une ouverture d’esprit et parfois même de l’abnégation. Mais quel bel écrin et quelle richesse de contenu une fois que l’on a ouvert cette boite à histoires. Une très belle expérience, riche d’enseignements et de plaisir de lecture. À chacun de tenter l’expérience ou pas.

dimanche 10 septembre 2017

Craquage littéraire estival

À l'occasion de la visite prolongée d'une amie de Nelfe à la maison courant août, nous lui avons fait visiter notre petit coin de Paradis entre plages, vieilles pierres, Festival Interceltique et gastronomie bretonne. Lectrice régulière de notre blog, elle a émis le souhait innocent (sic) d'aller faire un tour chez notre cher abbé... Vous connaissez ma faible capacité de résistance à l'idée d'aller visiter ce lieu de perdition très bien achalandé, Nelfe étant elle-aussi tentée... en deux temps trois mouvements ; nous voila partis ! Voici le résultat de cette visite imprévue mais une fois de plus fructueuse. Jugez plutôt !

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(Ne sont-ils pas beaux les p'tits nouveaux ?)

N'est-ce pas un beau craquage des familles ? Je vous l'accorde, on a fait pire (surtout moi) mais franchement, il était impossible de résister. Au final, voici une sélection une fois de plus variée et riche en promesses de plaisirs littéraires. Voici un petit tour d'horizon des nouvelles acquisitions du Capharnaüm Éclairé qui vont rejoindre leurs aînés sur les rayons de nos PAL respectives. Suivez le guide !

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(C'est toujours un bonheur certain de dégoter des ouvrages publiés chez Actes Sud)

- Monde clos de Christos Chryssopoulos. Une bien curieuse trouvaille que ce roman polyphonique nous parlant d'une cité périphérique à travers les destins et vies des habitants des lieux entre rêve, tragédie et sublime au détour de leur quotidien. La couverture et le résumé m'ont séduit de suite et en allant zieuter sur le net, les avis parfois très positifs m'ont conforté dans mon choix. Je suis bien curieux de voir ce que cela va donner.

- Les Arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann. Ce roman d'un jeune auteur allemand narre la rencontre entre le grand explorateur Von Humboldt (croisé pour ma part lors de mes études d'Histoire) et le prince des mathématiques Gauss. À priori, les échanges entre les deux génies de leur temps font des étincelles et couvrent les réussites et échecs d'une vie humaine. Véritable phénomène littéraire dans son pays d'origine, j'ai hâte de me faire ma propre opinion sur cet ouvrage.

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(La meute des ouvrages publiés chez Le Livre de poche)

- Les Ritals et Bête et méchant de Cavanna. Le hasard fait que j'ai pu me procurer deux des trois volumes constituants l'autobiographie de Cavanna. C'est un personnage qui m'a toujours fasciné et qui à priori à eu une vie passionnante en dehors de la sphère publique. Il ne me reste plus qu'à trouver Les Russkoffs et je pense m'atteler à la lecture de la trilogie d'une traite. Sinon j'aurais peur d'être frustré.

- L'Apiculteur de Maxence Fermine. Décidément mes pas croisent beaucoup Fermine cette année et quel ravissement de tomber sur le présent ouvrage. Un extrait était au coeur de l'épreuve de français du DNB l'année dernière et j'adore cet écrivain qui est capable de nous transporter très loin avec une économie de mot incroyable. Je me le réserve pour le début d'année prochaine pour me le garder au chaud, ayant lu Opium cet été (la chronique est prête et sera postée dans le mois après les sorties de la Rentrée littéraire).

- Mémoires de mes putains tristes de Gabriel Garcia Marquez. Un ouvrage dont je ne connaissais même pas l'existence avant de tomber inopinément dessus : il y est question d'amour charnel, de tendresse, le tout enrobé d'humour selon les avis que j'ai pu consulter depuis. Le genre de recettes qui me plaît et qui conforte cet achat compulsif s'apparentant au départ à un coup de poker. Quoiqu'avec cet auteur, je ne prenais pas un grand risque...

- Une Maison de poupée d'Henrik Ibsen. J'ai eu l'occasion de parcourir quelques extraits de la présente pièce féministe lors de lectures de manuels de BAC pro. J'avais été saisi par la modernité du verbe et la profondeur des propos, c'était l'occasion rêvée d'approfondir cette première approche en lisant l'oeuvre intégrale. Qui lira verra, mais je n'ai aucun doute sur la qualité de l'oeuvre et de sa portée.

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(Mégamix foireux de titres inclassables)

- Souvenirs de la troisième guerre mondiale de Michaël Moorcock. Tout petit recueil de nouvelles dont deux inédites en France, je n'ai strictement aucune idée du contenu de cet ouvrage que j'ai adopté de manière purement instinctive. Mon choix a été seulement guidé par mon amour profond pour mes lectures précédentes de l'auteur et un titre accrocheur en diable. Wait and read !

- La Danse du bouc de Douglas Clegg. Petit craquage purement sadique avec un ouvrage mettant en scène un professeur complètement branque qui rêve de dégommer les élèves indélicats qui auraient la mauvaise idée de mal se comporter durant ses cours. Du fantasme à la réalité, il n'y a qu'un pas qu'à priori le personnage principal franchit allègrement. Ça a l'air furieusement gore cette affaire, m'est avis que ça devrait me plaire ! 

- Johnny chien méchant d'Emmanuel Dongala. J'ai entendu beaucoup de bien de ce roman se déroulant au Congo et mettant en scène des adolescents plongés trop tôt dans l'âge adulte à cause de guerres absurdes récurrentes dans cette région du monde. Le livre a l'air assez furieux dans son genre, sans doute thrash mais aussi porteur de sens et d'humanité. 

- L'Ile de Robert Merle. Enfin, dernier ouvrage pour moi avec ce roman d'aventure maritime écrit par un auteur talentueux que j'admire énormément. C'est typiquement le genre de lectures qui m'ont fait aimer les livres et m'ont fait voyager dans l'imaginaire très facilement étant plus jeune. On n'est pas loin de la Madeleine de Proust là...

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(Vous avez vu ? Nelfe n'a jamais autant trouvé d'ouvrages à son goût !)

- La Promesse des ténèbres de Maxime Chattam. Malgré ses déconvenues avec les derniers titres parus de l'auteur, Nelfe a décidé de retenter sa chance avec un ouvrage plus ancien de Chattam en espérant retrouver les très belles sensations de lecture qu'elle avait éprouvées lors de sa lecture enthousiaste de la Trilogie du mal.

- Le Charme discret de l'intestin de Giula Enders. Voila un ouvrage qui a fait grand bruit lors de sa sortie et dont Nelfe a entendu le plus grand bien. Comme à la maison nos entrailles ne nous laissent pas forcément toujours en paix (sans mauvais jeu de mot), il était temps de prendre le taureau par les cornes ! 

- Pas de pitié pour Martin de Karin Slaughter. Un ouvrage qui a fait de l'oeil à ma douce lors de sa sortie, elle s'était dit alors qu'à l'occasion d'un chinage, elle pourrait l'acquérir. Le hasard faisant bien les choses, c'est désormais chose faite ! Ne reste plus qu'à attendre sa chronique.

- Scintillation de John Burnside. À priori, un ouvrage bien noir, sur l'amitié entre adolescents. Il n'en fallait pas plus à Nelfe pour se laisser tenter car c'est son triptyque magique en terme de thématique de lecture. Gageons qu'elle ne soit pas déçue !

- En attendant Babylon d'Amanda Boyden. Enfin, un coup de poker provoqué par une couverture attirante, une histoire intrigante se déroulant à la Nouvelle-Orléans avant l'ouragan Katrina et une maison d'édition que Nelfe affectionne énormément. M'est avis que celui-ci va lui plaire aussi.

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Voili voilou, on est très mal ! Tout ça à cause de l'indélicatesse de la copine de Nelfe qui a donc participé passivement (mais a participé tout de même !) à l'effrondement total de tout espoir de rédemption pour nous et notre PAL qui atteint désormais une taille gigantesque et se mute de plus en plus en une deuxième bibliothèque. C'est grave docteur ?

lundi 21 août 2017

"Leçons de grec" de Han Kang

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L’histoire : Au cœur du livre, une femme et un homme. Elle a perdu sa voix, lui perd peu à peu la vue. Les blessures de ces personnages s’enracinent dans leur jeunesse et les ont coupés du monde. À la faveur d'un incident, ils se rapprochent et, lentement, retrouvent le goût d'aller vers l'autre, le goût de communiquer.

La critique de Mr K : Retour en terres asiatiques aujourd’hui avec ce roman coréen tout juste sorti en ce mois d’août pour la rentrée littéraire. C’est ma première lecture de cette auteure qui a atteint une renommée internationale avec son précédent roman La Végétarienne (Prix 2016 du Man Booker International Prize). La lecture de la quatrième de couverture de Leçons de grec promettait beaucoup notamment une exploration en profondeur de deux êtres que la vie a cassés et qui vont essayer de rebondir. Promesse tenue largement pour un livre extrêmement lent dans son développement et envoûtant par sa forme.

Lui est professeur de grec ancien et il perd la vue. Il le sait depuis désormais un certain temps mais les prémices de la cécité totale commencent à se faire ressentir. Personnalité plutôt solitaire, c’est un intellectuel épris d’érudition et de linguistique. À travers ses cours, il veut apporter à ses élèves (inscriptions libres et non rattachée à un cursus particulier) sa technique, l’analyse fine de textes anciens et le goût des bons mots. En parallèle, c’est un homme terrifié à l’idée de se retrouver plongé dans des ténèbres perpétuelles, or il ne trouve personne à qui se confier, personne en tout cas qui réussisse à l’écouter et l’entendre.

Elle vient au cours de grec ancien. Studieuse et appliquée, elle ne parle plus depuis des années. Après une séparation difficile avec son mari, la perte de la garde de son enfant, elle aussi se retrouve seule et déboussolée. Elle s’interroge beaucoup sur les raisons de cette aphasie, elle tourne et retourne dans sa tête des scènes du quotidien, des souvenirs et flashback la mettant en scène en famille ou avec des amis. Une éclaircie apparaît dans cette brouille généralisée, les cours de grec qui la séduise par leur rigueur et leur portée philosophique.

Ces deux là étaient donc bien fait pour se rencontrer. Cela se fait très lentement et par étapes, Han Kang se plaisant pendant les 2/3 du livre à suivre chacun d’entre eux dans sa vie intime. Comme le peintre avec ses pinceaux, c’est par petites touches successives et pas forcément reliées les unes aux autres que l’on aborde ces deux personnages à la psyché torturée : souvenirs d’enfance traumatisants, échec d’un mariage, incompréhension face à certaine situation, peur du handicap et de l’inconnu, difficultés familiales mais aussi des moments fugaces de bonheur et de satisfaction. Peu à peu, nos deux personnages prennent de la hauteur, une densité certaine. On se prend d’affection pour eux, on compatit à leurs peines et leurs fêlures, l’empathie fonctionne à plein régime.

Puis vient le moment de réunification qui s’apparente clairement à un état de grâce où auteure mêle très habilement poésie en vers libre et narration plus classique. On change alors de registre, le récit décolle vraiment vers des ailleurs différents, moins balisés où les sensations et émotions ressenties subrepticement jaillissent du livre et prennent en otage le lecteur désarçonné. Tous les éléments précédemment abordés se font écho, l'auteure propose un dernier quart d’ouvrage vraiment bluffant, très profond en terme d’analyse des motivations de chacun et finalement, une histoire universelle sur la reconstruction de soi grâce à l’Autre. C’est puissant, émouvant et source de nombreuses réflexions que l’on peut se faire sur sa propre vie et les rapports que l’on entretient avec ses proches.

Leçons de grec est donc une très belle lecture, très enrichissante et très agréable même si je dois bien avouer qu’être amateur de littérature asiatique aide beaucoup. En effet, on retrouve ce mélange très subtile entre écriture légère et aérienne avec une lenteur de rythme et une exploration profonde des motivations humaines. On aime ou on n’aime pas, personnellement j’adhère totalement et je vous confirme que dans le domaine ce roman est une vraie réussite. Avis aux amateurs !