samedi 25 juillet 2020

"À l'est d'Eden" de John Steinbeck

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L’histoire : Dans cette grande fresque, les personnages représentent le bien et le mal avec leurs rapports complexes. Adam, épris de calme. Charles, son demi-frère, dur et violent, Cathy, la femme d'Adam, un monstre camouflé derrière sa beauté, ses enfants les jumeaux Caleb et Aaron. En suivant de génération en génération les familles Trask et Hamilton, l'auteur nous raconte l'histoire de son pays, la vallée de la Salinas, en Californie du Nord. Pour cette œuvre généreuse et attachante, John Steinbeck a reçu le prix Nobel de littérature.

La critique de Mr K:  Grosse pression sur mes épaules à l’heure d’écrire cette chronique. Voila un auteur que j’adore et un titre qui m’a vraiment chamboulé. À l’est d’Eden de John Steinbeck était le dernier grand titre que je n’avais pas lu de cet écrivain, un classique pour beaucoup dont la réputation n’est vraiment pas usurpé. On peut parler ici davantage de possession que d’addiction tant le livre m’a happé, complètement subjugué par son propos et sa forme. Franchement, je ne suis pas sûr de m’en remettre...

On a affaire ici à une chronique familiale croisée avec un auteur qui suit le destin de deux familles distincts : les Trask et les Hamilton. L’ouvrage se déroule majoritairement dans la vallée de Salinas, en Californie du Nord, là d’où Steinbeck est justement originaire. Deux frères qui s'opposent dans leurs caractères mais qui s’aiment profondément, une femme née différente et qui se révèle terrifiante, deux enfants (deux frères encore) au parcours chaotique, un fermier aux terres stériles qui se transforme en inventeur de génie, un garçon devenu rapace de profession, des filles de joie qui contribuent à la paix sociale et en toile de fond, une époque en plein changement et une condition humaine toujours aussi rude pour les plus précaires. Voila plus ou moins les éléments de base de cette œuvre qui démarre instantanément et se déroule tambour battant durant plus de 690 pages.

L’équilibre est toujours instable durant le récit, on est constamment sur le fil du rasoir. Amours et haines se succèdent ainsi que les espoirs et les désillusions. L’auteur comme d’habitude n’épargne pas ses personnages qui encaissent les coups comme ils peuvent, certains se relevant, d’autres pas. On retrouve la plume si sensible et si précise de Steinbeck pour explorer les âmes et les livrer à nue, encore frémissante au lecteur. C’est parfois rude, les vérités ne sont pas forcément bonnes à dire et les aléas de la fortune peut se révéler désespérante par moment. L’empathie fonctionne à plein et comme la nuance est de mise et que chaque protagoniste révèle des facettes très différentes de sa personnalité, on tombe facilement dans le piège narratif posé par l’auteur. J’ai personnellement apprécié tous les personnages du livre, y compris la fameuse Cathy décrite comme un monstre mais qui au final laissera dévoiler une vérité touchante (qui n’excuse cependant pas son ignominie prononcée -sic-).

Derrière les rebondissements nombreux d’une saga familiale haute en couleur, la peinture de l’évolution de l’Amérique avec l’arrivée du progrès, le développement du capitalisme et l’irruption de la guerre en Europe, ce roman s’apparente à une gigantesque parabole sur la condition humaine et sur la complexité d’une existence. Steinbeck est un orfèvre en la matière et propose à bien des moments des réflexions plus générales qui nous parlent, nous éclairent et révèlent les mécanismes qui régissent notre espèce : la foi et la science, désir et besoin, nature et culture, la violence et la paix intérieure, les liens familiaux et les fractures psychologiques qui peuvent parfois en découler. C’est d’ailleurs sur ce dernier sujet que l'ouvrage m'a le plus touché avec cet extrait qui m’a marqué dans ma chair et que je conserverai je pense à jamais en mémoire :
Lorsqu’un enfant, pour la première fois, voit les adultes tels qu’ils sont, lorsque pour la première fois l’idée pénètre dans sa tête que les adultes n’ont pas une intelligence divine, que leurs jugements ne sont pas toujours justes, leurs idées bonnes, leurs phrases correctes, son monde s’écroule et laisse place à un chaos terrifiant. Les idoles tombent et la sécurité n’est plus. Et lorsqu’une idole tombe, ce n’est pas à moitié, elle s’écrase et se brise ou s’enfouit dans un lit de fumier. Il est difficile alors de la redresser et, même réinstallée sur son socle, des tâches ineffaçables dénoncent la chute passée. Et le monde de l’enfant n’est plus intact. Il se meut alors péniblement jusqu’à l’état d’homme. Steinbeck est un sage, un grand observateur de l’humanité au message universel à la limpidité bouleversante.

Et puis, il y a cette plume unique qui nous emporte littéralement, nous pénètre et ne laisse aucune chance de s’échapper. C’est beau, simple, on passe du quotidien le plus basique aux considérations les plus profondes avec une facilité déconcertante et un charme attractif d’une rare puissance. À l’est d‘Eden rejoint instantanément Des Souris et des hommes et La Perle dans le triptyque magique d’un auteur incontournable qui a une place toute particulière dans mon cœur. Quel chef d’œuvre ! Un immense coup de cœur pour un livre à lire absolument.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Tendre jeudi
- La Perle
- Des souris et des hommes

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mardi 30 juin 2020

"Une maison de poupée" de Henrik Ibsen

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L’histoire : Dans cette maison où la femme est et n'est qu'une poupée, les hommes sont des pantins, veules et pleutres.

Sans doute Nora incarne-t-elle une sorte de moment auroral du féminisme, alors qu'être, c'est sortir, partir. Et Ibsen, grâce à ce chef-d'oeuvre, accède au panthéon de la littérature mondiale. Mais si sa poupée se met, sinon à vivre, du moins à le vouloir, au point de bousculer au passage l'alibi de l'instinct maternel, c'est qu'autour d'elle les hommes se meurent. Ibsen exalte moins Nora qu'il n'accable le mari, l'avocat Helmer, ou Krogstad part qui le chantage arrive.

La critique de Mr K : Lecture particulière aujourd’hui avec un classique du théâtre : Une maison de poupée de Henrik Ibsen. Je ne suis vraiment pas un fan de lecture du genre, je préfère largement aller voir jouer une pièce que de la lire. J’ai aussi vécu des moments de lecture imposée assez épouvantables quand j’étais plus jeune. Pas de quoi aider à développer l’amour de la lecture d’un genre très codifié qui nécessite du lecteur qu’il s’adapte. Mais voila, lors d’un chinage, j’étais tombé sur cette pièce à la renommée certaine et le sujet m’intéresse au plus haut point. Pensez donc, une pièce féministe qui date du XIXème siècle et qui à l’époque avait fait scandale ! Bien des mois (années ?) après son achat, je décidai de tenter l’aventure et j’ai bien fait. L’ouvrage se lit très bien grâce notamment à une modernité de forme et de ton indéniable par rapport à sa date d'écriture.

Dans Une maison de poupée, nous suivons le Noël d’une famille bourgeoise norvégienne lambda avec comme personnage principal Nora, une épouse dévouée à son mari qui se réjouit de la récente promotion de ce dernier. On croise aussi le meilleur ami de la famille et une ancienne connaissance de la maîtresse de maison. Tout est bonheur et ambiance sirupeuse, jusqu’à l’arrivée d’un confrère du mari qui va semer la zizanie et renverser la situation. Le doute s’installe et quand le vers est dans le fruit... on peut s’attendre à une fin qui détone !

Cette pièce est avant tout une critique sans fard du patriarcat et du pouvoir des hommes sur les femmes. Même si le mari est un parfait père de famille qui fait tout pour subvenir aux siens, il devient vite horripilant par sa veulerie et sa façon d’infantiliser Nora à la moindre occasion (la transformant en poupée). Que ce soit sur son rôle d’épouse, de mère ou la question de l’argent, celle-ci est constamment rabaissée sans que l’homme de la maison ne s’en rende vraiment compte, ce qui rajoute à l’horreur de la situation. Tellement habituée à ce traitement, le personnage de Nora est lui aussi agaçant, elle passe même pour une femme vénale. Mais au fil de la lecture, on se rend compte que c’est plus la résultante d’un certain conditionnement que le trait de caractère d’une âme viciée. Cette ambiance idyllique mais moralement étouffante prend à la gorge et met en tension le lecteur contemporain.

Et puis, tout change. Les rapports de force se voient inversés. Un amoureux transi qui sort de sa retraite, un maître chanteur poussé par la nécessité et un modèle de la femme parfaite qui se fendille et l’explosion gagne le foyer. Ça met un peu de temps à se déclencher, c’est l’unique défaut de l’ouvrage. Il faut savoir être patient, ce qui n’est pas forcément mon fort, mais quand la mécanique s’enclenche, je peux vous dire que ça va loin et la fin est un modèle de drame. Sans rien révéler, sachez qu’elle va vraiment à l’encontre des clichés et de la morale ambiante. En cela l’auteur est assez révolutionnaire. Très réduite, la pièce qui ne compte que trois actes et peu de personnages, est un concentré d’émotions et de réactions humaines qui combinées entre elles donnent un spectacle vraiment fascinant et rude à la fois.

Une maison de poupée est un bel ouvrage critique sur le matérialisme, le machisme ambiant, la morale bien pensante et les apparences, la pièce se lit vraiment d’une traite et très facilement. Non versifiée, moderne dans son écriture (elle aurait pu être écrite récemment), on prend claque sur claque et la destinée du personnage principal donne vraiment à réfléchir. Le combat pour l’égalité homme femme est encore bien d’actualité et cette pièce en est un révélateur aussi puissant que prenant. Un très bon moment de lecture que je ne regrette à aucun moment d’avoir entrepris. Un vrai et bon classique !

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dimanche 28 juin 2020

"Seul à savoir" de Patrick Bauwen

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L’histoire : Jeune étudiante en médecine, Marion March tombe follement amoureuse du Dr Nathan Chess, spécialiste de la chirurgie des mains. Mais du jour au lendemain, il disparaît sans laisser de traces.

Quinze ans plus tard, Marion, devenue journaliste, n'a cessé d'aimer Nathan. Sur Facebook, un internaute, "Le Troyen", demande à être son ami, devenant de plus en plus menaçant. Il envoie alors à la jeune femme une photo de Nathan, puis une vidéo où l'on voit le chirurgien, blessé et visiblement prisonnier, demander son aide. Marion, terrifiée, décide d'obéir aux instructions du Troyen, qui la lance dans un sinistre jeu de pistes à travers les Etats-Unis. Pour elle, une seule chose compte : retrouver l'homme de sa vie.

La critique de Mr K : Je vous invite à découvrir un thriller lu à la fin mai avec la critique du jour de Seul à savoir de Patrick Bauwen. J’avais lu du même auteur L’Oeil de Caine que j’avais beaucoup apprécié, c’est donc sans hésiter que je décidai d’exhumer le présent volume de ma PAL où il résidait depuis déjà pas mal de temps. Bonne idée que j’ai eu là avec un roman qui n’a pas tenu deux jours tant l’addiction s’est révélée immédiate avec une sombre histoire de machination aux ramifications bien surprenantes.

Marion, notre héroïne, est assistante journaliste pour une baronne de l’info d’investigation bossant à France Télévision. Sa vie n’a rien de phénoménale et elle vivote plus qu’elle n’agit dans son existence. Un mystérieux contact qui devient vite menaçant, le fameux "troyen" évoqué en quatrième de couverture, va tout chambouler, la replonger dans son passé et la lancer sur les routes dans un jeu de piste qui tourne au jeu de massacre.

Courts chapitres, révélations à gogo et scènes plus enlevées que les autres sont au programme d’un page turner qui fait honneur au genre. Certes, on est en terrain connu mais qu’est-ce qu’on se plaît à suivre les pérégrinations de Marion ! Le personnage a du charisme, elle évolue beaucoup durant son parcours qui se révèle être un vrai chemin de croix. La jeune fille plutôt dépassée et dominée par sa patronne en début de roman va se muer en femme forte au fil des pages et ceci dans un processus psychologique bien rendu. Bon, il y a de grosses ficelles à l’œuvre je ne vous le cache pas mais l’ensemble se tient et ça marche. Et puis, les bad guy sont très bien réussis et de bons méchants sont toujours une valeur ajoutée non négligeable.

L’auteur sait doser le suspens comme personne, les fausses pistes se multiplient et je dois avouer que j’ai été bien surpris par les révélations finale : la nature du troyen, le destin de Nathan ou encore les liens véritables cachés derrière les apparences. Histoire d’amour avortée de manière violente, recherche médicale de pointe, intérêts éthiques et financiers incompatibles, la pègre et le FBI, se mêlent dans une histoire tordue à souhait qui fait de constants allers-retours entre passé et présent. L’ensemble ne vire jamais à l’indigestion, on se laisse driver tranquillement et malgré quelques invraisemblances (c’est souvent le cas dans ce genre), le plaisir de lire est bel et bien là.

L’écriture de Bauwen reste toujours aussi plaisante, simple et souple, il ne tombe pas pour autant dans la facilité (à part deux trois punchline un peu ringardes vers la fin). Les pages se tournent toutes seules avec un intérêt qui ne se dément jamais. C’est typiquement le genre de lecture à lire l’été pour profiter du beau temps et ne pas se prendre la tête. Un bon petit plaisir.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
-
L'oeil de Caine
- Le Jour du chien
- Les Fantômes d'Eden

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mercredi 15 avril 2020

"Les Vivants et les morts" de Gérard Mordillat

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L’histoire : Lui, c'est Rudi. Il n'a pas trente ans. Elle, c'est Dallas. Bien malin qui pourrait dire pourquoi tout le monde l'appelle comme ça. Même elle a oublié son nom de baptême... Rudi et Dallas travaillent à la Kos, une usine de fibre plastique. Le jour où l'usine ferme, c'est leur vie qui vole en éclats, alors que tout s'embrase autour d'eux.
A travers l'épopée d'une cinquantaine de personnages, Les Vivants et les Morts est le roman d'amour d'un jeune couple emporté dans le torrent de l'histoire contemporaine. Entre passion et insurrection, les tourments, la révolte, les secrets de Rudi et Dallas sont aussi ceux d'une ville où la lutte pour la survie dresse les uns contre les autres, ravage les familles, brise les règles intimes, sociales, politiques. Dans ce monde où la raison financière l'emporte sur le souci des hommes, qui doit mourir ? Qui peut vivre ?

La critique de Mr K : Quelle claque mes amis, quelle claque ! De Gérard Mordillat, j’avais déjà lu deux livres qui m’avait fait forte impression. Ces femmes là et La Tour abolie sont des ouvrages qui m’avait marqué par leur engagement et la force du récit. Les Vivants et les morts est de la même trempe, je dirais même qu’il leur est supérieur, sans doute parce qu’il est beaucoup plus réaliste dans son traitement, plus rugueux et que par bien des manières il m’a fait penser au très bon film En guerre qui m’avait traumatisé lors de notre passage au cinéma. Cette plongée dans un village touché de plein fouet par les déviances du système capitaliste ne laisse pas indifférent et l’on ressort sur les genoux de cette lecture à la fois poignante et passionnante.

Ce livre est un livre chorale, un livre-monde comme diraient les spécialistes. Au gré de trois grandes parties, subdivisées en tout petits chapitres qui n’excèdent jamais plus de cinq pages, on partage le quotidien de pléthore de personnages qui vont être confrontés de manière directe ou indirecte à la fermeture de l’usine locale qui fait vivre toute la communauté. Cette petite ville fictive, située dans l’est de la France (nous n’en saurons pas grand chose de plus) représente toutes ces localités et territoires désindustrialisés qui ont subi (et subissent encore) les effets délétères de la mondialisation et du capitalisme qui sacrifie les masses au nom de la sacro-sainte productivité et l’enrichissement démesuré de quelques-uns. Le portrait est glaçant, sans concession et propose une vision réaliste qui emporte tout avec elle.

L’humain est au centre de cet ouvrage qui, loin d’être hors sol ou dans la démonstration facile, nous propose une exploration de personnages très variés et souvent complexes. Jeunes ouvriers épris de justice au tempérament fougueux, vieux de la vieille qui n’ont plus beaucoup d’illusions, cadres naïfs qui vont vite se rendre compte que leurs supérieurs se moquent aussi d’eux, des instances supérieures cyniques, syndicats dépassés par leur base qui ne supportent plus leurs arrangements et concessions, la colère qui gronde et la répression étatique, une ville sur le point de mourir avec la fin de l’usine et une misère qui s‘installe partout, des couples qui se font et se défont, et la vie qui continue malgré tout avec son lot de joies et de drames. Le programme est vaste, le livre dense (830 pages tout de même !) mais la lecture est d’une richesse et d’une profondeur incroyable. Difficile de lâcher le volume tant l’auteur s’y entend pour accrocher le lecteur.

Les personnages sont d’une justesse de tous les instants. Jamais lisses, leurs destins sont exposés sans fard avec leur lot d’erreurs, d’hésitations et de grandes aspirations. L’humanité dans toutes ses contradictions est révélée par petites touches, assénées les unes après les autres et l’ensemble forme un tout cohérent, révélateur des liens qui se créent dans une communauté touchée de plein fouet par un grand malheur. Toutes les générations sont concernées, chacun réagit comme il peut, selon son caractère, ses motivations ou même ses croyances. Il est question de travail majoritairement mais pas que. Mariages, naissances, liens parents / enfants, projets d’avenir, les copains, les habitudes du samedi soir, la sexualité, le rapport aux autres sont autant de thématiques qui complètent la principale et enrichissent le roman qui prend une dimension impressionnante. On passe donc par toutes les émotions, on rit, on s’étonne, on est surpris, on pleure, on a envie de hurler et d’aller tout faire péter... Je peux vous dire que cette lecture met le cœur à rude épreuve et que l’empathie fonctionne à plein sauf si vous êtes réactionnaire de droite et / ou macroniste... dans ce cas là, passez votre chemin !

Les Vivants et les morts est aussi une charge d’une grande puissance sur les réalités que nous côtoyons depuis déjà trop longtemps. Les puissants qui n’ont cure des plus fragiles et ne pensent qu'à leur intérêt personnel, les puissances financières jamais inquiétées par les États dits démocratiques, la justice et les questions de morales, les médias aux ordres qui endorment la populace (les morts) pour mieux protéger l’iniquité du système ou encore les chiens de garde qui obéissent aux ordres et maintiennent le calme public / la paix sociale à coup de matraques. Le livre date de 2004 mais franchement durant toute ma lecture je pensais à notre pays aujourd’hui, pays où les tensions sociales ont grimpé en flèche, où la cohésion nationale n’existe plus, un pays désindustrialisé incapable de répondre aux demandes d’urgence en pleine pandémie... Mordillat, à travers cet ouvrage, nous en explique les mécanismes bien mieux que n’importe quel journaleux avide de scoop et de clash. Mordillat titille notre intelligence, nourrit notre libre-arbitre et au final réveille notre citoyenneté dans le sens noble du terme (les vivants).

Les Vivants et les morts est donc un incontournable dans son genre, un livre grandiose, vibrant, quasi incantatoire et ô combien nécessaire en cette période trouble. Un grand et gros coup de cœur que je vous invite à lire au plus vite.

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samedi 4 avril 2020

"Le Fantôme de Canterville" d'Oscar Wilde

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L’histoire : Une famille américaine achète un château hanté. Bruits de chaînes et taches de sang terrorisent la région depuis des siècles...

Mais que peut un pauvre fantôme contre le bon sens d'un homme d'affaires, les détachants super-actifs de sa femme et la malice des enfants, toujours prêts à lui jouer des tours ?

La critique de Mr K : Quitte à passer pour un iconoclaste, je n’ai guère apprécié Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. Pourtant tous les ingrédients étaient présents pour effectuer une bonne lecture mais la langue avait cruellement vieilli à mes yeux et avait gâté ma lecture. N’étant pas buté, je retente aujourd’hui ma chance avec Le Fantôme de Canterville dégoté lors d’un chinage, un recueil de trois nouvelles édité dans une édition jeunesse. Me voila rabiboché avec l’auteur tant j’ai apprécié cette expérience entre fantastique, humour et langue délicieusement fine.

La première nouvelle est donc celle qui donne son nom à l’ouvrage. Dans Le Fantôme de Canterville, un spectre condamné à l’errance est confronté à de nouveaux propriétaires venus d’outre-Atlantique. Mort depuis trois cents ans, on peut dire qu’il a de l’expérience dans le domaine de l’effroi mais le voila bien embêté face à une famille que rien ne semble effrayer. Il a beau essayer tous ces tours, rien n’y fait, ils ne crient pas, ne détalent pas en courant. C’est à n’y rien comprendre, tellement d’ailleurs que le fantôme commence à tomber en dépression ! Le Salut viendra de Virginia, la fille du couple qui va creuser la question et essayer de propulser l’âme errante dans un au-delà qui jusque là lui échappait... Ce texte est très malicieux, irrévérencieux envers le genre fantastique très en vogue à l’époque de Wilde. Rappelons qu’il date du XIXème siècle et son contenu est donc quasiment subversif et à l’opposé du genre à l’époque. Rondement écrit, sans lourdeurs et avec un sens de la caractérisation des personnages aigu, on passe un très bon moment entre émotion et rire. Certains passages sont d’une très grande délicatesse notamment le passage dans le jardin des morts où l’intrigue se dénoue et mène à un final touchant à souhait. La lecture débute bien !

On enchaîne ensuite avec Le Crime de Lord Arthur Savile, une nouvelle placée sous le signe de l’occultisme et du fatum implacable qui semble suivre le héros, un jeune lord à qui on a fait une prophétie des plus sombres lors d’une soirée mondaine ! En effet, il va commettre un meurtre ! Bien évidemment le diseur de bonne aventure ne lui a pas indiqué le nom de la victime, ni le lieu, ni le moment. Voulant préserver sa future épousée, il décide de passer à l’acte en préventive... Sauf qu’à chaque fois, le stratagème mis en place déraille ou ne fonctionne pas. La résolution du récit viendra de manière inattendue clôturant cinquante pages de haute volée. Belle réussite encore que cette nouvelle qui conjugue humour noir, romantisme et pied de nez à l’establishment, exercice dans lequel Oscar Wilde excelle. Là encore, les pages se tournent toutes seules et l’on prend un malin plaisir à suivre les déboires d’un héros totalement obsédé par son destin. La dernière nouvelle, Le Millionnaire modèle est plus anecdotique. Faisant une dizaine de pages, le personnage principal va voir dans son atelier un ami peintre et fait la connaissance d’un vieillard qui n’est pas ce qu’il semble être. Plus convenu, le récit est simplement plaisant mais pas inoubliable. Très classique en fait, il jure un peu avec les deux autres textes proposés, ne procure aucune réelle surprise et l’on retrouve malheureusement le style un peu ampoulé qui m’avait tant déçu dans ma première lecture d’un Oscar Wilde.

Pour autant, malgré une nouvelle finale décevante (mais très courte donc on limite la casse), ce recueil est vraiment à conseiller. Ces contes n’ont pas pris une ride, proposent un contenu tantôt effrayant, tantôt drôle avec en filigrane une critique acerbe de la société et des mœurs de l’époque. Il faut savoir pour cela comprendre les subtilités de la langue, aidés que nous sommes ici par un certain nombre de notes bien senties qui permettent d’éclairer certains sous entendus lourds de sens. Non senses, ironie cinglante et même quelques touches bien cyniques parsèment ces lignes qui emportent le lecteur dans une autre époque avec brio et un plaisir renouvelé. À découvrir si ce n’est déjà fait !


lundi 23 mars 2020

"Metro 2035" de Dmitry Glukhovsky

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L’histoire : Les gens ont besoin de héros, expliqua Homère. Ils ont besoin de mythes. Ils ont besoin de voir la beauté chez les autres pour rester eux-mêmes humains. Qu’est-ce que je vais leur raconter ? Eh bien... une légende. Celle d’Artyom. Un gars lambda, comme chacun d’entre eux, qui vivait dans une station excentrée : VDNKh. Je leur raconterai l’histoire de ce garçon qui traverse tout le métro, qui s’endurcit au combat, qui devient un héros et sauve l’humanité. Voilà l’histoire qui leur plaira. Parce qu’elle parle de chacun d’entre eux. Parce qu’elle est belle et simple.

2035. Station VDNKh. Artyom y est retourné vivre. C’est un héros brisé, obsédé par l’idée que c’est à la surface qu’est le salut de l’humanité. Les Noirs anéantis, un souvenir le taraude, celui de la voix qu'il a entendue sur une radio militaire, deux ans plus tôt, quand il était au sommet de la tour Ostankino avec les stalkers. Aussi, depuis son retour, remonte-t-il quotidiennement à la surface, escalade des gratte-ciel en ruines, pour tenter d'entrer en contact avec d'autres survivants. Tenu pour fou, la risée de certains, Artyom sombre peu à peu jusqu'à ce que l'arrivée d'Homère bouleverse la situation : le vieil homme qui n’a de cesse que d’écrire son Histoire du métro, prétend en effet que des contacts radio ont déjà été établis avec d'autres enclaves...

La critique de Mr K : Chronique d’un très beau cadeau de Noël aujourd’hui avec Metro 2035 de Dmitry Glukhovsky offert par ma chère et tendre. Avec les événements personnels qui se sont accumulés et le planning chargé qui en découle, j’ai du retarder cette lecture malgré une envie irrépressible de replonger dans cette saga qui m’a totalement séduit lors de mes deux précédentes lectures avec Metro 2033 et Metro 2034. C’est donc entre deux biberons et autres activités de néo papa que j’ai parcouru et dévoré les 768 pages de ce tome qui conclut le triptyque de manière logique et brillante.

On retrouve dans ce troisième tome Artyom l’antihéros qui m’avait tant plu dans Metro 2033. Célébré dans sa station comme un héros, celui qui a sauvé le métro des "Noirs" suite à une quête homérique à travers les couloirs du métro moscovite vit tranquillement avec sa compagne Anna entre tours de garde, fabrication d’électricité et culture de champignons (élément de base de la nourriture des troglodytes que sont devenus les habitants de l’ancienne capitale). Cependant une obsession le poursuit nuit et jour, celle de cette voix entendue sur les ondes à la fin de son aventure et qui prouverait qu’il y a des survivants à l’extérieur, des personnes qui comme les habitants du métro russe auraient survécu à l’apocalypse nucléaire qui s’est déroulé une vingtaine d’années auparavant. En tant que Stalker (aventurier et explorateur de la surface), il retourne tous les jours malgré la réprobation générale dans les ruines de Moscou pour essayer de capter un putatif signe radio qui avaliserait sa théorie d’une survivance possible du monde. En cela, il met clairement sa vie en danger avec les radiations qui affaiblissent son corps et son esprit lentement et irrémédiablement. Il passe pour un fou et comme Cassandre en son temps, il est condamné à ne pas être cru...

L’arrivée d’Homère, vieil homme croisé par le lecteur dans Metro 2034, un homme habité par sa mission de rédiger une Histoire du métro à la manière des vieilles chroniques médiévales, va bouleverser la routine d’Artyom et le pousser à partir à nouveau en quête de réponses. Sacrifiant sa vie de couple qui est déjà bien fragile, abandonnant les siens dont Soukoï son père adoptif, le voila de nouveau en errance dans un monde souterrain plus dangereux que jamais. Les factions antagonistes, les mutants et autres éléments hostiles pullulent et derrière tout cela, un grand secret se profile au gré des pages qui finissent par aboutir à une révélation pour le moins sensationnelle qui remet tout en cause et va rabattre définitivement toutes les cartes soigneusement jouées par l’auteur depuis le premier volume. Je peux d’ores et déjà vous dire que la chute est vertigineuse que ce soit pour nous ou pour Artyom !

Avec Metro 2035, Glukhovsky enrichit encore le background de l’univers foisonnant qu’il a crée. On explore davantage le monde extérieur avec notamment une expédition vers une mystérieuse base avancée. Pour autant, on retrouve aussi énormément d’éléments vus précédemment, de groupuscules fréquentés souvent pour le pire par le héros. À commencer par le Quatrième Reich et la Ligue Rouge, des extrémistes qui essaient de pousser leur avantage lors d’actions spectaculaires. Deux ans se sont déroulés depuis Metro 2033 et les rapports de force ont évolué. Artyom s’en rendra vite compte, devra composer avec chaque camp pour progresser vers son but tout en s’arrangeant avec la morale élémentaire. À de nombreuses reprises, il sera le témoin d’horreurs et d’exécutions qui mettent à mal ses certitudes et ses croyances. En cela, cet ouvrage dépeint merveilleusement bien les logiques de pouvoir et de manipulation des masses, sans concession et avec un réalisme crû. On ressort forcément fortement ébranlé de cette lecture.

Surtout qu’il est difficile de se raccrocher à qui que ce soit car tous les personnages ont leur part d’ombre et de lumière, leurs psychés sont ici exposées sans fioriture et dans toutes leurs complexités réciproques. Des sentiments mêlés hantent l’esprit du lecteur durant sa lecture car Glukhovsky excelle toujours autant à décrire les affres de la condition humaine comme dans chacun de ses ouvrages. Celui-ci ne fait pas exception à la règle et n’essayez donc surtout pas de vous attacher plus que de raison aux personnages, vous pourriez être déçus. En effet, ce monde post-apocalyptique réduit tous les êtres humains à une somme de pulsions primaires tendues vers la survie, recroquevillés qu’ils sont vers leurs besoins primordiaux... Tout cela ne peut que dégénérer. Il y a donc peu ou pas d’espoir d’apercevoir de la lumière au but du tunnel... mais on apprécie ce voyage intense dans ce monde crépusculaire en pleine déréliction.

L’écriture de l’auteur est toujours aussi addictive, profonde et incisive à la fois, chaque chapitre s’apparente à une révélation supplémentaire qui laisse le lecteur KO debout entre descriptions inspirées et scènes d’action gérées au cordeau. Dans le style SF post-apo, on est ici pas loin de la perfection et la fin bien dark est plus que satisfaisante. Un gros coup de cœur pour cet ouvrage qui contribue à renforcer mon affection toute particulière pour cet écrivain vraiment doué. Il me tarde déjà de voir ce qu’il nous réserve dans l’avenir !

Déjà lus et chroniqués du mêem auteur au Capharnaüm éclairé :
- Metro 2033
- Metro 2034
- Sumerki
- FUTU.RE

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dimanche 15 mars 2020

Acquisitions virales...

2020 a bien commencé pour nous avec notre Little K qui grandit petit à petit. Mais elle n'est pas la seule ! Avant sa naissance, nous avions succombé une fois de plus au virus de l'acquisition d'ouvrages de seconde main. Il était plus que temps de vous faire une petite présentation des nouveaux venus dans nos PAL respectives... en fait dans la mienne, car Nelfe pour le coup n'a rien trouvé à son goût !

acquisitions mars 2020 ensemble

Ces trouvailles viennent d'horizons bien différents entre désherbage du CDI de mon établissement avant une remise à neuf complète, une ou deux boîtes à livres croisées lors de sortie en voiture ou encore des occasions dégotées dans des magasins de brocantes comme il en apparaît de plus en plus depuis quelques temps. Le butin est varié et fait surtout la part belle à des auteurs que j'aime tout particulièrement !

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- Celui qui survit et Fog de James Herbert. Deux titres du même auteur dégotés en même temps et au même endroit ! Coup double donc pour deux ouvrages prometteurs avec une histoire de brouillard maléfique qui rend les gens fous et dans l'autre volume un homme unique survivant d'une catastrophe aérienne confronté au paranormal. Des histoires à priori classiques mais vu le talent de conteur de l'auteur de la très bonne trilogie des rats, je pense que James Herbert va encore me faire passer un bon moment.

- Debout les morts de Fred Vargas. Un des derniers titres de l'auteure que je n'ai jamais eu l'occasion de lire. Pas d'Adamsberg dans celui-ci par contre, avec une étrange histoire d'arbre qui apparait sans prévenir dans le jardin d'une cantatrice qui va finir par disparaître. Bizarre, vous avez dit bizarre ? C'est souvent le cas avec les trames que nous propose Fred Vargas et en général, c'est pour le meilleur. Hâte d'en savoir plus.

- Les Voisins d'à côté de Linwood Barclay. Je suis bien content d'être tombé sur cette histoire de voisinage qui va faire trembler dans les chaumières ! Jusqu'à quel point connaît-on ses voisins ? C'est un peu le principe de base de cette histoire d'assassinat qui va remuer une petite communauté bien sous tout rapport... du moins en apparence ! Linwood Barclay excelle pour faire basculer des quotidiens banals dans le doute et les affres de l'angoisse. Il ne fera pas long feu dans ma PAL !

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- La Planète de Shakespeare de Clifford D. Simak. Impossible pour moi de résister à cet auteur quand je croise un de ses ouvrages en rayonnage d'occasion et puis cette collection de SF est mythique ! Dur de résumer la quatrième de couverture complètement folle de ce bouquin où un homme se réveille d'un sommeil cryogénique sur une drôle de planète où aurait vécu un certain Shakespeare. Même si je m'attends à tout et n'importe quoi avec un tel pitch, je ne me fais aucun souci, avec Simak je me régale à chaque fois !

- Bizarre ! Bizarre ! de Roald Dahl. Après ma lecture plus qu'enthousiaste de Matilda, il n'y a pas si longtemps, je vais remettre le couvert avec ce maître conteur qui propose ici une série de quinze histoires fantastiques entre drame et humour avec j'imagine le style si particulier et prenant d'un auteur qui a bercé mes jeunes années de lecteur. Typiquement le genre de lecture détente qui fait du bien et dont on a besoin en ces temps troublés.

- Le Roi Arthur : les légendes de la table ronde de Molly Perham. Un très beau livre pour finir le tour d'horizon du jour avec un ouvrage traitant d'un de mes héros préférés et tous les mythes qui l'entourent. J'ai rendez-vous avec Merlin, Arthur, Lancelot, Mordred et consorts avec des histoires éternelles, illustrées de fort belle manière. Que du plaisir en perspective !

Belle brochette d'ouvrages à mon actif encore une fois, la PAL remonte un peu mais rien de vraiment irrémédiable. Qu'il est bon de penser à tous ces mondes imaginaires qui m'attendent et procureront une évasion immédiate au milieu d'une actualité anxiogène au possible. Vous retrouverez comme d'habitude les chroniques de ces ouvrages sur le blog à plus ou moins longue échéance au fil de mes lectures. Portez-vous tous bien en tout cas en attendant. Et que la lecture soit avec vous !

mardi 21 janvier 2020

"Les Trois mousquetaires" d'Alexandre Dumas

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L’histoire : Le roman raconte les aventures d'un Gascon désargenté de 18 ans, D'Artagnan, monté à Paris faire carrière afin de devenir mousquetaire. Il se lie d'amitié avec Athos, Porthos et Aramis, mousquetaires du roi Louis XIII. Ces quatre hommes vont s'opposer au premier ministre, le Cardinal de Richelieu et à ses agents, dont la belle et mystérieuse Milady de Winter, pour sauver l'honneur de la reine de France Anne d'Autriche.

La critique de Mr K : Cela faisait un bon bout de temps que je souhaitais relire Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, un ouvrage qui a marqué fortement mon parcours de lecteur lorsque j’étais bien plus jeune. En fait, il y a déjà bien huit ans, j’ai dégoté lors d’un chinage la suite de ce roman, Dix ans après, que je n’ai jamais lu. Pour autant, je voulais avant de le découvrir revenir sur les premières aventures de D’Artagnan que le temps avait quelque peu estompé dans ma mémoire. C’est désormais chose faite, il ne me restera plus qu’à lire la suite dans le cours de l’année à venir.

Tout le monde connaît plus ou moins la trame de ce roman d’aventure historique culte. On découvre tout d’abord, le jeune et impétueux D’Artagnan qui part de sa Gascogne natale pour monter à la capitale muni des recommandations de son père. Son objectif: servir le roi en intégrant le corps des mousquetaires sous l’égide de M. de Treville vieille connaissance de son paternel. Très vite, il va faire la rencontre de trois hommes qui deviendront ses amis : Athos, Porthos et Aramis, personnages hauts en couleur avec qui il va vivre de nombreuses aventures. Le tout s’emballe d’ailleurs assez vite avec la lutte d’influence qui se joue autour de Louis XIII avec notamment un Cardinal Richelieu machiavélique à souhait qui souhaite évincer la reine Anne d’Autriche pour qui il nourrit une rancune tenace. Complots, course poursuite, espionnage et franche camaraderie sont au programme d’une lecture plaisir à nulle autre pareil.

Même si ma préférence va toujours à La Reine Margot, ce roman ci est vraiment de toute beauté. À commencer par sa galerie de personnages qu’on n’oublie pas, la fiction croisant la vérité historique à de nombreuses reprises. Il y a bien sûr le groupe de héros avec ses personnalités bien tranchées, complémentaires et plus que fouillées. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, chacun a le droit à son traitement de faveur, à sa digression expliquant ses motivations et ses actes. L’ouvrage faisant plus de 600 pages, vous imaginez que les détails ne manquent pas et l’on se passionne pour ce savant mélange de fiction rondement menée et ses arrêts sur image de certaines réalités de l’époque.

Historiquement avec Dumas, on ne prend pas de risques. Tout ici est d’une justesse de chaque instant, et l’on connaît le talent du bonhomme pour explorer l’Histoire de France, la transcender par des destins individuels de son crû et sa façon unique de nous la rendre attrayante. L’accent est mis ici sur les luttes d’influences se situant au plus près des sphères de pouvoir avec notamment la traditionnelle opposition entre le spirituel (la religion) et le temporel (le matériel), le couple royal qui se déchire continuellement, les contradictions des camps en présence, les règles tacites qui s’appliquent à chacun dans une société française engoncée dans des traditions pluriséculaires et une période complexe en terme de géopolitique, la France étant encore et toujours menacée par ses plus vieux ennemis : les Anglais. Ce fut un réel bonheur de replonger dans une époque que j’ai toujours trouvé fascinante entre monarchie absolue, début des grandes découvertes et lents progrès de la science.

Mais Les Trois mousquetaires, c’est avant tout un sacré roman d’aventure qui n’a pas pris une ride. Il s’en passe de belles durant toutes ces pages avec des rebondissements à tire-larigot, des échanges vifs et bien sentis, des scènes de repas dantesques, de la baston virevoltante, des amours contrariés qui prennent au cœur, des moments plus légers... pas le temps de s’ennuyer dans ces conditions avec en plus la science de la narration hors norme d’un auteur qui aime à égarer ses lecteurs, à semer diverses pistes réservant parfois de bonnes surprises. L’écriture est toujours aussi magique, le charme opère et l’on ne peut que se laisser porter par le souffle retentissant qui emporte tout avec lui au gré des sentiments divers et mêlés suscités par cette lecture. Un re-reading jubilatoire et jouissif.

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dimanche 24 novembre 2019

Trois mois de craquages !

Revenons aujourd'hui sur les différentes acquisitions que nous avons pu faire Nelfe et moi ces derniers mois, entre échanges dans des boîtes à livres locales, passages dans des dépôts-ventes et autres trocs et puces du secteur. Heureusement que je suis resté sage et que je n'ai pas remis les pieds à notre Emmaüs, le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd ! Pour autant, notre récolte n'est pas ridicule, jugez plutôt !

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Une fois de plus, je dépasse allégremment Nelfe en terme de nouveaux titres. Au Capharnaüm Éclairé, on se partage les rôles : elle est la Raison, je suis la Tentation qu'on ne peut repousser. Le butin en tout cas vaut le détour, varié et ambitieux. Il y en a pour tout le monde et tous les genres, certains ne resteront d'ailleurs pas très longtemps dans nos PAL respectives. Allez, c'est parti pour une présentation des petits nouveaux !

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- Le Voyage de l'éléphant de José Saramago. De lui, j'ai lu et adoré Caïn qui m'avait laissé KO à l'époque par la force de son écriture et son érudition ludique. C'est donc avec un plaisir non feint que je tombais inopinément sur ce titre qui promet beaucoup avec les déambulations de Salomon, un éléphant d'Asie qui va traverser l'Europe au gré des caprices de son royal possesseur. Avec José Saramago, on peut s'attendre à beaucoup d'émotions et de sagesse. Hâte de le découvrir !

- Le Mystère de la crypte ensorcelée d'Eduardo Mendoza. Cet ouvrage sera le premier que je lis d'Edouardo Mendoza dont on m'a vanté à plusieurs reprises son don de conteur hors pair. Il est ici question d'une enquête se déroulant dans un collège religieux où des rites sanglants pourraient bien être la cause de la disparition de deux jeunes filles bien sous tous rapports (du moins en apparence...). Un policier véreux, une nonne délirante et un délinquant fou sont les protagonistes principaux d'un ouvrage présenté comme un roman policier parodique au ton impitoyable. Impossible de résister !

- Les Roses d'Atacama de Luis Sepulveda. Le genre d'auteur dont j'accueille de nouveaux titres dans ma PAL sans même regarder la quatrième de couverture. Sepulveda est un vrai ravissement pour l'amoureux des mots que je suis, sa poésie et son engagement sont un modèle pour moi et le plaisir de lire est toujours aussi puissant à chaque nouvelle lecture. Ici, il s'agit d'un recueil de nouvelles humanistes où l'auteur nous propose de découvrir des hommes de l'ombre qui à leur manière sont des héros du quotidien. Prometteur !

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- L'Enfant de l'étranger d'Alan Hollinghurst. Quelle joie de tomber sur cet ouvrage ! J'avais adoré La Piscine-bibliothèque d'Alan Hollinghurst lors de sa lecture en 2015, un livre qui combinait une écriture merveilleuse, une histoire puissante et des personnages charismatiques. Dans ce livre, l'auteur peint une fresque se déroulant sur tout le XXème siècle avec au centre de l'histoire un pacte signé entre trois jeunes gens. Ce gros pavé de 765 pages a de plus reçu le Prix du meilleur livre étranger en 2013, de quoi nourrir de riches promesses de lecture, non ?

- Le Pendule de Foucault d'Umberto Eco. On ne présente plus ce maître de la littérature italienne dont j'avais dévoré notamment Le Nom de la rose ou encore L'Ile du jour d'avant (lus avant la création du blog). Avec cet ouvrage, l'auteur nous invite à nouveau dans un thriller historique, romanesque et érudit dont il a le secret avec ici ses passionnés d'ésotérisme, ses théories du complot et une menace sourde surgie des âges. Purée, ça donne vraiment envie, ce pourrait être une de mes lectures de Noël !

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- Histoires ou Contes du temps passé de Charles Perrault. Impossible de passer à côté de cet ouvrage sans l'adopter ! Depuis ma prime enfance, je suis un grand amateur de contes, j'aimais beaucoup que l'on me raconte des histoires et Perrault fait partie des auteurs qui ont accompagné mes premiers émerveillements d'auditeur (Big up à ma Mémé de la neige trop tôt disparue). Rien de tel que de replonger dans ces histoires dans leur version originale pour réveiller les souvenirs et humer l'odeur si séduisante d'une Madeleine de Proust trop longtemps délaissée.

- Belle mère de Claude Pujade-Renaud. Prix Goncourt des lycéens en 1994, cet ouvrage m'a séduit par sa quatrième de couverture intrigante présentant deux personnes qui vont cohabiter en banlieue à la suite de leurs veuvages respectifs : une belle-mère et son beau-fils. Je m'attends à une histoire très touchante, réaliste et rude... comme la vie quoi !

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- Ad Vitam Aeternam de Thierry Jonquet. Je vais me répéter j'en ai peur, mais il faut lire Jonquet ! Je commence à avoir lu pas mal de ses ouvrage et à chaque fois c'est la claque ! J'ai donc adopté celui-ci sans réfléchir ni vraiment lire son résumé. Dans ce roman qui promet d'être très noir, il est question de vengeance et de vieux secrets enfouis qui n'attendent que d'être révélés. On peut compter sur l'auteur pour nous procurer un suspens intense et une fin tétanisante. Il ne fera pas de vieux os dans ma PAL !

- Pars vite et reviens tard de Fred Vargas. Voila une aventure du commissaire Adamsberg que je n'avais toujours pas lu. Vous parlez d'une aubaine que de tomber sur cet ouvrage de Fred Vargas dans un bac d'occasion ! Je n'ai pas hésité une seconde surtout qu'il est en version brochée et dans un état impeccable. J'ai vraiment hâte de retrouver ce héros lunaire et toute sa bande de collègues plus charismatiques les uns que les autres à la poursuite de l'auteur de mystérieux signes peints sur les portes d'un immeuble du 18ème arrondissement. Un polar qui ira sans doute au delà du genre comme à chaque fois qu'on lit cette auteure.

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- Les Anges meurent de nos blessures de Yasmina Khadra. On ne dit pas non à un Yasmina Khadra. Il est à la fois un remarquable conteur d'histoire et un formidable observateur de son temps. Dans ce roman, il met en scène le parcours d'un jeune prodige de la boxe adulé par la foule, grand amoureux devant l'Éternel et fidèle à ses principes, dépassé par son destin dans l'Algérie de l'entre deux guerre. M'est avis que cet ouvrage ne restera lui non plus pas très longtemps dans ma PAL...

- Les Fontaines du paradis d'Arthur C. Clarke. L'auteur de 2001, l'Odyssée de l'espace aime conjuguer SF, science authentique et dilemme moraux. Dans ce roman, un homme a conçu une machine révolutionnaire qui permettrait de transporter hommes et marchandises hors de l'atmosphère terrestre. Problème, sur Terre un seul endroit conviendrait pour son édification et c'est une terre sacrée protégée par des moines... Je m'attends à quelque chose de bien sombre et de poignant, il va me falloir avoir le coeur bien accroché pour cette lecture je pense.

- Matilda de Roald Dahl. Retour en enfance avec cette acquisition d'un auteur que j'ai lu et relu maintes fois étant bien plus jeune. J'ai vu le film qui a été tiré de cet ouvrage lors de sa sortie (1996), il est temps maintenant de me frotter à la matière littéraire originelle avec la lutte de cette petite fille lectrice précoce contre un environnement de beaufitude absolue. Ce sera l'occasion de replonger dans une écriture qui a bercé mon enfance. Nostalgie quand tu nous tiens !

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Enfin pour terminer, les trois acquisitions de Nelfe !

- Vertige de Franck Thilliez. Nelfe était bien contente de tomber sur cet ouvrage d'un auteur qu'elle affectionne beaucoup. L'histoire fait penser au principe de la série de films Saw avec trois hommes enfermés sans raison apparente dans un lieu inconnu, enchaînés et menacés par une mort imminente et effroyable. Nul doute que Thilliez apportera à ma douce sa dose de frissons avec ce thriller très bien côté chez ses fidèles !

- Le Jardin de bronze de Gustavo Malajovich. Ma chère et tendre ne peut résister aux appels de cette collection qui à chaque lecture lui apporte moult bienfaits. C'est la quatrième de couverture qui l'a convaincue d'adopter celui-ci avec cette histoire d'un homme perclu de douleurs et de peine après la disparition de sa petite fille. Véritable tragédie intime avec au fil des ans la perte de son mariage et de son ancienne vie, il sombre peu à peu mais finira par se confronter à une vérité bien douloureuse. Un auteur argentin qui va lui plaire j'en suis sûr !

- Erik le viking de Terry Jones (avec illustrations de Boulet). Un ouvrage qur lequel Nelfe a craqué en grande partie à cause de la présence de Boulet aux illustrations, un dessinateur qu'elle suit depuis plus de quinze ans sur son blog BD. L'histoire n'est pas mal non plus avec ce voyage exploratoire teinté de fantastique, bourré d'humour (on n'en attend pas moins d'un ex membre des Monty Python) et de références aux sagas islandaises et aux contes norvégiens. Je pense que je le lui piquerai quand elle l'aura lu (ou même avant d'ailleurs...).

De très belles pioches donc que ces ouvrages rencontrés aux hasards et que le destin a mis sur nos pas. On a abandonné depuis longtemps l'idée de domestiquer nos PAL car même en se limitant, on trouve toujours de belles affaires. Le pire est à venir avec laLlittle K à venir à qui nous allons inoculer le virus de la lecture... Ce sera une troisième PAL à gérer... mais ce sera une autre histoire. En attendant ce défi hors du commun - sic -, comptez sur nous pour vous faire (re)découvrir les titres présentés aujourd'hui à travers nos futurs articles.

samedi 2 novembre 2019

"La Captive de l'hiver" de Serge Brussolo

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L’histoire : Pourquoi les Vikings ont-ils traversé les mers pour enlever Marion, l'ymagière qui sculpte des vierges de pierre au fond d'une abbaye de la côte normande ? Pourquoi les guerriers de la mer sont-ils terrifiés par cette jeune femme, au point de lui emprisonner les mains dans des gantelets d'acier ?

C'est un univers gouverné par d'étranges superstitions qui attend Marion au-delà des glaciers. Là, elle doit veiller sur les divinités du clan au péril de sa vie, et se défier des intrigues que la jalousie fait naître autour d'elle. Car certains détestent cette "sorcière" venue de France, et multiplient les complots pour ruiner son crédit. Marion triomphera-t-elle des rites barbares du peuple des neiges, ou bien finira-t-elle par succomber aux dangereux secrets qu'elle a commis l'erreur de mettre au jour ?

La critique de Mr K : Il est toujours bon de retrouver Serge Brussolo, un auteur plus que prolifique (et dans bien des genres !) que j’affectionne tout particulièrement. La Captive de l’hiver m’a permis de retrouver Marion, l’héroïne de Pèlerins des ténèbres, un ouvrage qui m’avait bien séduit lors de sa lecture en 2014 même s’il n’était pas inoubliable. Entre temps, le hasard a mis sur mon chemin celui-ci qui est sa suite directe. Pour autant, vous pourrez le lire indépendemment sans que votre lecture en soit gênée. Au final, cette lecture s’est révélée rafraîchissante (au sens propre comme au sens figuré), bien prenante et très satisfaisante malgré un petit bémol dont je vous parlerai en fin de chronique.

On retrouve donc Marion, une jeune ymagière, sculpteuse d’images saintes qui va de lieu en lieu pour réparer le patrimoine religieux à l’époque moyenâgeuse, qui a réchappé à un pèlerinage périlleux lors du volume précédent. Elle s’est réfugiée dans un monastère de bord de mer en Normandie où elle récupère de ses émotions et travaille pour le compte des moines. Son talent n’est pas à prouver et elle fait la nique aux meilleurs artisans-hommes du crû. Ce répit est cependant de courte durée car très vite les lieux subissent une attaque viking qui semble destinée à l’enlever elle ! Commence pour Marion une aventure périlleuse où elle connaîtra moult émotions entre découverte, méfiance, incompréhension, attirance interdite ou encore peur indicible.

L’addiction est immédiate, deux chapitres suffisent pour replanter l’époque et nous représenter le personnage. Et puis, c’est l’attaque et le début du voyage vers le grand Nord. Avec finesse, des détails et un sens de la formule qui ne se démentent jamais, Brussolo nous fait partager le calvaire de Marion. Seule au milieu des loups, cette artiste chrétienne va découvrir les us et coutumes barbares de cette tribu viking qui est la dernière de son genre. Toutes les autres se sont converties de gré ou de force au christianisme, la voila chargée de veiller sur les totems de glaces de la tribu, représentations païennes d’Odin ou encore de Thor. Cette peuplade barbare ne supportant aucune faiblesse chez qui que ce soit (les plus faibles sont systématiquement livrés à eux mêmes, voire abandonnés à une mort certaine), la prisonnière va vivre dans une constante tension, la peur au ventre sans réelle vision de son avenir proche. Peu à peu, de découverte en découverte, elle va commencer à mieux comprendre les mœurs de ses ravisseurs, des relations s’instaurent entre respect, peur et fascination et au fil du temps, des secrets inavoués vont ressurgir, des éléments du passé qui pourraient bien fendiller le pacte unissant tous les membres de la tribu.

Marion devra donc être forte, savoir accepter son sort et essayer de survivre dans cet univers fermé, très froid (les conditions climatiques sont très bien rendues tout du long) où le moindre de ses faux pas pourrait lui être fatal. Comme elle n’a pas le droit de toucher quoique ce soit (ses mains sont considérées comme magiques) et qu’elle porte des gantelets de fer la plupart du temps, on lui adjoint une esclave nommée Svénia. Petite vieille enlevée dès son plus jeune âge, elle est sensée s’occuper de sa maîtresse dans tous ses gestes quotidiens et voit son sort lié à elle. Même si c’est un personnage intéressant, très vite elle m’a agacé par son côté péremptoire et ses multiples manœuvres pour conserver ses avantage. Bien que nécessaire pour le bon déroulé du récit, personnellement je souhaitais qu’elle disparaisse à chaque fin de chapitre ! Les autres personnages sont aussi intéressants avec notamment l’idée que derrière les gros colosses dépeints par l’auteur se cachent des hommes perclus de douleurs anciennes et prisonniers de leurs croyances et rites. La superstition fait partie intégrante de leur vie et en même temps, ils restent de simples hommes qui ont connu parfois des pertes irréparables et au nom d’espoirs fous sont capables de commettre le pire. On retrouve ici cette capacité qu'a Brussolo à surprendre son lecteur, à lui faire emprunter des voies de garage pour mieux le retourner ensuite avec des révélations qui font leur petit effet.

La lecture se fait donc avec un plaisir renouvelé et même si la fin est un peu abrupte à mon goût (comme si l’auteur avait voulu clore au plus vite l’histoire), on a nos réponses et on a vécu une belle aventure. L’écriture est très accessible, concise et précise, Brussolo propose en plus une belle plongée réaliste chez les vikings, loin des images d’Epinal qu’on nous sert régulièrement notamment dans certaines productions américaines. Tout ici est rudesse, saleté, survie en milieu hostile et relations humaines complexes au service d’un récit enlevé et plus tortueux qu’il n’y paraît au premier abord. La Captive de l'hiver conviendra à tous les amateurs de Brussolo et de romans historiques à suspens.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
"Le Nuisible"
"Le Murmure des loups"
- ''Le Cycle des ouragans"
- ''L'Armure de vengeance"
- "Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes"

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