lundi 28 mars 2016

"Guillermo Del Toro : Des hommes, des dieux et des monstres" de Charlotte Largeron

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Le contenu : Amoureux des œuvres de H.P. Lovecraft, Tolkien et Ray Bradbury, Guillermo Del Toro s'est familiarisé avec l'anglais dès son plus jeune âge en regardant des films d'horreur sous-titrés et en lisant, avec l'aide d'un dictionnaire bilingue, le magazine Famous Monsters of Filmland. Cela donne le ton et détermine le champ des inspirations du futur cinéaste mexicain, également auteur d'une étude détaillée du cinéma d'Alfred Hitchcock. Dès Cronos, son premier long métrage, Del Toro impose un univers original, mêlant mythologie, spiritualité et épouvante. La suite de son œuvre va s'enrichir de mondes sous le monde, d'univers emboîtés, de monstres humains et surhumains, créatures, super héros, fantômes, vampires.

La critique de Mr K : Une fois n'est pas coutume, voici le compte rendu d'un essai. Il m'a été offert à Noël par ma chère sœur qui connaît mes goûts en terme de cinéma et notamment pour sieur Del Toro qui nourrit mon imaginaire depuis très longtemps. Il s'agit pour l'auteur Charlotte Largeron d'exposer en le simplifiant son travail de thèse, il y a pire comme sujet! Voyage donc dans l'enfance, la formation et l’œuvre d'un génie ultra-productif qui n'est pas prêt de s'arrêter.

Après une préface de Joann Sfar que je qualifierai gentiment de dispensable (il est à la mode et les éditions Rouge Profond le mette en avant), on rentre de suite dans le vif du sujet avec l'enfance de Guillermo Del Toro. Friand de lecture et de fantastique dès son plus jeune âge, il fait écho à mes propres expériences littéraires de mes débuts. En fait, nous avons beaucoup de lectures communes au même âge: Tolkien bien évidemment mais aussi Lovecraft, Poe et consorts. Il multiplie les références cultes et celles-ci se ressentent grandement dans les œuvres qu'il va livrer par la suite. En hommage d'ailleurs à toutes ces références, Del Toro possède sa Bleak House à Los Angeles où il expose nombres d'objets et livres en rapport avec ses influences. Je vous laisse découvrir la plupart des détails croustillants et autres anecdotes de sa vie privée mais sachez qu'ils sont nombreux et très éclairants sur le parcours d'un artiste hors norme.

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La suite de l'ouvrage se veut plus thématique. Certains thèmes en effet traversent l’œuvre de Del Toro, certaines obsessions et questionnements traités différemment se retrouvent et se mélangent pour donner l'alchimie si particulière que l'on trouve dans la filmographie du maître. Ainsi, il a une fascination pour le temps qui passe et qu'on ne maîtrise pas. Certains des personnages des films de Del Toro tentent justement de contrôler ce temps qui coule et en général n'y arrivent pas. Le goût pour l'Histoire, le surnaturel et le sacré est aussi très ancré dans les productions de Del Toro. C'est le mélange de son éducation catholique (sa grand-mère était très fervente et exerçait une influence forte sur le jeune Guillermo) et de son attirance pour le mystique qui donne une couleur si connotée à son œuvre entre paganisme et christianisme, magie et religion, le mysticisme nazi à l'occasion (que l'on retrouve dans nombre de films de genre)...

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Et puis, il y a son amour pour les monstres, ces êtres différents qui attisent le ressentiment et la haine des hommes en occident mais qui sont appréciés en Amérique latine, les êtres humains qui se révèlent être finalement les vrais monstres dans la plupart des films que Del Toro a réalisé ou produit. Le bestiaire de la filmographie du mexicain fou est impressionnant et a donné des figures qui resteront à jamais dans les mémoires du cinéma international: l'archange prophétique de Hellboy 2 est pour moi la plus belle représentation de la mort jamais crée, il y a l'homme faune du Labyrinthe de Pan, les insectes humanoïdes de Mimic, et bien d'autres encore (quelle richesse de création dans le domaine!). Les personnages les plus cruels sont finalement les humains, enfermés dans leurs certitudes, leur tendance au fanatisme et au totalitarisme larvé. Dans ce domaine, le colonel Vidal du Labyrinthe de Pan est dix fois plus effrayant que n'importe quel Grand Ancien lovecraftien. La violence est ici moins graphique, plus intime et psychologique. Elle dérange durablement et en profondeur le spectateur. Car Del Toro c'est aussi cela, un imaginaire flamboyant au service d'émotions profondes.

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D'ailleurs une autre thématique est souvent présente chez lui, celle de l'enfance et de son rapport à la mort. Il met souvent en lien l'innocence supposée des jeunes avec la dureté de la vie et l'échéance finale qui nous guette tous. Cela facilite l'insertion de l'angoisse et de la peur qui est souvent présente dans l’œuvre de cet artiste. Ces grands petits personnages transpercent l'écran et luttent pour la survie de leurs proches et la leur. En cela L'Échine du diable est un modèle du genre où de jeunes orphelins sont confrontés à la grande Histoire et à l'incurie d'hommes fanatisés, leurs grands yeux et leur ventre creux sont les plus beaux symboles de l'humanisme dont est pétri le travail de Del Toro. 

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Au final, ce fut une lecture jubilatoire et très enrichissante. Très abordable, remarquablement documentée (beaucoup d'illustrations pour enrichir le propos), on passe un excellent moment en compagnie d'un super réalisateur. Bravo à Charlotte Largeron pour son travail de fourmi et son enthousiasme qui s'exprime à chaque page d'un ouvrage à lire absolument si l'on est amateur.

Voici en bonus quelques notes et avis personnels sur l'ensemble de sa filmographie :

Cronos (1993) : Toujours pas vu mais après cette lecture, ça ne saurait tarder! Il s'agit d'une variation originale autour du mythe du vampire.

Mimic (1997) : 4,5/6. Un pur film de genre, assez réussi avec une Mira Sorvino électrique et une menace sourde et insidieuse.

L'Échine du Diable (2001) : 6/6. Une sacré claque, prise récemment après lecture de cet ouvrage, entre poésie, film de fantôme et chronique de l'enfance qui passe.

Blade 2 (2002) : 3/6. Très très con mais superbement réalisé. Avis aux amateurs de gore et d'action.

Hellboy 1 et 2 (2004 et 2008) : 5/6. De très bons films entre flamboyance, intimisme et humour. Je ne suis pourtant pas fan de super-héros mais ici c'est jouissif et tellement beau.

Le Labyrinthe de Pan (2006) : 6/6. Sans doute son chef d’œuvre, un monument de cinéma où émotion et émerveillement sont palpables à chaque plan. Rien que d'en parler me donne envie de le revoir!

Pacific Rim (2013) : 4/6. Honnêtement, je n'y croyais pas et j'ai aimé malgré tout. Pas pour les robots mais plutôt pour les créatures venues d'un autre plan existentiel et des scènes intimistes bien menées. Un blockbuster avec du cœur. Honnête!

Crimson Peak (2015) : 5/6. Dernier en date, magnifique dans la forme pour un fond un peu classique mais là encore quelle maestria et quelle maîtrise!

Posté par Mr K à 18:07 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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