jeudi 22 septembre 2016

"Le Sang du monstre" de Ali Land

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L'histoire : Après avoir dénoncé sa mère, une tueuse en série, Annie, quinze ans, a été placée au sein d'une famille d'accueil dans un quartier huppé de Londres. Elle vit aujourd'hui sous le nom de Milly Barnes et a envie, plus que tout, de passer inaperçue. Si elle a beaucoup de difficultés à communiquer avec ses camarades de classe, elle finit néanmoins par se prendre d'affection pour une ado influençable du voisinage. Sous son nouveau toit, elle est la proie des brimades de Phoebe, la fille de son tuteur, qui ignore tout de sa véritable identité. À l'ouverture du procès de la mère de Milly, qui fait déjà la une de tous les médias, la tension monte d'un cran pour la jeune fille dont le comportement devient de plus en plus inquiétant.

La critique de Mr K : Attention chef d’œuvre ! Ce premier roman est une véritable bombe à retardement, l'exemple typique du livre qui une fois ouvert vous hypnotise durant la lecture et vous obsède quand vous devez malheureusement le refermer avant la fin pour rejoindre le monde réel. En nous faisant partager le quotidien ravagé de Milly Barnes, la néo-écrivaine Ali Land frappe un grand coup avec Le Sang du monstre !

C'est donc à travers la vision de cette jeune fille de quinze ans que cette triste histoire nous est racontée. Après avoir vécu l'horreur durant des années auprès de sa mère, Milly l'a dénoncée auprès des services de police et se retrouve placée dans une famille d'accueil dont le père de famille Mike est aussi son psychologue, chargé de la suivre et de la conseiller jusqu'au procès de sa serial killeuse de génitrice où elle doit témoigner. Effacée et perturbée, l'adolescente va avoir fort à faire avec sa nécessaire intégration dans cette nouvelle famille, son nouveau lycée et le souvenir vivace de sa mère qui s'adresse directement à elle (gloups !).

Ancienne infirmière en pédopsychiatrie, Ali Land s'est toujours intéressée aux déséquilibres mentaux des adolescents, cet âge ingrat où tout se bouscule et où les frontières entre le bien et le mal se font parfois plus ténues. C'est le thème qu'elle a retenu pour ce premier roman et on la comprend tant elle semble maîtriser le sujet et nous entraîne au plus profond de l'esprit de Milly qui tour à tour nous émeut, nous étonne et nous inquiète. Face à un passé si lourd, difficile de savoir comment s'y prendre avec soi-même et les autres. Cette chronique de vie balance donc continuellement entre micro-événements et la façon dont la jeune fille les appréhende. Prenant et fascinant, le lecteur sent que tout peut basculer d'un moment à l'autre à la faveur d'une expérience malheureuse, d'une incompréhension ou d'une brimade de trop.

Milly se raccroche à ce qu'elle peut pour surnager face aux difficultés qui s'accumulent et Mike est rassurant par sa présence paternelle (elle n'en a jamais vraiment eu à la maison). Elle rencontre une fille de son âge qui traîne seule et qui va devenir sa seule amie. Il y a aussi une professeur référente qui va remplacer inconsciemment sa mère dans la tête de Milly car elle est attentionnée et la pousse à développer ses talents de dessinatrice en participant à un concours. Mais malgré ses petites bouffées d'oxygène, un mal mystérieux, une mélancolie la ronge. Difficile de lutter avec son passé et les zones d'ombre qu'elle essaie d'entretenir pour se voiler la face et éviter d'affronter la réalité...

La tension est donc extrême durant toute la lecture, l'auteure débutant l'histoire au moment de l'emménagement de Milly dans son nouveau foyer. Autant Mick semble ravi de la recevoir et manifeste beaucoup d'empathie, autant sa femme est détachée et à l'ouest ; et leur fille Phoebe s'avère totalement jalouse et au fil du roman revancharde, voire sadique. Les débuts sont très difficiles avec quelques passages réellement traumatisants pour le lecteur notamment quand une cabale infantile et destructrice se met en place contre l'héroïne. Les gamins sont vraiment épouvantables entre eux quand ils décident de s'acharner sur l'un d'entre eux qui se révèle timide ou tout simplement différent. Milly va en faire l'affreuse expérience et l'esprit de sa mère qui rode encore dans ses souvenirs ne va pas arranger les choses, remettant en cause encore et toujours sa fille, l'avilissant et lui faisant perdre pied dans des pensées dépressives et noires. Les pages défilent, la gamine devient de plus en plus borderline et on se doute que le dérapage est possible à tout moment.

Pour ne rien arranger, l'approche de l'échéance judiciaire stresse Milly avec son cortège de questions auxquelles elle devra répondre et ses avocats qui l’entraînent à affronter les futures questions de la partie adverse. Peu à peu, on se rend compte qu'une vérité va émerger, qu'elle n'a pas tout dit à la police et que lorsque la révélation va éclater, sa vie en sera à jamais changée, qu'elle basculera définitivement d'un côté ou de l'autre. Mais que d'atermoiements, de détours jusqu'à ce moment critique ! L'auteure se plaît tout au long des 348 pages à distiller des éléments de réponse par petites touches légères, à la limite du perceptible mais qui au final construisent un fascinant portrait d'une jeune fille esseulée et bien étrange. Prisonnier d'une langue à la fois fluide, très accessible et très nuancée, on n'est pas loin de passer une nuit blanche tant on est happé par une histoire qui prend aux tripes et un rythme lancinant qui hypnotise littéralement le lecteur. L'expérience est réellement troublante et durable. On ressort chamboulé et retourné par ce thriller d'une rare intensité.

Le Sang du monstre rentre directement dans mes incontournables et je vais fortement inciter Nelfe à le lire. Une sacrée claque et un très grand moment de lecture que les amateurs du genre ou pas se doivent de lire. Une pure merveille !