samedi 6 mai 2017

En mai, craque comme il te plait !

Cette adage me convient très bien et c'est cette fois-ci neuf petits nouveaux qui vont rejoindre ma PAL, des petits orphelins adoptés en majeure partie chez l'abbé, notre fournisseur officiel de livres de seconde main. Décidément, il ne nous déçoit jamais !

Acquisitions mai 2017 ensemble

Comme vous pouvez le voir, il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts entre auteurs français à la renommée certaine, d'autres à la côte plus underground mais aussi des ouvrages à stature internationale et des classiques immortels. Suivez le guide pour le debriefing de ce craquage finalement plutôt sage par rapport à des récoltes parfois pléthoriques par le passé !

Acquisitions mai 2017 1
(Balade entre légendes et classiques de la littérature)

- Hamlet, Othello et Macbeth de William Shakespeare. Depuis ma très réjouissante relecture de Roméo et Juliette l'année dernière, je m'étais juré de relire quelques classiques du même auteur. C'est désormais chose possible avec cette acquisition qui concentre en elle trois pièces majeures du maître dont ma préférée qui m'avait valu à l'époque de ma lecture et étude une super bonne note à l'épreuve de lettre en terminale L : Hamlet. Je pense que je me replongerai dans les abysses de l'âme humaine version Shakespeare dès cet été.

- La Chartreuse de Parme de Stendhal. Un classique de la littérature française qui m'avait échappé jusque là, heureusement cette trouvaille impromptue va me permettre de réparer mon tort, surtout que j'ai de très bons souvenirs de mes lectures anciennes du Rouge et du noir et de Lucien Leuwen du même auteur. Ma PAL manquant de classiques, l'occasion ne pouvait être loupée.

- Contes et légendes de la mer et des marins de Quinel et De Montgon. Instant émotion que cette rencontre lecteur-acquéreur / livre car cette collection de chez Fernand Nathan a fourbi mes premières armes de lecteur, j'ai d'ailleurs de nombreux volumes dans notre bibliothèque et c'est toujours avec un petit serrement au coeur que je repose les yeux dessus. En plus, ici les deux auteurs reprennent des légendes en lien avec la mer et les hommes qui tentent de la dompter, difficile de passer à côté vous en conviendrez. Une de mes prochaines lectures sans nul doute !

Acquisitions mai 2017 2
(Échappatoire dans la littérature française plus contemporaine)

- Ni d'Ève ni d'Adam d'Amélie Nothomb. Ca fait un sacré bout de temps que je n'ai plus lu Amélie Nothomb que j'ai tour à tour adoré, apprécié puis ensuite déprécié car le sentiment de "déjà-lu" m'envahissait régulièrement à chaque nouvel ouvrage parcouru. Le temps a passé (seules restent les pensées) et je me décidai à acquérir cet ouvrage qui revient sur un pan de sa vie au Japon lorsqu'elle était fiancée ! Ça promet du lourd, du fracassant et j'espère retrouver la langue accrocheuse et gouailleuse qui a fait la marque de fabrique de cette écrivaine belge bien dérangée.

- La Folle aventure des Bleus... et DRH de Thierry Jonquet. Thierry Jonquet et moi, c'est une grande histoire d'amour. Chaque lecture de cet auteur me procure à chaque fois un plaisir inégalé entre frisson et bonheur de lecture instinctif et sans concession. Cet ouvrage réunit deux nouvelles qui feront la part belle une fois de plus j'en suis sûr au regard impitoyable que pose l'auteur sur les noirceurs et lâchetés des hommes ordinaires. M'est avis que ce livre ne fera pas long feu dans ma PAL !

- Méchamment dimanche de Pierre Pelot. Là encore, un auteur que j'affectionne tout particulièrement et qui a le mérite d'être aussi doué que polymorphe dans les genres qu'il aborde très souvent avec succès. Pierre Pelot aborde dans cet ouvrage une histoire d'enfance qui va mal tourner, un roman d'apprentissage sur l'innocence et les illusions d'adultes. Tout un programme qu'il me tarde de découvrir !

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(Voyages en terres étrangères entre exotisme et introspections maladives)

- White spirit de Paule Constant. Coup de poker que cette acquisition dont je ne connais pas l'auteure mais dont la quatrième de couverture m'a de suite séduit. Fable féroce et roman initiatique se mêlent autour du destin de trois figures innocentes cernées par les ambitions, les jalousies et les envies dans le cadre d'une bananeraie perdue au milieu de nul part. Bizarre vous avez dit bizarre ? Carrément et c'est ce qui me plait !

- Histoire de ma vie de Lao She. Il s'agit ici d'une autobiographie de l'auteur qui durant sa vie a traversé nombre d'épreuves et de régimes politiques antagonistes. Je suis curieux d'avoir son regard sur cette Chine mouvante, changeante et multi-forme. La quatrième de couverture nous promet un récit émouvant et une réflexion intéressante sur le temps qui passe. Hâte de lire cela !

- Fleur de béton de Wilfried N'Sondé. Un livre qui me tente énormément depuis que j'ai mis la main dessus. Dans le microcosme d'une cité, on suit le destin de Rosa Maria, une jeune fille qui veut échapper au fatum de sa condition sociale mais qui n'entrevoit pas le bout du tunnel entre un père violent et un environnement mortifère. L'écriture à l'air puissante, vive et sans fioriture. Le genre de promesses qui peuvent conduire à un véritable coup de coeur ! Là encore, cette lecture sera entamée très vite.

Voila pour ces nouvelles acquisitions qui comme vous avez pu le lire promettent beaucoup en terme d'évasion, de découverte d'horizons lointains ou quotidiens. Chaque lecture sera un renouveau, une nouvelle découverte et je l'espère un voyage sans précédent. Les chroniques à venir sur chacun de ces ouvrages vous en diront un peu plus.


lundi 14 novembre 2016

"Les Orpailleurs" de Thierry Jonquet

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L’histoire : La main droite avait été tranchée, net, au niveau du poignet. Rien ne permettait d’identifier le cadavre, celui d’une femme. Dans la semaine qui suivit, on en découvrit deux autres, assassinées selon le même rituel. Si le meurtrier tuait ainsi en amputant ses victimes, c’était avant tout pour renouer avec ses souvenirs. Il effectuait un voyage dans le temps. Mais pour aller au bout du chemin, il lui fallut emprunter une route que bien d’autres avaient suivie avant lui. Des hommes, des vieillards, des enfants. Des femmes aussi.

La critique de Mr K : Ce Jonquet me faisait de l’œil dans ma PAL depuis un sacré bail  mais le temps passe, les lectures s’accumulent et on en oublie parfois des auteurs essentiels. Thierry Jonquet fait partie de ceux-là à mes yeux, il ne m’a jamais déçu, fournissant à chaque fois son lot d’émotions contradictoires et des intrigues bien ficelées, réservant de nombreuses surprises. Dans ce volume, Les Orpailleurs, on retrouve la même équipe d’enquêteur que dans le fabuleux Moloch qui m’a scotché littéralement. C’était de bonne augure avant de débuter ma lecture...

Des femmes sont donc assassinées dans Paris et sa proche banlieue. Les cadavres sont retrouvés exsangues, une main en moins et rien ne semble relier les victimes entre elles si ce n’est la manière peu orthodoxe de leur mise à mort. Parallèlement à l’enquête principale, on suit aussi les vies intimes des deux inspecteurs et de la juge d’instruction chargés de l’affaire. Autant de pistes de narration qui semblent éloignées les unes des autres mais qui vont finir par constituer un tout, comme toujours chez l’auteur.

Le roman est une fois de plus une belle réussite avec en premier lieu des personnages charismatiques qui donnent envie de poursuivre sa lecture. Le duo d’inspecteur fonctionne à merveille entre le bloc de granit Dimeglio, flic polyglotte à la vie rangée et aux avis sûrs, et le borderline Rovère à la vie personnelle détruite depuis la méningite de son fils. Rien ne les rapproche mais pourtant ensemble et en compagnie de seconds couteaux bien affûtés (le dénommé Choukroune est terrible dans son genre, p’tite racaille passée du bon côté), ils réussissent à faire avancer l’enquête avec pas grand-chose pour démarrer. Jonquet s’applique à ne rien laisser de côté dans le descriptif du processus d’investigation et loin de nous égarer en chemin, il nous accroche à ce quotidien parfois fastidieux mais néanmoins nécessaire pour la découverte de la vérité.

Il y a surtout Nadia, jeune juge d’instruction tout juste mutée à Paris pour un gros différent familial (la révélation finale à ce sujet est fracassante) qui s‘installe dans sa nouvelle vie mais doit déjà se confronter aux affaires courantes qui n’ont rien de reluisantes entre un père infanticide, un automobiliste ivre qui a attaqué les forces de l’ordre et cette série de meurtres mystérieux. On suit son installation et ses rapports avec son drôle de proprio. J’ai aimé la fraîcheur, la verdeur et le côté direct de la jeune femme qui loin d’être une caricature se révèle bien plus fine que ce à quoi elle ressemble de prime abord. Son caractère entier a obtenu mon adhésion quasiment immédiatement et j’ai aimé suivre ses pérégrination entre vie affective morne, installation calamiteuse et confrontation à sa nouvelle réalité professionnelle.

De manière générale, plus que l’affaire elle-même, tous les personnages ont leurs secrets et Jonquet s’amuse à nous livrer les détails et indices au compte-gouttes. Bien malin celle ou celui qui découvrira la vérité ultime avant les dernières pages de ce roman crépusculaire, poisseux mais aussi parfois lumineux à certains moments. Et puis, des passages entiers nous convient à être dans la tête du tueur, livrant ses émotions et pulsions. Ces passages sont d’un réalisme déviant et dérangeant, le genre de sensations qu’ils procurent sont rarement d’une telle intensité. Pour ma part, j’ai adoré ce parti pris qui ne fait qu’augmenter un peu plus la tension palpable entre ces pages qui se tournent toutes seules.

C’est le principal problème de ce livre. Comme bien souvent avec cet auteur, on devient très vite accro au récit et aux personnages. Impossible de décrocher, et il ne m’a fallu pour ma part que deux jours pour en venir à bout. On retrouve toute la science du récit qui habitait Jonquet, son amour pour ses personnages qu’il cisèle à merveille et son goût pour les histoires tordues parfaitement maîtrisées. Ce livre est une pépite de plus à mon tableau de chasse, une œuvre de choix qui vous procurera plaisir, évasion et quelques surprises de taille. À lire !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Le Pauvre nouveau est arrivé !
Moloch
Mémoire en cage
La bête et la belle
La vie de ma mère !
Mygale

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vendredi 12 juin 2015

"Le Pauvre nouveau est arrivé !" de Thierry Jonquet

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L'histoire : Jésus ! Jésus ! Un chanoine touille de sa canne une tambouille au fumet odorant... Traîne-savates et autres miséreux, gamelles à la main, à la queue leu leu... Jésus ! Jésus ! Allez les gars, Y a du rabiot !

Un jour, parmi eux, Etienne Chabot de Vaudricourt de la Muzardière-Huzart, aristocrate déchu, renvoyé au rang des loqueteux. Une malédiction ancestrale ! Il est naïf, Etienne, jusqu'au fond de sa misère...

Jusqu'au moment où... dans les nuits froides de Paris, une lame bien aiguisée égorge les vagabonds... Une commande de saint Pierre ? Un désastre médiatique pour le Rassemblement ? Conjuration du sort pour Vaudricourt ! Chantage, couardise et fourberie... Chacun y va de sa recette pour accommoder la soupe populaire et en tirer le meilleur prix !

La critique de Mr K : Thierry Jonquet s'invite une fois de plus chez nous aujourd'hui avec cette longue nouvelle publiée chez Librio: Le Pauvre nouveau est arrivé ! Le titre annonce la couleur, ce récit s'avère corrosif à souhait et provocateur par les thèmes abordés. Accrochez-vous, ça va secouer !

Tout commence par la descente aux enfers d’Étienne, dernier représentant d'une famille de nobliaux français maudite entre toutes. Depuis des siècles, ils collectionnent faillites, trahisons et exécutions capitales. Pas étonnant donc que le dernier rejeton, cadre supérieur dans une société de fabrication de fleurs factices fasse les frais d'un remaniement économique. Une promesse fallacieuse le projette au ban de la société, dans la rue, où il va se retrouver confronter à la pauvreté extrême, au regard inquisiteur de la masse travailleuse, à un chanoine littéralement possédé et à un tueur en série spécialisé dans le SDF !

Une fois de plus, Jonquet nous offre une vision bien sombre de notre société. On explore ainsi les arcanes d'une grande société et les mécanismes en marche lors d'un plan social ou d'une restructuration de service (on ne recule devant rien et aucune parole en l'air pour se débarrasser des gens considérés alors comme des poids morts). C'est l'occasion pour le lecteur de se rappeler que pour certains rien n'est jamais acquis et que l'on peut très vite se retrouver dans la précarité extrême. Il y a certes un peu d'exagération dans l'histoire d'Étienne mais on ne peut s'empêcher d'y trouver un écho réaliste à la triste époque que nous vivons (le livre quant à lui a été écrit en 1990).

Une fois déchu, le "pauvre" homme se retrouve immergé dans le monde interlope des SDF où le froid et la faim sont au centre de tout. C'est aussi la violence, la peur et une nouvelle menace. Qui est ce mystérieux tueur qui s'en prend systématiquement aux vagabonds des rues de Paris ? La réponse est assez surprenante et provocatrice, personnellement j'ai adoré ce retournement de situation bien barré et typique de cet écrivain hors norme. Et puis, il y a ce constat amer que nous dresse Jonquet, le spectacle de la misère qui incite le non-pauvre à trimer pour gagner sa pitance, une personne que l'on plaint mais que l'on n'aide vraiment jamais, qui attire les caméras quand un chanoine se met dans la tête de les nourrir et de les sauver avec l'aide d'un parti politique réactionnaire émergent (ça ne vous rappelle rien ?). Vous l'avez compris tout le monde en prend pour son grade, l'humanité ne ressort encore une fois pas grandie de ce récit incisif et sans concession.

Inutile de vous dire que l'ensemble se lit en deux petites heures avec pour moi une jubilation de tous les moments face à cette langue pleine de verve, les jeux de mots insolites et les phrases enlevées si caractéristiques de cet auteur. La provocation est ici sauvage mais toujours guidée par le message sous-jacent inhérent à l’œuvre de Jonquet, l'homme est une belle saloperie mais si l'on gratte bien, on peut aussi lui trouver des moments de grâce. Un petit bonheur de lecture que je vous invite à découvrir au plus vite si le cœur vous en dit.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Mygale
La vie de ma mère !
La bête et la belle
Mémoire en cage
- Moloch

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mercredi 14 janvier 2015

"Moloch" de Thierry Jonquet

moloch

L'histoire : L'Éternel parla à Moïse et dit : Tu diras aux enfants d'Israël: si un homme des enfants d'Israël ou des étrangers qui séjournent en Israël livre à Moloch l'un de ses enfants, il sera puni de mort... Si le peuple du pays détourne ses regards de cet homme qui livre ses enfants à Moloch et s'il ne le fait pas mourir, je tournerai moi, ma face contre cet homme et contre sa famille et je le retrancherai du milieu de son peuple avec tous ceux qui se prostituent comme lui en se prostituant à Moloch... (La Bible, Lévitique, XX.)

La critique de Mr K : Retour vers un auteur que j'affectionne tout particulièrement aujourd'hui avec un nouvel opus de Thierry Jonquet, chantre du polar bien noir à la française. Moloch ne déroge pas au genre, bien au contraire, vous allez assister à une véritable descente aux Enfers, à un voyage au bout de la nuit dans les tréfonds de la déviance humaine. Âmes sensibles s'abstenir, Moloch n'est pas à mettre entre toutes les mimines !

Derrière cette quatrième de couverture biblique se cache une histoire épouvantable ou plutôt plusieurs histoires sinistres qui s'entrecroisent : des policiers parisiens doivent enquêter sur le meurtre épouvantable de quatre enfants dans un pavillon de la proche banlieue (les chérubins ont été carbonisés vivants rien de moins !), un directeur de l'aile d'oncologie d'un hôpital et sa surveillante en chef ont des soupçons quant à la possible maltraitance de leur enfant par des parents apparemment bien sous tout rapport, un SDF illuminé part en croisade pour punir les personnes qui ont fait du mal à sa jeune protégée et un peintre condamné par la maladie confiant à son psychiatre sa volonté de finir en beauté en expérimentant encore plus loin le lien entre souffrance et Art... Tout un programme vous l'avez compris, avec une œuvre dérangeante qui n'est pas sans rappeler l'excellent Les Racines du mal de Maurice G. Dantec, un de mes livres cultes.

Avec ce livre, Jonquet colle au plus près du quotidien de ses personnages. Les différents chapitres correspondent aux jours qui s'égrènent depuis la découverte macabre jusqu'à la résolution de l'enquête. Via des sous-chapitres courts, on passe allègrement d'un personnage à l'autre, d'une intrigue à l'autre. L'auteur très malin en profite pour nous asséner à chaque fois quelques scènes fortes, parfois plus intimistes et fait monter la mayonnaise comme il en a le secret. On a beau savoir que tout va se réunir pour former un ensemble cohérent, les voies de Jonquet sont impénétrables et cela déroute et excite la curiosité. Une fois happé dans ce roman, il est difficile de s'en échapper même si ici fascination et répulsion sont concomitants.

Il faut dire que Jonquet n'est pas réputé pour sa joie de vivre et ici c'est encore plus vrai que d'habitude avec pèle-mêle des thèmes plutôt angoissants et malsains. On ne tombe pas dans la facilité ou dans le voyeurisme mais plutôt dans un réel que l'on côtoie sans pour autant le voir ou vouloir le voir. Jonquet rappelons-le était un amoureux de la vie qui ne supportait pas l'injustice et les désordres de l'âme humaine qu'il aimait dénoncer à travers ses fictions. Dans Moloch, il est donc question de pédophilie et des réseaux œuvrant dans l'ombre, de maladie mentale sanguinaire et perverse (je ne connaissais pas le syndrome de Münchausen avant cette lecture, c'est vraiment effrayant comme pathologie), de l'exclusion sociale à travers le personnage de Charlie ancien militaire devenu SDF suite à son expérience rwandaise... Autant de personnages dérangés, en dehors des clous, qui hantent les pages du livre à la recherche d'un ailleurs meilleur par le Salut ou la destruction. Les contrastes sont forts et les policiers bien limités dans leur liberté d'action pour pouvoir arriver à une happy-end définitive...

On retrouve tout le talent de Thierry Jonquet pour planter un décor réaliste et des destinées tourmentées. Le Paris des bas fonds (ici les Puces et la proche banlieue) est saisissant et nous plonge dans un monde interlope qui coexiste avec notre quotidien banal. Le livre est donc parfois crû, direct, froid mais ne cède jamais à la complaisance. C'est une des plus grandes qualités de Moloch et de Jonquet en général (voir mes autres chroniques mises en ligne, liens en bas de post). Les personnages sont ciselés comme à chaque fois avec cet auteur et le récit est ponctué de retournements de situations comme il sait si bien le faire. L'écriture est une merveille de nervosité, de précision et d'intelligence où nulle part n'est laissée au manichéisme et où la psyché humaine livre tous ses secrets même les plus inavouables.

Une grande et terrible expérience littéraire, un must dans le genre ! Foncez !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Mygale
- La vie de ma mère !
- La bête et la belle
- Mémoire en cage

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vendredi 3 octobre 2014

Mr K craque... again!

Oui, je le confesse, je suis un multi-récidiviste! Impossible pour moi d'aller chez l'abbé sans craquer. Il va peut-être falloir que je pense bientôt à consulter... En attendant, voici un bref résumé de ma collecte de mercredi!

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- La château de Lord Valentin de Robert Silverberg. J'adore cet auteur et ce livre me faisait de l'oeil dans le Bac SF. L'histoire m'a interpellé avec un soupçon de l'univers du cirque qui m'a toujours plu en littérature... Wait and see!
- Le Jeu du jugement de Bernard Taylor. À priori, une histoire de sales mioches n'aimant pas leur belle-mère et qui lui réserve un sort peu enviable! Impossible de résister à un tel pitch. Ce sera une de mes prochaines lectures!
- Rendez-vous avec Rama de Arthur C. Clarke. Une histoire de vaisseau spatial fantôme écrite par l'auteur de 2001, L'Odyssée de l'espace... Ça ne se refuse pas!
- La Ligue des gentleman extraordinaires d'Alan Moore et Kevin O'Neill. Depuis ma lecture enfiévrée de V pour Vendetta, je considère Alan Moore comme un demi-dieu! Alors même si le film tiré de cette BD est vraiment un nanar, je me laisse tenter, en plus les dessins sont sympathiques!

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- La fille de la nuit de Serge Brussolo. Histoire classique d'une femme amnésique poursuivie par des tueurs... Oui mais voilà, c'est Brussolo qui est aux manettes et il ne m'a jamais vraiment déçu dans le polar!
- Chicagone, série Le Poulpe de François Joly. Bon ben... Je l'avais pas lu et le jeu de mot du titre est une fois de plus très bien trouvé. Et puis, un petit voyage à Lyon en compagnie de Gabriel Lecouvreur ça me tente bien!
- Moloch de Thierry Jonquet. Un auteur que je porte aux nues, un livre non lu de lui et pas cher... What else?
- Sept jours pour expier de Walter Jon Williams. Une histoire étrange entre chronique du sud à la Steinbeck et le technothriller. Il n'en fallait pas moins pour aiguiser ma curiosité!
- Stairways to hell de Thomas Day. Ce sera ma première incursion chez cet auteur dont j'ai entendu beaucoup parler. Il y a des chances pour que j'aille le voir en dédicace aux Utopiales à la fin du mois. Ce serait dommage de ne pas avoir de livres de lui! En plus, ca a l'air totalement déjanté, style Sin City!

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- Tendre jeudi de John Steinbeck. Un grand saut dans l'inconnu que ce titre mais comme je redécouvre avec un plaisir certain cet auteur depuis quelques mois, je n'allais pas laisser passer l'occasion!
- Le Cheminot de Asada Jirô. Un recueil de nouvelles qui parle du temps qui passe et de la jeunesse perdue... Une ambiance bien japonaise comme je les aime. À voir!
- Du moment que ce n'est pas sexuel de Gudule. J'ai dévoré en son temps Le club des petites filles mortes du même auteur depuis je n'avais jamais recroisé la route de cette dame hors norme. L'occasion fait le larron et cette histoire d'amour bien thrash me semble idéale pour des retrouvailles!
- Caïn de José Saramago. Une histoire bien étrange qui commence lors du premier crime et parcourt ensuite les temps bibliques. Bien barré et donc pour moi! Conseillé et repéré par ma douce!

Bon, ma PAL se remplit encore... mais il est tellement difficile de résister face à des titres évocateurs ou des auteurs que l'on pratique et apprécie. Pas de quoi s'ennuyer en tout cas! Ils vont rejoindre leurs petits frères et sœurs en attendant ma voracité de lecture!

samedi 31 mai 2014

"Mémoire en cage" de Thierry Jonquet

memoireencageL'histoire : Qui ? Pourquoi ? Comment ?
Voilà les trois questions que se posait le commissaire Gabelou. Trois questions pour trois cadavres. Comment en était-on arrivé là ? La fatalité, l'injustice et la vengeance...
Cynthia a beau être prisonnière de son fauteuil roulant et de son corps souffrant, elle n'est peut-être pas si débile qu'il y paraît. Sa vie est fichue alors il ne lui reste plus qu'à réussir la mort de l'ordure qui a tout gâché. Mais comment ?

La critique de Mr K : Voilà un auteur que j'aime tout particulièrement et qui a réussi à chacune de mes lectures à me surprendre et me tenir en haleine. Quand j'ai vu le présent livre dans un bac de chez l'abbé, je n'ai pu résister à la tentation et je l'ai immédiatement adopté. Il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour me plonger dans cette lecture pleine d'espoir et de promesses !

Comme d'habitude avec Jonquet, on est directement plongé dans une histoire par bien des aspects désespérante et sordide. Nous nous retrouvons dans les pensées les plus intimes de Cynthia, une jeune handicapée réduite quasiment à l'état de légume. Elle voue une haine sans borne pour le docteur Mourier qui vient régulièrement consulter au sein de l'institut spécialisé dans laquelle elle végète. Cette hargne contenue par la force des choses nous bouscule dans nos retranchements intérieurs et dès les dix premières pages, on nage en plein roman noir où l'on sait qu'on ne sera pas épargné et dont on ne ressortira pas indemne. Chapitre après chapitre, le procédé du point de vue interne se répète nous plongeant dans des moments de pur voyeurisme malsain. Le lecteur est ainsi placé tour à tour dans la tête du docteur et des autres personnages gravitant autour d'un trio mu par des forces peu recommandables. L'enquête policière est bien présente mais la vérité réside dans ces parcelles de vie exposées qui vont au final livrer une vérité crue et marquante.

On est immédiatement happé par le jeu de piste machiavélique de l'auteur car comme il est de coutume chez lui, les personnages sont soignés à l'extrême, leur âme trifouillée au scalpel, pour finalement en ressortir une explication à la fois clinique et trouble. Attendez-vous à du lourd, du très lourd même, avec cette histoire mêlant drame intime et agissements nauséeux, où les certitudes ne durent que quelques pages pour être mieux remises en cause par les révélations successives. L'auteur se plait à nous balader, les apparences sont trompeuses et les personnages entretiennent à merveille leur face sombre et bien souvent inavouable. Bien malin sera celui qui dénouera les fils d'une intrigue dense, où les faux-semblants sont nombreux. Le commissaire Gabelou aura bien des difficultés pour cerner les tenants et les aboutissants d'un drame sanglant amené par des raisons tortueuses.

On retrouve ici toutes les qualités de l'auteur. La langue est simple, directe comme un uppercut sec. Des mondes antagonistes se rencontrent, celui feutré et cultivé de l'univers de la médecine et le registre plus vulgaire et direct de la jeune fille. Le choc est violent et l'auteur le retranscrit avec justesse et vérité. C'est éprouvant, parfois transcendant tant l'empathie fonctionne et l'acte final est un coup derrière la nuque dont on ressort quelque peu groggy mais heureux. C'est ce côté plaisir pervers que l'on retrouve à chaque lecture de ce type. Que de maestria ici déployée! Que de surprises et de changements d'orientation! Autant de bonheur de retrouver un auteur décidément à part.

Ce fut donc une lecture d'une rare intensité et d'un plaisir extatique que je vous propose d'entreprendre à votre tour. Je la prescrits même de toute urgence aux grands amateurs du genre qui seraient passés à côté ou qui ont laissé jusqu'ici ce merveilleux opus dans leur PAL.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Mygale
- La vie de ma mère !
- La bête et la belle

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mardi 17 septembre 2013

"La bête et la belle" de Thierry Jonquet

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L'histoire : Léon est vieux. Très vieux. Léon est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale ! Léon se tient très mal à table. C'est dans sa nature... C'est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ?

La critique de Mr K : C'est avec un plaisir sans borne que j'ai dégoté cet ouvrage une fois de plus chez l'abbé. J'avais adoré mes deux premières incursions chez cet auteur et ce livre n'a duré longtemps non plus, deux sessions de lecture fiévreuses m'ont suffi pour en venir à bout. Le constat est sans appel, Jonquet était sans doute un des plus grand auteur du genre de part son écriture et sa maîtrise de ses récits notamment à cause de chutes à la fois imprévisibles et bouleversantes.

Au premier abord, cette histoire est très étrange. Les personnages principaux sont pour la plupart flous, réduits à leur titre ou leur métier (le garçon boucher, le coupable, le commissaire Gabelou...). On sent bien que dès le début Jonquet cherche à embrouiller le lecteur. Un commissaire recueille un vieil homme (le fameux Léon de quatrième de couverture) qui semble lié à un criminel ayant commis des meurtres particulièrement violents. Même si nous n'avons pas le détail complet de l'affaire au début de l'histoire, on se doute qu'il y a quelque chose qui cloche, un mystère plane autour de Léon et de ses relations précises avec le coupable qui au détour de confessions audios commence à lever le voile sur les événements passés. La piste est mince, les propos délibérément abscons et ce n'est qu'à la toute fin que le lecteur est littéralement cueilli par une vérité à la fois implacable et logique expliquant toutes les ellipses délicieusement semées tout le long du texte par un auteur décidément diabolique dans son genre.

On retrouve dans ce roman tout le talent de Jonquet pour tenir en haleine ses lecteurs. On retrouve notamment un sens du suspens hors du commun, on assiste à l'élaboration d'un puzzle complexe et méthodique où aucun personnage n'est épargné et où le lecteur manipulé ne peut que se laisser aller au gré des fausses pistes imaginées par l'auteur. On suppute beaucoup et on se trompe souvent. Personnellement, j'adore cela ! Les personnages sont ciselés à merveille et c'est peu à peu que Jonquet éclaire leur zone d'ombre, mention spéciale à Léon, vieillard rejeté de tous dont la vraie nature est révélée dans les ultimes pages flamboyantes de ce roman vraiment pas comme les autres.

Vous l'avez compris, Jonquet récidive ici dans le genre polar court et efficace. Impossible de relâcher le livre avant d'en avoir parcouru la dernière page, une fois de plus l'addiction est au rendez-vous et le bonheur de lecture est total. Ce serait bien dommage de ne pas se laisser tenter !

Lus, appréciés et chroniqués du même auteur :
- Mygale
- La vie de ma mère!

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jeudi 12 juillet 2012

"La vie de ma mère !" de Thierry Jonquet

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L'histoire : Ce n'est pas l'histoire de sa mère car de mère, il en a si peu. Elle n'est jamais là, elle travaille comme standardiste de nuit à Lariboisière. Elle fait de son mieux. Alors il vit sa vie tant bien que mal et la raconte dans son langage à lui, le môme des cités. Il n'est pas fort en rédaction, mais lui aussi fait de son mieux...

La critique de Mr K : Attention livre effroyable ! Il n'est pas à mettre entre toutes les mains, les âmes sensibles s'abstiendront ainsi que tous les bobos de gauche et réacs de droite car c'est la vérité la plus crûe et la plus extrême qui est exposée ici. Préparez-vous à une plongée sans concession dans l'univers d'un pré-ado de cité !

Ce livre est écrit à la première personne, un "je" terriblement immersif qui nous accompagne du début à la fin. Ce "je" n'a pas de nom ou de prénom, il est à proprement parlé symbolique, il représente bien plus que sa petite personne, c'est tout un pan de notre jeunesse qui est ici révélée : espoirs déçus, actes manqués, premières conneries, découverte de son corps / du rapport à l'autre, la dope, le sexe... rien n'est masqué ou mis de côté. Derrière ce catalogue et la peur qu'il peut inspirer à la lecture du récit, le malaise va grandissant. La lecture se révèle éprouvante, l'auteur nous renvoie l'image d'une société malade et le constat est sans appel.

Vous serez confrontés entre autre à des parents qui travaillent comme des acharnés et ne voient pas grandir leurs enfants qui poussent dans tous les sens et glissent dans la petite délinquance avant le grand saut, à une école inégalitaire qui depuis des décennies ne remplit plus son rôle d'ascenseur social (a-t-il seulement existé depuis la seconde guerre ?), à la désacralisation de l'acte sexuel remisé à un plaisir mécanique et machiste (des passages sont vraiment rudes à ce propos, bien plus dérangeants d'ailleurs que dans un Despentes par exemple), à la dope et à l'accoutumance qui l'accompagne, à l'intégration qui ne se fait plus et à la montée des intégrismes... autant de travers ici décrits sans complaisance ni gratuité, un constat neutre et terriblement d'actualité.

Au milieu de tout cela, il y a un jeune garçon (le héros-narrateur) qui a des qualités et des capacités mais une erreur de jugement, la recherche de compagnie et patatra... C'est le début de la descente aux enfers et ceci très jeune. L'espoir minci, l'innocence s'envole pour laisser place à une fripouille de quartier comme il y en a tant d'autres. À noter que ce jeune est d'origine "gauloise" ce qui nous change des clichés véhiculés ! On ne voit pas venir la chute même si finalement elle est logique, le lecteur referme le livre abasourdi et sous le choc.

Je l'ai lu en un après midi, il m'a été impossible de le refermer avant le mot "fin" tant j'ai été pris par le style oralisant qu'adopte Jonquet pour faire vivre son jeune héros de cité. Malgré un malaise qui s'amplifie et des passages vraiment difficiles, la curiosité l'emporte. Mais c'est trop facile de fermer les yeux face à de tels actes et phénomènes qui vont se multipliant dans toutes les sociétés "dites" modernes. Ce roman nous livre des clefs, les solutions restent à inventer. Un réel uppercut littéraire qui donne à réfléchir et que vous lirez et apprécierez si vous avez le coeur bien accroché !

Lu, apprécié et chroniqué du même auteur :
- Mygale

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dimanche 8 janvier 2012

"Mygale" de Thierry Jonquet

mygaleL'histoire : Ève ? Qui est-elle ? Qui est Richard Lafargue, l'homme qui la promène à son bras dans les soirées mondaines puis l'enferme à double tour dans une chambre ? Pourquoi ce sourire subtil sur les lèvres de la jeune femme et autant de rage si mal contenue sur les traits creusés de son compagnon ? Pourquoi vivre ensemble si c'est pour se haïr avec tant de passion ? Drôle de couple... Quel incompréhensible passé lie ces deux êtres hors du commun qui se cachent la plupart du temps derrière les murs de leur villa si tranquille ? Pourquoi les paroles si douces de The Man I love deviennent-elles entre eux l'expression radicale de la haine la plus absolue ?

La critique de Mr K : C'est ce que j'appellerai une authentique et magnifique claque ! Sans doute l'un des tout meilleurs romans noirs que j'ai pu lire. Je n'ai pu détacher mes yeux de cet ouvrage durant les 153 pages qui le composent tant l'histoire est prenante, bien menée et finalement implacable. Vous êtes prévenus !

Au cœur de l'intrigue trois personnages principaux autour desquels l'auteur va tourner. Le fameux couple étrange légèrement esquissé en quatrième de couverture (Richard et Ève) dont on suit le quotidien et les rapports très insolites. Il se dégage de ces deux être une ambiance malsaine et pesante au possible. Vient se greffer dessus, le parcours d'un casseur de banque, Alex, dont on ne voit pas de prime abord le rapport qu'il peut entretenir avec le reste de l'histoire.

Par petites touches, les pièces du puzzle s'amoncèlent dans un semblant de désordre général. L'auteur prend un malin plaisir à égarer ses lecteurs. Puis peu à peu, les rôles semblent s'inverser entre victimes et bourreaux, les frontières entre le bien et le mal deviennent floues et l'on arrive complétement abasourdis à la vérité finale qui laisse pantois. On a l'impression de se trouver face à La machine infernale de Cocteau, machine à broyer l'espoir et les destinées humaines. À ce propos, Jonquet est un véritable virtuose quand il s'agit d'explorer l'âme humaine et ses motivations. Ses personnages sont ciselés avec précision et concision, pas de lenteur ou de superflu dans un récit efficace et carré.

Difficile d'en dire plus sans trahir le scénario mais sachez que je ne me suis à aucun moment douté de la nature réelle des rapports qu'entretiennent les personnages principaux et que la révélation finale est littéralement estomaquante. Beaucoup de suspens et d'angoisse pour une lecture addictive et angoissante à souhait. Un grand livre à lire d'urgence !

Posté par Mr K à 18:09 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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