mercredi 11 décembre 2013

"Simon et l'enfant" de Joseph Joffo

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L'histoire: Paris, 1942, Franck, dix ans, vit à Montmartre avec sa mère, qu'il adore, et Simon, qu'il déteste.

Simon qui n'est pas son père, Simon qui, croit-il, lui vole l'affection de sa mère, Simon qui se cache, parce qu'il est juif.

Mais le destin va les contraindre à faire alliance. Et des champs de courses de Paris aux maquis de Savoie, d'un orphelinat au camp de Drancy, ils devront affronter, ensemble, une série d'aventures toujours pittoresques, parfois tragiques.

Entre Simon et l'enfant, entre l'adulte un peu voyou et le gamin trop vite grandi va naître d'abord une estime réciproque, puis une amitié plus forte que la guerre...

La critique de Mr K: Une belle lecture aujourd'hui encore avec ce roman de Joseph Joffo. Vous qui nous suivez régulièrement, vous savez toute l'admiration que je porte pour cet écrivain non émoulu du cénacle littéraire, Joffo étant garçon-coiffeur de formation. Contrairement à Un sac de billes et Baby foot, ce roman n'est pas autobiographique, il s'agit d'une fiction qui prend une fois de plus comme cadre la France sous l'occupation allemande, période trouble entre toute, qui a marqué l'auteur à jamais.

On suit ici Franck, un enfant que la guerre va faire murir trop vite et Simon, un réfugié juif en ménage avec Mireille, la maman du jeune garçon. La tension entre les deux personnages est palpable dès le départ, une place se joue entre les deux auprès de la jeune femme. Son fils est jaloux de l'affection que Mireille porte à Simon mais il ne se rend pas des enjeux cachés derrière cette relation. Simon lui, fait ce qu'il peut et très vite le destin va les rattraper. Mireille va disparaître et les deux écorchés vifs vont devoir apprendre à s'apprivoiser, à vivre ensemble au mépris du danger. L'animosité va se transformer en amitié et ce lien unique qui se tisse va se révéler essentiel face à l'adversité.

On retrouve dans ce roman tout le talent de conteur de Joseph Joffo. L'écriture est simple et efficace, la reconstitution historique est fidèle et pas du tout assommante. Le background est donc très bien rendu et renforce l'évolution des personnages. Plus que l'image du juif traqué et révolté, je retiendrai particulièrement l'évolution de l'enfant qui d'innocent va devenir homme et résistant à sa manière. Sa psychologie est très bien décrite et s'ancre dans un réalisme imparable qui nous permet d'effleurer l'état d'esprit de certains de nos compatriotes de l'époque (rien ne vaut un bon vieux témoignage). L'injustice est ici criante, la révolte nécessaire. Cette lecture est particulièrement intéressante dans cette période où les prises de paroles extrémistes se banalisent et où les frontières entre le bien et le mal se font de plus en plus ténus dans une République Française que je trouve personnellement en danger.

Reste que ce roman n'est pas le plus réussi de cet auteur. Il y a tout d'abord une impression de redite qui s'installe chez le lecteur après avoir lu les deux précédents ouvrages de l'auteur. On retrouve les même thématiques et le style finalement ne se renouvelle pas beaucoup. Le fond reste cependant très prenant. Je trouve aussi que la puissance qui se dégageait de l'oeuvre de Joffo est ici un petit peu moindre, sans doute est-ce l'effet "fiction". Pas de vécu ici et un aspect moins viscéral des drames qui se jouent malgré des passages très difficiles.

Au final, ce Simon et l'enfant se révèle être une bonne lecture, d'une pratique aisée et plaisante malgré un sujet grave. À lire si la période et le thème vous intéresse. En cas de doute, préférez lui les deux autres titres de l'auteur déjà chroniqués sur le blog.


mardi 7 juin 2011

"Baby-foot" de Joseph Joffo

baby-footL'histoire: Baby-Foot est la suite d' Un sac de billes, le roman du petit Jo, devenu adolescent, dans le Paris et la France de la Libération. Une époque étrange pour un jeune garçon, où se mêlent la joie de la liberté retrouvée, le temps du marché noir et des trafics en tous genres, la découverte du Nouveau Monde et des Américains, l'anxiété d'avoir le certificat d'études à passer.

La critique de Mr K: Retour dans l'univers de Joseph Joffo quelques mois après ma relecture enthousiasmante d'Un sac de billes. La guerre est passée et l'on retrouve le petit Jo qui a bien grandi depuis et s'apprête à passer son certificat d'étude. Le papa n'est jamais rentré de son emprisonnement et c'est une période de doutes et de choix difficiles qui s'ouvre devant le jeune adolescent.

On retrouve le grand frère Henry qui s'affaire dans son salon de coiffure, figure protectrice qui remplace le père disparu dont l'autorité pèse parfois un peu trop sur son jeune frère en pleine révolte adolescente (il verrait bien le cadet le seconder à la boutique). La mère est aussi omniprésente dans ce livre, une mère rassurante et aimante qui sent bien que son fils lui échappe, une mère que les épreuves endurées ont vieilli prématurément et qui ne souhaite qu'une chose: la réussite de Jo. Il y a les copains, archétypes des titis parisiens si joliment représentés par Doisneau dans ses photos immortelles.

Et puis évidemment, il y a Jo. On retrouve sa malice et son indéfectible désir de vivre sa vie en jeune homme libre. Il se fiche un peu de son certif et ne veut à aucun prix devenir coiffeur. Il multiplie les rêves mais aussi les désillusions. Il s'intéresse à la boxe qu'il va pratiquer puis abandonner, se rendant compte qu'il n'est pas fait pour cela (la scène du match est un monument de narration et d'émotion pure). C'est un week-end en autostop et la découverte de la vie des nomades (les jeunes partent voir l'oncle d'un d'entre eux, tsigane installé avec sa communauté aux alentours de Marseille -haut lieu de tension pour le jeune Jo dans Un sac de billes-). Il y a aussi pour lui et ses amis la fascination qu'exercent sur eux les GI américains qui ont libéré le pays et l'Amérique si proche et si lointaine à la fois, riche de promesses. Il y a aussi les petits trafics de l'après guerre et les plans foireux propre à cet âge aussi attendrissant qu'exaspérant qu'est l'adolescence.

Remarquable chronique d'une adolescence dans le monde de l'après guerre, on retrouve dans Baby-foot tout le talent de Joseph Joffo pour dépeindre l'Histoire et ses tourments, sa concision et sa franchise dans la description des personnages et la délicatesse qu'il met dans la peinture des sentiments, une émotion simple à l'état brut. Une très belle lecture que je recommande chaudement.

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mercredi 7 avril 2010

"Un sac de billes" de Joseph Joffo

un_sac_de_billeL'histoire:

Paris en 1941 n'est plus la capitale d'une terre d'asile qui arbore pour devise au fronton de ses mairies "Liberté, Egalité, Fraternité". Paris est une ville occupé où l'ennemi nazi impose ses lois d'exception et le port de l'étoile jaune à tous les Juifs.

Leur mère en a donc cousu une au revers du veston de Maurice et de Joseph avant leur départ pour l'école. Le résultat est immédiat, le racisme des gamins se déchaine et les deux Joffo rentrent qui avec l'oreill en chou fleur, qui avec l'oeil poché et le genou meurtri. Oh! En compassation, il y a bien eu le troc proposé par Zérati, le copain de Jo, l'étoile jaune contre un sac de billes, mais leur père a compris: il faut fuir.

La critique de Mr K:

Quelle merveilleuse relecture que celle-ci! Je me suis retrouvé derrière les bancs de l'école en classe de 5ème avec Mme Jaffrézic comme prof de français. Ca a été un des rares bouquins étudiés en classe qui m'ait plû! Je suis retombé dessus par hasard (et mal rasé comme disait Serge) au gré d'une visite dans une quelconque brocante. Je l'ai dévoré en deux jours, partagé entre mes retrouvailles avec les deux frères et le destin tragique de leur famille. Rappelons simplement qu'il s'agit d'un premier livre et qu'il est autobiographique et vous pouvez déjà vous faire une petite idée de la charge émotionnelle que dégage cet ouvrage.

C'est avant tout une ode à l'enfance: ses petites joies, ses terreurs, ses aspirations et ses limites. Joffo nous offre une vision de la guerre à travers les yeux de l'innocence et son écriture remarquable retranscrit avec brio et justesse l'errance de ces deux pré-adolescents. La fratrie, l'amour de la famille autant de valeurs qui leur permettront de surpasser un conflit qui les dépasse mais les touche au premier plan: ils sont juifs. Loin des clichés, c'est la réalité brute qui est ici exposée: l'exode, la recherche de nourriture, le passage de la ligne de démarcation, les retrouvailles, le système D... Des passages sont extrêmement éprouvants notamment la scène se déroulant dans l'hôtel Excelsior (lieu de résidence de la gestapo) où Maurice et Joseph sont soumis à un interrogatoire impitoyable. Ils tiendront et ne diront jamais qu'ils sont juifs. Ils devront leur salut à un prêtre qui fournira de faux documents attestant de leur baptême. J'en profite pour préciser que nombre de Justes ayant caché ou aidé des juifs étaient des prêtres catholiques. On parle beaucoup des attermoiement de Pie XII (pape de l'époque) vis-à-vis de la "question juive" mais on oublie trop souvent ces membres du clergé catholiques anonymes qui ont risqué leur vie en suivant les vraies valeurs chrétiennes.

Ce livre est un monument, un témoignage-romancé fidèle à la réalité de l'époque que beaucoup de collégiens ont lu et -je l'espère- continueront à lire dans les décennies à venir. L'écriture simple et cependant dense nous plonge dans une des époques les plus sombre de notre Histoire et nous rappelle qu'encore aujourd'hui le combat doit continuer pour protéger des principes aussi essentiels que le droit d'exister pour ce qu'on est, dans le respect des autres. J'avoue cette re-lecture m'a ému comme au premier jour et c'est tremblant que j'ai refermé ce livre qui aura une place de choix dans ma bibliothèque idéale (mon Dieu, va falloir acheter une autre étagère!).

Posté par Mr K à 18:30 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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