jeudi 28 juin 2012

"Le Seigneur de l'Histoire" de Michel Jeury

MJ-LSDH-BL'histoire: Il existe un mystérieux rapport entre le comédien Bruno Gorda et Godrap, le tout-puissant dictateur de l'avenir, qui se fait appeler le Seigneur de l'Histoire. Mais lequel? Bruno Gorda se prépare à tourner L'Enclave des guerriers. Une attaque surprise des agents de Godrap le précipite avec ses mais dans un monde hors du temps. Il se retrouve prisonnier d'une autre «enclave de guerriers», où s'affrontent les soldats d'une impossible Europe. Il a alors la révélation de son identité et le pressentiment de son destin.

Tombé dans un mini-monde parasite, il échappe de justesse à son frère jumeau et à la police de Godrap. Le véritable Seigneur de l'Histoire l'attend au bout de l'aventure pour lui apprendre la vérité sur son univers.

La critique de Mr K: Je vous le dis tout de go, c'est mon premier Michel Jeury et ce sera sans doute mon dernier aussi! Pour nos lecteurs les plus fidèles, vous savez déjà que Nelfe avait chroniqué il y a déjà un petit bout de temps May le monde du même auteur, livre qu'elle avait particulièrement détesté! À mon tour, je me suis frotté à cet écrivain qui a tout de même une assez bonne réputation dans le milieu de la SF. Je reste dubitatif...

Pourtant en lisant le quatrième de couverture chez l'abbé, j'étais plus que chaud pour lire une histoire qui me semblait bien déviante et uchronique à souhait! Mais voilà, c'est pas tout d'avoir un pitch de départ béton, il faut le consolider durant le déroulement du récit, ce qui n'est pas vraiment le cas ici. Rassurez vous, on a les réponses qu'on attend mais elles m'ont paru convenue et à aucun moment je n'ai ressenti le moindre sentiment de surprise ou d'originalité. Au fur et à mesure de ma lecture, un sentiment de déjà-lu et d'ennui ont pointé de concert pour ne pas me lâcher avant la dernière page.

Les différents personnages manquent de relief et se révèlent être plus des caricatures qu'autre chose. J'avais l'impression de lire un patchwork de clichés et de situations récurrentes, et franchement il m'a fallu un sacré effort de volonté pour venir à bout de ce livre. Le plus fou c'est que cette médiocrité de fond se retrouve à mon goût aussi dans l'écriture qui m'a paru plate et dénuée de force évocatrice.

Vous l'avez compris ce livre ne m'a pas plu, m'a énormément déçu et ne va pas remonter l'estime de cet écrivain au Capharnaüm Éclairé.

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dimanche 5 septembre 2010

"May le monde" de Michel Jeury

mayL'histoire: May a dix ans. Peut-être est-elle en train de mourir. Le docteur Goldberg l'a envoyée en vacances dans la maison ronde, au milieu de la forêt, rejoindre quatre locataires, Thomas et Lola, Nora et la docteure Anne. Ils sont chargés en fait de distraire les enfants malades. Et de leur apprendre le monde.
Un monde qui ressemble au nôtre. Mais qui n'est pas le nôtre, qui en est prodigieusement distinct et distant, sur une autre "brane". Où tout, en réalité, est différent, subtilement ou violemment. Le docteur Goldberg vous expliquera ça.
Encore heureux qu'il y ait le "Changement", sans lequel la vie ne vaudrait pas d'être vécue. Et l'"Extension", si vaste qu'elle cache peut-être, dans quelque recoin d'un monstrueux capharnaüm, ce que May nomme en langage grimm's "mondo paradisio".

La critique Nelfesque: Au secours! Je suis arrivée au bout des 393 pages de "May le monde" au prix d'un effort quasi physique et avec un sentiment que je n'avais encore jamais éprouvé à ce point: celui d'avoir perdu mon temps.

Je n'irai pas par quatre chemins. Malgré la 4ème de couverture alléchante, je ne conseillerai pas ce livre. Et ce pour plusieurs raisons.

L'histoire tout d'abord est inintéressante car servie avec une écriture indigeste qui prime sur tout le reste. Ce roman de Michel Jeury est vendu comme étant un évènement, un chef-d'euvre poignant, un renouveau de la science-fiction avec une langue inventée et un style jusqu'alors jamais vus. J'ai envie de dire "Tant mieux!!!". Pour que vous vous fassiez une idée voici un extrait, pris au hasard dans ce roman:

'Mam's chérie, tu vas à peine reconnaître ma façon de parler. C'est que Thomas m'a aidée. Il m'a billée des idées, des chicos et des dingos, et il m'a même corrigé mon brouillon avec une pointe cochon noir le dernier cri genre. Comme ça ma lettre sera moins mal foutue. Je te ferai un mel-i quand je serai rentrée à Eckhart. A la Magerie, ils ne sont pas connectés, le fili et l'électricité sont mezzo pourris depuis cent ans. Le mel-i, quand je peux, c'est plus facile pour moi, et mon copain Dimi m'aide si je m'emberlife. Grandp' a un tzar Ape, mais il fonctionne plus depuis longtemps. Et puis Thomas dit qu'il faut se méfier des ordi singes. Trop branché cul. Lui a un senseur rétine rêve rose , assez coquin mais pas trop."

Ce genre d'écriture, enfantine, pourrait être drôle et fraîche sur quelques pages mais au bout d'un moment, c'est vraiment pénible. D'autant plus que l'oeuvre est très pauvre en vocabulaire. Le langage, soit disant inventé, se résume à raccourcir des mots ("mom" pour moment, "anim" pour animaux, "hum" pour humain), à changer une lettre du mot français ("mondo" pour monde, "éternété" pour éternité, "toubab" pour toubib signifiant docteur en argot), à user d'anglissisme ("chite" pour merde, "chiterie" pour saloperie, "phone" pour téléphone)... Tout cela ne suffit pas, à mon sens, à l'invention d'une langue. Prenons Nosfell et son Klokobetz dans le monde musical, ou en restant dans la littérature, les nombreuses langues inventées par Tolkien. Là il y a de la recherche, tout un univers et une construction grammaticale, étymologique et lexicale autour de ces langues. On en est loin ici. Les quelques mots "détournés" reviennent en boucle dans le roman. On tourne sans arrêt autour du même thème, du même vocabulaire, des mêmes formulations. C'est le serpent qui se mort la queue et on s'ennuie.

Passé les 100 premières pages, je me suis dit que tout cela devait avoir un but, comme dans l'excellent "Des fleurs pour Algernon" de Daniel Keyes où l'écriture et la syntaxe servent merveilleusement le roman. Et bien non pas vraiment... Ce moment tant espéré n'est jamais arrivé. D'autant plus que les choses se corsent quand on arrive à la mot-phrase (formé d'un seul mot), à la locution-phrase (de plus d'un mot) ou carrément au petit-nègre comme ici:

"Si un trou? Tomber profond? Impossible. Non espace non temps. Nuit. Oeuf monde. Mes yeux accoutument distinguer un peu ciel. Petite clarté. Bruit encore. Hélivoles peut-être. Bon mom aime entendre les hélivoles. Machines vivent en ciel. Avancer. Chien aide prie sens cherche le chemin. Sol trop mou pas le chemin. Mes pieds enfoncent chien aussi. Je rattrape par peau du dos essaie tirer."

Plus d'une fois j'ai voulu arrêter ma lecture afin de m'attaquer à un des nombreux autres romans que j'ai en attente. Mais une petite voix me disait "Ne fais pas ça, il y a forcément une explication". Encore une fois j'avais "Des fleurs pour Algernon" dans la tête mais j'ai compris à 100 pages de la fin que l'on ne pouvait définitivement pas comparer les deux oeuvres. A ce moment précis, j'ai bien failli dire stop au masochisme avec un chapitre entier écrit ainsi:

"Mots
rivière arbre feuille feuillard oc herbe sable vent oiseau ciel eau bruit chant
village rose chemin soleil fruit coton
cheval soleil fille été éternété soir voyage chaleur soleil
noir
silence
mots
amour mort chagrin espace étoile nom étoile bételgeuse procyon comète nombre fille homme esclave camp"

etc etc

L'écriture demande un tel effort, monopolise une telle énergie au lecteur qu'il devient impossible d'en faire abstraction et tout le reste est occulté. Les personnages par exemple m'ont semblés insipides et il m'a été impossible de m'attacher à l'un d'entre eux.

Vous l'aurez compris, j'ai été complètement hermétique à ce roman. Je suis tout de même allée jusqu'au bout, par respect pour l'auteur et afin de rédiger un billet en toute connaissance de cause. Je ne sais pas si ce sentiment est partagé avec d'autres lecteurs et je vais de ce pas rechercher sur le net des avis sur "May le monde". Je serai bien curieuse de lire des opinions positives, autres que celles d'attachés de presse, afin de comprendre enfin la clé de cette oeuvre. Clé à côté de laquelle je suis complètement passée.

Posté par Nelfe à 14:11 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
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