samedi 24 décembre 2016

"La Confrérie des chasseurs de livres" de Raphaël Jerusalmy

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L’histoire : Le roman de Raphaël Jerusalmy commence là où calent les livres d'Histoire.
François Villon, premier poète des temps modernes et brigand notoire, croupit dans les geôles de Louis XI en attendant son exécution.
Quand il reçoit la visite d'un émissaire du roi, il est loin d'en espérer plus qu'un dernier repas. Rebelle, méfiant, il passe pourtant un marché avec l'évêque de Paris et accepte une mission secrète qui consiste d'abord à convaincre un libraire et imprimeur de Mayence de venir s'installer à Paris pour mieux combattre la censure et faciliter la circulation des idées progressistes réprouvées par Rome.
Un premier pas sur un chemin escarpé qui mènera notre poète, flanqué de son fidèle acolyte coquillard maître Colin, jusqu'aux entrailles les plus fantasmatiques de la Jérusalem d'en bas, dans un vaste jeu d'alliances, de complots et de contre-complots qui met en marche les forces de l'esprit contre la toute-puissance des dogmes et des armes, pour faire triompher l'humanisme et la liberté.

La critique de Mr K : Une fois de plus, j’avais sorti trois ouvrages de ma PAL pour que Nelfe m’en choisisse un à lire. Après moult hésitations, son choix s’est porté vers La Confrérie des chasseurs de livres qui promettait monts et merveilles à l’amateur d’Histoire et de Villon que je suis. C’est donc plein d'espoir et bien content que je démarrai ma lecture.

Suite à son emprisonnement, officiellement on ne connaît rien de la vie de Villon. Il a disparu corps et biens dans les mystères de l’Histoire. C’est justement à ce moment là que débute le récit de Raphaël Jérusalmy. Repêché in-extrémis par l’évêque de Paris mandaté par Louis XI, il se voit confier la mission de convaincre un imprimeur de s’installer à Paris. Cette première quête va en entraîner une autre qui le placera au milieu de luttes d’influence entre la royauté française, le Vatican, de puissantes familles italiennes et la nébuleuse confrérie qui donne son nom à cet ouvrage. Au centre de ce gigantesque échiquier, on retrouve la figure du livre, synonyme d’émancipation pour certains et de perversion pour d’autres. Le combat va être âpre et sans pitié. Notre Poète rebelle sera bringueballé bien malgré lui d’un camp à un autre et tout ceci le mènera jusqu’en terre sainte où l’attend une sacrée surprise (si je puis m’exprimer ainsi!).

Je dois avouer qu’il m’a fallu du temps pour rentrer dans cet ouvrage qui au départ a pourtant tout pour me plaire. La faute à un récit que j’ai trouvé mal structuré au départ, elliptique et finalement très axé sur les rencontres et actions des personnages. L’auteur ne plante pas vraiment le décor ni l’époque et envoie directement Villon dans le vif du sujet. Ça plaira sans doute à certains, personnellement ça m’a un peu fait tiquer et je commençais même à désespérer. Et puis, l’histoire se densifie, on commence à comprendre où l’auteur veut nous mener. Les ramifications commencent à se rejoindre et on se rend compte qu’au delà d’une aventure picaresque, c’est un combat essentiel qui se joue notamment avec l’humanisme qui cherche à briser les prisons mentales prônées par l’Église et son bras armé (terrible évocation de l’Inquisition à un moment) en réhabilitant de vieux textes oubliés comme ceux d’Euclide ou encore Démosthène.

La rigueur est au rendez-vous en terme de reconstitution historique et l’on finit par se régaler des scènes de vie décrites, des intrigues de palais et des références faites aux rapports de force en jeu. Notre Villon est bien largué, lui le poète écorché vif ex brigand tenu en laisse par les puissants. D’ailleurs, je le trouve plutôt mal caractérisé quand on connaît un petit peu la vie haute en couleur qu’il a mené. Il est ici bien calme, gentil et même soumis par rapport par exemple au portrait virevoltant qu’a pu en faire Teulé dans son fabuleux Je, François Villon. Le génie du mal qu’il a pu se révéler être est totalement absent de ce livre. D’ailleurs son compagnon Maître Colin passerait lui-aussi pour un gentilhomme parfois alors qu’il était lui aussi un coquillard, bandit de grand chemin sans foi ni loi. Bien trop soft en tout cas par rapport à la réalité historique ! Mais passées ces légères déceptions, c'est un très bon moment qui nous attend, entre voyage éprouvant dans les déserts d’orient, exploration des sous-sols de Jérusalem avec une communauté cachée qui garde bien des secrets. Le temps s’écoule beaucoup plus vite dans la deuxième partie pour aboutir à une fin logique sans grande surprise.

Je suis partagé donc par ce roman bien mené, écrit avec érudition (trop peut-être...) et faisant la part belle aux émotions fortes mais finalement sans réel suspens. C’est son plus grand défaut et il pâtit énormément de la comparaison avec des ouvrages comme ceux d’Eco ou encore Follett. On passe certes un bon moment mais l’ensemble n’a rien de mémorable, et cet ouvrage sera sans doute aussi vite oublié que lu. C’est bien dommage...

Posté par Mr K à 15:31 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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