mardi 17 mai 2016

"Retour à Watersbridge" de James Scott

retour à watersbridgeL'histoire : Dans la neige, Elsphet Howell, sage-femme, regagne sa ferme du nord de l'Etat de New York. Là-bas, le sang a coulé : toute sa famille a été massacrée. Seul Caleb, 12 ans, a échappé à la fusillade ; il a tout vu de la grange où il s'était réfugié. Mère et fils partent alors à la poursuite des trois tueurs à travers une contrée hostile et glacée. Cette soif de vengeance dissimule bien des secrets.

La critique Nelfesque : "Retour à Watersbridge" de James Scott est un coup de poker. Ne connaissant ni le titre, ni l'auteur (et pour cause puisqu'il s'agit ici de son tout premier roman), je ne me suis fiée qu'à la quatrième de couverture et me suis lancée dans cette lecture vierge de toute critique. Pari gagné !

Nous sommes ici dans l'Amérique de la fin du 19ème siècle. Très éloignée de celle que nous connaissons de nos jours, elle est soumise aux éléments naturels, à la rudesse de la vie quotidienne de ses habitants et aux pratiques d'une époque définitivement révolue.

C'est par un soir d'hiver de 1897 qu'Elsphet rentre seule à pied d'un périple de plusieurs heures de train et de marche dans la neige. Ce trajet, elle le connaît bien puisqu'elle est sage-femme et loue ses services régulièrement aux médecins alentours. Ce jour là cependant, à son retour, elle ne s'attendait pas à découvrir sa petite fille de 8 ans morte au seuil de sa maison et son aînée inerte dans la cuisine. Elle qui pensait apprécier la chaleur de son foyer ne trouve ici qu'horreur et désolation. Elle n'imaginait pas non plus se faire tirer dessus, paralysée par l'effroi, et commencer ici une lutte pour la vie et la vengeance.

"Retour à Watersbrige" démarre très fort avec le massacre de la famille Howell, mi indienne - mi américaine "pure souche". La liaison entre Elsphet et son mari a déjà fait beaucoup parler mais les années passant et les enfants naissant, les époux mènent une existence paisible au fin fond de la montagne, éloignés des on-dit, dans leur petit nid douillet et précieux. Une quiétude qui va brutalement prendre fin avec le massacre de toute la famille. James Scott ne fait pas dans la dentelle et la scène d'introduction est un véritable crève coeur.

Caleb, 12 ans, réussit à se cacher lors de l'attaque de la maison et échappe à cette boucherie. Il va alors soigner sa mère, s'occuper des corps de son père et de ses soeurs. Lui, proche de la nature, l'enfant discret de la famille, rentre de plein fouet dans le monde des adultes, dans ce qu'il a de barbare et violent, et va devoir prendre des décisions vitales dans cette immensité blanche et froide. Une erreur, une hésitation et la mince membrane qui lie sa mère à la vie peut se rompre à jamais. Caleb va grandir plus vite que les autres et perdre son innocence.

La nature tient une place importante dans cet ouvrage de James Scott. Autant les premières pages du roman peuvent laisser penser à un thriller, autant l'ouvrage dans son ensemble tient plus du roman noir. Combat quotidien contre la mort, avec le froid pour seul compagnon de route, les non-dit et les secrets collés aux corps entre Caleb et sa mère, l'auteur met tout en place pour que le lecteur soit perdu dans un univers glacé autant dans les coeurs que dans le paysage. Avec la vengeance comme seul point de mire, nous suivons Elsphet et Caleb jusqu'à Watersbridge, ville où ils vont changer d'identité pour mener leur enquête.

Des personnages pudiques, un père et une mère plein de secrets et des relations difficiles, voilà ce que nous propose James Scott dans "Retour à Watersbridge". Avec pour toile de fond une petite ville isolée et une nature hostile, il resserre peu à peu son emprise sur des lecteurs pris au piège par les éléments et la folie des hommes. Un bien beau premier roman qui explore le fond de l'âme humaine et donne à voir une Amérique d'un autre temps et aux autres moeurs.

Posté par Nelfe à 17:10 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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