mercredi 17 avril 2019

"Ortog et les ténèbres" de Kurt Steiner

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L'histoire : Après une héroïque mission dans l'espace, Ortog, le jeune Chevalier-Naute, est revenu sur la Terre. Mais soudain sa victoire, son triomphe lui apparaissent dérisoires: Kalla Karella, sa fiancée, est morte en son absence.
Désormais il n'a plus qu'un but : retrouver sa bien-aimée dans l'au-delà, l'en arracher peut-être, ou la rejoindre dans la mort.
Or, en ce XXXe siècle, les hommes ont construit une nécronef capable, croit-on, de braver le Temps et l'Espace. Ortog en sera le premier navigateur.
Dédoublé, à la fois vivant et inanimé, il va s'enfoncer dans le royaume des morts, traversant les cercles infernaux du feu, du poison, de la démence, pour atteindre enfin un labyrinthe à quatre dimensions.
Nouvel Orphée que rien n'arrête, Ortog y pénètre...

La critique de Mr K : Derrière le pseudo de Kurt Steiner se cache un auteur français (André Ruellan) que j'ai déjà côtoyé avec les lectures de Tunnel et Mémo, deux ouvrages de SF lorgnant vers la série B, aussi distrayants qu'addictifs à leur manière. C'est donc avec un certain plaisir que j'entamai Ortog et les ténèbres dont la quatrième de couverture annonçait une variation SF autour du mythe d'Orphée. Je dois bien avouer que mon sentiment est mitigé au moment d'en faire le bilan...

Ortog est un héros revenu sur Terre après une mission particulièrement délicate (décrite dans un ouvrage écrit auparavant et que je n'ai pas lu, cela n'a aucune incidence). Malheureusement pour lui, sa fiancée est morte entre temps, le voilà inconsolable, au bord du suicide même... Alors qu'il s'apprête à commettre l'irréparable, un inconnu l'aborde. Un mystérieux moine lui fait entrevoir la possibilité de retrouver sa bien-aimée et peut-être de la ramener avec lui dans le monde des vivants. D'abord septique, il décide finalement de se lancer dans cette exploration de l'au-delà. Vous imaginez que les risques sont grands à laisser son corps inerte sur Terre alors que votre double astral (pour schématiser) explore le Royaume des morts qui très vite s'apparente à un monde parallèle régit par ses propres règles.

Les débuts de la lecture s'avèrent difficile, Kurt Steiner se livrant à des explications absconses dont je défie quiconque de comprendre le sens profond. Ça part dans tous les sens et honnêtement ça ralentit le récit. Ces trente pages m'ont ennuyé au plus haut point et je n'étais pas très loin d'abandonner ma lecture (chose que je ne fais que rarement). De plus le héros est plutôt stéréotypé et le style ampoulé n'arrange rien, je pense notamment aux dialogues qui se révèlent vraiment nanardesques par moment. Bref, j'ai pris peur mais je laissais tout de même une chance à l'histoire de décoller.

C'est au bout de trente pages que la mayonnaise commence à prendre. Une fois l'expédition lancée, un autre roman semble commencer. Le style devient plus aérien voire psychédélique ce qui n'est pas pour me déplaire. En effet, bien étrange est l'univers que l'on découvre incrédule en compagnie d'Ortog et de son comparse (ils sont deux à entreprendre ce voyage). Ils traversent de multiples couches, croisent d'étranges personnages / créatures, la violence est omniprésente et les règles physiques semblent absentes. Très vite, nous comprenons qu'un conflit a lieu entre deux camps irréconciliables et nos deux héros se retrouvent plongés dans cette lutte quasi fratricide. Pour autant, ils n'oublient pas leur quête principale et le final bien que plutôt convenu fait son petit effet.

Mal dosé et inégal, Ortog et les ténèbres ne m'a pas vraiment plu alors que je suis passionné de mythologie antique depuis tout petit et que je trouvais intéressante l'idée de mêler les deux (le cycle Ilium de Dan Simmons est un modèle du genre - critiques tome 1 et tome 2 -). Un coup dans l'eau donc ici même si je garderai tout de même en mémoire de bons passages bien perchés. À réserver vraiment aux fans de l'auteur, les autres passeront leur chemin sans regrets...

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dimanche 31 mars 2019

"Druide" d'Oliver Peru

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L'histoire : 1123 après le Pacte. Au Nord vivent les hommes du froid et de l'acier, au Sud errent les tribus nomades et au centre du monde règnent les druides. Leur immense forêt millénaire est un royaume d'ombres et de mystères. Nul ne le pénètre et tous le respectent au nom du Pacte ancien. Les druides, seigneurs de la forêt, aident et conseillent les hommes avec sagesse depuis la nuit des temps. Mais un crime impensable va bouleverser cet équilibre : dans la plus imprenable citadelle du Nord, quarante-neuf soldats sont sauvagement assassinés sans que personne ne les entende seulement crier. Certains voient là l'ouvre monstrueuse d'un mal ancien, d'autres usent du drame comme d'un prétexte pour relancer le conflit qui oppose les deux principales familles régnantes. Un druide, Obrigan, a pour mission de retrouver les assassins avant qu'une nouvelle guerre n'éclate. Mais pour la première fois, Obrigan se sent impuissant face à l'énigme sanglante qu'il doit élucider. Chaque nouvel indice soulève des questions auxquelles même les druides n'ont pas de réponses. Une seule chose lui apparaît certaine : la mort de ces quarante-neuf innocents est liée aux secrets les plus noirs de la forêt.

La critique de Mr K : J'ai profité des dernières vacances scolaires pour lire cet ouvrage de fantasy, genre que j'affectionne beaucoup lorsque je suis de repos. L'évasion et le dépaysement sont garantis, ça relâche les neurones et l'on réveille la part d'enfance que l'on conserve précieusement au fond de soi. J'ai dégoté Druide d'Oliver Peru lors d'un après-midi chinage à notre Emmaüs préféré et certains d'entre vous sur IG ou sur l'article acquisition qui avait suivi m'avait encouragé à ne pas trop le laisser traîner dans ma PAL vu le plaisir de lecture qu'il avait pu leur apporter. C'est désormais chose faite et je suis plutôt bien content de l'avoir lu même s'il n'est pas exempt de défauts...

Au cœur du récit, on retrouve deux royaumes humains à l'antagonisme antédiluvien. Une paix chaude a été instaurée depuis des dizaines d'années mais les braises des conflits précédents sont encore actives et il suffirait d'un rien pour que la guerre soit à nouveau déclarée. À leur frontière méridionale, se situe une gigantesque forêt où règnent et vivent les druides, en harmonie avec la nature et dont le rôle est de veiller au bon ordre du monde, notamment en conseillant les hommes et en observant la nature. Un pacte ancien les unit aux royaumes du nord et nul n'est sensé le transgresser. Bien évidemment, il faut que ce fragile équilibre chancelle pour que le récit débute et il prendra la forme d'un massacre innommable commis au sein même d'une forteresse humaine par de mystérieux agresseurs qui semblent invisibles et intouchables. Les victimes de ce carnage accusent le royaume adverse et promettent de venger leur mort. Obrigan, druide de l'ordre des loups n'a que quelques jours pour découvrir la vérité sur cet acte inqualifiable et éviter un conflit qui embraserait à nouveau le continent, aidé de ses deux apprentis et de quelques alliés improbables. Il se livre à une véritable enquête qui va remettre en cause nombre de ses certitudes et pourrait bien faire définitivement basculer le monde connu dans le chaos...

Le roman démarre bien avec une carte des lieux. Je dois sans doute me répéter pour celles et ceux qui nous suivent depuis longtemps mais j'adore les cartes dans les récits de fantasy ! Ensuite, l'auteur ne prend pas de gants, l'exposition est courte, les événements s'enclenchent quasi directement et dès la cinquantième page le compte à rebours est lancé (le livre compte tout de même 600 pages !). Je peux vous dire que ça n'arrête plus après, avec un enchaînement de révélations, de passages d'exploration pure, de bastons homériques et d'introspections douloureuses. Le monde court à sa perte et la tension monte crescendo. La première partie du roman est un petit bijou dans ce domaine, on ne sent pas passer les pages, les éléments s'additionnent se complètent, les pistes se multiplient fourvoyant le lecteur pour mieux le remettre sur le droit de chemin. Rien à dire, c'est bien mené.

Ça se gâte un peu par la suite avec un long passage central que j'ai trouvé lent, lourd et finalement pas très utile. Comme si l'auteur avait besoin d'arriver à un certain nombre de pages et qu'il faisait du remplissage, on se retrouve à suivre sur plus de 70 pages les états d'âmes de personnes pris au piège dans un siège à priori sans espoir de survie. Heureusement que l'écriture de Peru est agréable, la pilule passe mieux mais franchement, j'ai vraiment cru que j'allais le perdre surtout que durant tout l'ouvrage il n'y a aucune scène se déroulant dans une taverne (Blasphème !!!). Heureusement, il reprend le dessus juste après avec des révélations fracassantes que je n'avais pas vu venir et un dernier acte épique. Trop peut-être d'ailleurs avec des personnages aux discours trop guindés à la limite du ridicule, mais bon... ne boudons pas notre plaisir pour autant.

En effet, ce one-shot (suffisamment rare dans le genre pour être précisé) est d'une grande densité en terme de background, l'auteur nous proposant une belle immersion dans un monde qui, à défaut d'être réellement original, se tient et provoque une évasion immédiate. J'ai particulièrement aimé les passages traitant des druides avec les descriptions de leur habitat, de la forêt mais aussi l’organisation de leurs ordres, leurs techniques d’apprentissage ou encore leur philosophie de vie. À ce propos, oubliez tout ce que vous avez comme à priori sur eux, on est loin de Panoramix ou de Merlin, la fin de l’ouvrage livrant au passage des vérités qui en surprendront plus d'un ! Bien caractérisé aussi est le monde des hommes avec leurs incessantes rivalités, les rapports de force en jeu et les manœuvres opérées pour garder le pouvoir. Et puis, il y a l'Est, les territoires désertés et livrés aux forces de l'ombre que l'on apprend à connaître au fil de la lecture et qui flirtent à l’occasion avec un certain Mordor... Les personnages à défauts d'être originaux font le service avec quelques uns d'entre eux très attachants comme le héros mais aussi Arkantia une druidesse intrépide qui va tenter une expérience éprouvante pour sauver tout le monde. Ce personnage est celui qui m'a le plus surpris et qui du coup restera mon préféré.

On passe donc globalement un bon moment, on est dans du classique, les repères sont là (mais pas les tavernes, nom de Dieu !) et tout se lit bien et sans difficultés. Druide est typiquement le genre de lecture détente pour les amateurs du genre. On ne regrette pas un moment de l'avoir lu même si on est tout de même un bon cran en dessous des auteurs classiques comme Tolkien et Martin, ou plus proche de nous Adrien Tomas qui m'avait soufflé avec La Geste du VIème royaume. L'ouvrage d'Oliver Peru reste donc bon un petit plaisir, à réserver aux fans du genre.

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samedi 16 mars 2019

"L'Œuf de dragon" de George R. R. Martin

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L'histoire : Quatre-vingt-dix ans avant les péripéties du "Trône de Fer", Aegon, de la lignée royale, surnommé l'Œuf, court les routes incognito comme écuyer d'un chevalier errant, Dunk. Au hasard des chemins, le duo se voit convié par le fringant Jehan le Ménétrier à participer à un tournoi richement doté qui sera le clou des noces de lord Beurpuits. Au champion ira le grand prix, un inestimable œuf de dragon. Mais il apparaît bientôt que les noces et le tournoi sont un nid d'intrigues et d'ambitions, petites et grandes, et qu'une prophétie annonce de grands événements.

La critique de Mr K : Ferveur et ressentiment m'habitent quand il s'agit d'aborder le cas de George R. R. Martin. Admiration tout d'abord face au talent déployé dans sa saga du Trône de fer que je trouve brillante et menée de main de maître. Colère face au retard qu'il a accumulé pour conclure le cycle dans sa version littéraire, n'étant que moyennement conquis par la série qui s'en est inspiré et qui même s'il elle s'avère spectaculaire, gâte certains personnages et évolue vers une fin plus que prévisible. Pour me faire patienter et avec un grand coup de pot, je suis tombé à Emmaüs sur L'Œuf de dragon, une sorte de préquelle se déroulant toujours à Westeros mais sur une échelle bien plus petite (en terme de localisation géographique et de nombre de pages). Au final, ce fut une lecture très rapide, plaisante et qui m'a permis d'émousser quelque peu mon impatience...

Se déroulant quasiment un siècle avant les événements narrés dans la saga du Trône de fer, ce court récit de 181 pages nous propose de suivre le chevalier errant Duncan et son jeune écuyer à la très noble ascendance. Voyageant de régions en régions, ils vont croiser une troupe lors d'un passage en forêt et se retrouver malgré eux mêlés à un mariage qui sous ses dehors de félicité cache de lourds secrets. Ripailles, joutes et plaisanteries douteuses sont au rendez-vous ainsi que tractations secrètes et complots ourdis pour prendre le pouvoir. Rajoutez là dessus un œuf de dragon très convoité et pas de doute, vous y êtes ! C'est bien du George R. R. Martin !

L'addiction ne met vraiment pas longtemps à faire son apparition, en quelques pages seulement, on se prend immédiatement d'affection pour ce chevalier bourru et son jeune assistant de 11 ans. Leurs rapports prêtent à sourire et à l'admiration, entre un chevalier revenu de tout qui gagne maigrement sa subsistance et en impose avec son physique hors norme (c'est un géant) et le jeune Aegon qui découvre la vie d'aventurier en explorant peu à peu ses capacités et qualités. On passe un bon moment entre réparties bien senties, échanges initiatiques et moments de tensions mémorables. Ces deux là s'apprécient, se jaugent, se prennent la tête mais une douceur et une lueur de tendresse éclairent cette relation unique.

On retrouve tout autour de ce duo, la force des récits fantasy du maître. Un monde dangereux où la rapacité se dispute à la férocité des rapports humains. Il ne fait pas bon être noble et humble dans un univers gouverné par la peur, la force et des alliances toujours mouvantes. On croise en la matière de sacrés personnages qui même s'ils n'égalent pas les principaux protagonistes de la saga originelle, tiennent la dragée haute en terme de vilenie et de perfidie. Et puis, il y a cette alternance constante du regard posé par les personnages principaux sur leur environnement immédiat avec des descriptions prenantes et des scènes d'action rudement menées avec notamment une journée de joute aussi tendue que saisissante de réalisme. On se prend vraiment au jeu et l'on retrouve des sensations depuis longtemps éprouvées lorsque je découvrais le Trône de fer.

Bien que concis, le récit est bien mené, le suspens est relativement présent (même si j'ai deviné bien des choses en avance) et l'on ne s'ennuie pas une seconde. Resserrée, la trame au détour de certaines circonvolutions fait référence à la saga à venir et donne des informations pas dénuées d'intérêt sur les Targaryens, famille de Daenyris. Bon, en la matière, ça reste maigre, mais si on est fan du Trône de fer ce serait dommage de se priver de ce petit plaisir qui même s'il n'est pas définitif apporte de bons moments de lecture et permet de retrouver un univers aussi foisonnant que passionnant. Laissez vous tenter !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Chanson pour Lya
Le trône de fer, intégrale 1
Le trône de fer, intégrale 2
Le trône de fer, intégrale 3
Le trône de fer, intégrale 4
Le trône de fer, Le bûcher d'un roi, volume 13
Le trône de fer, Les dragons de Meereen, volume 14
Le trône de fer, Une Danse avec les dragons, volume 15
- Dragon de glace

- L'Agonie de la lumière

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dimanche 20 janvier 2019

Premiers craquages de 2019 !

Et oui ! 2019 a débuté depuis peu et nous avons déjà craqué en matière d'ouvrages d'occasion. Bon en fait, surtout moi, mais cela ne vous surprendra pas, Nelfe a toujours su être plus raisonnable que moi en la matière. Mais bon, on ne se refait pas et comme je ne crois pas aux résolutions de début d'année, je n'avais rien promis... Vous retrouverez dans ce post des articles dégotés à prix vraiment très bas dans notre recyclerie locale et dans notre très achalandé Emmaüs, deux hauts lieux de chinage qui décidément nous déçoivent rarement ! Regardez-moi ça !

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De belles prises, non ? Pour éviter de définitivement plomber ma PAL qui dépasse allégrement les 200 ouvrages dormants, j'essaie désormais d'aller vers des auteurs et des ouvrages que je souhaite absolument lire. Ça réduit un peu le degré de tentation même si ça ne permet pas d'éviter tous les écueils. Le butin est en tout cas bien alléchant et je m'en vais vous le présenter en détail !

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(Ouvrages contemporains en pagaille)

- Les Vivants et les morts et La Brigade du rire de Gérard Mordillat. Un auteur que j'adore et sur lequel je fais coup double ! Je suis justement en train de lire son dernier (Ces femmes-là) qui dépote. J'aime la langue simple et truculente de l'auteur, son engagement à gauche et sa façon d'aborder les problèmes sans fioriture. Typiquement le genre de littérature qui me parle, fait réfléchir et donne du baume au coeur dans un monde devenu fou à mes yeux. Ils ne resteront pas longtemps dans ma PAL même si je vais essayer d'espacer mes lectures pour éviter l'overdose.

- Dans l'or du temps de Claudie Gallay. Une autre auteure que j'affectionne tout particulièrement. Depuis ma lecture enthousiaste des Déferlantes, dès que je vois un Claudie Gallay trainer dans un bac, je ne peux pas résister ! Elle nous raconte ici la rencontre improbable entre un homme père de famille et une vieille dame singulière qui va finir par se confier sur sa vie passée haute en couleur. On peut compter sur l'auteure pour nous dévoiler des personnages attachants et profonds, raconter les fêlures intimes voir l'indicible au détour d'un récit enlevé. Hâte d'y être !

- Hors d'atteinte d'Emmanuel Carrère. Encore un auteur que je pratique régulièrement et qui ne m'a jusque là jamais déçu. Il nous propose dans ce roman de suivre Frédérique, une prof de collège qui va tomber dans l'addiction au jeu et remettre sa vie au main du hasard par pur défi. On peut compter sur Emmanuel Carrère pour nous proposer un récit vertigineux à partir d'un point de départ basique. Je pense que ce sera encore une lecture plaisante.

- Comment j'ai raté mes vacances de Geoff Nicholson. Voici ma prochaine lecture, j'ai enfin réussi à trouver un ouvrage fun et décalé. J'enchaine les lectures sombres et pessimistes, il est bon aussi de bien rigoler parfois un livre à la main ! Croisement entre Tom Sharpe et les Marx Brother, l'auteur nous invite à passer des vacances en compagnie d'Éric et sa famille. À priori, rien ne se passe comme prévu et l'on croise un nombre impressionnant de personnages plus branques les uns que les autres. M'est avis que ça devrait me plaire ! Je vous en reparle très bientôt sur IG!

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(Pour quelques livres de genre en plus...)

- L'Oeuf du dragon de George R. R. Martin. En attendant que le maître incontesté de la lenteur d'écriture nous offre ENFIN la conclusion de sa saga, je suis tombé sur ce petit volume se déroulant avant Le Trône de fer. Ça me fera patienter et je suis impatient de passer quelques temps en compagnie du chevalier sans terre et surtout de son écuyer, un certain Aegon Targaryen ! Conspiration, baston et voyages en terres lointaines sont au programme. Ce volume ne restera certainement pas bien longtemps dans ma PAL, Westeros me manque trop !

- Druide d'Oliver Peru. Voici un volume qui m'avait fait de l'oeil plusieurs fois lors de nos séjours successifs aux Utopiales. Le hasard fait donc bien les choses, j'ai hâte là aussi de me plonger dans la lecture de cet ouvrage de fantasy mettant en lumières le culte druidique, protecteur du monde. Un crime va remettre tout en cause provoquant le chaos et le désordre. Précédé d'une excellente réputation, cet ouvrage promet beaucoup. Qui lira, verra!

- L'Univers en folie de Fredric Brown. Petit détour par la science fiction avec un auteur qui n'est plus à présenter et qu'il fait bon fréquenter régulièrement quand on est fan du genre. Suite à un accident lors d'un lancement de fusée, un journaliste renait dans un monde parallèle où il va devoir se confronter puis conjuguer avec son double. L'expérience promet d'être fascinante et complètement décalée.

- Le Djinn de Graham Masterton. Un petit ouvrage de terreur enfin avec un Graham Masterton auquel je ne peux pas résister non plus ! Un objet ancien venu de l'autre bout du monde, un esprit malveillant qui ne demande qu'à être libéré, une obsession dangereuse, un auteur aimant la démesure et à l'écriture addictive... Ce sont les ingrédients idéaux pour fournir un bon récit fantastique et gore. Le genre de lecture-récréation qui ne se refuse pas !

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(LA trouvaille de Nelfe !)

- Les Morsures de l'ombre de Karine Giébel. Une auteure que ma douce a découvert sur le tard mais qu'elle a beaucoup apprécié sur sa première lecturede Toutes blessent la dernière tue (chronique à venir quand elle le voudra bien...). Nelfe est une grande amatrice de thriller devant l'éternel, nul doute que cette histoire d'homme mis en cage suite à un RDV amoureux va lui plaire. On nous parle en quatrième de couverture de frontières floues entre bourreaux et victimes, de hasard inexistant et de psychologie torturée... Purée ça promet !

Au final, on n'est pas peu fiers de nos achats. Malgré une grille de sélection plus resserrée, on a vraiment de très bons dealers de livres de seconde main dans notre secteur et cela promet encore de très bonnes heures de lecture. La PAL ne s'en porte pas mieux mais que voulez-vous, quand on aime, on ne compte plus! Suite au prochain numéro, lors des chroniques à venir dans les jours, semaines, mois et années à venir !

samedi 1 décembre 2018

"La Machine à explorer l'espace" de Christopher Priest

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L'histoire : 1893. Victoria règne sur un empire aux dimensions du monde. Le savant Percival Lowell clame l'existence de canaux artificiels à la surface de Mars. Expédiés sur la planète rouge par une machine à explorer le temps passablement rétive, Edward et la charmante Amelia, citoyens de Sa Majesté, y découvrent stupéfaits les préparatifs d'une invasion de grande ampleur visant la Terre. La guerre des mondes est imminente... Les deux jeunes gens parviendront-ils à regagner l'Angleterre pour déjouer les plans des sinistres envahisseurs ? Sauront-ils découvrir le point faible des tripodes, les terribles machines de guerre martiennes ? Edward pourra-t-il enfin avouer ses nobles sentiments à l'élue de son cœur ? Et que fait donc H. G. Wells himself, terré dans la végétation rouge des bords de la Tamise ?

La critique de Mr K : Chronique d'une lecture bien "vintage" aujourd'hui avec La Machine à explorer l'espace de Christopher Priest, un ouvrage qui prenait la poussière depuis trop longtemps dans ma PAL et qui s'est rappelé à mon bon souvenir durant notre séjour si plaisant aux Utopiales. En effet, j'ai pu assister au festival cette année à une interview radio de Christopher Priest pour France Culture et se fut l’occasion de mieux connaître le fameux auteur du Prestige notamment et d'apprendre entre autres qu'il est tombé dans la marmite de la SF grâce à H.G. Wells. L'oeuvre que je vous présente aujourd'hui est un ouvrage de jeunesse qui diffère donc sensiblement du reste de la bibliographie du maître car il y rend hommage à Wells sous forme d'un roman rétro-SF mâtiné d'humour qui m'a tenu en haleine de bout en bout. Suivez le guide !

Tout commence dans un hôtel de la campagne anglaise où Walter, un représentant de commerce rencontre la belle Amélia, assistante-secrétaire d'un inventeur de génie. Le jeune homme n'est pas insensible au charme pétillant de cette jeune femme libre qui détone en cette période victorienne puritaine (l'action débute en 1893). De fil en aiguille, il en vient à rendre visite à Amélia sur son lieu de travail et à essayer une curieuse machine sensée permettre le voyage dans le temps. Malheureusement pour eux, une erreur de manipulation va les propulser dans l'espace, très très loin de chez eux, sur la planète rouge ! Et comme cela ne suffisait pas, ils découvrent très vite qu'une invasion martienne se prépare et qu'ils sont peut-être les seuls à pouvoir prévenir le monde qu'une catastrophe se prépare... Aventures et rencontres se télescopent, les deux voyageurs galactiques involontaires vont de découverte en découverte et finiront peut-être par sauver le monde...

Vous l'avez compris, le ton est très vite donné. On a affaire ici à une SF plutôt récréative et destinée aux amoureux de Wells et autres anciens de la SF. Volontiers désuet dans sa manière d'écrire, Christopher Priest se cale sur les deux classiques dont il s'inspire, La Machine à voyager dans le temps et La Guerre des mondes, pour mieux rendre hommage à son maître d'écriture. Cela lui a valu les foudres de nombres de critiques lors de la sortie du texte, on l'accusait alors de plagiat (dixit Priest lui-même lors de l'interview sus-cité). Il n'en est rien, je peux vous le confirmer car certes des éléments sont empruntés mais tout est transformé à la sauce Priest qui excelle dans la distanciation, l'humour et même une jolie amourette drolatique comme j'aime en lire à l’occasion.

Ainsi, les personnages plutôt engoncés au départ vont se libérer progressivement au fil de leurs pérégrinations. Autant les hommes et femmes dans l'Angleterre du XIXème siècle devaient être dans une réserve de tous les instants lorsqu'ils se fréquentaient alors qu'ils n'étaient pas mariés, autant quand on se retrouve du jour au lendemain sur Mars, on imagine que les choses peuvent changer ! Volontiers féministe par moment grâce au personnage d'Amélia, le roman est un petit bijou de filouterie dans les rapports entretenus entre les protagonistes principaux qui chauffent tour à tour le chaud et le froid sur leur relation, donnant du piquant au récit et faisant bien sourire le lecteur face aux rebondissements de leur relation.

Il faut dire aussi qu'ils sont mis à rude épreuve. Au delà de leur première rencontre impromptue qui se termine en eau de boudin, ils vont vivre des expériences hors du commun dont plusieurs voyages spatiaux, la découverte d'un monde totalement étranger et nouveau, lancer une révolution de classe sur Mars (du moins essayer), se retrouver séparés pour mieux se rejoindre par la suite, rencontrer un certain H.G. Wells qui va les aider à lutter lors de l'invasion martienne... de quoi raffermir des rapports à travers l'adversité, vous en conviendrez ! D'ailleurs, ils traversent tout cela un peu à la manière d'un Candide, ils sont loin d'être des scientifiques ou des explorateurs accomplis, ce qui donne un aspect très touchant et parfois très drôle à leurs aventures car ils ne comprennent pas vraiment tout ce qui se passe, nageant dans une ignorance parfois déconcertante. Loin d'être dans les poncifs des vieux romans de SF avec des héros accomplis, on sent ici des faiblesses et des fêlures qui enrobent cette aventure invraisemblable d’une humanité et d'une mélancolie touchante.

La lecture a été addictive à souhait, difficile en effet de ne pas continuer sa lecture tant on est séduit par l'histoire et les personnages, une langue qui fait mouche, très abordable et un petit peu surannée. Mais vous savez ce qu'on dit, c'est dans les vieux pots que l'on fait les meilleures soupes, et l'adage se vérifie parfaitement ici. Très différent de ce que j'ai pu lire de Priest auparavant, La Machine à explorer l'espace est une fenêtre sur ses amours de jeunesse en littérature et donne un supplément d'âme à un auteur que j'aimais déjà beaucoup auparavant. Vivement ma prochaine lecture !

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samedi 13 octobre 2018

"Le Monde de la mort" de Harry Harrison

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L'histoire : Joueur professionnel, Jason ne se sent vivre que dans le défi. Alors, quand on lui offre de gagner aux dés trois mille millions d'unités galactiques, il ne résiste pas. Qu'importe si la partie achevée - qu'elle soit gagnée ou perdue - sa vie doit être en danger...

Il gagne et relève aussitôt un nouveau défi : affronter la planète Pyrrus, appelée aussi le Monde de la Mort.

Tout sur Pyrrus est hostile à l'homme : la plus délicate des fleurs est poison, les cailloux sont meurtriers, chaque insecte est mortel. Et dès l'âge de six ans les enfants sont adultes, prêts au combat. Les autres ont été éliminés.

Pour Jason, c'est la plus formidable partie de sa carrière : il joue sa vie contre le sort de toute une planète.

La critique de Mr K : Avant cette lecture, je n'avais jamais pratiqué Harry Harrison, un des pionniers de la SF des sixties à qui l'on doit le roman originel qui donne le cultissime film Soleil Vert. Réparation est faite aujourd'hui avec ma découverte du jour : Le Monde de la mort. Ne vous fiez pas à la couverture qui verse plutôt dans la fantasy cheap, on est ici dans un roman de SF pur jus, dans la tradition pulp de l'époque de son écriture : aventure, suspens et tensions sont au programme d'un bouquin qui à défaut de révolutionner le genre a le mérite de tenir son lecteur en haleine.

Jason dinAlt navigue dans les traces d'un Han Solo: gentil vaurien et joueur professionnel, il gagne sa vie au dépend des autres et s'éloigne vite et loin du théâtre de ses opérations frauduleuses. La roue tourne quand il est chargé par un représentant de la planète Pyrrus de gagner une importante somme au jeu. Vainqueur, il se retrouve embarqué sur le vaisseau de son commanditaire et va se retrouver sur Pyrrus (aka Le monde de la mort), sur une planète plus qu'inhospitalière où deux factions rivales se tirent la bourre et où toutes les espèces végétales et animales peuvent se révéler mortelles pour l'homme. Jouant plus d'une fois avec sa vie, notre héros va aller de découvertes en révélations et finir par laisser de côté son intérêt particulier pour une cause plus vaste et plus noble.

Comme évoqué précédemment, pas de grosses surprises dans ce livre. Ainsi les personnages sont plutôt stéréotypés avec notamment un héros bien décalé comme on les aime à qui rien ne semble pouvoir arriver. Malin, obstiné mais aussi parfois pris de doute, on aime à suivre ses aventures et il va en connaître un certain nombre ici, de celles qui remettent parfois en cause une vie entière. Très vite isolé sur un monde hostile, il va devoir composer avec les mœurs étrange de ce monde perdu au milieu de nulle part où seule la notion de survie compte. Le déroulé de la trame principale est vraiment classique (pas de grosse révélation incroyable et bluffante) mais le cahier des charges est rempli avec des péripéties nombreuses et des twists pas dénués d'intérêt. Certains personnages secondaires (dont Kerk et Méta) relèvent l'ensemble grâce à des trajectoires individuelles bien différentes de ce que l'on pressentait pour eux, leurs caractères affirmés, leur antagonisme avec le héros (puis les éventuels rapprochements) donnent une saveur particulière à certains passages qui en deviennent délectables à souhait.

Ce que j'ai vraiment préféré dans ce livre, c'est plus le background, le contexte de cette planète hostile qui semble presque douée d'une conscience. Plutôt avare en descriptions longues (elles n'excèdent jamais les dix lignes), peu à peu, par couches successives, on se fait une idée plus précise de Pyrrus avec ses villes surprotégées, ses jungles impénétrables où vivent d'étranges tribus, ses insectes dont la moindre piqûre est fatale, ses animaux sauvages aussi féroces qu'exotiques. On pénètre vraiment dans un monde nouveau, interlope où toutes les règles sont remises à plat et où le chasseur peut devenir chassé suite à n'importe quel coup du sort. J'ai aimé cette ambiance glauque, de celles qui font naître une certaine paranoïa chez le lecteur / le héros et qui poussent l'imagination vers une sensation de danger imminent. Mission réussie en terme de suspens !

En ce qui concerne l'écriture pure, on ne tombe pas dans le génie. C'est plutôt commun et pas transcendant. Pour autant, l'auteur fait le job, maîtrise la construction de son récit et nous offre même quelques passages de bravoure. On est donc loin d'être face à un chef d’œuvre mais bel et bien devant une authentique série B littéraire qui fera son office pour quelques heures d'évasion fort sympathiques. Avis aux amateurs !

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mercredi 19 septembre 2018

"L'Agonie de la lumière" de George R. R. Martin

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L'histoire : Lorsque Dirk T'Larien reçoit le joyau-qui-murmure, des souvenirs douloureux et profondément enfouis reviennent à la surface, réveillant d'anciennes cicatrices : pourquoi Gwen, son amour perdu, fait-elle appel à lui de cette manière ? Pourquoi si longtemps après leur rupture ?

A l'idée qu'il existe une possibilité de renouer les liens avec celle qu'il a tant aimée, Dirk n'hésite plus et embarque dans le premier vaisseau interstellaire : direction Worlorn ! Worlorn, planète-festival maintenant à l'abandon, cadre baroque et décadent condamné à l'extinction.

Sur cette planète qui se meurt, Dirk tentera de raviver la flamme de Gwen et devra, pour cela, l'arracher aux Kavalars, un peuple violent régi par un code d'honneur chevaleresque... et mortel.

La critique de Mr K : George R. R. Martin est un de mes auteurs préférés en fantasy, son cycle du Trône de fer est fameux quoique encore incomplet à mon plus grand désespoir. Histoire de me faire patienter (le bonhomme est connu pour sa lenteur à écrire), je me rabats à l'occasion sur des œuvres de jeunesse, époque où il œuvrait davantage dans le domaine de la SF. L'Agonie de la lumière faisait partie de ma PAL depuis trop longtemps, le tort est désormais réparé même si je dois avouer que cette lecture m'a laissé un sentiment mitigé...

Dirk T'Larien notre héros voit sa vie basculer lorsqu'il reçoit un objet-message de son ancienne amante, Gwen. Jamais vraiment guéri de cette séparation douloureuse, menant une vie solitaire, il n'hésite pas une seconde à la rejoindre sur la planète Worlorn où elle appartient désormais au clan des Kavalars, un peuple aux coutumes moyenâgeuses où l'honneur prime sur tous le reste et où les rapports entre individus sont réglés de manière stricte voire autoritaire (le personnage de Sheldon Cooper de Big bang theory adorerait !). Débarquant de nulle part, Dirk va se révéler très vite comme un grain de sable fort gênant et va réveiller des sentiments enfouis depuis longtemps chez Gwen. De fil en aiguille, la situation dérape entre désirs, trahisons, découverte d'un monde au bord du gouffre et chasse à l'homme impitoyable.

Il n'y a pas à dire, on reconnaît de suite la patte du maître dans sa manière d'appréhender ses univers, à la fois complexes, vastes, maîtrisés et très bien pensés. Peut-être même trop ici, ce qui pose un sérieux problème de rythme. L'action réelle avec des enjeux puissants ne démarre vraiment qu'à une centaine de pages et encore, par la suite, régulièrement l'auteur pose encore des jalons qui bien qu'éclairants ralentissent le récit et l'embourbent parfois dans des pistes certes intéressantes mais pesantes. Alors oui, le monde Worlorn, monde vagabond au bord de la destruction est saisissant voir vertigineux, on se plaît à en explorer les extérieurs grandioses, les calculs politiques en jeu, les cités abandonnées auto-suffisantes et les mœurs de ses habitants. Mais on a parfois plus l'impression de lire un atlas historique qu'autre chose. Je suis assez amateur de ce genre de lecture mais pas sûr que cela plaise à tout le monde !

Mis à part ce souci, le reste est de bonne teneur avec des personnages nuancés et notamment un héros pas si attachant que ça. Engoncé dans ses certitudes, il ne va pas être au bout de ses surprises avec une Gwen changée et emprisonnée par son nouveau statut, une planète aux mœurs étranges où il a bien du mal à se situer et surtout à se comporter. Finalement, c'est un amour insaisissable qui va lui jouer bien des tours, mettant sa vie clairement en danger. Comme souvent avec cet auteur, mieux vaut ne pas trop s'attacher aux êtres qui peuplent ses pages, on ne navigue pas vraiment dans l'optimisme et les traîtrises-révélations s’enchaînent. Bon, je dois avouer que certaines ficelles sont assez grosses et que j'ai vu venir de loin certaines péripéties mais le plaisir de lire s'est révélé quasiment constant (hormis les problème de rythme cités auparavant).

Au final, un ouvrage un peu en dessous de la production habituelle de George R. R. Martin mais un bon ouvrage tout de même. Bien mené, distrayant et d'une grande profondeur, L'Agonie de la lumière est cependant à réserver aux fans du maître ou de ce genre de SF car certaines lourdeurs pourraient émousser l'enthousiasme des lecteurs novices ou non amateurs du Trône de fer car il faut l'aimer le George pour apprécier cet ouvrage. À bon entendeur !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Chanson pour Lya
Le trône de fer, intégrale 1
Le trône de fer, intégrale 2
Le trône de fer, intégrale 3
Le trône de fer, intégrale 4
Le trône de fer, Le bûcher d'un roi, volume 13
Le trône de fer, Les dragons de Meereen, volume 14
Le trône de fer, Une Danse avec les dragons, volume 15
- Dragon de glace

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lundi 27 août 2018

"Le Disciple" de Laird Koenig

le disciple

L'histoire : Prophète ou imposteur ? Quelle est la véritable nature de Donald Leaf ? Cet être mystérieux, mystique, venu d'on ne sait où, qui débarque un beau matin au camping des Willows. Le jeune homme possède un pouvoir étrange et fabuleux : il ressuscite un vieil homme, fait parler une petite fille morte depuis trois ans, et entraîne dans son sillage toute une armée de disciples convaincus. Parmi eux : la famille Cragin, et surtout le petit Marc Anthony, qui l'a accueilli comme un prophète.

Mais jouer les apprentis sorciers ne va pas sans danger... Donald Leaf en fera la cruelle expérience. Au climat de douce accalmie et de béatitude qu'il avait su créer, succédera une nuit d'horreur indescriptible... On se croyait au paradis, on se réveille en enfer. Et quel enfer !

La critique de Mr K : Petite lecture sympathique aujourd'hui avec un ouvrage classé épouvante pour se distraire lors de ma session annuelle de trois jours au Motocultor. Épouvante est un bien grand mot car il s'agit ici plutôt d'explorer les abysses de l'âme humaine confrontée à la foi religieuse intégriste. Bien ficelé, prenant et jusqu'au-boutiste, Le Disciple de Laird Koenig mérite d'être lu !

La famille de Marc-Anthony est brisée suite au décès accidentel de sa sœur jumelle à six ans. Sa mère s'est réfugiée dans la bigoterie, son père a trouvé du réconfort dans les bras d'une autre femme et sa sœur ne pense qu'à une chose : partir de la maison lorsqu'elle aura terminé le lycée en fin d'année. L'arrivée du mystérieux révérend Leaf va bouleverser la donne. Miracles et prêches s’enchaînent pour peu à peu conquérir les foules, mais ce regain de foi n'est pas du goût de tout le monde au sein de la cellule familiale et de la communauté locale. Peu à peu, les tensions s'accumulent préparant – on s'en doute – un dénouement hautement explosif !

Ce roman explore parfaitement les méandres d'une construction familiale. L'auteur prend bien le temps de décortiquer les schémas comportementaux en vigueur chez les Cragin et ceci à travers les yeux d'un gamin qui donne à lire un ressenti à la fois frais et parfois bouleversant. Dur dur d'être un petit garçon et d'être impuissant à régler les soucis des êtres que l'on chérit le plus au monde. C'est lui qui sera le témoin du premier miracle de Donald Leaf (une résurrection humaine, rien de moins !). Convaincu et converti car en état de faiblesse psychologique manifeste, c'est lui qui va lancer la carrière de ce prédicateur à priori sans velléité d'enrichissement et d'instaurer un culte de la personnalité.

La suite voit le prédicateur étendre son influence sur la famille. Intelligent, taiseux et froid, il s'ouvre les portes des cœurs par son inflexibilité mais aussi son écoute. Mais au fil de la lecture, sa doctrine s'étoffe et donne à voir toute son intolérance. C'est l'occasion pour l'auteur de traiter remarquablement bien de l'embrigadement des personnes. L'araignée tisse sa toile et même si le bonheur et la fraternité règnent au départ, on se doute bien que la situation va virer au vinaigre. Ayez le cœur bien accroché, la fin est terrifiante dans son genre, notamment ce qu'elle implique pour le personnage principal.

Au delà de la foi et de ses potentielles dérives furieuses, Le Disciple fait la part belle à un portrait d'une Amérique toujours prête à accepter les miracles et où la famille est au centre de tout. L'ouvrage se lit très rapidement avec un plaisir non feint. Quelques retournements de personnages m'ont paru téléphonés mais cela ne nuit pas au plaisir de lire un ouvrage qui délasse, intéresse et fait réfléchir. Une bonne récréation en quelque sorte !

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mercredi 23 mai 2018

Craquage chez l'abbé (part II)

Mieux vaut tard que jamais, voici enfin le billet sur la deuxième partie du craquage assez conséquent que nous avons commis à notre Emmaüs chéri en février dernier ! Place aujourd'hui à la selection de livres contemporains après les mondes imaginaires entraperçus lors du précédent post.

Acquisitions ensemble
(Oooooh... ils sont beaux !)

Comme vous pouvez le constater, on s'est bien lâché ! Entre découvertes aléatoires et livres recherchés, nous nous sommes gâtés avec notamment quelques pièces attendues depuis des années et qui vont rejoindre la PAL pour quelques moments d'éternité tant ils risquent de ne pas y rester très longtemps. Comme la gestion d'une PAL est une chose très compliquée et source de discorde, je ne donnerai ni de titres ni de délai pour éviter de m'enfoncer... Quoi ? Nelfe me dit que je le fais déjà tout seul... Pas faux... Allez, trêve de bavardages et passons aux choses sérieuses. Roulement de tambour, les présentations peuvent commencer !

Acquisitions 3
(À tout seigneur tout honneur, débutons par les grands formats !)

- La Variante chilienne de Pierre Raufast. Un drôle de roman que celui-ci qui m'a interpellé par sa quatrième de couverture intrigante. Un homme collectionne ses souvenirs dans des bocaux et à chaque fois qu'il en ouvre un, c'est l'occasion pour l'auteur de tisser des histoires qui s'entremêlent et se répondent entre elles. Comme j'aime beaucoup cette maison d'édition (c'est celle de Xavier Mauméjean, un auteur que je ne saurais que trop vous conseiller), je me suis jeté à l'eau. La lecture sera mon seul juge n'ayant pas cherché ici ou là à en savoir plus.

- Les Échoués de Pascal Manoukian. Ouvrage sur le drame des migrants, il se déroule en 1992 bien avant le raz de marée humanitaire qui se joue encore aujourd'hui. À travers quelques personnages déracinés, l'auteur nous invite à partager ces trajectoires brisées qui se lancent à l'assaut de la forteresse Europe avec leur lot de malheurs et de désillusions. Un livre à priori poignant et qui fera sans doute douloureusement écho à notre actualité honteuse où on l'on peut par exemple en France être poursuivi pour délit de solidarité. Un livre qui je l'espère marchera sur les pas du fabuleux Eldorado de Laurent Gaudé.

- L'Esprit de l'ivresse de Loïc Merle. Un livre qui traite d'une révolte imaginaire dans les quartiers difficiles de France, sempiternels oubliés de notre République pas si égalitaire que cela (voir le sort réservé au rapport Borlo par Micron Ier). C'est une thématique - la banlieue, les cités - qui me touche particulièrement pour y avoir enseigné en début de carrière pendant de nombreuses années. Le point de vue ici est différent car tout est raconté à travers les yeux d'une seule personne qui assiste impuissante à l'inéluctable embrasement de son quotidien. L'auteur ayant été journaliste dans une première vie, je suis curieux de voir le résultat. 

- Touriste de Julien Blanc-Gras. Voici un auteur qui m'avait fait forte impression lors de ma lecture de Briser la glace. Belle plume, ton original alliant drôlerie et prise de conscience écologique, je me jetai sans réfléchir sur ce titre qui me tendait ses petites pages. Il s'agit ici d'un roman géographique où le narrateur décide de voyager un peu partout dans le monde et de raconter son parcours de touristes entre découvertes, déconvenues et parfois quelques situations hors du commun. M'est avis que ce titre ne restera pas longtemps dans ma PAL, je prévois de le lire justement quand viendront les prochaines vacances.

- Le Livre de la jongle de Stéphane de Groot. Pour terminer chez les grands, un livre détente où Stéphane De Groot en amoureux de la langue française s'amuse à revisiter dans l'esprit si drôle et absurde qui l'habite des expressions populaires. J'ai déjà feuilleté un peu l'ouvrage, ça annonce du lourd, du très très lourd même. Je suis très parti pris avec lui car je suis fan du bonhomme et j'avais déjà adoré son Voyages en absurdie. Hâte de découvrir cet ouvrage plus ancien mais qui va (j'en suis sûr) tenir toutes ses promesses.

 

Acquisitions 2
(Petits mais costauds!)

- Le Feu d'Henri Barbusse. Enfin, je l'ai trouvé. Voila un ouvrage que je recherchais depuis très longtemps en chinage et qui m'échappait jusque là. Passionné d'Histoire et aimant les romans-témoignages touchant à la Première Guerre mondiale, ce livre est considéré comme un classique. Prix Goncourt en 1916, suscitant la polémique car décrivant l'horreur à l'état pur alors que le conflit est en cours, échappant à la censure, voici un livre essentiel que je vais enfin découvrir. Là encore, il ne fera pas de vieux os dans ma PAL.

- L'Enfant de la haute mer de Jules Supervielle. Livre-poème composé de textes en prose décalés flirtant avec le conte, j'ai sauté sur l'occasion de lire du Supervielle. Auteur visionnaire à sa manière, il m'a permis d'obtenir mon concours de professeur dans la phase écrite (très beau sujet de français d'analyse de texte) et m'a ensuite ravi lorsque je découvrais d'autres oeuvres de lui au hasard de mes lectures. Ce livre semblait m'être destiné tant il était un peu à part dans son bac, me faisant de l'oeil et attirant sur lui mon regard puis mon coeur. Ce sera sans aucun doute un grand moment que de plonger dans cet univers si magique et onirique à nouveau. 

- Le Lion et La Rose de Java de Joseph Kessel. On ne présente plus ce monstre sacré qu'est Kessel. J'avais lu Le Lion, il y a très très longtemps lorsque j'étais en collège. Je vais le relire avec un plaisir immense et j'imagine que je vais le redécouvrir. L'autre titre m'était parfaitement inconnu mais je me suis dit que c'était l'occasion de lire autre chose du maître et de goûter à une découverte pour le coup total. Wait and read !

- Simples contes des collines de Rudyard Kipling. Encore un écrivain hors norme avec l'auteur du Livre de la jungle qui se livre parfois à l'exercice de la nouvelle comme dans ce recueil qui se propose de dresser un portrait atypique des Indes britanniques où les personnages sont partagés entre leurs aspirations, l'ordre établi et leur destinée. Je m'attends là aussi à du très bon tant Kipling a une plume singulière et envoûtante. 

- La Fille du capitaine de Pouchkine et Premier amour de Tourgueniev. De la littérature russe pour terminer enfin avec deux ouvrages de chez Librio pour deux auteurs classiques réputés que je n'ai pour l'instant jamais pratiqué. La honte va être enfin réparée avec ces histoires d'amour, d'honneur et de doute. Fervent amateur de Dostoievski, Tolstoï mais aussi des nouveaux auteurs russes émergents comme Glukhovsky, Starobinets ou encore Galina et Lipskerov ; j'ai hâte de me replonger dans cette littérature si particulière où l'on cisèle les hommes à la manière de diamants bruts.

 

Acquisitions 1
(La sélection officielle cannoise nelfesque)

- Amours de Léonor De Récondo. (Hop je prends la main rapidement pour présenter mes 2 ouvrages) Pour celui-ci, je n'ai pas lu la 4ème de couverture. J'ai une confiance aveugle en ma copinaute faurelix qui avait adoré ce roman. Elle m'avait d'ailleurs dit de ne pas lire la 4ème. Je suis sage, j'obéis ! Je sais pour le coup ça ne vous aide pas trop...

- De flammes et d'argile de Mark Spragg. Quoi !? Un Gallmeister tout seul, perdu, au milieu de livres d'occasion !? Je ne peux pas le laisser là ! Oui encore une fois, je vous aide beaucoup... (Et hop, je redonne la main à Mr K. A vous les studios !)

De biens belles acquisitions qui viennent grossir nos PAL respectives de fort belle manière. Depuis février dernier, nous n'avons pas recraqué, il faut garder la tête froide et essayer de vider nos réserves même si la tentation est forte notamment lors de vides greniers très à la mode aux beaux jours. Nous verrons combien de temps nous tiendrons (déjà 3 mois !)... En attendant, nous avons un choix certain pour nos prochaines lectures et des heures incalculables de plaisir en prévision. Chroniques à venir dans les semaines, mois et années à venir !

lundi 23 avril 2018

"Notre mère qui êtes aux cieux" de James Morrow

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L’histoire:
- Non, Julie ! Pas ça ! Ne recommence jamais ça 
- Mais pourquoi, p'pa ?

Ce que Murray Katz ne dit pas à sa fille quand il la voit marcher sur les eaux de la baie d'Atlantic City, c'est qu'elle a eu un prédécesseur illustre. Qui a très mal fini... Car la fille de Murray n'est pas une enfant comme les autres. Elle lui est venue par hasard. À la banque de sperme, ils ont appelé ça une "parthénogenèse inversée". Le produit d'un spermatozoïde et... d'un ovule, mais de qui ? Murray, le petit juif qui ne croit même pas en Dieu, en a été plus étonné que la jeune Marie devant Gabriel.

Et quand la gamine commet ses premiers miracles, Murray, pétrifié, comprend la vérité : Julie est la fille de Dieu. Pour un père célibataire, élever un enfant n'est déjà pas facile. Mais avec une Mère pareille !

La critique de Mr K : Ce livre a une histoire personnelle bien particulière à mes yeux. C’est ma meilleure amie de lycée (ça remonte donc...) qui l’avait lu à l’époque et ne savait pas trop si elle l’avait aimé ou non. Profondément ébranlée par l’ouvrage (précisons qu’elle était catholique non pratiquante), elle m’avait fortement conseillée de le lire. Le temps a passé et l’occasion s’est présentée à moi une fois de plus chez notre abbé préféré. Quelle ne fut pas ma surprise alors de tomber sur Notre mère qui êtes aux cieux ! Deuxième effet Kiss-Cool, je me rendais compte en même temps qu’il a été écrit par James Morrow, un auteur que j’ai déjà pratiqué deux fois et qui à chaque fois m’a réjoui par son talent de conteur et ses apports théoriques (voir liens correspondants en fin de post). Le destin était en marche et il ne m’a vraiment pas fallu beaucoup de temps pour le sortir de ma PAL et en entreprendre la lecture... Quelle claque !

Julie n’est pas une fille comme les autres. Elle a bien un père mais il est célibataire et vivote en vendant sa semence et en travaillant dans un laboratoire de développement de photo (ben oui, à l’époque ça existait encore, l’argentique et tout ça...). Sa conception est un mystère et personne n’est en mesure de dire de quelle ovule elle est issue. Quand des signes miraculeux commencent à faire leur apparition (marche sur l’eau, dialogue avec les animaux, dons de soin), le papa s’inquiète fortement car une telle nature ne peut qu’attirer des ennuis à Julie. Le temps va passer mais les questions assaillent la désormais jeune fille : qui est sa vraie mère ? Dieu est donc une femme ? Doit-elle utiliser ses dons ou au contraire les cacher ? Face aux aléas de la vie, à des rencontres improbables et la menace insidieuses d’extrémistes religieux, Julie ne sait plus à quel saint se vouer ! Si en plus, le Diable se mêle à la partie...

J’ai adoré cette lecture, c’est bien simple, une fois le nez dedans, je n’ai pas pu relâcher le volume qui n’a pas duré plus d’une journée et demi. On retrouve dans ce roman tout le talent de Morrow pour mélanger science et religion, donnant une saveur toute particulière à une histoire éternelle finalement, la lutte entre le bien et le mal, la dualité de l’être humain et la difficile condition d’être humain. À travers le parcours de ce messie improbable, une femme de surcroît (girl power !), on se prend à réfléchir à l’origine du monde, à la foi et au besoin de croire qui habite nombre de nos semblables. Loin de verser dans le prosélytisme ou dans la provocation gratuite (je vous avouerais qu’il faut tout de même éviter de lire ce livre si vous être membre de Sens commun ou de la Manif pour tous), Morrow explore nombre de voies différentes de ce que l’on a habitude de lire sur le sujet. Un peu à la manière du génial L’Agneau de Christopher Moore, on s’adonne à une expérience littéraire rare entre plaisir de la narration / recherche d’une histoire au charme terrible et réflexion plus générale et universelle.

On s’attache immédiatement à Julie et à son entourage. On aime à suivre ses pérégrinations de jeune fille de son âge puis de femme consciente de sa nature profonde, on s’amuse du caractère si vif de Phebe sa jumelle par alliance, on apprécie l’humanité et le bon sens de Murray, le papa comblé mais inquiet. Cette famille d’un genre spécial dégage une énergie, un amour sans faille jusqu’à ce que les événements se précipitent avec l’intervention d’une secte millénariste en quête de pouvoir et adepte de l’évangélisation par la force et l’intolérance. Le révérend Billy est un monstre en soi et cache derrière sa dureté et son côté impitoyable, une fêlure profonde qui lui dicte une foi inhumaine et intransigeante. Le roman prend alors un autre tournant, plus politisé. Après une genèse du personnage principal qui oscille entre mysticisme et attrait pour la science la plus pointue, on rentre dans une histoire de résistance à l’oppression, de recherche de soi puis de révélation qui chamboulera l’ordre établi. Pour autant, ne vous attendez pas à du grand guignol, tout est juste, ajusté à la perfection sans exagération ni effets de manche superfétatoires. On reste ici à échelle humaine la plupart du temps avec nos temps d’espérance mais aussi de désespoir profond menant aux pires atrocités.

On côtoie tout de même le divin à l’occasion. Plus souvent le côté sombre d’ailleurs avec un Diable fidèle à son image de tentateur débonnaire, limite sympathique et qui tire les ficelles d’une déchéance que l’on sent venir assez vite. Pour autant, lui aussi a son intérêt, on se prend au jeu avec lui et lors d’un séjour dans les mondes inférieurs de l’héroïne nombre de révélations surprenantes enrichissent considérablement un background déjà bien épais et du coup magnifié par une vision loin des canons établis. J’aime être surpris, dérangé dans mes certitudes quand l’ensemble est construit et cohérent. Tout est ici réuni dans ce sens et procure un plaisir de lire extrême et durable. On se plaît à retrouver les références à la Bible et à toutes les histoires qui ont construit notre identité judéo-chrétienne, Morrow s’en affranchit sans pour autant les occulter totalement, là encore toute est histoire de perception et de sensibilité. Faire du neuf avec du vieux est possible et l’ouvrage est une réussite éclatante dans le domaine !

Rajoutez à cela une langue très agréable, accessible malgré parfois des concepts assez abscons et vous obtenez une lecture rare et prenante comme jamais. Si les thèmes évoqués vous intéressent, Notre mère qui êtes aux cieux est vraiment un incontournable, un chef d’œuvre qui honorera votre bibliothèque de sa présence.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé:
- En remorquant Jehovah
- Hiroshima n'aura pas lieu

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