mercredi 23 décembre 2020

"Mission M'Other" de Pierre Bordage et Melanym

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L’histoire : Lia, 15 ans, seule survivante de la Mission M’Other, revient sur Terre dans une capsule de détresse. Elle se rend vite compte que toute la population a disparu, laissant derrière elle les vestiges de notre civilisation. Elle va donc entamer un périple à travers la France pour retrouver les hommes, comprendre ce qui s’est passé, étudiant sur sa route les moindres indices qu’elle pourra glaner : messages, photos, plans, carte d’accès... Lui permettront-ils de découvrir à temps le rôle qu’elle a à jouer ? Et vous, saurez vous découvrir ce qui est arrivé à l’humanité ?

La critique de Mr K : Je ne pouvais pas décemment passer l’année 2020 sans avoir lu un Pierre Bordage, un de mes auteurs chouchous. Déjà que cette année n’est pas reluisante, je n’allais pas en rajouter ! J’ai donc passé il y a quelque temps une commande spéciale littérature SF et j’ai invité le Pierrot à la maison avec notamment ce volume (j’en ai pris un deuxième histoire d’avoir de l’avance). Mission M’Other s’adresse clairement à un public de néophytes, les vieux briscards comme moi ne seront pas surpris par le déroulé scénaristique ni le style mais on passe un très bon moment, une douce récréation dont Bordage a le secret mêlant anticipation bien sentie et humanisme distillé par savante petites touches.

Lia est retombée sur Terre au sens propre ! Vivant dans l’espace depuis douze ans, suite à un accident, elle a perdu tous ses proches et s’est vue propulsée dans une capsule de détresse qui la dépose sur notre bonne vieille planète. Comme elle va pouvoir le constater très vite, celle-ci a bien changé. Tout n’est plus que désolation, ruine et dans un premier temps elle erre un peu sans but et sans rencontrer âmes qui vive. Que s’est-il passé ? Entre souvenirs parcellaires, rencontres fortuites puis relation plus poussée, le voile va se lever très progressivement pour aboutir à une vérité finale qui laissera des traces sur l’héroïne et le lecteur lui-même !

Dans le genre post-apocalyptique, ce roman s’avère très sympathique. On connaît le talent de conteur de Bordage, cela se vérifie une fois de plus ici avec un récit rudement bien mené et visant clairement un public plus jeune (à partir de la pré-adolescence). Dans une langue simple et évocatrice en diable, on redécouvre notre planète après la disparition étrange d’une majeure partie des habitants et un retour à la sauvagerie incarnée par un groupuscule mystique constitué de fanatiques sanguinaires persuadés d’être les élus du tout puissant. La nature a repris ses droits sur la civilisation à bien des endroits et le premier tiers du livre voit la jeune fille déboussolée se raccrocher à une idée fixe : rejoindre un lieu surgit de son passé où elle retrouvera peut-être une amie perdue depuis longtemps. Le froid, la faim et la peur sont à tenir à distance dans une nouvelle existence pleine de dangers et d’inconnu.

Tenu comme un journal intime à destination de cette amie disparue, le roman crée une empathie immédiate du lecteur envers la jeune héroïne. Entre ellipses et accélération, on suit Lia dans la redécouverte de la gravité mais aussi de sa condition de mortelle. Livrée à elle-même, loin du vaisseau M’Other et de son équipage qui subvenaient à ses besoins, la voila forcée de se confronter à une réalité redoutable et effrayante. Elle n’est pas au bout de ses surprises avec notamment la découverte d’un curieux phénomène astronomique et des révélations surprenantes sur la nature profonde de l’expédition dont elle faisait partie. Loin d’être épargnée, Lia va grandir durant ce périple pour le moins initiatique, elle n'en sera d’ailleurs plus jamais la même lors de la conclusion haute en couleur de cet ouvrage.

On passe un très agréable moment pendant cette lecture qui propose une anticipation réaliste, un discours humaniste saisissant (comme souvent avec cet auteur) et une aventure qui tient en haleine malgré un côté parfois attendu que pourraient lui reprocher les vieux de la vieille. Un très bon roman pour découvrir l’auteur, un ouvrage à conseiller donc de manière prioritaire aux jeunes lecteurs ou aux fanas du maître dont je fais partie.

Autres ouvrages de Bordage chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- InKARMAtion
- Le Jour où la guerre s'arrêta
- Le Feu de Dieu
Atlantis : les fils du rayon d'or

Hier je vous donnerai de mes nouvelles
Chroniques des ombres
Les Dames blanches
Graine d'immortels
Nouvelle vie et autres récits
Dernières nouvelles de la Terre
Griots célestes
L'Evangile du Serpent
Porteurs d'âmes
Ceux qui sauront
Les derniers hommes
Orcheron
Abzalon
Wang


samedi 21 novembre 2020

Acquisitions sous confinement

L'envie m'a pris de passer commande de quelques ouvrages d'occasion en ce début du mois auprès d'une librairie parisienne spécialisée dans les livres de seconde main. Nelfe m'avait dit qu'elle avait lu sur le net que ce haut lieu de la tentation que je fréquentais assidûment lorsque j'habitais en région parisienne rencontrait des difficultés... alors si je peux à la fois les aider en apportant ma pierre à l'édifice et succomber par la même occasion à une tentation qui me démangeait depuis quelques temps (NOUVEAUUUUUX LIIIIIIIIIIIIIIIIVRES !), je n'allais pas me gêner ! Ma PAL est déjà fournie mais pas de culpabilité pour autant, côté SF c'est tout de même réduit, il était donc temps de l'achalander à nouveau.

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C'est donc un très beau butin que je vous présente aujourd'hui avec trois auteurs que j'aime tout particulièrement. D'ailleurs, si vous nous lisez depuis un certain temps, vous les avez sans doute déjà croisés plusieurs fois et souvent avec une chronique plus que positive voire dithyrambique. Entre Dan Simmons auteur US surdoué, le pape de la SF française Pierre Bordage et les récits de haute volée entre aventure et SF de Jack Vance, je pense que je vais me régaler. Voici une brève présentation de mes nouvelles acquisitions qui s'annoncent plus que prometteuses !

- Le Styx coule à l'envers de Dan Simmons. On commence avec ce recueil de douze nouvelles qui se propose de nous faire voyager jusqu'au bout de l'Enfer entre SF et fantastique. Je n'ai jusqu'à maintenant jamais lu cet auteur dans le format nouvelles. J'en ai entendu le plus grand bien et avec la quatrième de couverture bien barrée présentant des textes au contenu délirant (un parc d'attraction pour se rejouer la guerre du Vietnam, une nouvelle technologie qui a permis de vaincre la mort, la reconstitution de l'Enfer de Dante...), voila un recueil qui fait saliver.

- L'Abominable de Dan Simmons. Même auteur mais en version roman cette fois-ci avec ce titre qui me fait de l’œil depuis que j'ai lu des avis enthousiastes publiés sur IG, notamment celui de ma copinaute blogueuse Walpurgis. On se lance ici sur les traces du Yéti ni plus ni moins dans un thriller fantastique à priori très documenté et haletant. L'ambiance décrite entre folie humaine et expédition vouée à l'échec m'ont directement fait penser au très bon Terreur du même auteur et que j'avais dévoré. M'est avis que celui-ci ne fera pas long feu dans ma PAL !

- Résonances de Pierre Bordage. Cela faisait trop longtemps que je n'avais pas lu de roman de cet auteur que j'adore. Dans ce roman, Bordage revient au space opera, un sous-genre de la SF qu'il maîtrise sur le bout des doigts. Amour et aventure promettent d'être au RDV avec cette histoire de deux êtres que tout sépare et qui vont devoir s'associer. Trame classique chez l'auteur avec sans doute pour moi un grand plaisir de lecture entre voyage spatial, complot, capacités spéciales et religion. J'en m'en délecte d'avance.

- Mission M'Other de Pierre Bordage et Melanÿn. Même auteur mais en association cette fois-ci avec un scénariste bien connu du monde de la BD. Une jeune femme suite à une avarie sur son vaisseau spatial va se retrouver sur Terre, une planète désormais en ruine où personne ne semble avoir subsisté. Elle commence un terrible périple afin de retrouver d'éventuels survivants... J'imagine que les auteurs vont nous livrer un récit initiatique mitonné à la sauce post-apocalyptique. Avec le talent de conteur des deux hommes, ça promet !

- La Mémoire des étoiles de Jack Vance. À l'heure où j'écris ces lignes, j'ai terminé l'intégrale des Chroniques de Durdane du même auteur (chronique à venir). Je me suis tellement régalé une fois de plus que j'ai commandé celui-ci pour avoir toujours un Jack Vance d'avance -sic-. Lors d'une expédition ethnologique, un couple sauve un garçonnet de six ans d'une mort certaine et l'adoptent. Mais qui est ce petit garçon qui régulièrement semble habité par des visions et qui reçoit des messages télépathiques ? Un long voyage plein de révélations débute. Cet ouvrage est excellemment noté par mes collègues blogueurs, je n'ai donc pas hésité une seconde pour l'acquérir.

Beau programme, n'est-ce pas ? J'ai hâte de les découvrir, ce sera pour la fin du mois avec pour le moment deux titres qui se battent en duel pour avoir la primauté de la lecture. Et vous, par lequel me conseilleriez-vous de débuter ? Il n'y a rien à gagner si ce n'est la mention de votre nom dans la future chronique de l'ouvrage concerné. Hé hé !

jeudi 13 août 2020

"Debout les morts" de Fred Vargas

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L’histoire : Un matin, la cantatrice Sophia Siméonidis découvre, dans son jardin, un arbre qu'elle ne connaît pas. Un hêtre. Qui l'a planté là ? Pourquoi ? Pierre, son mari, n'en a que faire. Mais la cantatrice, elle, s'inquiète, en perd le sommeil, finit par demander à ses voisins, trois jeunes types un peu déjantés, de creuser sous l'arbre, pour voir si... Quelques semaines plus tard, Sophia disparaît tandis qu'on découvre un cadavre calciné. Est-ce le sien ? La police enquête. Les voisins aussi. Sophia, ils l'aimaient bien. L'étrange apparition du hêtre n'en devient que plus énigmatique.

La critique de Mr K : C’est toujours un plaisir bien particulier que de se retrouver à lire un ouvrage de Fred Vargas. C’est l’assurance d’une lecture détente à haute teneur littéraire. Debout les morts ne déroge pas à la règle, il s’agit du premier tome paru de la série des Évangélistes dont j’avais déjà lu Sans feu ni lieu. Pas de commissaire Adamsberg donc dans cet ouvrage, mais quatre hommes cohabitant dans la même bicoque qui vont se mêler à une enquête bien tortueuse comme sait si bien le proposer cette auteure décidément plus que douée.

Marc le médiéviste, Matthias le préhistorien et Lucien le contemporaniste spécialiste de la Première Guerre mondiale sont comme ils disent "dans la merde". À la dèche, sans boulot et sans femmes dans leurs vies respectives, le destin les réunit via Marc qui propose aux autres de devenir colocataires dans une vieille maison décrépite qui n’attendait qu’eux. Se joint à eux, le parrain de Marc, un ex flic débarqué suite à un scandale retentissant au sein des forces de l’ordre. Chacun se voit attribuer un étage dans l’ordre chronologique de la spécialité de chacun - sic -, sauf le parrain qui se retrouve sous les combles. Commence alors le rafistolage, la rénovation de la maison avec son lot d’imprévus, de discussions voire de disputes. Les débats entre ces quatre là peuvent s’avérer hauts en couleur.

Tout commence vraiment quand la voisine, une ex cantatrice, vient les trouver car un mystérieux arbre (d’âge adulte) est apparu dans son jardin au cours de la nuit ! Quelque chose d’insaisissable lui fait peur et les quatre hommes offrent leur aide, mais ils ne trouvent rien sous le mystérieux arbre. Puis, c’est la voisine qui disparaît et un corps carbonisé est retrouvé avec à ses côtés la pierre semi précieuse dont ne se séparait jamais la disparue... L’arrivée de la nièce de la voisine avec son jeune fils, l’autre voisine qui semble désespérée face aux événements, un mari qui a l’air de s’en foutre royalement... voila toute une série d’éléments qui ne peuvent qu’attiser la curiosité des trois historiens et du vieux flic. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises avec de nombreuses fausses pistes et révélations qui jalonnent ce roman au suspens qui ne se dément jamais.

On retrouve le ton si particulier de Fred Vargas, à commencer par des personnages décalés au verbe haut. On ne peut que tomber sous le charme de cette équipe de pieds nickelés dont les échanges sont savoureux et l'on passe joyeusement de l’extrême érudition aux palabres les plus familières. Cela donne un charme de fou à ses trois historiens branques entre le préhistorien taiseux adepte de naturisme, le médiéviste romantique tourmenté et Lucien qui vit littéralement à l’heure de la Grande Guerre et se révèle être un gueulard de première ! Malgré leurs nombreuses prises de bec, ces trois là se complètent idéalement. Et puis, il y a le parrain qui dirige tout cela en sous-main et qui sait mieux que personne mettre en valeur et utiliser les capacités de chacun.

L’enquête débute doucement, pas vraiment de quoi fouetter un chat. Pas d’indices, des présomptions tout au plus. Ils se donnent à fond en tout cas pour essayer de résoudre cette disparition au détriment même parfois de la légalité, aidant et se faisant aider par la police grâce aux anciennes relations du parrain. À partir de la moitié de l’ouvrage, on ne sait plus vraiment où l’on va, chose que j’apprécie lors d’une bonne lecture policière. Cependant, au fil des chapitres, on commence à entrevoir des liens, des étrangetés qui s’amoncellent pèle mêle, sans ordre apparent. Une idée folle a germé dans mon esprit, je pensais vraiment avoir trouvé la clef de l’énigme mais je me suis bien fait avoir une fois de plus. Bien malin, celle ou celui qui trouvera l’explication finale. Tout se tient parfaitement mais un élément permet de tout renverser... D’ailleurs des personnages de la fine équipe n’en reviennent pas eux-mêmes !

Debout les morts se lit donc quasiment d’une traite avec un plaisir renouvelé grâce au style inimitable de Fred Vargas et de ses personnages si attachants. Un très bon moment de lecture à côté duquel il ne faut pas passer quand on est fan de roman policier.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
L'Homme à l'envers 
Sous les vents de Neptune
Dans les bois éternels
Un lieu incertain
L'homme aux cercles bleus
Coule la Seine
Sans feu ni lieu
Ceux qui vont mourir te saluent
- L'Armée furieuse
- Temps glaciaires
- Pars vite et reviens tard

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vendredi 17 avril 2020

"Les Voisins d'à côté" de Linwood Barclay

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L’histoire : La petite ville de Promise Falls est sous le choc : les Langley viennent d'être sauvagement assassinés.

Qui pouvait en vouloir à cette famille en apparence tranquille ? Oui a bien pu commettre cet acte aussi barbare que gratuit ? Les rues de cette banlieue réputée paisible sont-elles encore sûres ? Seul témoin du drame : Derek Cutter, dix-sept ans, qui n'aurait jamais dû se trouver là. Alors que tous les regards se tournent vers cet ado déjà connu pour quelques méfaits, Jim Cutter, bien décidé à prouver l'innocence de son fils, va mener sa propre enquête et découvrir que 'certains sont prêt à aller très loin pour préserver les apparences...

La critique de Mr K : C’est en tout début d’année lors d’un chinage de plus que je suis tombé sur Les Voisins d’à côté de Linwood Barclay, un auteur de thriller que j’affectionne tout particulièrement. Même s’il n’a pas inventé l’eau chaude en la matière, il possède une science du récit assez épatante et propose toujours des histoires bien ficelées, qui rendent addict de manière définitive et proposent des heures de plaisir de lecture intense. Ce n’est pas cet ouvrage qui me fera mentir !

Des coups de feu claquent dans la nuit, une famille est exécutée de sang froid dans une banlieue américaine typique. Les Langsley étaient pourtant des gens sans histoires et ce crime épouvantable frappe de plein fouet le voisinage et plus particulièrement leurs voisins immédiats qui habitent dans la même allée. Le fils, Derek était sur place la nuit du crime, caché dans le sous-sol en attendant que les proprios partent pour y faire venir sa petite amie pour une semaine à venir sentant bon la transgression. L’enquête débute, elle piétine même jusqu’au jour où la police découvre que Derek était présent le soir du meurtre, il n’en faut pas moins pour qu’il soit accusé du triple homicide qui a été commis. Jim, le père de Derek ne peut y croire, en parallèle il mène sa propre enquête. Il va tomber de Charybde en Scylla au fur et à mesure qu’il va lever des secrets jusqu’ici bien gardés...

On retrouve tout le talent de Linwood Barclay pour nous immerger dans un quotidien qui bascule dans l’horreur. Au fil des premiers chapitres (après un prélude assez éprouvant où se noue le crime en lui-même), il installe tranquillement ses personnages à force de flashback bien sentis qui posent les bases. Un héros dépassé par les événements mais qui garde son sang froid malgré les fêlures du passé, une épouse qui boit un peut trop et semble cacher des choses, un président d‘université autocentré et désagréable au possible, un flic faussement débonnaire, un maire populiste et très ambitieux et toute une foule de personnages secondaires qui au départ ne sortent pas du lot peuplent ces pages. On n’a finalement en face de nous que des quidams lisses, sans réelle consistance qui mènent leur barque sans faire de vague.

Très vite le vernis des apparences commence à se fissurer. Des découvertes étranges et des révélations vont libérer la parole, précipiter les événements et la réaction en chaîne peut débuter. Prenant de l’ampleur, n’épargnant pas grand monde du casting du livre, les certitudes s’ébranlent sérieusement. Chacun a quelque chose à cacher et contribue à l’édification d’un sac de nœuds difficile à dénouer pour le héros, la police mais aussi le lecteur qui bien des fois voit ses hypothèses réduites à néant au gré d’une phrase bien placée ou d‘une fin de paragraphe qui vient le cueillir sans qu'il s'en aperçoive de prime abord. C’est diaboliquement bien construit et même si on ne tombe pas dans la surenchère d'hémoglobine ou de révélations extraordinaires (les personnages sont tous des gens du commun), ce thriller fait son petit effet, on ne se doute vraiment pas de la résolution de l’énigme et les phases de suspens sont vraiment haletantes.

Très bien écrit dans une langue simple, vive et qui cerne à merveille les enjeux, les personnages et leur psychologie, c’est un régal de se faire balader durant 520 pages. C’est bien simple, on ne les sent pas passer et on en redemande. En période de confinement, c’était plus qu’il n’en faut pour passer un excellent moment. Avis aux amateurs !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Cette nuit-là
- Crains le pire

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dimanche 15 mars 2020

Acquisitions virales...

2020 a bien commencé pour nous avec notre Little K qui grandit petit à petit. Mais elle n'est pas la seule ! Avant sa naissance, nous avions succombé une fois de plus au virus de l'acquisition d'ouvrages de seconde main. Il était plus que temps de vous faire une petite présentation des nouveaux venus dans nos PAL respectives... en fait dans la mienne, car Nelfe pour le coup n'a rien trouvé à son goût !

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Ces trouvailles viennent d'horizons bien différents entre désherbage du CDI de mon établissement avant une remise à neuf complète, une ou deux boîtes à livres croisées lors de sortie en voiture ou encore des occasions dégotées dans des magasins de brocantes comme il en apparaît de plus en plus depuis quelques temps. Le butin est varié et fait surtout la part belle à des auteurs que j'aime tout particulièrement !

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- Celui qui survit et Fog de James Herbert. Deux titres du même auteur dégotés en même temps et au même endroit ! Coup double donc pour deux ouvrages prometteurs avec une histoire de brouillard maléfique qui rend les gens fous et dans l'autre volume un homme unique survivant d'une catastrophe aérienne confronté au paranormal. Des histoires à priori classiques mais vu le talent de conteur de l'auteur de la très bonne trilogie des rats, je pense que James Herbert va encore me faire passer un bon moment.

- Debout les morts de Fred Vargas. Un des derniers titres de l'auteure que je n'ai jamais eu l'occasion de lire. Pas d'Adamsberg dans celui-ci par contre, avec une étrange histoire d'arbre qui apparait sans prévenir dans le jardin d'une cantatrice qui va finir par disparaître. Bizarre, vous avez dit bizarre ? C'est souvent le cas avec les trames que nous propose Fred Vargas et en général, c'est pour le meilleur. Hâte d'en savoir plus.

- Les Voisins d'à côté de Linwood Barclay. Je suis bien content d'être tombé sur cette histoire de voisinage qui va faire trembler dans les chaumières ! Jusqu'à quel point connaît-on ses voisins ? C'est un peu le principe de base de cette histoire d'assassinat qui va remuer une petite communauté bien sous tout rapport... du moins en apparence ! Linwood Barclay excelle pour faire basculer des quotidiens banals dans le doute et les affres de l'angoisse. Il ne fera pas long feu dans ma PAL !

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- La Planète de Shakespeare de Clifford D. Simak. Impossible pour moi de résister à cet auteur quand je croise un de ses ouvrages en rayonnage d'occasion et puis cette collection de SF est mythique ! Dur de résumer la quatrième de couverture complètement folle de ce bouquin où un homme se réveille d'un sommeil cryogénique sur une drôle de planète où aurait vécu un certain Shakespeare. Même si je m'attends à tout et n'importe quoi avec un tel pitch, je ne me fais aucun souci, avec Simak je me régale à chaque fois !

- Bizarre ! Bizarre ! de Roald Dahl. Après ma lecture plus qu'enthousiaste de Matilda, il n'y a pas si longtemps, je vais remettre le couvert avec ce maître conteur qui propose ici une série de quinze histoires fantastiques entre drame et humour avec j'imagine le style si particulier et prenant d'un auteur qui a bercé mes jeunes années de lecteur. Typiquement le genre de lecture détente qui fait du bien et dont on a besoin en ces temps troublés.

- Le Roi Arthur : les légendes de la table ronde de Molly Perham. Un très beau livre pour finir le tour d'horizon du jour avec un ouvrage traitant d'un de mes héros préférés et tous les mythes qui l'entourent. J'ai rendez-vous avec Merlin, Arthur, Lancelot, Mordred et consorts avec des histoires éternelles, illustrées de fort belle manière. Que du plaisir en perspective !

Belle brochette d'ouvrages à mon actif encore une fois, la PAL remonte un peu mais rien de vraiment irrémédiable. Qu'il est bon de penser à tous ces mondes imaginaires qui m'attendent et procureront une évasion immédiate au milieu d'une actualité anxiogène au possible. Vous retrouverez comme d'habitude les chroniques de ces ouvrages sur le blog à plus ou moins longue échéance au fil de mes lectures. Portez-vous tous bien en tout cas en attendant. Et que la lecture soit avec vous !


dimanche 29 décembre 2019

"Abattoir 5" de Kurt Vonnegut

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L’histoire : Abattoir 5 retrace l’histoire de Billy Pélerin, né à Ilium en 1922. Appelé sous les drapeaux pendant la seconde guerre mondiale, il est capturé par les allemands et fait prisonnier dans un camp à Dresde. Démobilisé en 1945, il devient opticien, passe une petite dépression nerveuse dans un hôpital militaire, puis se marie, a bientôt deux enfants et fait fortune. De retour d’un congrès d’opticien il est victime d’un accident d’avion, tous les passagers périssent sauf lui. Pendant qu’il est à la clinique, sa femme meurt. Il ne reprend pas son activité en sortant de l’hôpital mais va tout droit à New York. Là, il participe à une émission de radio où il révèle avoir été enlevé par une soucoupe volante en 1967 et amené de force sur la planète Tralfamadore. Objet de spectacle, montré nu dans un zoo, les trafalmadoriens le feront s’accoupler avec une terrienne, ancienne actrice de cinéma, elle-même kidnapée, avant de le relâcher. De retour sur terre, il comprend que les années qu’il a passé sur Trafalmadore n’ont été chez lui que quelques secondes. Bien sûr, Billy ayant atteint l’âge de quatre-vingt six ans, tout le monde est persuadé qu’il a définitivement perdu le sens des réalités et que la sénilité avance à grands pas. Mais Billy insiste pour remonter dans le passé et raconter son histoire, notamment sa vie de soldat et, ce faisant, il ne va plus cesser alors d’effectuer des sauts dans le temps, évoluant et vieillissant, ou régressant vers son enfance.

La critique de Mr K : Cela faisait un petit bout de temps qu’Abattoir 5 de Kurt Vonnegut prenait son mal en patience dans ma PAL. Trouvé par hasard lors d’une expédition chinage de plus, j’avais été ravi de le dégoter en seconde main car ce livre a une aura particulière chez de nombreux amis internautes. Il est même considéré comme un classique bien que quasiment inclassable dans son contenu, l’ouvrage se situant à la confluence du récit de guerre et de la SF. C’est lors de ma réorganisation de PAL de cet été que ce dernier s’est rappelé à moi et j’ai franchi le pas quelques semaines plus tard. À la fois désarçonnant et touchant, je n’ai vraiment pas été déçu !

À travers une narration destructurée, l’auteur nous invite à suivre la vie plus que mouvementée de Billy Pélerin, son double fictif. En effet, ce dernier a de nombreux points communs avec l’auteur à commencer par un emprisonnement durant la seconde guerre mondiale et l'expérience traumatisante qui l’accompagne : la captivité puis la destruction injustifiable de la ville de Dresde par les alliés. Survivant de cet événement tragique, devenu simple opticien, enlevé par des extra-terrestres, rescapé d’un crash aérien, il est capable de voyager dans le temps. Le futur de Billy fait déjà partie de son passé et il lui reste à vivre des événements dont il garde déjà le souvenir...

Le lecteur navigue à vue avec d’abord un choix de narration original qui fait mouche. Il ne faut pas longtemps pour se mettre au diapason je vous rassure et l’on passe allégrement par toutes les époques qu’a pu ou va vivre Billy. Les études avortées par l’envoi au front, la captivité, le retour à la vie normale, l’expérience du rapt intersidéral ou encore ses témoignages radiophoniques sont autant de tranches de vies qui ont été comme mixées et réorganisées à la manière du Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Il faut cependant un petit temps pour que le stratagème employé prenne tout son sens mais la révélation est vraiment éclatante et la curiosité ne se dément pas tout au long de la lecture pour savoir où tel ou tel paragraphe va nous mener. Très didactique, jamais obscur, l’ouvrage propose vraiment une autre façon de lire sans jamais provoquer l’ennui ou le désintéressement.

Abattoir 5 est aussi pour moi un grand cri contre la connerie humaine et plus particulièrement la guerre et les crimes qui l’accompagnent. Les souvenirs liés à la captivité composent bien la moitié de l’ouvrage et proposent une plongée sans concession sur l’atmosphère et les conditions de vie des prisonniers. C’est très réaliste, volontiers ironique à l’occasion, très intimiste parfois avec des passages d’une puissance évocatrice qui prend à la gorge. Cet amoncellement de souvenirs a été calqué sur les témoignages des survivants qui se révélaient bien souvent parcellaires et discontinus. L’effet est vraiment saisissant et propose un voyage aux confins de l’absurdité pour une guerre sans véritables héros, des sociétés perdues et au final un constat implacable sur l’Homme.

En terme d’écriture, on ne fait pas ici dans la fioriture. Chaque mot et phrase est pesé, sans atermoiements inutiles, on va à l’essentiel et cette apparente naïveté stylistique ne fait que renforcer la force de ce pamphlet antimilitariste à la fois juste et mesuré. Un roman culte qui mérite amplement ce qualificatif, une expérience de lecture différente et vraiment indispensable. À bon entendeur...

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jeudi 20 juin 2019

"Jack Barron et l'éternité" de Norman Spinrad

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L’histoire : Vous avez un problème ? Alors appelez Jack Barron !
Au 212.969.6969, en PCV !
Et retentissent des dizaines de milliers d'appels. Et cent millions d'Américains de l'an 1995 attendent chaque mercredi soir sur leur petit écran... le séduisant, le fascinant, le provocant Jack Barron. Ce redresseur de torts qui ne craint ni le gouvernement, ni les banques, ni la C.I.A. Rien ! Jusqu'au jour où Jack Barron affronte le tout puissant, l'immonde et immensément riche Benedict Howards. Qui détient le secret des secrets : celui de l'Immortalité humaine !
Alors, sur l'écran, de semaine en semaine va faire rage un combat toujours plus sauvage et impitoyable – combat de deux hommes qui se haïssent, mais surtout combat, entre deux pouvoirs terrifiants : l'information et l'argent.
L'enjeu ? L'Immortalité humaine. Mais conquise à quel prix ?

La critique de Mr K : Lire Norman Spinrad, c’est toujours une expérience à part. Auteur culte, insoumis et toujours en verve, il propose à la fois évasion et réflexion à chacun de ses ouvrages. Jack Barron et l’éternité est une de ses pièces maîtresse dans sa bibliographie et il m’avait échappé jusque là. Suite aux élections européennes et mon désarroi face aux résultats avec deux partis de droite en tête, je me suis dit qu’il fallait que je me lise un ouvrage subversif et bien engagé dans le sens de mes convictions. Je ne me suis pas trompé et je peux déjà vous dire que cet ouvrage rentre directement dans le cercle très fermé de mes classiques en SF. Voici pourquoi...

Ce roman décrit un combat titanesque entre Jack Barron, un présentateur vedette bouffi d’orgueil qui est suivi par plus de 100 millions d’américains et l’homme d’affaire le plus influent de son époque qui fait commerce de l’hibernation cryogénisée et bientôt peut-être la vie éternelle. Deux puissances s’affrontent : celle des médias et leur influence face aux puissances financières, les lobbys et de la rapacité d’un homme, Benedict Howards. Joutes oratoires en direct à la télévision, rencontres impromptues et secrètes entre décideurs, pacte faustien, expériences subliminales et charnelles, course à l'élection présidentielle, révélations terrifiantes sont au programme d’un livre coup de poing dont on ne peut sortir avant le mot fin.

Quelle lecture ! On peut dire que Spinrad est particulièrement en forme ici avec un style toujours aussi direct et incisif. Ne ménageant pas son lecteur, on avance en eaux troubles avec pour commencer un héros au départ plutôt désagréable, à la limite du repoussoir. Vivant dans sa tour d’ivoire, Jack Barron, malgré un passé gauchiste, est rentré dans le moule et profite sans vergogne du système ultra-libéral. Son opposition au magnat de la vie éternelle va mettre à mal ses convictions profondes et son assurance. Surtout qu’il retrouve au passage Sara, son amour perdu qui renaît de ses cendres. Cette passion le consume, l’emporte vers un bonheur qu’il croyait perdu et donne de superbes pages sur l’amour que l’on peut porter à l’autre quand on a trouvé la bonne personne et que rien d’autre ne compte. C’est touchant, extrême même parfois et essentiel au déroulement de l’histoire.

Écrit en 1969, ce roman s’interroge beaucoup sur des thématiques qui étaient centrales dans les USA de l’époque. Il y a d’abord les tensions raciales entre blancs et noirs qui trouvent ici de très beaux représentants entre une ligue cherchant à promouvoir l’émancipation des afro-américains, les suprémacistes blancs qui détiennent le pouvoir et l’argent et qui pensent que cet ordre des choses est naturel et ne changera jamais. En parallèle, on retrouve comme souvent chez Spinrad une critique vive du système capitaliste ultra-libéral qui nie les individus et leurs droits au profit d’une oligarchie qui ne dit pas son nom et se cache derrières les oripeaux de la démocratie pour mener sa barque et s’enrichir encore plus. Sans fioriture ni concession, l’ouvrage est une charge puissante, intelligente et tout en finesse que l’on prend plaisir à lire en ces temps de macronisme aiguë et de lepénisme larvé.

L’histoire avance lentement mais sûrement. Proposant un parcours vers la rédemption à son personnage principal, qui se rapproche de ses anciennes connaissances et va tout faire pour lever le voile sur les secrets de Benedict Howards, on sent bien que chacun ici va y laisser des plumes. On ne sait pas vraiment d’où les coups vont partir et les révélations finissent par se succéder plus effrayantes les unes que les autres. Plongeant dans les âmes de chacun, explorant les psychés parfois plus que tourmentées de certains personnages (c’est vraiment perché par moment), on finit littéralement sur les rotules avec un dernier acte vraiment éprouvant. Ouvrage volontiers métaphysique et philosophique par moment au détour des aléas de l’histoire, on se prend à réfléchir à la mort, sa signification, le rêve de l’immortalité, les conditions pour y accéder ou encore les choix qui influencent une vie et le rapport à l’autorité et à la notion de désobéissance civique.

Très bien construit, ce roman est écrit de manière virevoltante, profonde et avec un souci d’immédiateté qui ne se dément jamais. Cette lecture procure des émotions diverses qui ébranlent le lecteur et lui donnent à réfléchir. Bien que daté par moment, finalement rien n’a vraiment changé et l’on retrouve des éléments totalement applicables au monde d’aujourd’hui. Un grand roman de science fiction que tout amateur du genre doit avoir lu !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Les Solariens
- Chaos final
- Rêves de fer

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mercredi 22 mai 2019

"Dans l'or du temps" de Claudie Gallay

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L’histoire : Un été, en Normandie. Pris dans les filets d'une vie de famille, le narrateur rencontre une vieille dame singulière, Alice. Entre cet homme taciturne et cette femme trop longtemps silencieuse se noue une relation puissante, au fil des récits que fait Alice de sa jeunesse, dans le sillage des surréalistes et dans la mémoire de la tribu indienne Hopi. La vie du narrateur sera bouleversée devant "la misère, la beauté, tout cela intimement lié".

La critique de Mr K : Claudie Gallay est une auteure que j’adore, j’avais été épaté par mes deux premières lectures d’elle : Les Déferlantes et Les Années cerises. C’est donc avec une joie non feinte que je choisissais de terminer mes lectures de vacances de Pâques avec Dans l’or du temps, un roman plus ancien où deux personnages n’ayant à priori rien en commun vont se rencontrer et se livrer. Pas de mystère, c’est bien du Gallay avec une poésie à fleur de mot, un phrasé unique et une histoire universelle qui touche une fois de plus en plein cœur.

Le narrateur est en vacances et comme d’habitude en période estivale, il part avec sa petite famille dans leur maison secondaire en bord de mer dans la Seine Maritime. Lui et Anna (sa femme) sont professeurs et peuvent donc passer du temps avec leurs deux jumelles et se ressourcer. Ce lieu est idéal pour profiter de la mer et des cités balnéaires alentours. Mais voila, quelque chose cloche, le narrateur taiseux dans son genre semble s’éloigner de sa famille peu à peu. Il adore ses filles, il aime sa femme mais il ne lui dit plus rien et peu à peu un espace de plus en plus grand semble les séparer, imperceptiblement d’abord puis un gouffre insurmontable.

Lors d’un banal tour en voiture pour faire quelques courses, le narrateur va rencontrer Alice, une vieille femme qu’il va aider à porter un panier rempli de poires. C’est le début d’une relation toute particulière qui va s’affiner au fil des chapitres entre méfiance mutuelle, silences qui en disent long et révélations sur le passé d’Alice qui jusque là gardait tout pour elle. Bien évidemment, cela va faire écho chez le narrateur et va changer sa vie, le forçant à regarder les choses en face et à prendre certaines décisions.

On retrouve dans ce roman tout le talent de Claudie Gallay pour proposer des personnages forts et charismatiques malgré une certaine banalité. Rien d’extraordinaire en effet au départ pour le narrateur et Alice dont on découvre les vies où les jours se ressemblent et apportent leur lot de petites joies et de petits chagrins. L’une vit seule avec sa sœur entre jardinage, poterie et longues périodes de réflexions, l’autre s’occupe de ses filles et mène une vie de famille plan-plan. C’est la rencontre de ces deux êtres qui va magnifier leur figure, donnant à voir au lecteur des personnes torturées dans leur chair et leur esprit par des non-dits, des sentiments profondément enfouis et au final un certain mal de vivre qui semble les condamner à contempler leur vie plutôt que la vivre pleinement (surtout pour le narrateur d’ailleurs). Une grande mélancolie se dégage donc de ces lignes malgré quelques éclats humoristiques liés souvent à la personnalité d’Alice, vieille femme au caractère bien trempé qui aime entretenir le mystère autour de son passé.

Les jours s’alignent, les rencontrent se multiplient. Le narrateur passe davantage de temps avec Alice, laissant sa famille seule alors que lui explore le passé de la vieille dame qui a vécu un temps dans le cercle des surréalistes et a découvert la tribu des Hopi, des amérindiens qu’elle a pu côtoyer avec son père disparu dans des circonstances tragiques. C’est l’occasion dans certain chapitres d‘en apprendre plus sur André Breton et son mouvement artistique, sur les tribus indiennes que l’on a forcé à s’acclimater aux colons blancs et à leur culture. C’est aussi une belle leçon sur la découverte de soi et des autres. Ces révélations vont avoir un impact sur le narrateur, ce sera lent, très lent même mais une acceptation va naître de cela et amener le lecteur vers une fin logique.

Rythme lancinant, phrases courtes, destructuration de la syntaxe proposent une expérience d’une immersion totale, engouffrant le lecteur au cœur des intimités sans espoir de retour. Comme à chaque fois avec Claudie Gallay, c’est profond, bouleversant et l’on ressort ébranlé et heureux de sa lecture. Une excellent moment que je ne peux que vous conseiller d'entreprendre à votre tour.

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mercredi 17 avril 2019

"Ortog et les ténèbres" de Kurt Steiner

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L'histoire : Après une héroïque mission dans l'espace, Ortog, le jeune Chevalier-Naute, est revenu sur la Terre. Mais soudain sa victoire, son triomphe lui apparaissent dérisoires: Kalla Karella, sa fiancée, est morte en son absence.
Désormais il n'a plus qu'un but : retrouver sa bien-aimée dans l'au-delà, l'en arracher peut-être, ou la rejoindre dans la mort.
Or, en ce XXXe siècle, les hommes ont construit une nécronef capable, croit-on, de braver le Temps et l'Espace. Ortog en sera le premier navigateur.
Dédoublé, à la fois vivant et inanimé, il va s'enfoncer dans le royaume des morts, traversant les cercles infernaux du feu, du poison, de la démence, pour atteindre enfin un labyrinthe à quatre dimensions.
Nouvel Orphée que rien n'arrête, Ortog y pénètre...

La critique de Mr K : Derrière le pseudo de Kurt Steiner se cache un auteur français (André Ruellan) que j'ai déjà côtoyé avec les lectures de Tunnel et Mémo, deux ouvrages de SF lorgnant vers la série B, aussi distrayants qu'addictifs à leur manière. C'est donc avec un certain plaisir que j'entamai Ortog et les ténèbres dont la quatrième de couverture annonçait une variation SF autour du mythe d'Orphée. Je dois bien avouer que mon sentiment est mitigé au moment d'en faire le bilan...

Ortog est un héros revenu sur Terre après une mission particulièrement délicate (décrite dans un ouvrage écrit auparavant et que je n'ai pas lu, cela n'a aucune incidence). Malheureusement pour lui, sa fiancée est morte entre temps, le voilà inconsolable, au bord du suicide même... Alors qu'il s'apprête à commettre l'irréparable, un inconnu l'aborde. Un mystérieux moine lui fait entrevoir la possibilité de retrouver sa bien-aimée et peut-être de la ramener avec lui dans le monde des vivants. D'abord septique, il décide finalement de se lancer dans cette exploration de l'au-delà. Vous imaginez que les risques sont grands à laisser son corps inerte sur Terre alors que votre double astral (pour schématiser) explore le Royaume des morts qui très vite s'apparente à un monde parallèle régit par ses propres règles.

Les débuts de la lecture s'avèrent difficile, Kurt Steiner se livrant à des explications absconses dont je défie quiconque de comprendre le sens profond. Ça part dans tous les sens et honnêtement ça ralentit le récit. Ces trente pages m'ont ennuyé au plus haut point et je n'étais pas très loin d'abandonner ma lecture (chose que je ne fais que rarement). De plus le héros est plutôt stéréotypé et le style ampoulé n'arrange rien, je pense notamment aux dialogues qui se révèlent vraiment nanardesques par moment. Bref, j'ai pris peur mais je laissais tout de même une chance à l'histoire de décoller.

C'est au bout de trente pages que la mayonnaise commence à prendre. Une fois l'expédition lancée, un autre roman semble commencer. Le style devient plus aérien voire psychédélique ce qui n'est pas pour me déplaire. En effet, bien étrange est l'univers que l'on découvre incrédule en compagnie d'Ortog et de son comparse (ils sont deux à entreprendre ce voyage). Ils traversent de multiples couches, croisent d'étranges personnages / créatures, la violence est omniprésente et les règles physiques semblent absentes. Très vite, nous comprenons qu'un conflit a lieu entre deux camps irréconciliables et nos deux héros se retrouvent plongés dans cette lutte quasi fratricide. Pour autant, ils n'oublient pas leur quête principale et le final bien que plutôt convenu fait son petit effet.

Mal dosé et inégal, Ortog et les ténèbres ne m'a pas vraiment plu alors que je suis passionné de mythologie antique depuis tout petit et que je trouvais intéressante l'idée de mêler les deux (le cycle Ilium de Dan Simmons est un modèle du genre - critiques tome 1 et tome 2 -). Un coup dans l'eau donc ici même si je garderai tout de même en mémoire de bons passages bien perchés. À réserver vraiment aux fans de l'auteur, les autres passeront leur chemin sans regrets...

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dimanche 31 mars 2019

"Druide" d'Oliver Peru

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L'histoire : 1123 après le Pacte. Au Nord vivent les hommes du froid et de l'acier, au Sud errent les tribus nomades et au centre du monde règnent les druides. Leur immense forêt millénaire est un royaume d'ombres et de mystères. Nul ne le pénètre et tous le respectent au nom du Pacte ancien. Les druides, seigneurs de la forêt, aident et conseillent les hommes avec sagesse depuis la nuit des temps. Mais un crime impensable va bouleverser cet équilibre : dans la plus imprenable citadelle du Nord, quarante-neuf soldats sont sauvagement assassinés sans que personne ne les entende seulement crier. Certains voient là l'ouvre monstrueuse d'un mal ancien, d'autres usent du drame comme d'un prétexte pour relancer le conflit qui oppose les deux principales familles régnantes. Un druide, Obrigan, a pour mission de retrouver les assassins avant qu'une nouvelle guerre n'éclate. Mais pour la première fois, Obrigan se sent impuissant face à l'énigme sanglante qu'il doit élucider. Chaque nouvel indice soulève des questions auxquelles même les druides n'ont pas de réponses. Une seule chose lui apparaît certaine : la mort de ces quarante-neuf innocents est liée aux secrets les plus noirs de la forêt.

La critique de Mr K : J'ai profité des dernières vacances scolaires pour lire cet ouvrage de fantasy, genre que j'affectionne beaucoup lorsque je suis de repos. L'évasion et le dépaysement sont garantis, ça relâche les neurones et l'on réveille la part d'enfance que l'on conserve précieusement au fond de soi. J'ai dégoté Druide d'Oliver Peru lors d'un après-midi chinage à notre Emmaüs préféré et certains d'entre vous sur IG ou sur l'article acquisition qui avait suivi m'avait encouragé à ne pas trop le laisser traîner dans ma PAL vu le plaisir de lecture qu'il avait pu leur apporter. C'est désormais chose faite et je suis plutôt bien content de l'avoir lu même s'il n'est pas exempt de défauts...

Au cœur du récit, on retrouve deux royaumes humains à l'antagonisme antédiluvien. Une paix chaude a été instaurée depuis des dizaines d'années mais les braises des conflits précédents sont encore actives et il suffirait d'un rien pour que la guerre soit à nouveau déclarée. À leur frontière méridionale, se situe une gigantesque forêt où règnent et vivent les druides, en harmonie avec la nature et dont le rôle est de veiller au bon ordre du monde, notamment en conseillant les hommes et en observant la nature. Un pacte ancien les unit aux royaumes du nord et nul n'est sensé le transgresser. Bien évidemment, il faut que ce fragile équilibre chancelle pour que le récit débute et il prendra la forme d'un massacre innommable commis au sein même d'une forteresse humaine par de mystérieux agresseurs qui semblent invisibles et intouchables. Les victimes de ce carnage accusent le royaume adverse et promettent de venger leur mort. Obrigan, druide de l'ordre des loups n'a que quelques jours pour découvrir la vérité sur cet acte inqualifiable et éviter un conflit qui embraserait à nouveau le continent, aidé de ses deux apprentis et de quelques alliés improbables. Il se livre à une véritable enquête qui va remettre en cause nombre de ses certitudes et pourrait bien faire définitivement basculer le monde connu dans le chaos...

Le roman démarre bien avec une carte des lieux. Je dois sans doute me répéter pour celles et ceux qui nous suivent depuis longtemps mais j'adore les cartes dans les récits de fantasy ! Ensuite, l'auteur ne prend pas de gants, l'exposition est courte, les événements s'enclenchent quasi directement et dès la cinquantième page le compte à rebours est lancé (le livre compte tout de même 600 pages !). Je peux vous dire que ça n'arrête plus après, avec un enchaînement de révélations, de passages d'exploration pure, de bastons homériques et d'introspections douloureuses. Le monde court à sa perte et la tension monte crescendo. La première partie du roman est un petit bijou dans ce domaine, on ne sent pas passer les pages, les éléments s'additionnent se complètent, les pistes se multiplient fourvoyant le lecteur pour mieux le remettre sur le droit de chemin. Rien à dire, c'est bien mené.

Ça se gâte un peu par la suite avec un long passage central que j'ai trouvé lent, lourd et finalement pas très utile. Comme si l'auteur avait besoin d'arriver à un certain nombre de pages et qu'il faisait du remplissage, on se retrouve à suivre sur plus de 70 pages les états d'âmes de personnes pris au piège dans un siège à priori sans espoir de survie. Heureusement que l'écriture de Peru est agréable, la pilule passe mieux mais franchement, j'ai vraiment cru que j'allais le perdre surtout que durant tout l'ouvrage il n'y a aucune scène se déroulant dans une taverne (Blasphème !!!). Heureusement, il reprend le dessus juste après avec des révélations fracassantes que je n'avais pas vu venir et un dernier acte épique. Trop peut-être d'ailleurs avec des personnages aux discours trop guindés à la limite du ridicule, mais bon... ne boudons pas notre plaisir pour autant.

En effet, ce one-shot (suffisamment rare dans le genre pour être précisé) est d'une grande densité en terme de background, l'auteur nous proposant une belle immersion dans un monde qui, à défaut d'être réellement original, se tient et provoque une évasion immédiate. J'ai particulièrement aimé les passages traitant des druides avec les descriptions de leur habitat, de la forêt mais aussi l’organisation de leurs ordres, leurs techniques d’apprentissage ou encore leur philosophie de vie. À ce propos, oubliez tout ce que vous avez comme à priori sur eux, on est loin de Panoramix ou de Merlin, la fin de l’ouvrage livrant au passage des vérités qui en surprendront plus d'un ! Bien caractérisé aussi est le monde des hommes avec leurs incessantes rivalités, les rapports de force en jeu et les manœuvres opérées pour garder le pouvoir. Et puis, il y a l'Est, les territoires désertés et livrés aux forces de l'ombre que l'on apprend à connaître au fil de la lecture et qui flirtent à l’occasion avec un certain Mordor... Les personnages à défauts d'être originaux font le service avec quelques uns d'entre eux très attachants comme le héros mais aussi Arkantia une druidesse intrépide qui va tenter une expérience éprouvante pour sauver tout le monde. Ce personnage est celui qui m'a le plus surpris et qui du coup restera mon préféré.

On passe donc globalement un bon moment, on est dans du classique, les repères sont là (mais pas les tavernes, nom de Dieu !) et tout se lit bien et sans difficultés. Druide est typiquement le genre de lecture détente pour les amateurs du genre. On ne regrette pas un moment de l'avoir lu même si on est tout de même un bon cran en dessous des auteurs classiques comme Tolkien et Martin, ou plus proche de nous Adrien Tomas qui m'avait soufflé avec La Geste du VIème royaume. L'ouvrage d'Oliver Peru reste donc bon un petit plaisir, à réserver aux fans du genre.

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