jeudi 21 février 2019

"Happy !" de Grant Morrison et Darick Robertson

couvhappy

L’histoire : Nick Sax voit tout en noir : sa vie, sa ville, son boulot de tueur, après des années comme flic respecté, puis corrompu. Un contrat qui tourne mal l’envoie à l’hôpital, et c’est la fuite en avant : la mafia aux trousses, les ex-collègues juste derrière, et un tueur d’enfants qui sème la terreur. Et son costume de père Noël, qui va bien avec la saison froide qui gèle les rues ajoute à l’atroce farce morbide dans laquelle baigne un Sax au bout du rouleau. Jusqu’au moment ou un petit cheval volant tout bleu se présente: il est seul à le voir, et cette apparition propose de règler presque tous ses problèmes...

La critique de Mr K : Chronique d’un comics qui dépote aujourd’hui avec Happy ! de Grant Morrison et Darick Robertson, œuvre hardboiled par excellence qui ne plaira pas à tout le monde. Thématiques déviantes et ultra violence assumée sont au programme d’un récit survitaminé qui m’a de suite séduit par son côté jusqu’au-boutiste sans concession. Lorgnant vers la série des Sin City de master Miller, j’ai littéralement dévoré ce court volume de 112 pages qui restera longtemps gravé dans ma mémoire.

Au centre de l’histoire, on retrouve Nick Sax, un ex flic ripou converti en tueur à gage. Lors d’un contrat, les choses ne vont pas se dérouler comme prévu et notre antihéros devient une cible, rôle auquel il n’est pas habitué. La mafia toute puissante de New York et la police métropolitaine sont désormais à ses trousses, le chasseur devient proie. Comme si cela ne suffisait pas, le voila en proie à ce qu’il prend tout d’abord pour une hallucination: une petite licorne bleue volante lui apparaît et lui annonce qu’il est le seul à pouvoir la voir et qu’il a une mission: sauver une petite fille nommée Haley, prisonnière d’un tueur d’enfant grimé en père Noël. Commence alors un voyage initiatique pour cet homme dont la vie s’est transformée en enfer depuis bien longtemps et qui a peut-être une ultime occasion de redonner du sens à son existence.

Happy 1

La couleur est donnée dès les premières planches, le cauchemar est en marche. Plongé dans un monde interlope, le lecteur est directement au prise avec la lie de l’humanité. Il y a peu ou pas d’espoir dans cette ville livrée au crime organisé qui s’appuie sur le pouvoir en place pour asseoir son emprise. Policiers corrompus, mafieux cruels aux méthodes vicieuses et sans pitié sont au menu. Pas de fioriture, la violence est partout présente, à commencer par le langage ordurier qui s’échappe de chaque bulle avec des personnages qui semblent n’avoir rien à perdre et donnent libre court à tous leurs instincts. Ça prend à la gorge, écœure même parfois avec des cases fourmillant de détails peu ragoûtants. Ce n’est pas pour rien que la motion "pour public averti" a été apposée sur la quatrième de couverture.

Mêlant personnages de polar, approche fantastique parfois avec le personnage de la licorne, c’est un drôle de mélange qui nous est proposé un peu à la manière du cinéma Grindhouse remis au goût du jour par Tarantino et Rodriguez il y a quelques temps. Protagonistes caractérisés en quelques pages, limites caricaturaux (le genre comics à ses codes), rien ne nous est épargné de leurs vicissitudes. Ainsi Nick Sax est au trente sixième dessous ayant perdu tout ses repères moraux et subsistant par ses aptitudes au meurtres et à la loi du talion. Gunfight, trahisons, coups de pokers sont sa vie qui semble lui échapper malgré sa très grande assurance et un humour cynique dévastateur. Il faut dire que ses adversaires ne sont pas fins et sont d’une extrême cruauté. L’argent roi, les réseaux criminels sont explorés en profondeur avec une fenêtre sur ce que l’humanité peut faire de pire avec notamment le trafic d’être humain, la pédopornographie et la corruption généralisée qui gangrène une société malade de ses vices. Le parrain inaccessible vous fera trembler ainsi que ses hommes de main impitoyables aux méthodes extrémistes.

Happy 2

Seule éclaircie dans ce monde déviant, la mystérieuse licorne dont la nature est très vite révélée et ouvre le récit vers des horizons peut-être meilleurs. Là encore, le choix en revient à Nick qui va devoir s'engager comme jamais auparavant et peut-être toucher à la rédemption. La confrontation entre l’homme brisé et cet être imaginaire va bousculer les lignes, alterner confrontation brutale et révélations plus touchantes sur le passé du héros. On reste dans du classique mais quand les recettes fonctionnent, il n’y a pas de raison de s’en priver. J’ai retrouvé, à plusieurs reprises, des arcs narratifs propres au personnage Marv de la série Sin City évoquée précédemment. Cet aspect du récit le sort du simple déballage de violence pour entrer dans une trame plus ouverte sur les possibilités d’évolution d’un personnage pourri jusqu’à la moelle. Intéressante, la fin achève le récit en apothéose de façon attendue mais logique.

L’ouvrage en lui-même est un bijou en terme de forme. Dessins léchés, action brute de décoffrage et passages plus intimistes s’alternent et offrent une immersion totale dans un univers borderline qui séduit autant qu’il choque. Moi qui aime être bousculé, j’ai été servi et j’en redemanderai presque tant l’ouvrage se lit vite et bien. Une sacrée expérience que je recommande à tous les amateurs de sensations fortes et de récits extrêmes. Une série a été adaptée pour la télévision (sans doute de manière plus soft), je m’en vais la regarder dans les semaines à venir.

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mercredi 8 octobre 2014

"Sin city, j'ai tué pour elle" de Robert Rodriguez

sin city afficheL'histoire: Dans une ville où la justice est impuissante, les plus désespérés réclament vengeance, et les criminels les plus impitoyables sont poursuivis par des milices.
Marv se demande comment il a fait pour échouer au milieu d'un tas de cadavres. Johnny, jeune joueur sûr de lui, débarque à Sin City et ose affronter la plus redoutable crapule de la ville, le sénateur Roark. Dwight McCarthy vit son ultime face-à-face avec Ava Lord, la femme de ses rêves, mais aussi de ses cauchemars. De son côté, Nancy Callahan est dévastée par le suicide de John Hartigan qui, par son geste, a cherché à la protéger. Enragée et brisée par le chagrin, elle n'aspire plus qu'à assouvir sa soif de vengeance. Elle pourra compter sur Marv...
Tous vont se retrouver au célèbre Kadie's Club Pecos de Sin City...

La critique de Mr K: 6/6. On peut dire que celui-ci je l'attendais! Je n'ai pas été déçu et même si je le trouve un ton en dessous du premier opus (sorti déjà depuis 10 ans!), c'est avec un grand plaisir et une grosse excitation que je retrouvais Marv' et consorts pour une pure séance hardboiled comme je les aime et si rares au cinéma! C'était un dimanche matin, accompagné de mon plus vieux copain que je suis allé en prendre plein les mirettes!

Autant vous le dire de suite, ce n'est pas un film qui conviendra à tous. Qui dit hardboiled dit violence, sexe et immoralité latente. Sin City porte très bien son nom, le vice est à chaque coin de rue et les quelques héros au centre des intrigues du film ne sont guère plus recommandables que les bad guys qu'ils combattent. Loi du talion (que j'abhorre dans la réalité!), bastons homériques, choc des formules verbales, tétons et détails gores, rien ne nous est épargné dans cet univers rétro en noir et blanc, teinté parfois de couleurs chaudes soulignant une explosion, des courbes avantageuses ou une scène d'action trépidante.

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Les différentes scénettes traitent essentiellement de la vengeance: un fils bâtard non reconnu par son sénateur pourri de père régnant sur la ville (le papa du pédophile givré du premier opus), la petite Nancy qui veut venger son sauveur Hartigan (Bruce Willis en fantôme torturé impeccable!), un privé manipulé par une femme fatale redoutable qui va s'adjoindre les services de Marv' pour régler ses comptes! Ça saigne, ça éparpille façon puzzle (il y a parfois du Audiard dans les dialogues), ça aime et hait passionnément... On nage en plein Pulp sous amphétamine! L'univers si décadent de Franck Miller est remarquablement rendu, en premier la ville elle-même qui garde ce côté sombre et attirant, au détour des ruelles desquelles tout destin peut basculer.

marv

Les personnages sont iconiques à mort et si on se laisse tenter par ce plaisir purement régressif, c'est un vrai bonheur! Au premier rang, c'est avec une certaine jubilation que l'on retrouve Marv', gladiateur des temps modernes, à la morale plus qu'étrange qui étripe à tout va pour ses amis. Mickey Rourke est une fois de plus impressionnant de présence et de charisme. J'aimerais pas le croiser dans la rue par temps de bruine mais qu'est-ce qu'il dépote dans ce film! Le sénateur Roark est un sommet de pure avidité et méchanceté, Powers Boothe (un acteur sous-employé à mes yeux) est terrible dans ce rôle de méchant ultime car oui, il est très très très très méchant! La palme revient tout de même à Eva Green qui campe LA femme fatale. On a guère fait mieux dans le genre à mes yeux et pourtant, je n'en attendais pas plus qu'une débauche de scènes torrides. Mais voilà, en plus de sa plastique avantageuse, elle tient son rôle magistralement et son jeu nuancé donne vraiment une épaisseur à son personnage que l'on devine avoir été humilié par les hommes dans le passé. De purs moments de séduction vraiment réussis et qui m'ont mis en émoi. Merci Eva! Il serait trop long de passer tous les acteurs en revue mais sachez que Josh Brolin est une fois de plus très bon ainsi que Joseph Gordon-Levitt, Rosario Dawson et Ray Liotta. Je reste par contre toujours imperméable au jeu et à la beauté de Jessica Alba que je trouve assez inexpressive. Il aurait pu la dégommer que ça ne m'aurait pas gêné!

eva green

Techniquement, on frise la perfection. Certes l'effet de surprise n'est plus au rendez-vous après la révélation que fut pour moi le premier film mais quelle maestria encore déballée ici! Plongé au centre de l'action, le spectateur en prend vraiment plein la tronche! Personnages, scènes d'action, musique, cadrages barrés... tout est là pour passer une excellente séance. Seul bémol, la 3D que j'ai trouvé inutile et qui m'a été imposée (plus de séance sans elle). J'ai même trouvé qu'elle dénaturait l'œuvre originelle de Miller. Pas trop grave tout de même, tant on est pris par la tempête audio-visuelle que Rodriguez semble avoir maîtrisé de bout en bout. Pour une fois que la censure bien pensante US n'a presque pas œuvré, il faut en profiter! Oui, ce film est violent, l'image de la femme n'est pas des plus reluisantes, pas de place pour la morale et les bons sentiments mais que diable, c'est un pur divertissement! Les ligues de vertu en tout genre devraient se concentrer sur les méfaits de la réalité plutôt que sur les œuvres d'art. Il me semble qu'une mini polémique est née aux USA...

leviit

Au final, on peut parler ici de spectacle total que tout amateur du genre doit d'avoir apprécié au cinéma tant sa vision sur un écran de télévision risque d'altérer son jusqu'au-boutisme et sa beauté mortifère. Un must!

Posté par Mr K à 19:13 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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