vendredi 11 mai 2012

"Le Cercle des huit" de Daniel Handler

cercleL'histoire: Que s'est-il passé ce soir mémorable d'Halloween ? Aujourd'hui, sur le parking des élèves, le corps d'Adam State a été retrouvé dans le coffre d'une voiture volée. Il avait disparu depuis presque une semaine. A vrai dire, le plus inquiétant n'est pas sa mort, mais la manière dont il est mort. Adam State a été tué au cours de ce qui s'apparente à un rituel satanique… Il ne s'agit pas d'un fait divers. Lisez le journal de Flannery, la narratrice de cette histoire, non pour le frisson macabre dont chacun d'entre nous raffole, mais pour la leçon capitale qu'il nous offre.

La critique Nelfesque: Je me suis lancée dans cette lecture en me plantant littéralement d'histoire. A la vue de la 4ème de couverture, je m'attendais à un thriller, voir un roman à suspens et finalement "Le Cercle des huit" n'est ni l'un ni l'autre. Un faux départ qui explique sans doute en partie mon avis assez mitigé en cours de lecture sur ce roman.

Daniel Handler a fait le choix du journal intime pour relater les faits. Nous sommes directement en contact avec Flan, narratrice et actrice principale de l'histoire, jeune lycéenne américaine de Terminale. Nous allons suivre son début d'année scolaire, faire la connaissance de ses amis, découvrir ses préoccupations...

Le ton est léger parfois, désinvolte souvent, la narration est particulière. Flan écrit comme elle parle et cela donne des phrases biscornues, des idées jetées pêle-mêle sur le papier et des concordances de temps assez fantaisistes. Le lecteur doit en prendre son partie, l'auteur (fictif) est une adolescente et ce roman séduira sans doute bien plus les ado que les adultes qui peuvent y voir des maladresses linguistiques et des préoccupations superficielles. Ce fut mon cas. J'aurai pu tout de même éprouver une tendresse particulière pour cette bande de lycéens, ou pour Flan elle-même, mais n'ayant pas été une adolescente semblable à ceux présentés ici, je ne m'y suis pas attachée et le choix du journal intime n'a pas fonctionné sur moi.

Pendant les 100 premières pages, je me suis demandée quel livre j'avais ouvert. Je n'étais pas du tout là où je pensais me trouver et "Adam State tué au cours de ce qui s'apparente à un rituel satanique", comme l'indique la 4ème de couverture, n'était toujours pas mort. A la page 350 non plus... J'ai compris par la suite que finalement ce roman est essentiellement la justification du meurtre et ce qui s'est passé avant. Qu'est ce qui a mené à ce drame? Qui a tué Adam? Flan, actuellement en prison, est-elle coupable? Qui sont ses amis et qu'ont-ils de satanique? 

J'ai donc eu beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire et, bien que souriant à certaines situations très "Skins" (une série anglaise dont je conseille vivement les deux premières saisons), je me suis souvent retrouvée perplexe devant ces lignes. Après avoir ramé pendant la moitié du roman, les 100 dernières pages m'ont donné une meilleure opinion de l'ensemble. Là où il n'y avait jusqu'alors que futilité, cours séchés, beuveries entre jeunes bourgeois, le roman a basculé dans une toute autre dimension. Le lecteur est alors mené par le bout du nez jusqu'au final. La scène de la soirée du meurtre est orgiaque, décadente et surréaliste. On bascule dans le glauque et une dimension psychologique fait son apparition. En 100 pages seulement Daniel Handler a justifié le fait que je me sois accrochée à ce roman pourtant maintes fois laissé de côté au cours de ma lecture. Il eut été dommage de ne pas aller jusqu'au bout. Il faut s'accrocher, c'est particulier, mais le final est étonnant.

L'autre point positif de ce roman est la critique de l'opinion publique, des spécialistes et des médias qui s'excitent autour de l'affaire et multiplient les interventions bien pensantes et moralisatrices. Autant de démonstrations de ce qui doit être fait et de ce qui ne le doit pas qui nous rappelle que l'adolescence est un moment difficile où les seules lois universelles sont celles de la loyauté et de l'amitié. Les adultes détourneront les propos de Flan et de ses amis, dissèqueront la moindre photographie à la recherche de preuves de mode de vie malsaine. Des déformations qui révoltent Flan et qui mettent en avant, page après page, sa psyché tourmentée.

"Le Cercle des huit" est donc au final une bonne surprise. Ce roman est plus intelligent qu'il n'y parait au premier abord. A lire donc pour la critique virulente de la morale bien pensante et des dérives de l'adolescence qu'il présente.  

Posté par Nelfe à 17:34 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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