mardi 13 septembre 2011

"Les Choses de la vie" de Paul Guimard

chosesL'histoire: Lorsque la traverse de la barrière du champ défonce la portière, elle atteint le conducteur au sommet du crâne qu'elle scalpe sans entamer les os. À l'instant du choc contre le pommier, le corps désarticulé est projeté à travers l'ouverture béante du pare-brise qui le lacère. Il frôle les basses branches de l'arbre, boule sur le sol en pente et ne s'arrête que loin de la voiture en flammes. 

Il ne s'est pas écoulé dix secondes depuis le moment où, sous le soleil mouillé, la MG roulant à 140 à l'heure a abordé le large virage du lieu-dit la Providence. 

La critique de Mr K: Aujourd'hui, un petit bijou d'intelligence et d'écriture. Là encore, le hasard d'une déambulation dans un rayon bouquiniste m'a mis en présence d'un authentique chef d'œuvre. C'est seulement plus tard, au moment d'entamer ma lecture que j'ai fait le lien avec le film de Claude Sautet que je n'ai jamais vu mais dont j'en avais entendu le plus grand bien. Quant à l'auteur, Paul Guimard, j'avais grandement apprécié en son temps L'Ironie du sort et le moins que je puisse dire c'est qu'avec Les Choses de la vie il confirme tout le bien que je pense de lui. 

Dans ce livre, un homme est victime d'un grave accident de la circulation. Entre la vie et la mort, nous suivons ses pensées, ses interrogations sur l'événement et ses conséquences: analyse de l'accident, l'attroupement des curieux, l'arrivée des premiers secours... On sait pertinemment comment l'histoire va se terminer et c'est justement ce qui émeut profondément le lecteur. On s'imagine à la place de ce moribond, on voit par ses yeux, on entend par ses oreilles et ses paroles font écho à ce qu'on pourrait se dire ou penser dans pareille situation. C'est rude de se retrouver dans le rôle d'un voyeur qui ne peut intervenir dans un destin tragique... 

Là où l'auteur enfonce le clou et a achevé de me charmer, c'est dans le fait que par moment, le narrateur-victime repense au passé, à ses amis, son travail mais surtout à sa femme. On plonge dans l'intimité du couple qui bat de l'aile, qui connaît des hauts et des bas et on se rend compte qu'entre malentendus et autres incompréhensions, un gigantesque quiproquo «post-mortem» se profile. Je l'avoue... avec les dernières lignes de l'ouvrage, l'auteur m'a littéralement cueilli! 

C'est peu de dire que j'ai apprécié cet ouvrage. Sa lecture est aisée, plaisante et très rapide: le style fluide de l'auteur y est pour beaucoup. Le caractère universel de cette histoire finalement classique et simple va rester longtemps gravée dans ma mémoire et rappeler que finalement nous ne sommes pas grand chose sur Terre et qu'une vie se doit d'être entièrement vécue et non subie tant le temps nous est compté. Une perle littéraire que je ne saurais trop vous recommander!

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samedi 9 octobre 2010

"L'ironie du sort" de Paul Guimard

ironieL'histoire: Nantes, le 11 septembre 1943, juste avant 23 heures. À proximité de la Kommandantur,  Antoine Desvrières est caché dans une porte cochère avec la mission d'abattre le "lieutenant Werner" qui est sur le point de terminer son enquête sur le réseau "Cornouaille".

Rue Monselet. Marie-Anne de Hauteclaire, fille du bâtonnier de Nantes, qui attend un enfant d'Antoine, est dans l'attente du résultat de cette action (dont elle ne connaît pas le détail).

Devant la Kommandantur, place Louis XVI. Le Feldgendarme Helmut Eidemann essaie de faire démarrer une camionnette pour la patrouille de 23 heures. Le lieutenant de Rompsay sort du bâtiment, reçoit le salut d'Helmut, descend vers le lieu de l’embuscade. Il pense à son métier, au passé de sa famille, à sa maîtresse française.

L'histoire peut commencer...

La critique de Mr K: Très bonne lecture que ce livre qui m'a été chaudement recommandé par un de mes collègues fervent admirateur de Guimard. Pour ma part, c'est ma première lecture de cet auteur et je pense que j'y retournerai bientôt tant son écriture et sa gestion de (des) intrigue(s) est prenante.

Ce livre ne raconte pas une histoire, mais plusieurs récits parallèles. Au centre, un acte fondateur: l'assassinat d'un officier allemand par un résistant. Selon sa réussite et son échec, les roues de l'histoire vont emprunter des rails différents. C'est justement là que réside l'ironie du sort, un choix, une réaction différente fait que notre vie prend telle ou telle direction. Livre "existentialiste" dans l'âme, le destin n'existe pas, nos vies ne sont que le résultat de nos choix. À partir de là, les personnages ont des destinées, des ressentis et des trajectoires bien différentes selon la réalisation ou non de l'acte fondateur suscité: résistant héroïque, collaborateur chevronné, mariage ou deuil, mort jeune ou vie bien remplie... Inutile de vous dire que j'ai pris un malin plaisir à passer d'un récit à un autre, examinant les changements intervenus dans la vie des personnages.

Le tout est écrit dans une langue accessible, pleine de subtilité et à la précision extrême. Point trop de description, ce qu'il faut pour que l'esprit du lecteur puisse imaginer les lieux et les personnes, des scènes haletantes (notamment les deux scènes de l'acte -réussi ou non-). Et puis, une sensibilité à fleur de page que l'on retrouve à chaque détour de phrase, de paragraphe. En voici, un petit exemple: En amour on n'est pas du soir et du matin. Marie-Anne était du soir. Jean, au contraire, toujours éveillé par les premières pâleurs de l'aube, résistait mal au désir d'arracher à la nuit ce peloton de chair tendre et étroitement inscrit dans les courbes de son propre corps. Marie-Anne dormait incrustée dans Jean. Les mouvements nocturnes les désunissaient parfois, l'espace d'un instant, mais Marie-Anne, du plus profond de son inconscience, accomplissait les gestes qui les ressoudaient au corps de son homme aussi parfaitement qu'une cire prend l'empreinte d'un moule; elle épousait Jean dans le vrai sens du mot. Elle n'était jamais aussi belle que dans le sommeil. Toute en courbes, en lignes flexibles, en replis imprévus, le visage brouillé par ses cheveux épars, elle semblait composée par un maître de ballet génial, tableau vivant de l'apaisement, danseuse immobilisée au comble de sa grâce, vulnérable, divine. Jean la découvrait furtivement tout en se jurant de respecter cette harmonie fragile mais bientôt, des draps écartés montait l'odeur de Marie-Anne endormie, ce miel, ce myrte, cette rose d'Ispahan que les plus anciens poètes ont respirés dans le parfum matinal des corps de leurs maîtresses.

Ce livre se déguste d'une traite et sous son apparence de récit simple (quoique multiple!) se cache une belle réflexion sur la liberté et la condition humaine. Une lecture que je conseille fortement.

Posté par Mr K à 19:14 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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