jeudi 24 mars 2016

"The Revenant" de Alejandro González Iñárritu

the revenant afficheL'histoire : Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.

La critique Nelfesque : "The Revenant" n'est pas une nouveauté puisqu'il est sorti en salle il y a tout pile un mois. On en a beaucoup entendu parler, avant la diffusion du film au cinéma, au moment de la sortie et depuis. Le phénomène Oscars est aussi passé par là puisque tout le monde attendait Di Caprio en grand vainqueur de celui du meilleur acteur. Il l'a décroché haut la main et le moins que l'on puisse dire c'est qu'ici il l'a amplement mérité.

J'attendais la sortie de ce film. Je ne me suis pas laissée avoir par la promo, j'avais seulement vu la bande annonce et ne cherchais pas à en voir davantage. Je suis donc restée loin des critiques et des articles de presse vantant le génie de ce long métrage. Force est de constater que la grosse claque, je me la suis prise comme tout le monde ! Les plus de 2h30 du film passent à la vitesse de la lumière. Les acteurs prennent les spectateurs dans leurs filets et le réalisateur propose ici un film de toute beauté et incroyablement vivant.

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On ne peut pas parler de "The Revenant" sans évoquer la prestation de Leonardo Di Caprio tant il crève l'écran ici. Dire que c'est son meilleur rôle serait réducteur au regard de ses précédentes prestations dans d'autres longs métrages forts intéressants (ne serait ce que l'un de ses premiers, "Gilbert Grape", dans lequel il interprète le petit frère de Johnny Depp, souffrant de troubles mentaux). Ici Leo est plus mûr et sans doute plus habité. Mû par une vengeance viscérale, il va combattre la mort, combattre les éléments, survivre et mettre tout en oeuvre pour retrouver l'assassin de son fils.

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Le spectateur est heurté à plusieurs reprises par la violence du quotidien dans cette Amérique sauvage et glacée. Les villages indiens détruits et les hommes massacrés, la menace face aux animaux sauvages (la scène avec l'ours est une des plus effroyables et réalistes que j'ai pu voir au cinéma jusqu'alors), la nature déchaînée et menaçante, la noirceur des individus entre eux... Une vie d'effort, d'aventure et de dépassement pour ces trappeurs au milieu de paysages somptueux. "The Revenant" est aussi une ode aux grands espaces, à l'Amerique reculée faite de forêts, de rivières et de montagnes escarpées.

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L'histoire est effroyable, la nature est hostile et le réalisateur, Alejandro González Iñárritu, transcende ses acteurs en leur offrant des rôles intenses et sur mesure. On a beaucoup parlé de Leo mais, bien que très présent à l'écran, il n'est pas le seul à donner de sa personne. Tom Hardy, dans le rôle de John Fitzgerald, est un "méchant" que l'on aime haïr. Personnellement, j'ai adoré ce personnage. Il est moins viscéral que celui de Di Caprio mais il est loin d'être dénué d'intérêt. Trappeur solitaire, il n'a en tête que d'arriver à sauver ses peaux pour lesquelles il a fourni beaucoup d'efforts et qui lui rapporteront beaucoup d'argent. Pour sauver la sienne et récupérer son dû, il est prêt à tous les sacrifices et à toutes les bassesses. C'est sans doute le personnage le plus humain de ce long métrage, dans tout ce qu'il a de plus vil et d'égoïste. Un pragmatisme qui fait froid dans le dos et que nous côtoyons pourtant tous les jours. Tom Hardy était d'ailleurs nommé pour l'Oscar du meilleur second rôle et ce n'était pas pour rien...

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"The Revenant" est un film qui prend aux tripes, qui va chercher le spectateur au fond de son siège et l'attire dans des contrées froides et menaçantes. On se laisse porter par la beauté des images, par la pureté de la nature qui contraste ici avec l'horreur humaine. 2h30 de purs moments de cinéma entre frissons, éblouissements et émotions dans un long métrage jusqu'au-boutiste qui ne sacrifie ni ses acteurs, ni son propos, ni sa beauté, ni son réalisme. Un film maîtrisé de bout en bout et à l'intensité rare. Superbe !

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La critique de Mr K : Deuxième grosse claque cinématographique de l'année avec le dernier film d'Alejandro González Iñárritu, multi récompensé fort justement lors de la dernière cérémonie des Oscars. Il nous tardait vraiment d'aller le voir avec Nelfe depuis la sortie de la bande annonce qui nous faisait sérieusement saliver, promettant de superbes images sous fond d'histoire de vengeance. Le réalisateur a comblé toutes mes attentes et même encore plus... Suivez le guide et ceci sans spoilers!

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Inspiré d'un fait réel, l'histoire est terrifiante. Hugh Glass est éclaireur pour le compte d'un petit groupe de trappeurs liés à l'armée. Suite à une attaque indienne (ils recherchent une femme de leur clan qui a été enlevée), ils doivent partir dans la précipitation pour rentrer à leur fort sous la menace de la troupe indienne qui les suit. Glass est abandonné pour mort par ses compagnons d'infortune suite à une rencontre malheureuse avec une ourse vindicative. Commence alors le lent retour vers la civilisation du personnage de Di Caprio entre rémanence du passé, douleur physique, rigueur climatique et soif de vengeance insatiable. Nous suivons alternativement son parcours mais aussi celui de ceux qui l'ont abandonné entre rebondissements nombreux et plans larges sur le nord de l'Amérique plongé sous la neige et le vent.

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Les 2h36 du métrage passent à une vitesse folle. C'est l'apanage des grands films longs qui ne le paraissent finalement pas. Bien que plutôt lent, le rythme est prenant, le réalisateur passant de phases contemplatives planantes à souhait à des scènes d'action chocs et efficaces. Comme les péripéties sont nombreuses et la tension permanente, je vous laisse imaginer le résultat. Il y aurait trop de scènes à dévoiler pour en faire le tour mais la maestria du maître González Iñárritu s'exprime parfaitement avec notamment la scène avec l'ourse où l'on a vraiment l'impression que cette dernière va nous sauter dessus (et sans 3D!), la course-poursuite à cheval avec la chute surprise (j'avoue j'ai flippé!), l'attaque des indiens sur le campement des trappeurs, la tempête de neige, la scène de l'avalanche... Il y a trop de moments de bravoure pour tous les évoquer. Mais sachez que l'immersion est totale, qu'on caille vraiment durant tout le métrage et que les nerfs sont mis à rude épreuve.

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Il y a aussi l'aspect initiatique du film qui transpire de chaque plan, chaque scène. L'existence humaine est changeante et imprévisible, l'histoire de Glass en est la parfaite illustration. Bien qu'il ait payé un lourd tribut au destin, ce dernier le rattrape pour le frapper encore une fois. Le film devient une mine d'inspiration à partir de cet énième coup du sort: Comment survivre à la perte d'un être cher? La vengeance apporte-t-elle la sérénité à l'être torturé par la douleur? Profondément viscérale, l'expérience est assez unique et extrême. On pénètre vraiment dans l'esprit du héros brisé, on subit les affres de la douleur physique (beaucoup de scène crues et réalistes dans le film) et des errances mentales avec une rare intensité et c'est complètement rincé qu'on ressort de la salle.

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Les acteurs sont tous très bons avec deux antagonistes remarquablement interprétés par deux acteurs vraiment au sommet de leur art. Tout d'abord Di Caprio qui explose l'écran et impose son charisme avec brio. Son personnage est un savant mélange d'homme en peine, fort et sensible à la fois. Je n'oublierai jamais ses longs regards humides et tristes qu'il lance vers la résolution du métrage et qui imprègnent encore mon esprit à l'heure où j'écris ces lignes. Il mérite largement son Oscar et le confirme dans la catégorie des meilleurs acteurs en activité. Vraiment, il est bluffant. Pour lui donner la réplique, on retrouve Tom Hardy (Max dans le dernier film de George Miller tout de même!) qui plante un personnage de salopard magnifique, tout en nuance et en gradation. Chacun dans ce film a sa part d'ombre, loin du manichéisme outrancier dont sont coutumières les grandes productions made in USA. Chacun ses faiblesses, ses erreurs et après, sa nécessaire confrontation avec lui-même. C'est très réussi à ce niveau là aussi et les personnages sont ici poussés dans leurs retranchements les plus intimes, exposés à nu devant les yeux émerveillés du spectateur pris en otage.

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Le film est donc un bonheur de tous les instants: les moments crus très réalistes procurent des frissons et révèlent des conditions de vie et des mœurs que l'on avait oublié, c'est une époque rude et violente que l'on prend en pleine face dans cette œuvre épique et grandiose qui marque durablement le spectateur. Le titre de meilleur film de l'année se joue pour moi entre celui-ci et Knight of cup. Nous verrons les sorties à venir mais le niveau est ici très haut. À voir absolument au cinéma!