dimanche 28 février 2016

"Salammbô" de Gustave Flaubert et Philippe Druillet

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L'histoire : Il fallut mille ans pour construire l'Empire de l'étoile et mille ans furent nécessaires pour le détruire en ces temps de la fin. Seule la planète-mère, centre de l'étoile, coupée de l'empire respirait encore dans des flots de sang. À Carthage devenue République vivait Salammbô, beauté façonnée par les dieux, gardienne du voile sacré de Tanit. Carthage, perle écarlate du monde de l'étoile, et Salammbô sa vierge sacrée. Les textes disent que le glaive brûlant qui consuma la cité et dévasta l'empire vint du ciel par l'homme aux yeux de feu qui recouvrit le monde de l'étoile d'un océan de sang. Et la vierge divine succomba. Car c'était le temps où les barbares conquérants firent tomber les dieux de leurs piédestals. La fin de l'empire… mille années, océan du temps… Écoutez… Écoutez au loin monter vers nous le sourd grondement des armées en marche que rien ne pourra plus arrêter. Ô dieux, entendez notre plainte !

La critique de Mr K : Monstrueuse claque que cet album initié par Druillet suite à une discussion à priori anodine avec le rédacteur-chef de l'époque de Rock and folk: transposer l'action du Salaambô de Flaubert dans un futur lointain. Pari réussi haut la main, tant cette intégrale procure jubilation de chaque instant dans le choc continu entre texte originel et dessins hors norme du maître. Pour précision, j'ai lu lors de mon cursus littéraire l’œuvre originelle qui m'avait bien plu mais dont le temps malheureusement avait quelque peu effacé le souvenir, la piqûre de rappel fut donc salutaire et a permis de redécouvrir un classique à la langue si moderne et dont le fond est toujours d'actualité.

Carthage a vaincu mais elle se retrouve avec des alliés bien encombrants sur les bras. Elle les renvoie en dehors des murailles en leur promettant richesses et remerciements pour leur engagement à ses côtés. Bien évidemment rien ne se passe comme prévu surtout qu'un chef mercenaire se permet de voler l'objet sacré confié à la vierge et divine Salammbô, grande prêtresse protectrice de la cité. Se mêle à cette intrigue générale, l'attrait irrépressible qu'attise la belle vestale bien malgré elle sur un chef barbare, Mathô (réincarnation de Lone Sloane, héros récurrent de Druillet). Tout cela ne peut que finir mal et encore… vous êtes en dessous de la réalité.

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Malgré l'explosion de couleurs et de détails chère à Druillet, l'ensemble garde la cohérence du roman d'origine. On retrouve donc tous les éléments qui ont fait de Salammbô un classique qui résonne encore aussi talentueusement aujourd'hui: les deux anciens alliés qui se retrouvent ennemis, le destin contrarié de deux êtres perdus dans un combat qui les dépasse et qui va les pousser à leur perte (légère différence dans la version Druillet, c'est Lone Sloane tout de même!), la cruauté et l'injustice de la guerre, la religion aussi porteuse d'espoir que d'extrémisme, les femmes exploitées et victimes de l'incurie des hommes et des dieux. Toutes ces thématiques sont transcendées ici par une forme incroyable au service d'un récit qui n'a rien perdu de sa force immersive et de sa puissance narrative.

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Plus qu'une BD, cet ouvrage s'apparente quasiment à un livre d'art tant on a l'impression de feuilleter page après page un catalogue d'exposition composé de tableaux plus mirifiques les uns que les autres. Druillet est au sommet, dynamite les règles de son art et propose des images marquantes et totalement délirantes: statues et bâtiments cyclopéens, scènes de bataille dantesque (dont se sont sans doute inspirés les auteurs des Chroniques de la Lune noire), expérience mystique virant au psychédélisme (je suis fan!), décors et paysages sublimes et une Salammbô belle à se damner! Contrairement à beaucoup de BD, celle-ci se digère lentement, le lecteur se prenant à rester admirer le travail de l'artiste plusieurs minutes tant les détails et références pullulent et donnent une densité incroyable à l’ensemble. Quelle beauté! Quelle maestria!

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On ressort ébloui par cette expérience totale qui nous conduit très loin dans notre imaginaire et comble toutes les attentes de l'amateur de SF et de classiques littéraires que je suis. La relecture de Salammbô est brillante car subtile et bien menée, les éléments nouveaux s'imbriquant parfaitement aux anciens et permettant une translation efficace et respectueuse dans un univers SF. À lire absolument!

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dimanche 7 février 2016

"Soucoupes" de Obion et Arnaud Le Gouëfflec

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L'histoire : La Terre est ronde, mais la vie est plate…

La critique de Mr K : Un paquet bien particulier m'attendait sous le sapin de Noël, celui contenant le cadeau de belle-maman! Là où beaucoup se seraient protégé avec un bouclier du RAID ou une combinaison ignifugée, j'y allai sereinement (quel courage!) connaissant la propension de Nelfe à glisser de bonnes idées à sa génitrice pour de telles occasions. Quelle ne fut pas ma joie en découvrant la BD Soucoupes d'Obion et Le Gouëfflec (album BD coup de coeur du public aux Utopiales 2015), deux auteurs que j'ai adoré à travers leur précédent ouvrage commun Villebrequin. Ils font coup double avec ici un récit SF teinté de mélancolie et de remise en question de la condition humaine. Un petit bonheur que je vais de suite partager avec vous.

Christian vend des disques (surtout des vinyles, on a des principes ou pas!) dans une petite boutique. Râleur devant l'Éternel, marié mais plus amoureux, il a une jeune maîtresse ardente mais cela n'empêche pas le spleen et le vide de l'envahir. Il éprouve la sensation fort désagréable que sa vie lui échappe, qu'il ne contrôle plus grand chose et ce n'est pas l'irruption de soucoupes tout autour de la Terre qui vont le perturber! Du moins dans un premier temps!

Ces habitants du cosmos à l'aspect proche de Robby le robot du cultissime Planète interdite (sorti en 1956 avec Leslie Nielsen jeune!) ne semblent pas nous vouloir de mal et leurs représentants se baladent sur Terre pour étudier nos us et coutumes. Christian va en rencontrer un. La méfiance va laisser la place à l'indifférence puis à un début de réel contact et échange. Sa vie va en être bouleversée à jamais.

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Sous son aspect plutôt classique en terme de caractérisation du personnage principal et du background se cache un récit drôlement malin qui lorgne vers l'introspection et le questionnements sur le sens que l'on peut donner à sa vie. Christian est perdu, sa vie est fade, nulle étreinte ne peut le sortir de sa solitude et c'est finalement au contact d'un être venu d'ailleurs qu'il va se révéler à lui même quitte à mettre à sac sa vie personnelle. Cela donne lieu à de très beaux moments notamment au musée avec l'entrée dans le tableau, cette quête vers un bonheur qui serait durable et épanouissant. J'ai aussi beaucoup aimé son évolution par rapport aux personnages secondaires, de nature plus fléchée et sans réelle surprise, elle crée cependant les conditions idéales pour dérouter le lecteur avant l'acte final qui va pour le coup très très loin au sens propre comme au sens figuré et qui en surprendra plus d'un par son caractère savoureux et quelque peu extrême.

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Le dessin d'Obion se fait ici différent de l'album pré-cité. Adieu le noir et blanc, bonjour aux couleurs chatoyantes qui englobent personnages et décors, dégageant une chaleur éclairante sur les rapports humains et même inter-espèces. Il est beaucoup question d'art et de sa fonction cathartique dans cet ouvrage et le dessin d'Obion magnifie le propos et transporte le lecteur dans une uchronie pleine d'humanisme, de sensibilité et de poésie.

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Drôle de sensation pour un album à part qui se lit et s'admire avec délice. Tout amateur du genre perdrait beaucoup à ne pas suivre la quête de sens de Christian. Tenez-le vous pour dit!

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mardi 15 septembre 2015

"Le Prince de la nuit : La Première mort" de Swolfs

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L'histoire: On l'appelle le Prince de la nuit. Vampire, créature nocturne et immortelle se nourrissant du sang de ses victimes, il inspire la crainte et l'obsession de la famille de Rougemont qui le combattra à travers les âges. Mais qui est véritablement Vladimir Kergan ? Né par une nuit de pleine lune d'une mère qui mourut en lui donnant la vie, il est l'héritier d'un chef de clan du peuple Dace à l'ambition démesurée qui n'hésite pas à défier les toutes puissantes légions romaines. Ce tempérament de feu nourrit la jalousie des membres de sa propre famille ; aussi les devins le prédisent : Kergan le malvenu est prédestiné à être maudit, quoi qu'il arrive. Condamné à être trahi par les siens, il deviendra prêt à tout pour se venger, quitte à pactiser avec le Mal en personne.

La critique de Mr K: Je suis un grand fan de BD fantastique et SF mais j'ai peu de séries entières à la maison trouvant le genre bien trop cher. C'est pourquoi régulièrement, je m'achète des volumes de récits complets en un volume. Ce n'est pas le cas de la série Le Prince de la nuit de Swolfs que j'ai en intégralité dans ma belle armoire à BD.

J'adore cette série qui met au prise Vincent Rougemont avec Vladimir Kergan, un vampire pluriséculaire contre lequel la famille Rougemont est en guerre depuis des générations. Mélange savant de fantastique classique, d'histoire familiale et d'érotisme, il avait trouvé un écho très favorable auprès de moi et d'ailleurs je la relisais régulièrement, frappé par le trait précis et réaliste de l'auteur. Vous imaginez ma joie quand j'ai appris (un peu à la bourre d'ailleurs...) que l'auteur remettait le couvert avec ce volume, La Première mort, consacré aux origines de Kergan et qui à priori n'est qu'un prélude à une éventuelle suite. La déception fut grande, à la hauteur en fait des attentes suscitées.

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C'est la faute avant tout à un scénario indigent (et je pèse mes mots!). Nulle surprise tout au long des 48 planches qui composent ce volume. L'auteur enfile les clichés comme d'autres les perles: le fils aîné héritier d'un chef barbare va se voir déshérité par l'entremise de sa belle mère inique et de son demi-frère souffreteux. On a lu cette histoire un nombre incroyable de fois et l'on peut dire qu'ici on est servi. Le manichéisme est poussé à l'extrême dans l'entourage de Kergan: sa promise est innocente comme l'agneau face à un troupeau de loup, le père est dépassé par les événements et aveuglé par le désir qu'il éprouve pour sa deuxième femme, les hommes de main sont soit fidèles jusqu'à la mort ou traîtres sans scrupules… bref, on nage en pleine caricature avec même pas un brin d'humour pour contrecarrer ce goût de trop plein et d'absence totale de finesse. Je vous l'accorde la série originelle ne se distinguait ni par son humour ni par son originalité mais il flottait dessus un doux parfum de subversion qui ici est absent à mes yeux.

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Reste cependant quelques passages intéressants voir tripant comme la vampirisation du héros principal, passage bien rendu entre pulsion sanguine et rêve éveillé. De manière générale, Vladimir se débat avec le scénario cousu de fil blanc mais a de beaux restes quand on le compare à ce qu'il est devenu par la suite. Jeune homme colérique, on retrouve les traits de caractères qui le rendent si fascinant dans la série originel: son goût pour le pouvoir et pour le commandement, sa beaugossitude (quel poseur ce Vladimir tout de même!) et son charisme inchangé. On se raccroche à lui comme à une planche de salut tant le reste accumule les poncifs du genre.

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Beaucoup moins bavard aussi, cet épisode se contente d'aligner dessins sublimes sur dessins sublimes. Et oui, on retrouve tout le talent de Swolfs dans ce domaine et dieu sait qu'il est doué. Paysages grandioses, personnages réalistes à souhait avec un goût certain pour les femmes girondes et attirantes (bel exemple du machisme ambiant présent dans nombre de BD de genre soit dit au passage), cette BD est un régal pour les yeux mais pas pour l'intellect. Dialogues creux et courts, aucun texte de description ou peu. La forme est magnifique, le fond absent et désespérant. Au fil de ma lecture, ce sentiment de malaise n'a fait que s'accentuer se muant peu à peu en colère envers un auteur auparavant adoré et admiré. Une ultime pirouette finale laisse à penser qu'on est au début d'un nouveau cycle. Il se fera sans doute sans moi...

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jeudi 26 février 2015

"Lorna : Heaven is here" de Brüno

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L'histoire: C'est la fin d'un monde, Brad... La fin du monde pénien, arrogant et méprisant pour l'espèce humaine.

La critique de Mr K: Autre chronique aujourd'hui d'une BD offerte à mon anniversaire par de vieux copains. Vous êtes les meilleurs! Il s'agit de ma toute première fois avec Brüno, un auteur que je connaissais de nom mais que je n'avais jamais pratiqué. On commence donc très fort avec cette BD lorgnant vers le Z assumé et puissant, un mélange détonant de SF, horreur et érotisme que n'auraient pas boudés Roger Corman et Russ Meyer.

Tout commence dans le désert d'Arizona où un frère et une sœur se disputent à propos de tout et n'importe quoi. Il faut dire que la chaleur est écrasante et que leur voiture est tombée en panne au milieu de nul part! Un étranger se présentent à eux et va littéralement les massacrer! Il s'avère être un mutant mi-homme mi-araignée! Fin du prologue, on se retrouve plongé dans les laboratoires d'une grande firme pharmaceutique où l'on fait des recherches sur une pilule miracle permettant aux hommes frustrés de développer de manière très rapide leur pénis! Une mise en rayon plus tard accompagnée d'une trahison, va faire basculer l'histoire qui verra tour à tour des hommes succomber à cause d'une ingestion massive du dit médicament, un homme mutant en plein road-trip massacrer un certain nombre de malheureux quidam, une femme géante se balader en ville, deux frères amateurs de weed rencontrer Gaïa la déesse mère et j'en passe!

Vous l'avez compris, on nage dans le délire le plus total. On se rapproche de l'esprit Grindhouse des origines plutôt bien repris par Tarantino et Rodriguez sur des films comme le premier Machete ou encore Planet Terror. On y retrouve donc tous les ingrédients qui font la réussite de ces séries B: une violence larvée, des sentiments forts qui prennent le dessus sur la raison (la jalousie par exemple du jeune premier amoureux d'une actrice porno non fidèle -sic-), des punchlines comme s'il en pleuvait (phrases fortes énoncées avec une posture bien exagérée), de la baston et de l'action débridée (pas trop dans ce volume si ce n'est le combat titanesque entre deux géants et les meurtres bien gores du mutant). On verse ici aussi dans le Z le plus pur avec des planches carrément érotiques très explicites (pour public averti je confirme!) avec une immersion dans le monde du porno non dénié d'intérêt. On ne s'ennuie donc jamais tant les rebondissements sont nombreux et les thèmes abordés aussi différents que variés.

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Ainsi il est question d'une exploration extra-terrestre de notre Terre (ils ne vont pas être déçus!), des méthodes peu recommandables de l'industrie pharmaceutique (plutôt glaçant avec son lot d'expérimentations et de passe-droit sur les marchés), de l'univers tordu et déviant des maisons de production pornographique (les scènes avec le producteur sont très réussies), de la récupération d'inventions par l'armée pour en faire des armes efficaces... autant de thématiques (et d'autres encore) qui sortent ce volume du simple Pulp de seconde zone et le font rentrer dans la cours des grands où l'action et le déballage d'effets ne se font pas au détriment d'une réflexion et du plaisir de ne pas être pris pour des imbéciles.

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Les dessins de Brüno sont très particuliers. Les avis divergent beaucoup à son propos sur la blogosphère. Personnellement, j'ai adoré ce trait fin mais si précis pour caractériser une émotion ou une action. Pas besoin d'en faire beaucoup et de surcharger les cases et planches pour transmettre un message et développer un récit. Simplicité ne veut pas dire ici vacuité, les personnages sont étonnamment "vivants" et réalistes malgré l'aspect peu figuratif de l'entreprise. Rajoutez à cela une trichromie (jaune / noir / blanc) pour accentuer l'ambiance bien barrée de l'ensemble et vous obtenez une BD très particulière, unique en son genre et très réussie. Malgré son côté clownesque, le scénario se tient bien de bout en bout, la fin vient nous cueillir assez abruptement et sans trahison, on est dans une logique implacable. Seul défaut de l'ensemble, ça se lit trop vite et on aurait bien continué le voyage plus longtemps! Au moins, pas besoin d'acheter 36 000 tomes pour avoir le mot de la fin, pas de projet mercantile ici, juste l'envie de raconter une histoire bien perchée et ludique à souhait.

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Très bonne lecture que cet ouvrage de Brüno que je vais continuer à suivre. Merci les copains pour ce bien beau cadeau, ne changez rien vous êtes parfaits. Quant à vous chers lecteurs, je ne peux qu'encourager ceux d'entre vous qui sont amateurs de bons délires multi-formes de tenter l'expérience tant elle m'a séduite!

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mardi 3 février 2015

"Les Cauchemars de Lovecraft : L'Appel de Cthulhu et autres récits de terreur" de Horacio Lalia

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L'histoire: Il n'existe aucun langage pour décrire d'aussi atroces contradictions des lois les plus élémentaires de la force et de l'ordre cosmique.
Ce ne fut, peut-être, qu'un effet de l'imagination ou un phénomène d'écho, mais un des hommes que j'ai pu interroger me confia qu'il avait entendu un faible battement de grandes ailes, entrevu des yeux luisants ainsi qu'une énorme forme blanche, derrière les arbres les plus lointains.

La critique de Mr K: Nouvelle chronique d'un cadeau d'anniversaire aujourd'hui avec le présent que m'a fait mon plus vieux pote. Il s'agit d'une adaptation BD d'une série de texte de Lovecraft, un de mes auteurs fétiches dans le domaine du fantastique. Les Cauchemars de Lovecraft présente ainsi 18 récits mis en image de fort belle manière par Horacio Lalia, dessinateur argentin que je ne connaissais pas auparavant et qui désormais aura une place à part dans mon panthéon personnel. Cet ouvrage révèle un talent assez exceptionnel au niveau du dessin pur et dur ainsi qu'un sens aigu, précis, efficace et respectueux de l'adaptation.

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(clic sur les planches pour voir en plus grand)

L'univers de Lovecraft est vraiment particulier. Il a crée de toute pièce une mythologie entière constituée de monstres antédiluvien (les grands anciens dont le plus connu est Cthulhu) qui ont régné sur notre monde et n'attendent que de revenir sur Terre. On retrouve toujours au centre de ses histoires un groupe de personnes ou un personnage retiré(s) du monde qui compulse(nt) fiévreusement un des livres interdits inventés eux aussi de toute pièce par Lovecraft (le plus connu est le Nécronomicon) et cherche à nouer le contact avec les entités des mondes inférieurs. On navigue constamment entre délire paranoïaque, folie, satanisme, rituels ésotériques et l'horreur la plus indicible qui soit.

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Le présent ouvrage m'a permis de redécouvrir certains classiques du maître comme L'Appel de Cthulhu (un de ses textes les plus célèbres), Je suis d'ailleurs (relu en fin d'année dernière dans un recueil de nouvelles fantastiques), La Couleur tombée du ciel (un des plus angoissants) ou encore L'Abomination de Dunwich (un de mes récits préférés avec Dagon). J'ai aussi découvert quelques textes plus méconnus comme Le Molosse, Le Trou des sorcières ou encore Le Festival. Le résultat est le même quoiqu'il en soit, on frémit beaucoup et on ne peut qu'admirer le talent déployé par Lalia qui retranscrit à merveille l'univers et les personnages torturés de Lovecraft.

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Tour à tour vous entendrez des bruits suspects et terrifiants dans les murs, vous assisterez au réveil de grands anciens, suivrez la folie communicative de chercheurs mis au ban de l'université, explorerez des mondes parallèles au notre, plongerez dans les abîmes de la terre et bien plus encore. Le quotidien devient inquiétant, les lieux encore plus avec des illustrations bien gothiques de forêts, cimetières et autres universités. Même la ville deviendrait inquiétante au détour de la nouvelle Air froid, la ville qui est rarement le décor premier auquel on pense dans le genre. Vous n'échapperez pas pour autant aux cabanes isolées au fond des bois ou l'inévitable grande maison bourgeoise hantée! Les ambiances sont remarquablement traduites par un auteur manifestement amoureux du matériau originel et très soucieux de coller au maximum au plaisir de lecteur qu'il a du ressentir.

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C'est d'ailleurs une BD qui se regarde et se lit beaucoup. Les textes de Lovecraft envahissent largement les planches et contribuent à distiller la peur et l'étrange au détour de toutes les cases. Ainsi le côté littéraire (voir pompeux pour ses détracteurs) de Lovecraft est respecté et l'immersion est totale. Les dessins sont ultra-réalistes et très fournis en détails, idéal pour l'entreprise menée. La lente déstructuration des personnages et leur chute dans la folie sont très bien rendues, les passages plus fantastiques sont traités pas forcément de manière frontale, laissant l'imagination du lecteur faire le reste. Je trouve ce parti pris particulièrement judicieux quand on se frotte au fantastique, il est bon de laisser son esprit vagabonder entre mots / images de l'auteur et vision personnelle fantasmée. Rajoutez à cela que cette œuvre est admirablement reliée et éditée, vous obtenez en plus un très bel objet qui ornera fièrement votre Bdthèque.

Que dire de plus, si ce n'est que cet ouvrage est à mes yeux à classer dans les indispensables, que tous les amateurs du genre se doivent d'avoir au moins parcouru une fois. Très très beau cadeau en tout cas vers lequel je reviendrai régulièrement pour me procurer quelques frissons et angoisses supplémentaires. Un must parmi les must!

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vendredi 25 juillet 2014

"Légende et réalité de Casque d'or" d'Annie Goetzinger

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L'histoire: Biopic littéraire et dessiné autour de la figure populaire d'Amélie Élie.

La critique de Mr K: Ceux qui suivent régulièrement notre blog savent que je voue une admiration sans borne à Annie Goetzinger qui aborde avec talent et finesse chaque sujet qu'elle touche. Elle n'a pas son pareil pour allier destin intimiste et évocation réaliste et rigoureuse d'une période historique, dans La Diva et le Kriegspiel il s'agissait de la seconde guerre mondiale et dans La Demoiselle de la Légion d'honneur l'auteur revenait sur la décolonisation. Ici, dans Légende et réalité de Casque d'Or, elle nous convie dans le Paris populaire de la Belle Époque du début du siècle dernier.

Il est ici question d'amour, de crime organisé et de luttes d'influence dans le milieu criminel de l'époque. Casque d'or est le surnom d'une jeune prostituée de l'époque, Amélie Élie, qui va quasiment provoquer une lutte entre deux bandes rivales dont les chefs respectifs sont fortement épris de la belle. Passion et déraison se conjuguent donc de manière fatale dans ce récit tiré de l'histoire vraie d'Amélie Élie avec quelques éléments romanesques rajoutés pour optimiser le rythme du récit.

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Cette BD est une vraie réussite. Tout d'abord, elle est d'un réalisme assez bluffant. Goetzinger retranscrit à merveille l'univers des malfrats de l'époque avec leurs tenues, leurs schémas de pensée (on est loin des gangs d'aujourd'hui), leur manière de parler est très bien retranscrite et l'on se retrouve plonger en apnée dans cette univers de misère et de violence. Des passages sont assez corsés, l'auteur ne nous épargnant pas, voulant par là même respecter le point de vue naturaliste qu'elle a voulu adopter. Au milieu de tous ces événements et influences malsaines, l'héroïne tente de surnager et de s'extraire de sa condition sans réelle réussite tant la société est sclérosée sur ses principes de l'époque et qu'il est difficile d'échapper à sa classe sociale (si sa vie vous intéresse de nombreux articles forts intéressants lui sont consacrés sur le net). À travers diverses péripéties, il nous est aussi permis d'appréhender le fonctionnement et le comportement de la police et de la justice de l'époque, des institutions religieuses et de manière générale la vie du petit peuple de Paris.

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Bon voyage que cette lecture même si le sujet n'est pas des plus gais. Les dessins et les planches se suivent avec bonheur entre réalisme et quelques passages plus poétiques. On retrouve les traits vifs et fins d'Annie Goetzinger qui en plus, signe les textes et le scénario. Rien à redire, bien au contraire, cette découverte fut intense et addictive à souhait, je l'ai parcouru d'une seule traite entre intérêt et surprises successives réservées par la trame. Le récit est puissant, évocateur et l'on comprend mieux pourquoi cette affaire Amélie Élie a marqué les consciences de l'époque et fait les choux gras de la presse de l'époque. La vie de certaines personnes s'apparentent vraiment parfois à un roman et Casque d'or en fait partie.

Je ne peux donc que vous recommander cette BD et de mon côté il ne me reste plus qu'à voir le film homonyme de Jacques Becker avec Simone Signoret, métrage qui paraît-il, est une œuvre maîtresse du cinéma français. Wait and see!

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jeudi 24 avril 2014

"Les Passagers du vent" Intégrale de François Bourgeon

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L'histoire : A bord du "foudroyant", un navire français de 74 canons et de 775 hommes d'équipages...
La fille sous la dunette, révoltée, farouche... entêtée parfois. Isa a bien besoin de toute cette énergie pour porter un secret un peu trop lourd pour elle. Parce qu'il acceptera de partager ce secret, le jeune Hoel, matelot de haute paye, vivra le temps d'une rencontre, une aventure qui boulversera sa vie et son destin...
Les incidents, parfois mortels, se multiplieront et l'eau si puante, même coupée au vinaigre, laissera dans la bouche un goût épouvantable...

La critique de Mr K : Voilà une série qui me faisait de l'œil quasiment à chaque chinage. Malheureusement pour moi jusqu'ici, je ne trouvais qu'un tome par ci et un tome par là... Je reportai mon achat à chaque fois... Bien m'en a pris ! Lors d'une vente spéciale de BD chez l'abbé, je trouvai l'intégrale à un prix imbattable ! Dans ces cas là, le désir l'emporte sur la raison et j'adoptai d'un coup les cinq volumes de la série !

"Les Passagers du vents" est ce que l'on pourrait qualifier de BD romanesque historique. Il règne sur ces planches un souffle bien particulier, des bourrasques plutôt, qui emportent littéralement le lecteur quasiment conquis dès les premières pages par des personnages charismatiques aux destins contrariés et une réalité historique remarquable de fidélité et de magnétisme. Il ne m'a donc pas fallu beaucoup de temps pour accompagner Isabeau dans son périple rude et dépaysant.

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L'héroïne d'extraction noble a un secret qui expliquerait sa présence sur un navire en partance pour les tropiques. Isa (alias Isabeau) est assez étonnante tant son attitude et son comportement détonnent par rapport à l'image que l'on se fait de la femme de l'époque. Indépendante, tempétueuse, elle rivalise avec les garçons. Elle va justement faire la rencontre de l'un d'entre eux en la personne de Hoël, simple matelot de bord. Cette relation naissante ne va pas se faire sans mal et les obstacles se feront nombreux. Qu'en sera-t-il à la fin du voyage ? Autour d'eux gravitent toute une série de personnages plus ou moins recommandables qui vont forger leur destin et emmener les lecteurs, loin... très loin. Je reste volontairement flou sur les ficelles de l'intrigue principale pour vous laisser la découverte, sachez simplement que les rebondissements sont nombreux durant les cinq tomes et que Bourgeon n'hésite pas à tailler dans le vif pour mieux émouvoir ses lecteurs.

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Ce qu'il y a de proprement magique dans cette série, c'est la rencontre parfaitement réussie entre la petite et la grande histoire. Déjà qu'on est chaviré par la psychologie des personnages et toutes les péripéties qu'ils doivent affronter mais Bourgeon a un talent et un goût sûr en ce qui concerne la contextualisation du récit. Le XVIIIème siècle finissant est criant de réalisme et il nous immerge sans complexe et avec une réussite éclatante dans le domaine de la navigation au long cours de l'époque. Les dessins sont remplis de détails qui donnent à l'ensemble une cohérence et une force peu commune. Ainsi la vie de l'équipage (matelots de bases et gradés) est examinée à la loupe au détour de l'histoire principale, on assiste à une bataille navale dantesque, on croupit avec des prisonniers dans un ponton abandonné, on visite les camps négriers et les plantations... Ça m'a rappelé la bonne époque de la fac où j'avais suivi un module d'Histoire moderne sur les empires coloniaux européens à la même époque.

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Qui dit XVIIIème siècle dit aussi esclavage. Le sujet n'est qu'abordé dans les deux premiers tomes mais il est frontalement traité dans les trois derniers. Sans fioriture, dans un réalisme crû qui nous renvoie en pleine figure nos crimes passés, on est ici dans le documentaire légèrement romancé. Une belle réussite qui vaut tous les discours et imprécations moralisantes. Rajoutez là-dessus, un soupçon de notions de géostratégies commerciales de l'époque et vous obtenez un plaidoyer aussi implacable que finement mené.

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Toutes les qualités de Bourgeon s'expriment à plein dans cette série où il scénarise et dessine. Cela donne des planches absolument magnifiques où le réalisme ne fait pas reculer l'émotion et la subjectivité. La mise en mots est impeccable, accessible. L'histoire suit son cours emportant avec elle un lecteur fasciné par tant de talent déployé. On passe par de nombreux états et j'ai particulièrement aimé la fin qui est à la fois logique et ouverte.

Je vous invite très chaudement à découvrir cette œuvre pas tout à fait comme les autres, qui vous procurera à la fois du plaisir et de la réflexion. À bon entendeur !

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mardi 28 mai 2013

"Le Bricolage" selon Serre

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L'histoire: Le bricolage peut se révéler dangereux, ici pas le moindre risque si ce n'est de "s'échauffer" la pulpe des doigts...

La critique de Mr K: Nouveau flashback dans mes souvenirs d'enfance avec cet album de dessin humoristique de Serre, un auteur à l'imagination fertile et au trait inimitable. Il m'a été offert par mes parents qui l'avait en double. Quel bonheur de replonger dans ces pages qui mélangent absurde, humour et tendresse. Voici quelques exemples de ce que vous pourrez y trouver!

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(C'est ballot...)

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(Ca me rappelle vaguement quelque chose...)

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(Deux précautions valent mieux qu'une...)

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(Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien...)

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(La vie est une question de priorités...)

Si cela vous a plu, sachez que le dessinateur a sorti un certain nombre de recueils portant sur des thèmes aussi variés que Les Vacances, Petits anges, Zoo au logis, La Bouffe... vous y retrouverez tout son talent pour croquer nos défauts et nos petits vices qui font de notre espèce un cas vraiment à part. Un bonheur de toutes les pages auquel je vous convie fortement!

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