dimanche 24 juin 2018

"L'Homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam

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L'histoire : Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste : ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité ? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie ? Ou l’amour triomphera-t-il de tout ?

La critique de Mr K : 6/6. On pourra dire qu’on l’a attendu celui-là ! Plus de vingt ans exactement suite à de nombreuses péripéties et déconvenues subies par l’équipe de tournage qui a parlé à raison de film maudit. Un documentaire en a d’ailleurs été tiré avec brio : Lost in la mancha. Rochefort n’étant plus de ce monde, Johnny Depp n’étant plus aussi enthousiaste, Gilliam s’est rabattu sur Jonathan Pryce et Adam Driver pour reprendre les deux rôles principaux de ce film complètement fou, véritable ode à la passion et à la rêverie dans un monde de plus en plus tourné sur lui-même.

Toby (Adam Driver) est le digne enfant prodigue de son époque. Il est bien loin le jeune apprenti cinéaste qui rêvait de cinéma inspiré que l’on aperçoit lors de quelques flashback. Devenu clippeur aseptisé et cynique, il a ce qu’il veut et évolue dans un univers basé sur les apparences et les arrangements où la morale n’a plus le droit de citer. Au cours d’un tournage, lors d’une balade à moto, il va retourner dans un petit village où il avait tourné un film de fin d’étude avec des amis sur le thème de Don Quichotte de Cervantès. Cette expérience a laissé des traces et a eu des conséquences à long terme sur les lieux et les habitants du cru notamment sur un vieux cordonnier qui ne s’est pas remis du tournage et se prend pour Don Quichotte lui-même ! À la suite d’un concours de circonstances délirant, voila Toby transformé en Sancho Panza à l’insu de son plein gré, forcé de suivre le vieux fou pour un voyage décalé entre délire psychotique, voyage initiatique et redécouverte de soi.

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Je suis un amoureux de Terry Gilliam dont j’ai adoré tous les films (sauf Les Frères Grimm, une bouse à mes yeux) dont tout particulièrement Brazil, un de mes trois films préférés et le tout aussi fabuleux Fisher king. On retrouve son goût pour les scènes survitaminées, la truculence de certains personnages complètement barrés et son engagement de longue date pour le droit de rêver, de se comporter différemment des autres. Aidé par deux acteurs principaux habités par leurs rôles respectifs (les seconds couteaux ne sont pas mal non plus !), Gilliam nous offre une fois de plus une œuvre hybride et profondément bouleversante. C’est bien simple, on passe par tous les états, rires et larmes se mêlent avec des moments à l’intensité forte. Malgré des scènes bien space, on ressent une empathie profonde pour la quête de sens du personnage principal. Derrière les visions faussées, les humiliations subies et les découvertes improbables, on ressent intensément le décalage entre l’individu ivre de liberté et une société trop rigide et autoritaire qui brise les rêves. L’échappatoire ne semble alors résider que dans la mort ou la folie. Rappelez vous la fin de Brazil...

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Magnifiquement réalisé (on n’en attend pas moins de ce génie), le rythme trépidant est constant, sans temps mort, seulement émaillé parfois de scènes ubuesques et de moments plus intimistes qui frappent fort. Les moments d’échange, de confrontation et de communion en sortent transcendés, transportant le spectateur loin, très loin dans une Espagne contemporaine mâtinée de fantastique au fil du périple accompli. On s’attend à tout avec un scénario pareil et franchement, on n’est pas déçu. 2H12 d’envolées dans une spirale d’émotions doublée d’une réflexion unique sur notre monde, un programme comme je les aime et que je vous conseille de voir urgemment si vous voulez sortir des sentiers battus en matière de cinéma !

Posté par Mr K à 18:04 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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jeudi 3 juillet 2014

"Zero Theorem" de Terry Gilliam

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L'histoire: Londres, dans un avenir proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante : Management. Qohen Leth, génie de l’informatique, vit en reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose. Management le fait travailler sur un projet secret visant à décrypter le but de l’Existence – ou son absence de finalité – une bonne fois pour toutes. La solitude de Qohen est interrompue par les visites des émissaires de Management : Bob, le fils prodige de Management et Bainsley, une jeune femme mystérieuse qui tente de le séduire. Malgré toute sa science, ce n’est que lorsqu’il aura éprouvé la force du sentiment amoureux et du désir que Qohen pourra enfin comprendre le sens de la vie...

La critique de Mr K: 6/6, encore une excellente session cinéma grâce à la Fête du Cinéma, décidément je les collectionne en ce moment. Il faut dire que ce n'est qu'une demi-surprise, je l'attendais le dernier Gilliam et sa filiation avec le classique Brazil étant évoquée régulièrement dans la presse, j'étais curieux de voir le résultat. Je n'ai pas été déçu, bien au contraire.

Dans un futur consumériste et haut en couleur, Qohen Leth, incarné par Christopher Waltz travaille pour une multinationale spécialisée dans l'élaboration de logiciels informatiques dernier cri. Il vit à l'écart de la société dans une vieille chapelle qu'il a racheté et mène une existence solitaire comme il l'affectionne malgré de multiples sollicitations de collègues notamment son superviseur. Son destin va basculer quand Management (le grand patron tout puissant de la corporation Mancom) le charge de la mission de résoudre le théorème sur lequel de nombreux chercheurs se sont déjà cassés les dents. Il rencontrera aussi une jeune fille qui pourrait lui réinspirer un sentiment qu'il a depuis longtemps oublié: l'amour. Mais l'être humain est-il encore libre de ses choix dans cette société aliénante où chacun est connecté 24h sur 24h?

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On retrouve dans ce film les thématiques chères à l'auteur. Comme Gilliam le disait dans une interview à Mad Movies, le danger ne vient plus d'un totalitarisme politique comme dans Brazil ou 1984 mais par le biais de grandes entreprises se partageant le monde le livrant par là même aux sirènes de la communication connectée à tout va et sans âme (Facebook, Twitter...) et à la toute puissance décisionnelle du Marché. Le sujet est ici traité frontalement avec des visions dantesques comme cette scène dans un Londres livré aux publicités envahissantes qui suivent les passants et les harcèlent constamment de messages tentateurs, la recherche de contact et de chaleurs humains par le biais de la réalité virtuelle augmentée où chacun peut se livrer corps et âme dans des espaces fantasmés, une autre scène se déroule durant une party déguisée où tous les participants dansent tout en consultant leur tablettes et autres smartphones sans vraiment interagir entre eux, comme dans Her les êtres humains cohabitent, se croisent mais finalement ne partagent plus grand chose. Tout bonnement effrayant et sarcastique en même temps, le film est une vraie réussite dans sa mission de dénonciation et de mise en abîme de nos modes de vie actuels.

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Plus on avance dans l'intrigue et plus on se rapproche avec le héros de la finalité de ce fameux théorème. On se rend compte que derrière ce problème mathématique des plus complexe se cache une vérité qu'il n'est pas bon de révéler. En parallèle, Qohen rencontre une call girl de luxe incarnée avec brio par Mélanie Thierry. Derrière une relation de pure commande va naître un espoir fou dans cette société aliénante au possible, l'espoir d'un amour partagé et voulu. Je n'en dis pas plus mais on peut s'attendre à un certain nombre d'obstacles... cela donne tout de même de beaux passages rétro-romantiques mâtinée de SF chatoyante et décalée dont Gilliam a le secret.

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Le film est d'une beauté incroyable, très différente de ce que l'on a l'habitude de voir. Le film a été tourné en Roumanie pour des questions de budget (produire un Gilliam est semble-t-il risqué!) mais cela ne se voit jamais à l'écran malgré quelques critiques que j'ai trouvé injustifiées. Mélange de prises réelles et de quelques effets numériques parsemés de-ci delà, les décors sont époustouflants: la chapelle où loge le héros est magnifique, les rues de la ville de Londres illuminées de pubs en tout genre, les espaces virtuels très bien rendus. On retrouve d'ailleurs dans tous ces éléments le côté foutraque de l'univers du réalisateur et il se dégage une folie ambiante à la fois survitaminée et colorée. C'est rafraîchissant et surtout novateur en ces temps de léthargie artistique et de copié-collé d'une production à une autre. Ici, tout sort directement de la folie créatrice de Gilliam, on retrouve le téléphone fou de Brazil, des inventions futuristes plus étranges les unes que les autres, des tenues complètement délirantes, mention spéciale à la tenue de connection pour aller sur le site de rencontre dans le style déguisement de gobelin fluo! Cela rajoute un grain de fantasy dans un film au propos sombre et sans réel espoir.

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Les acteurs sont remarquables, au premier rang desquels on retrouve un Christopher Waltz égal à lui même: juste, émouvant et imposant. Il donne une profondeur abyssale à son personnage qui évolue beaucoup pendant les 1h45 de film. Le voile se lève sur ses motivations profondes et c'est sur une magnifique reprise de la chanson Creep de Radiohead que l'on connaît enfin sa trajectoire finale. Mélanie Thierry est pétillante à souhait mais pas seulement, derrière le masque de l'apparence, une réelle personne en souffrance apparaît et m'a profondément touché. Matt Damon est aussi excellent dans le rôle de maître du monde, patron dictateur à la froideur glaciale et aux costumes changeant au gré des décors. Rajoutez là-dessus une musique accompagnant à merveille moments comiques et tragiques, vous obtenez un film de toute beauté et réussi point par point.

Je n'irai pas par quatre chemins, il faut aller voir Zero Theorem: puissant dans son propos, remarquable dans son interprétation et sublime dans sa forme. Un must de plus à mon actif!

Posté par Mr K à 21:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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