samedi 23 août 2014

"La Belle de l'étoile" de Nadia Galy

la belle de l'étoileL'histoire: Après la mort de l'homme qu'elle aimait, une femme choisit de s'exiler à Saint-Pierre-et-Miquelon, île battue par les vents, espace sans frontières. Ce sera son refuge pour relire la correspondance de son amant, qu'elle se fait expédier de Paris, et y répondre, comme s'il était encore vivant.

La critique de Mr K: Découverte d'une nouvelle auteure aujourd'hui avec La Belle de l'étoile de Nadia Galy qui sort en cette période de rentrée littéraire. Saluée par la critique et les lecteurs pour ses deux premiers romans, cette architecte de formation (elle a participé notamment à l'édification de l'aéroport de Saint-Pierre-et-Miquelon où se déroule l'action du présent roman) s'attaque à la thématique difficile du deuil avec ce roman court de 231 pages. Avec ce genre de problématique c'est soit tout l'un, soit tout l'autre. L'ayant lu en un temps record, je ne peux que m'enthousiasmer devant un récit brillant et nuancé, baignant dans une atmosphère vraiment dépaysante.

L'héroïne suite au suicide de son amant, le départ de son fiancé et un séjour dans une clinique psychiatrique, décide de partir loin pour oublier et se reconstruire. Mais voilà, faire son deuil est quelque chose de lent, long et difficile. Au contact des habitants de Saint-Pierre, des éléments déchaînés et de la nature, elle va peu à peu évoluer, explorer ses souvenirs, dépoussiérer quelques cadavres familiaux et sortir de sa chrysalide de souffrance.

Ce roman se lit quasiment d'une traite tant j'ai été pris par le souffle intimiste et dramatique de cette histoire. Le deuil est remarquablement traité avec une psychologie explorée au scalpel et cela non dénué d'humour. On rit peu cependant car le drame est vivace et les pensée sombres mais le personnage (et donc l'auteure!) fait preuve d'un sens de l'autocritique et de l'autodérision parfois délectable. Pour autant la traversée est difficile et les paysages intimes qui nous sont livrés sont à vif. Par petites touches successives, on aperçoit une lueur d'espoir, une petite porte ouverte vers un futur possible, une échappée vers un avenir meilleur et apaisé. La langue simple, aérienne et parfois délurée nous permet d'accompagner cette femme avec un plaisir de tous les instants et une certaine légèreté plutôt étonnante à la vue du sujet traité.

Autour d'elle gravite une galerie de personnages qui vont à leur échelle l'aider à passer ce cap difficile de manière directe ou indirecte: le père pudique et discret, Fériel la figure maternelle manquante, Gloria une jeune paumée à la recherche d'affection, les collègues de travail... malgré le caractère solitaire et introspectif de l'héroïne, le rôle de ces personnages secondaires m'a paru essentiel dans l'évolution du personnage principal qui passe vraiment par tous les états.

Autre élément remarquable de ce roman, la gestion des décors et la vision que nous propose Nadia Galy de Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français méconnu. Évocatrices en diable, ces pages nous transportent dans des paysages hivernaux rudes et sauvages qui font écho à la tristesse et la détresse de l'héroïne. Je ne me suis pas lassé de ces paragraphes traitant de l'arrivée de tempêtes hivernales, de la vie dans une bourgade enneigée et la rudesse d'un climat forçant le repli sur soi des communautés humaines. Vrai voyage vers un ailleurs pas si lointain, j'ai vraiment apprécié ce voyage près des terres septentrionales et je pense me repencher sur la question dans les mois à venir.

Au final, j'ai passé un très agréablement moment avec ce roman qui au départ pourrait faire penser à un énième journal dépressif de quelqu'un au bord du gouffre. Il n'en est rien tant le parcours intimiste est marqué de progrès sensibles, assénés par une langue vertueuse et engageante à souhait. Il serait dommage de passer à côté de cette belle expérience littéraire!