mardi 30 avril 2019

"Le Lambeau" de Philippe Lançon

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L'histoire : Lambeau, subst. masc.

1. Morceau d'étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie.

2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55).

3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l'amputation d'un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l'amputation qu'à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu'une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338). (Définitions extraites du Trésor de la Langue Française).

La critique de Mr K : Attention chef d’œuvre ! Le Lambeau de Philippe Lançon est un livre incroyable, aussi beau dans son écriture que profond dans son propos. J'avoue, j'ai beaucoup hésité à le lire. Grand adepte de fiction, j'avais peur de rentrer dans ce récit intime qui clairement m'effrayait. Puis il y a eu ce prix littéraire décerné... et surtout une amie qui me propose de me prêter l'ouvrage. L'occasion était trop belle, je me suis fait violence et j'ai bien fait ! J'ai été convaincu dès le premier chapitre. Plus qu'un écrit sur l'horreur de l'événement, c'est avant tout l'histoire d'une résurrection et le récit de l'abnégation d'un homme dans l'épreuve avec des passages introspectifs d'une rare acuité et un regard acéré sur notre société.

Philippe Lançon est un survivant. Lors des attentats du 7 janvier 2015, il participait à la conférence de rédaction de Charlie hebdo. Il ressort vivant de cet événement mais défiguré. Commence alors pour lui le travail de reconstruction physique et mental. Les opérations chirurgicales s’enchaînent, les greffes, les soins quotidiens avec son cortège d'espoirs et de déceptions. Avec cet ouvrage l'auteur revient sur cette dizaine de mois qui l'ont vu revenir vers la vie à travers ses séjours en milieu hospitalier, ses rencontres avec le personnel (car on peut ici parler de rencontres malgré le cadre de travail que représente l’hôpital), sa lente récupération, les soutiens qu'il a reçus de sa famille et de ses proches, sa vision des choses qui évolue... Écrit comme un journal intime maniant le temps à sa guise, n'hésitant pas à faire des allers-retours entre présent , passé et même futur, Philippe Lançon livre une œuvre très intime qui par ses interrogations et ses perspectives prend une dimension universelle qui ne peut que toucher le lecteur.

La première partie nous décrit la journée d'avant et la mâtinée du 7 janvier. L'auteur nous décrit le quotidien de monsieur tout le monde, d'un journaliste culturel lambda, ancien reporter qui désormais écrit des chroniques pour Libération et Charlie hebdo. Puis viennent les chapitres 3 et 4 où il nous raconte l'attentat et l'attente des secours au milieu des morts. Éprouvant, ces passages sont poignants, terrifiants par la pudeur qui se dégage de la narration. Pas de surenchère ou de détails scabreux, juste les impressions et sensations d'un homme pris dans la tourmente et qui finalement ne se rend presque pas compte de ce qui se passe tant on est dans l'indicible et l'inimaginable. Distancié, posé voire poétique dans l'écriture, on traverse avec lui l'épreuve qui en fait ne fait que commencer.

Car long est le chemin vers un semblant de retour à la normal. Le visage déchiqueté va devoir être reconstruit ainsi que l'âme du bonhomme. C'est l’occasion pour nous de découvrir le travail de fourmi opéré par la chirurgienne Chloé (personnage fort du roman) et de tous ses collaborateurs. On suit pas à pas l'auteur dans les différents services, les options qui s'offrent à lui, les gestes soignants au jour le jour avec son lot de péripéties médicales plus ou moins heureuses (greffes, sondes, massages, séances chez le psy, rééducation physique, réapprendre à manger, à parler...). Au final, des séquelles restent mais je vous invite à regarder une photo de l'auteur lors de la remise du Prix Femina pour constater le boulot de titan qu'on est désormais capable de faire. Au delà de la reconstruction physique, l'auteur partage avec nous ses états d'âme, l'évolution de sa psyché qui vous l'imaginez a été bouleversée face aux pertes irréparables qu'il a connu. Amis morts, actes d'une violence inouïe, liberté d'expression bafouée, tensions inhérentes au retour à la vie normale sont autant d'aspects qu'il aborde avec toujours autant de justesse, de droiture et dans un souci d'apaisement.

Il est entouré par nombre de personnes dans ces phases successives éprouvantes : le personnel médical avec qui il crée un lien spécial qui sort parfois du protocole habituel, sa famille qui se soude autour de lui avec notamment un frère très présent qui fait tout pour faciliter la vie de ce proche (on n'imagine pas toutes les tracasseries administratives derrière un long séjour hospitalier notamment), les relations de travail touchées par ce qui lui est arrivé ou encore le courrier qu'il a pu recevoir suite à l'attentat. Ces différents soutiens avec parfois des ratés, des problèmes de compréhension mutuelle ne peuvent cacher aussi l'immense solitude du blessé qui pour l'occasion se retrouve bien souvent face à lui-même, ce qui donne lieu à de très beaux passages introspectifs avec des réflexions sur la famille (beaucoup de liens s’opèrent avec ses grands-parents notamment), sur le bonheur et la manière de mener sa vie. Vous l'avez compris, le chantier est aussi intérieur et l'homme en sortira aussi changé à ce niveau là. Les deux derniers chapitres sont très révélateurs en la matière.

Malgré un sujet très difficile, on ressort heureux de cette lecture. Le message est positif, le courage présent à chaque ligne et l'on suit avec un plaisir non feint cette aventure intérieure d'une rare intensité. Et puis, il y a la langue merveilleuse employée qui transcende l'horreur et l'épreuve en quelque chose de puissant qui emporte tout sur son passage. Une fois débuté, on ne peut décrocher de cet ouvrage assez unique en son genre qui provoque une accroche immédiate. Un grand livre qui restera longtemps dans ma mémoire et qui mérite vraiment qu'on s'y attarde pour son humanisme et ses vérités universelles. Un gros, très gros coup de cœur.

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dimanche 10 mars 2019

"Le Coeur converti" de Stefan Hertmans

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L'histoire : Lorsque Stefan Hertmans apprend que Monieux, le petit village provençal où il a élu domicile, a été le théâtre d’un pogrom il y a mille ans et qu’un trésor y serait caché, il part à la recherche d’indices. Une lettre de recommandation découverte dans une synagogue du Caire le met sur la trace d’une jeune noble normande qui, à la fin du onzième siècle, convertie par amour pour un fils de rabbin, aurait trouvé refuge à Monieux.

La belle Vigdis est tombée amoureuse de David, étudiant à la yeshiva de Rouen. Au péril de sa vie, elle le suit dans le Sud, commence à prier son dieu et devient Hamoutal. Son père ayant promis une forte somme à qui la ramènerait, des chevaliers se lancent à sa poursuite. Puis les croisés, de plus en plus nombreux sur le chemin de Jérusalem, semant mort et destruction dans leur sillage, s’intéressent à cette femme aux yeux bleus.

La critique de Mr K: Chronique d'une lecture particulière aujourd'hui avec Le Cœur converti de Stefan Hertsman, un ouvrage qui m'a été offert à Noël. Une histoire d'amour impossible, une époque terrible qui entraîne des bouleversements sans précédents et la quête d'un avenir meilleur sont au centre de ce roman mixant à merveille le romanesque et les interrogations historiques d'un auteur en quête de vérité. Suivez-moi sur les pas de Vigdis, David mais aussi de l'auteur dans cet ouvrage aussi prenant que touchant et qui n'a pas fait long feu !

Vigdis est belle, riche, normande et catholique. David est juif, se destine à devenir rabbin et descend d'une famille importante. Leur amour sur le papier est impossible dans un moyen-âge où les confessions se repoussent plutôt qu'elles ne se rapprochent. Faisant fi des tabous, des idées reçues, ils s'enfuient tous les deux de Rouen où réside la famille de la belle et descendent vers le sud, une troupe de chevaliers à leurs trousses. Ces deux là se désirent, s'aiment et rien ne leur paraît impossible... Du moins au départ car les épreuves sont nombreuses et le parcours difficile dans un monde intolérant et sans pitié.

L'histoire en elle-même est plutôt classique, il y a du Roméo et Juliette dans l'air. J'aime pour ma part les histoires d'amour tragiques, où tous les événements tendent un peu plus l'histoire, où les sentiments sont exacerbés et confrontés à une réalité peu amène. On est servi ici avec des forces contraires qui paraissent insurmontables entre religion d'État despotique, persécutions des juifs, époque rigoureuse où les dangers guettent à chaque recoin de chemin et où les aléas sont nombreux. On tremble beaucoup durant la première partie de la lecture puis un élément dramatique fait basculer le récit dans une nouvelle dimension. L'héroïne isolée part en quête d'un espoir vain qui l’entraîne dans un voyage quasi initiatique où elle se confronte encore et toujours à l'incurie des hommes. C'est sans doute un des plus beaux portraits de femme qui m'ait été donné de lire, mélange subtile de douceur, d'abnégation mais aussi de résignation parfois. Touché en plein cœur, je n'ai pu que suivre inexorablement Vigdis dans son destin peu commun.

Ce qui est fort, c'est que cette histoire est tirée d'éléments historiques que l'auteur a recueilli à l'origine dans son lieu de villégiature. L'histoire d'un trésor perdu et d'un massacre innommable le met sur les traces de ce couple maudit, et régulièrement entre chaque séance de récit reconstitué, on suit Stefan Hertmans sur les lieux qu'auraient pu traverser David et Vigdis. J'ai éprouvé de très étranges sensations (nouvelles en fait), il est rare en effet de côtoyer avec un auteur les lieux où se déroulent la fiction qu'il construit. Il y a constamment un va et vient entre les deux, on explore avec lui routes et villages, édifices anciens et lieux de culte à la recherche d'artefacts et de documents. Il y énonce d'ailleurs parfois ses sentiments sur notre époque, nos mœurs mais aussi sur son regret du recul de la nature (dans la partie fiction, il ne lésine pas sur les descriptions des milieux traversés par ses personnages avec un naturalisme à fleur de mot). Bien évidemment, Stefan Hertmans a du broder pour relier ces éléments disparates mais l'ensemble est très cohérent et respecte sans souci la trame d'origine qui se conjugue parfaitement avec les pérégrination d'un auteur possédé par son sujet.

Et puis, il y a la contextualisation et je dois dire que j'ai été bluffé. Ceux qui nous suivent depuis longtemps savent que je suis médiéviste de formation et que cette époque m'a toujours fasciné et attiré. La reconstitution qui en est rendue ici est tout bonnement impeccable. Sans en rajouter avec le sens du détail qui touche et claque, on pénètre vraiment dans les esprits de l'époque, les us et coutumes. On sent les odeurs, on imagine les paysages urbains, on partage les appréhensions, les joies et les peines de tout un chacun, nobles et riches. Derrière la rudesse, l'intolérance, on partage aussi de purs moments de félicité, d'entraide. Il ressort une richesse historique, une érudition de tous les instants qui ne vire jamais à la démonstration ou à l'accumulation indigeste. Tout s'imbrique parfaitement et donne à lire une histoire inoubliable.

"Le Coeur converti" est un très beau moment de lecture, à la fois différent, intemporel et d'une rare intelligence. Un must-read que je vous invite à découvrir au plus vite !

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mardi 20 mars 2018

"L'Homme qui plantait des arbres" de Jean Giono

 

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L’histoire : En Provence, dans une région aride et sauvage, un berger solitaire plante des arbres, des milliers d’arbres. Au fil des ans, les collines autrefois nues reverdissent et les villages désertés reprennent vie.

La critique de Mr K : Chronique d’une belle réédition aujourd’hui avec L’Homme qui plantait des arbres de Jean Giono, un auteur qu’on ne présente plus et dont le présent ouvrage a fait le tour du monde, suscitant même des mouvements citoyens de plantation d’arbres un peu partout sur Terre. Ode à la nature et à l’humanisme, c’est une expérience vraiment à part que je vous invite à découvrir aujourd’hui.

La narrateur (qui emprunte beaucoup à l’auteur lui-même) va faire une rencontre lors d’une session de randonnée dans le sud-est de la France. Amoureux lui-même des grands espaces et de la nature, il fait la connaissance d’Elzéard Bouffier, un berger amoureux de son terroir et qui, à sa manière, pratique déjà l’écologie. En effet, il plante année après année des milliers d’arbres, tantôt des chênes, tantôt des frênes pour que la nature reconquière des espaces livrés à l’aridité. Au delà de la biodiversité qui regagne le terrain, les effets se font aussi sentir sur les communautés humaines.

Cet ouvrage est un très beau portrait d’un homme ordinaire qui accomplit des choses inouïes. Secret, taiseux mais obstiné et rigoureux ; il accomplit la mission qu’il s’est donné sans faillir. Malgré l’âge qui avance, les difficultés de sa vie professionnelle et parfois même les oppositions qu’il pourrait rencontrer auprès des autorités, sans relâche il plante des arbres. Complètement intégré dans la nature, très respectueux de cette dernière, à son échelle il participe au grand cycle végétal et promeut une harmonie essentielle entre l’homme et la nature.

Les paysages autrefois déserts commencent à refleurir, à reverdir et la vie fait son chemin. Des villages jadis abandonnés attirent de nouveaux les humains qui étaient partis vers des horizons meilleurs. La Terre est un tout qui est très bien expliqué et exprimé à travers ce petit opuscule d’une cinquantaine de page faisant la part belle à l’observation, la contemplation et incitant à méditer sur notre empreinte écologique et notre capacité à lutter pour la préservation de notre planète de façon anodine au départ mais prenant ensuite des proportions impressionnantes. Sans morale, ni activisme forcené, le vieil homme montre à tous une belle leçon de respect et de modestie qui fait du bien dans notre époque où superficialité, égocentrisme et agressivité vont trop souvent de pair parfois avec la notion d’engagement.

Non, ici on se laisse bercer par le rythme de la vie, la patience et l’engagement silencieux d’Elzéard et le regard émerveillé du narrateur sur le travail accomplit qui magnifie l’ouvrage du vieil homme. C’est beau, simple et remarquablement écrit. L’auteur va à l’essentiel et touche le cœur et l’esprit. Le tout est sublimé par les très belles illustrations d'Olivier Desvaux qui a su retranscrire parfaitement les couleurs de la Provence et l'émotion suscitée par cette lecture. Une belle expérience à découvrir dès l’âge de huit ans.

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samedi 24 février 2018

"Retourner à la mer" de Raphaël Haroche

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L’histoire : Un colosse, vigile dans les salles de concert, et une strip-teaseuse, au ventre couturé de cicatrices, partagent une histoire d'amour. L'employé d'un abattoir sauve un veau de la mort et le laisse seul dans l'usine fermée pour le week-end. À sa sortie de l'hôpital, un homme part se reposer dans le sud avec sa veille maman. Trois adolescents livrés à eux-mêmes entendent un bruit inconnu qui pourrait bien être celui de la fin du monde.

Tous ces personnages prennent vie en quelques phrases, suivent leur pente et se consument. Il suffit d'un contact, peau contre peau, d'un regard, d'une caresse, pour racheter l'humanité.

La critique de Mr K : Chronique d’un beau cadeau de Noël aujourd’hui avec Retourner à la mer de Raphaël Haroche. Nelfe m’a gâté avec ce recueil de nouvelles à la fois poétiques, profondes et pleines d’humanité. Je connaissais Raphaël artiste-compositeur (albums plutôt inégaux à mes yeux), j’ai découvert un auteur talentueux qui peint avec brio le quotidien des gens et leur appréhension de la vie.

Treize récits composent ce recueil, treize histoires qui font la part belle à des êtres malmenés par la vie. Ce sont donc des êtres très différents que nous convie à découvrir Raphaël Haroche : un employé d’abattoir qui veut sauver un veau pour l’offrir à sa fille à son anniversaire; un agent de sécurité qui vit une histoire d’amour avec une strip-teaseuse recousue de partout ; un père alcoolique qui part en vacances avec son jeune fils dont il a pour la première fois la garde ; un couple se déchirant lors d’un séjour en vacances ; la mort d’un frère et comment la surmonter ; un enfant terrifié par une présence malfaisante le long du parcours pour aller à l’école ; trois jeunes assistant, ou croyant assister, à une catastrophe aérienne ; un homme voyant son vœu le plus cher se réaliser en passant une soirée avec la plus belle femme du monde ; deux petits vieux se faisant la malle de leur maison de retraite pour en finir définitivement ; un poème sur la mort d’un ami ; un homme n’arrivant pas à dormir et exprimant toute la mélancolie de son existence ; un clochard qui survit comme il peut et qui va accéder à sa manière à la sainteté et enfin, l’ultime nouvelle éponyme qui voit un homme partir avec sa mère au bord de mer. Autant de trajectoires différentes que l’auteur expose avec concision et efficacité, règles d’or de la nouvelle.

Difficile d’exprimer complètement et avec justesse ce que l’on peut ressentir en lisant cet ouvrage. Il m’a beaucoup plu par son approche simple et humaniste. On colle ici au plus près des êtres humains, on rentre dans leur galaxie mentale et sensorielle. L’empathie fonctionne à plein tant on ressent profondément les situations qui nous sont exposées et qui parfois peuvent se rapprocher de notre propre vécu ou celui de personnes que l’on connaît. Les thématiques sont universelles entre le deuil et la difficulté à le surmonter, l’angoisse d’une existence vide de sens, les expériences de jeunesse qui ne sont pas toujours judicieuses, le choix nécessaire à faire parfois entre la raison et le désir, l’incompréhension et les quiproquos qui naissent souvent des rapports humains avec un impact particulièrement détonant quand ils se produisent au sein de la cellule familiale, la planète Terre que l’on exploite sans vergogne, l’émergence du monde dominé par l’argent-roi et le tout individualisme... Cet ouvrage m’a littéralement "parlé". Tour à tour il m’a profondément ému, fait sourire, réfléchir et surtout m’a emporté très très loin.

À l’image des chansons de Raphaël, cet ouvrage ne nage pas dans l’optimisme à tout crin, c’est même plutôt l’inverse avec un aspect désespéré, très mélancolique des destinées qui sont partagées par l’auteur. Il y a une forme de spleen, de romantisme qui flotte sur ces pages avec une exacerbation des sentiments, de la nature et de l’introspection. Chaque être humain est un corps et un esprit, et même si certains protagonistes sont limités d’une manière ou d’une autre, ils pensent, se pensent surtout et se retrouvent souvent bien désarmés face à leur situation présente qui ne correspond pas toujours aux rêves qu’ils poursuivaient au départ. Très bien mené, chaque récit, qu’il soit ultra-court (2 pages) ou un peu plus long (25 pages maximum), amène sa pierre à l’édifice de la construction de soi et la richesse d’une vie humaine qui n’est faite que de choix et d’évolution. Le pari est largement gagné sur cet aspect là dans ce recueil qui est un beau miroir de la condition humaine et des souffrances qu’elle engendre.

Le charme de la langue de Raphaël Haroche a agi dès les premières lignes avec son phrasé si particulier qui sous une apparente simplicité cache des merveilles de densité, de poésie du quotidien et de significations diverses. L’étrange, le tragique, le banal et l’extraordinaire se mêlent pour nous offrir des textes d'une beauté à fleur de mots et qui donnent à voir une humanité certes imparfaite mais souvent attachante. Un petit bijou que cet ouvrage qui ne ressemble à aucun autre et qui m’a totalement bluffé. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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lundi 15 janvier 2018

"La Passe-Miroir - Livre 1 : Les Fiancés de l'hiver" de Christelle Dabos

Les Fiancés de l'hiverL'histoire : Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.

La critique Nelfesque : Me voici lancée dans une saga qui a fait beaucoup parler d'elle, en bien, lors de sa sortie. Ce premier volume de "La Passe-Miroir" ainsi que le second étaient dans ma PAL depuis Noël 2016 à attendre sagement le moment opportun pour les lire. Ce fut le cas en fin d'année passée où un grand besoin de s'évader de la réalité et quitter le quotidien s'est fait sentir. De l'originalité, du fantastique, du suspens : tout est ici réuni pour remplir à 100% ce contrat. Bon timing !

Ce premier tome, "Les Fiancés de l'hiver", est un premier pas dans l'univers foisonnant que nous propose de découvrir Christelle Dabos. L'héroïne, Ophélie, est une jeune animiste, capable de lire les objets (les comprendre, connaître leur passé...) et de passer à travers les miroirs. Elle est également la gardienne du musée familial où elle prend soin de l'histoire de ses aïeux et de leurs objets. Son destin va être bousculer par l'annonce de son mariage avec Thorn, un homme qu'elle ne connaît pas et qu'elle va devoir rejoindre au Nord.

Choc des cultures, abandon, séparation d'avec ses proches, Ophélie va quitter le monde qu'elle a toujours connu pour des hautes sphères hostiles et inhospitalières. Elle va devoir composer avec son futur époux, personnage froid et accaparé par son travail d'intendant de la Citacielle, cette nouvelle cité au climat bien plus rude que celui de sa terre natale, et une ribambelle de personnages tous plus fuyants et hypocrites les uns que les autres. Un beau panier de crabes dans lequel sa tante, Roseline, va également être jetée pour veiller sur elle jusqu'au jour de ses noces.

Manigances, complots, calculs sont au coeur de la Citacielle et Ophélie va devoir faire face à de nombreux dangers. Nous assistons alors à des scènes éprouvantes où il est impossible de relâcher son livre. On tremble avec Ophélie, on est baladé à droite et à gauche, à l'image de l'héroïne qui n'est maintenant plus maîtresse de son destin. Cela donne de bons moments d'adrénaline et de découverte d'un monde très bien dépeint par une auteure inspirée.

Pourquoi Ophélie doit-elle se marier avec Thorn ? Qu'est ce qu'une modeste animiste peut avoir à faire dans un monde dicté par l'apparence, le pouvoir et l'argent ? C'est ce que l'on découvre dans ce premier volume et, pour ce faire, Ophélie va s'entourer de personnages simples et attachants que l'on a hâte de retrouver dans les prochains volumes de cette histoire.

Avec un style simple et une écriture facile à lire, Christelle Dabos offre aux jeunes lecteurs (et aux moins jeunes avec tout autant de plaisir) un monde tout droit venu de son imagination. Un monde qui n'a pas encore déployé tout son potentiel ici mais qui promet beaucoup. On en redemande !

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mercredi 9 août 2017

Petit tour à la ressourcerie...

Avant notre départ en Périgord, Nelfe et moi sommes allés innocemment à la ressourcerie de Lorient pour voir un peu ce qu'ils proposaient. Plus précisément, nous recherchions quelques verres à vin, vu ma mauvaise habitude de les casser en faisant la vaisselle. Aucun verre nous ne trouvâmes mais par contre, le rayon livre était bien achalandé... Jugez plutôt des nouvelles acquisitions que nous avons ramené à la maison !

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(aie aie aie...)

Vous voyez où on en est arrivé ??? I.R.R.E.CU.P.E.R.A.B.L.E.S ! Enfin surtout moi comme vous allez pouvoir le constater, Nelfe s'étant une fois de plus illustrée par sa capacité de résistance à la tentation. Voici un traditionnel post de craquage comme nous en avons le secret, suivez le guide pour la présentation des petits nouveaux qui viennent rejoindre leurs congénères dans nos PAL respectives. 

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(THE trouvaille !)

- La Ligne verte de Stephen King. Un des derniers "vieux" titres de Stephen King qui m'avait échappé jusqu'ici. Comme beaucoup, j'ai adoré le film mais je souffrais de ne pas avoir lu ce titre paru sous forme de feuilletons et réputé comme très réussi dans l'oeuvre de cet ogre littéraire. Gros coup de chance donc de tomber sur les six volumes réunis au même endroit et dans la toute première édition. Sans doute, une de mes prochaines lectures tant l'attente fut longue !

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(Librio en force, again !)

- La Morte amoureuse de Théophile Gautier. Sans doute, le premier roman mettant en scène un mort-vivant, et féminin de plus ! Rajoutez là-dessus un auteur que j'adore, une bonne pincée de XIXème siècle, un prêtre amoureux, des esprits qui se déchaînent et vous obtenez un court récit que j'ai hâte de parcourir. Là encore, il ne devrait pas trop traîner dans ma PAL !

- Aurélia de Gérard de Nerval. Entre hallucinations et mystères, De Nerval propose ici un voyage subliminal dans son imagination au coeur de son romantisme à fleur de peau et de ses rêves éveillés mêlant femmes disparues, ancêtres regrettés et paysages merveilleux. Je ne sais pas pour vous mais personnellement, je suis plus que tenté !

- Le Prince de Machiavel. Un classique hors norme que je vais relire avec grand plaisir (emprunt au CDI dans mon année de terminale). Précurseur dans la pensée politique, cet ouvrage explique clairement et nettement le principe de realpolitik et le contrôle des masses. Rajoutez un bon ouvrage de Debord (La société du spectacle au hasard...) et vous obtenez la société actuelle. Pas le genre de lecture rassurante en soi mais comme on dit knowledge is power !

- Le Grand dieu Pan de Arthur Machen. Première incursion dans l'univers d'un auteur présenté comme un maître de la terreur et des mondes inconnus. L'action se déroule à Londres où une femme fatale sème la folie et l'effroi sur son sillage. Qui est-elle vraiment ? Que recherche-t-elle ? Navigant constamment entre réalité et déviances diaboliques, on promet au lecteur une lecture tumultueuse. Ça promet !

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(Un pot-pourri, bien sympathique !)

- L'Attente de l'aube de William Boyd. Un acteur se voit proposer de devenir agent secret par une commanditaire dont il tombe amoureux... J'aime beaucoup cet auteur qui à priori multiplie les surprises et les rebondissements dans un roman salué par la critique. Wait and read.

- Toutes les familles sont psychotiques de Douglas Coupland. Un récit dynamitant le roman familial traditionnel et qui met à mal l'American way of life. Connu pour sa subvertion, l'auteur s'amuse à envoyer une tribu de sympathiques cinglés dans une Floride de carte postale. Gare à la casse !

- Les Sirènes de Bagdad de Yasmina Khadra. Un Khadra, ça ne se refuse jamais, j'ai donc adopté celui-ci sans même regarder le résumé en dos d'ouvrage. On retrouve ici les thématiques chéries par cet auteur : le fanatisme, la violence et la confrontation entre tradition et modernité. M'est avis qu'une fois de plus, je ne sortirai pas indemne de cette lecture !

- Balade pour un père oublié de Jean Teulé. Road movie insolite qui voit un jeune père kidnappé son nourrisson à la naissance et partir revoir les différentes femmes qui ont jalonné sa vie ; je m'attends au meilleur d'un auteur que j'affectionne tout particulièrement. Vous lirez un peu plus bas que j'ai doublé la mise à son sujet !

- Les Carnassières de Catherine Fradier. Une ex flic virée pour bavure se retrouve projetée dans une enquête à haut risque dans le milieu russe des Baléares. Au programme : mafia sibérienne, ex du KGB et meurtres en série. C'est très engageant et le style incisif semble se rapprocher d'un Despentes. Tout pour me plaire donc !

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(Pot pourri de brochés pour changer !)

- Retour en absurdie de Stephane de Groodt. Là encore, un pot monstrueux que de tomber sur ce titre. Nelfe m'avait offert le premier tome il y a quelques années et j'avais adoré cette expérience bien branque et délectable à souhait. Je vais pouvoir rééditer cette lecture hautement plaisante avec ce volume deux des chroniques télévisuelles d'un as du calembourg et du jeu de mot.

- Héloïse, ouille ! de Jean Teulé. Teulé deuxième acte avec un volume consacré à Abelard et Héloïse, couple mythique que l'auteur va s'employer à démystifier dans le style si vert qu'on lui connait. Hâte de lire celui-ci aussi !

- La Tâche de Philip Roth. Troisième volume d'une trilogie thématique sur l'identité et l'histoire de l'Amérique d'après guerre (j'ai les deux autres volumes dans ma PAL), il est ici question de mensonge, d'honneur et d'amour. Le genre d'ingrédients qui bien mixés donnent souvent de grandes oeuvres et quand on connait les talents de Roth en matière de narration et de style, ça risque d'être très bon !

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(La sélection de Nelfe... Oui, elle est 10 000 fois plus raisonnable que moi!)

- Ni vu ni connu d'Olivier Adam. J'aime beaucoup Olivier Adam (là, c'est Nelfe qui parle) et je suis curieuse de découvrir celui-ci paru dans une édition jeunesse. Ça va se lire très vite mais je ne doute pas que ça soit encore une fois intense !

- Mississippi de Hillary Jordan. Un Belfond ! Une maison d'édition de qualité ! Limite je peux y aller les yeux fermés. Mississippi des années 40, "dans la lignée d'un Faulkner", nous dit la quatrième de couverture : ça donne envie !

- L.A. Requiem de Robert Crais. Encore un Belfond ! Une enquête, un flic en pleine rédemption mais au passé trouble. Miam miam !

Belle moisson d'ensemble, non ? Certes les livres sont encore plus serrés qu'avant dans nos PAL mais les promesses de lecture sont riches et nos chroniques prochaines et à venir en témoigneront certainement. Qu'il est bon d'être book addict, une passion dévorante mais pas vraiment ruineuse quand comme nous, on aime les livres de seconde main... À quand le prochain craquage ?

vendredi 28 juillet 2017

"Le Téléphone sibérien" de Clive Egleton

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L’histoire : Ça, pour être fou, il l’est complètement, ce malheureux capitaine Magrane. Drogues, lavage de cerveau, interrogatoires, on fait tout pour briser sa résistance. Il s’échappe de cet enfer, qu’il croit situé en Sibérie... et se retrouve au Nord de l’Écosse. Mieux encore, il s’imagine chargé d’une mission d’extermination. Ce qui le conduit très loin. Au pied du mausolée de Karl Marx à Londres.

La critique de Mr K : J’aime de temps en temps acquérir un titre ou deux de la collection Série Noire de chez Gallimard. C’est souvent l’occasion d’une bonne lecture stressante et prenante, j’ai rarement été déçu. Il faut un début à tout et malheureusement ce titre ne restera pas dans les annales car malgré quelques éléments intéressants, l’ensemble se révèle plutôt convenu...

L’histoire se déroule en pleine Guerre Froide, Andrew Magrane est enfermé contre son gré dans un étrange endroit où l’hiver semble sans fin et où il est soumis à un rude régime carcéral entre interrogatoires musclés et inoculation de drogues diverses et variées. C’est sûr, il se trouve dans un camp de rééducation en Sibérie, les soviétiques veulent lui soutirer des informations. Soldat d’élite, il va finir par réussir à s’échapper grâce à ses capacités hors norme et le voila parti pour un road movie dans la neige... Ce n’est que le commencement, il en est persuadé, l’intérêt supérieur lui commande de maintenir ses priorités autour d’une mystérieuse mission d’élimination.

En parallèle, on suit l’équipe chargée de retrouver l’évadé et notamment Robert Donalson, un gars des forces spéciales qui se doute que derrière tout cela se cachent des éléments peu reluisants qui pourraient éclabousser les pontes aux manettes des services secrets. Une jeune et jolie journaliste se heurte elle aussi au secret défense et ces deux là se trouvent vite et vont essayer malgré leurs obligations respectives de se donner un coup de main. Rapidement, on se rend bien compte que les torts sont partagés et que la course poursuite va forcément finir mal pour l’ensemble des protagonistes.

Il y a de bonnes choses à retirer de cette lecture, l’ambiance tout d’abord est glaçante à souhait avec un début de roman bien angoissant dans les murs d’un hôpital psy où l’ordre et la morale sont bafoués par des apprentis sorciers servant de psychiatres / bourreaux. Bien rendus aussi, les passages où l’on suit les errances de Magrane dans sa folle course contre le temps, ses moments de confusion dus à son cerveau endommagé par les expériences menées sur lui, son infiltration dans la société civile alors qu’il est l’ennemi n°1 que toutes les forces de l’ordre recherchent. L’ambiance paranoïaque est relativement bien décrite et on se laisse embarquer facilement. Par moment, on a du mal comme le héros à faire la part des choses : qu’est-ce qui est réel ? Qui est un ami, un ennemi ? Jusqu’où doit-on aller dans la réalisation de son devoir ?

Malheureusement, l’énigme générale est relativement facile à deviner et dès le premier tiers, l’écrivain dispense trop d‘indices pour pouvoir nous balader plus longtemps. Cette absence de dosage gâche un peu la lecture qui tombe définitivement dans le dispensable à cause de personnages secondaires un brin caricaturaux, aux réactions prévisibles qui enfilent les actions et réflexions comme autant de clichés de romans d’action / espionnage. On ne s’ennuie pas mais la surprise n’est jamais vraiment au RDV et malgré quelques scènes d’exécution bien hard boiled (la boîte de nuit érotique à Amsterdam notamment), l’ensemble reste plat et nous mène à un dénouement logique et sans soubresaut.

Bien écrit mais sans génie, Le Téléphone sibérien se lit cependant très facilement, à la manière d’un roman de gare sans artifice mais distrayant. Aussi vite oublié que lu, voila le type de lecture que l’on entreprendra uniquement entre deux autres, lors d’un voyage ou en cas de grande fatigue pour se délasser. On peut aussi tout à fait s’en dispenser...

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dimanche 4 juin 2017

Pour quelques livres de plus...

Voici pour aujourd'hui, une petite série d'acquisitions dégotées au hasard de balades innocentes... Les titres ont donc des origines très diverses depuis une boîte à livre en passant par un vide-grenier ou un magasin d'occasion. Des petites tentations auxquelles, je n'ai pu résister une fois encore. Jugez plutôt du butin !

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Une fois de plus, la variété est au rendez-vous entre classiques et contemporains, incontournables et certainement des plus dispensables. Chacun en tout cas m'a tapé dans l'oeil suffisamment pour que je l'adopte et qu'il aille rejoindre ses petits camarades dans ma PAL. Suivez le guide !

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- Mille soleils splendides de Khaled Hosseine. Tout d'abord, j'aime beaucoup cette maison d'édition notamment parce qu'elle publie les ouvrages de mon grand amour littéraire nippon Haruki Murakami. De suite, j'ai donc lu la quatrième de couverture qui m'a irrémédiablement fait penser à du Yasmina Khadra (un autre auteur que j'adore) par rapport aux termes abordés : la violence faite aux femmes en terres orientales (ici l'Afghanistan), l'emprisonnement mental et le totalitarisme religieux. Ça sent la lecture rude et pas facile, tout ce que j'aime en quelque sorte.

- L'Amour au temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez. Voici un ouvrage qui m'a toujours évité ou que j'ai évité inconsciemment car je ne l'ai jamais trouvé sur mon chemin de chineur. J'en attends beaucoup, surtout que chaque lecture de cet auteur m'a ravi par ses talents de conteur et les univers dépaysants qu'il nous amène à découvrir. Ici, direction les Caraïbes pour une histoire d'amour impossible teintée de poésie et de critique sociétale acerbe. Un bon futur moment de lecture à mon avis.

- En route d'Adam Rex. Un roman jeunesse dont a été tiré un métrage d'animation plutôt réussi que nous avons vu avec Nelfe. La terre a été envahie par de drôles d'extra-terrestres à huit pattes (les boovs) et ont enlevé la maman de l'héroïne. Ni une ni deux, elle part à sa recherche en compagnie de son chat lunatique et d'un alien déserteur. On nous promet un mix entre Pratchett et Adams, c'est tentant, non ?

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- Le Téléphone sibérien de Clive Egleton. Un petit série noir des familles avec une histoire étrange d'un militaire enfermé dans un lieu mystérieux et soumis à une batterie de tests inhumains entre interrogatoires et lavages de cerveaux. Mais où est-il ? Et que va-t-il faire quand il va s'échapper ? Le pitch est tellement énorme que j'ai décidé d'adopter ce titre, qui lira verra !

- Histoires de voyages dans le temps, ouvrage collectif. Coup de foudre pour un ouvrage d'une collection qui a marqué ma jeunesse et m'a permis à l'époque de rentrer plus aisément dans la science-fiction avec notamment une compilation de récits sur les robots et les autres mondes. Ici, il s'agit de voyages dans le temps, une thématique que j'apprécie beaucoup et qui a donné de nombreux récits réussis. Gageons qui en sera de même avec cet ouvrage où l'on trouve notamment Matheson, Ballard, Brown, Heinlein et bien d'autres. Miam miam !

- Marcovaldo d'Italo Calvino. Une histoire bien barrée comme je les aime avec le héros éponyme, manoeuvre de chantier à qui il arrive toute une série d'expériences étranges qui finalement lui permettent d'échapper à la grisaille quotidienne. On est ici à la limite du conte et du surréalisme. Cet auteur a tellement de talent que je n'ai pas hésité une seconde !

- Vendredi de Robert A. Heinlein. Une agent très spécial rentre de mission auréolé une fois de plus de succès. Félicitations de rigueur et octroi d'un congé exceptionnel devrait la ravir mais Vendredi est tourmentée par des images de souvenirs atroces. Comment est-ce possible quand on sait que l'agent n'est qu'un robot très perfectionné ? Heinlein m'a tour à tour séduit et déçu, cet ouvrage m'attire tout de même de part le sujet qu'il traite et les bonnes critiques que j'ai pu en lire. Là encore, la lecture sera un test.

- Last exit to Brooklyn d'Hubert Selby Jr. Fin de la sélection avec un ouvrage bien thrash, critique délirante de la société américaine par l'équivalent US d'un Céline. Ce sera ma première incursion chez lui, ça faisait un bail que je souhaitais rencontrer cet auteur hors norme. Me voila au pied du mur !

De biens belles pioches que tous ces ouvrages qui vont contribuer à grosir ma PAL qui décidément a toujours autant de mal à baisser. Mais que voulez-vous, on est accro ou on ne l'est pas. Critiques à suivre dans les jours, semaines, mois et années à venir !

samedi 6 mai 2017

En mai, craque comme il te plait !

Cette adage me convient très bien et c'est cette fois-ci neuf petits nouveaux qui vont rejoindre ma PAL, des petits orphelins adoptés en majeure partie chez l'abbé, notre fournisseur officiel de livres de seconde main. Décidément, il ne nous déçoit jamais !

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Comme vous pouvez le voir, il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts entre auteurs français à la renommée certaine, d'autres à la côte plus underground mais aussi des ouvrages à stature internationale et des classiques immortels. Suivez le guide pour le debriefing de ce craquage finalement plutôt sage par rapport à des récoltes parfois pléthoriques par le passé !

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(Balade entre légendes et classiques de la littérature)

- Hamlet, Othello et Macbeth de William Shakespeare. Depuis ma très réjouissante relecture de Roméo et Juliette l'année dernière, je m'étais juré de relire quelques classiques du même auteur. C'est désormais chose possible avec cette acquisition qui concentre en elle trois pièces majeures du maître dont ma préférée qui m'avait valu à l'époque de ma lecture et étude une super bonne note à l'épreuve de lettre en terminale L : Hamlet. Je pense que je me replongerai dans les abysses de l'âme humaine version Shakespeare dès cet été.

- La Chartreuse de Parme de Stendhal. Un classique de la littérature française qui m'avait échappé jusque là, heureusement cette trouvaille impromptue va me permettre de réparer mon tort, surtout que j'ai de très bons souvenirs de mes lectures anciennes du Rouge et du noir et de Lucien Leuwen du même auteur. Ma PAL manquant de classiques, l'occasion ne pouvait être loupée.

- Contes et légendes de la mer et des marins de Quinel et De Montgon. Instant émotion que cette rencontre lecteur-acquéreur / livre car cette collection de chez Fernand Nathan a fourbi mes premières armes de lecteur, j'ai d'ailleurs de nombreux volumes dans notre bibliothèque et c'est toujours avec un petit serrement au coeur que je repose les yeux dessus. En plus, ici les deux auteurs reprennent des légendes en lien avec la mer et les hommes qui tentent de la dompter, difficile de passer à côté vous en conviendrez. Une de mes prochaines lectures sans nul doute !

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(Échappatoire dans la littérature française plus contemporaine)

- Ni d'Ève ni d'Adam d'Amélie Nothomb. Ca fait un sacré bout de temps que je n'ai plus lu Amélie Nothomb que j'ai tour à tour adoré, apprécié puis ensuite déprécié car le sentiment de "déjà-lu" m'envahissait régulièrement à chaque nouvel ouvrage parcouru. Le temps a passé (seules restent les pensées) et je me décidai à acquérir cet ouvrage qui revient sur un pan de sa vie au Japon lorsqu'elle était fiancée ! Ça promet du lourd, du fracassant et j'espère retrouver la langue accrocheuse et gouailleuse qui a fait la marque de fabrique de cette écrivaine belge bien dérangée.

- La Folle aventure des Bleus... et DRH de Thierry Jonquet. Thierry Jonquet et moi, c'est une grande histoire d'amour. Chaque lecture de cet auteur me procure à chaque fois un plaisir inégalé entre frisson et bonheur de lecture instinctif et sans concession. Cet ouvrage réunit deux nouvelles qui feront la part belle une fois de plus j'en suis sûr au regard impitoyable que pose l'auteur sur les noirceurs et lâchetés des hommes ordinaires. M'est avis que ce livre ne fera pas long feu dans ma PAL !

- Méchamment dimanche de Pierre Pelot. Là encore, un auteur que j'affectionne tout particulièrement et qui a le mérite d'être aussi doué que polymorphe dans les genres qu'il aborde très souvent avec succès. Pierre Pelot aborde dans cet ouvrage une histoire d'enfance qui va mal tourner, un roman d'apprentissage sur l'innocence et les illusions d'adultes. Tout un programme qu'il me tarde de découvrir !

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(Voyages en terres étrangères entre exotisme et introspections maladives)

- White spirit de Paule Constant. Coup de poker que cette acquisition dont je ne connais pas l'auteure mais dont la quatrième de couverture m'a de suite séduit. Fable féroce et roman initiatique se mêlent autour du destin de trois figures innocentes cernées par les ambitions, les jalousies et les envies dans le cadre d'une bananeraie perdue au milieu de nul part. Bizarre vous avez dit bizarre ? Carrément et c'est ce qui me plait !

- Histoire de ma vie de Lao She. Il s'agit ici d'une autobiographie de l'auteur qui durant sa vie a traversé nombre d'épreuves et de régimes politiques antagonistes. Je suis curieux d'avoir son regard sur cette Chine mouvante, changeante et multi-forme. La quatrième de couverture nous promet un récit émouvant et une réflexion intéressante sur le temps qui passe. Hâte de lire cela !

- Fleur de béton de Wilfried N'Sondé. Un livre qui me tente énormément depuis que j'ai mis la main dessus. Dans le microcosme d'une cité, on suit le destin de Rosa Maria, une jeune fille qui veut échapper au fatum de sa condition sociale mais qui n'entrevoit pas le bout du tunnel entre un père violent et un environnement mortifère. L'écriture à l'air puissante, vive et sans fioriture. Le genre de promesses qui peuvent conduire à un véritable coup de coeur ! Là encore, cette lecture sera entamée très vite.

Voila pour ces nouvelles acquisitions qui comme vous avez pu le lire promettent beaucoup en terme d'évasion, de découverte d'horizons lointains ou quotidiens. Chaque lecture sera un renouveau, une nouvelle découverte et je l'espère un voyage sans précédent. Les chroniques à venir sur chacun de ces ouvrages vous en diront un peu plus.

mardi 28 mars 2017

"Chanson douce" de Leïla Slimani

Chanson douce

L'histoire : Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.

La critique Nelfesque : Cela fait un petit moment que j'avais entendu parler de "Chanson Douce" de Leïla Slimani. En premier lieu parce qu'il avait fait grand bruit lors de sa publication en pleine Rentrée Littéraire 2016, ensuite parce que ce roman a reçu la même année le célèbre Prix Goncourt. Ce qui a engendré encore plus de lectures, dont la mienne. Après le très bon Goncourt des Lycéens, "Petit pays" de Gaël Faye, j'avais envie de voir si son aîné était tout aussi bien mérité.

"Chanson douce" a la réputation d'être un roman très fort. Beaucoup de mamans lectrices n'ont pas pu le lire ou ont été choquées par son histoire et notamment la scène très dure qui débute ce roman. Et pour cause, on commence ici avec la découverte d'une scène macabre où les deux enfants en bas âge d'un jeune couple ont été massacrés par leur nounou. Pourquoi cet acte et comment est-il arrivé ?

Je n'ai pas d'enfants et j'aime les romans noirs, les scènes chocs et les romans qui font réfléchir sur la nature humaine. Avec cet ouvrage de Leïla Slimani j'ai été servie ! L'écriture est simple et tout à fait accessible. N'ayez donc aucune crainte en voyant le bandeau "Prix Goncourt" ici, il est très facile à lire de par sa construction et le vocabulaire employé. L'auteure nous présente ici une histoire ordinaire, banale, un drame qui pourrait arriver dans n'importe quel foyer. Et c'est sans doute cela qui glace le plus le lecteur...

La recherche d'une nounou c'est une rencontre qui nait d'un besoin. Ici Myriam va reprendre son métier d'avocat et une solution doit être trouvée pour permettre à toute la petite famille de continuer à fonctionner correctement. Après plusieurs entretiens, le choix se porte sur Louise, une femme plus âgée, douce et très proche des enfants. Avec elle tout parait naturel. Très arrangeante, elle aime faciliter la vie de ses employeurs et va au delà de ce pour quoi elle a été engagé. La famille de Myriam, c'est sa famille. C'est ainsi que petit à petit elle va prendre de plus en plus de place dans ce foyer jusqu'à y faire planer une ombre malsaine. Lorsque les jeunes parents se rendent compte que la situation dérape, il est déjà trop tard et le drame implacable et froid des premières pages est inéluctable.

Cette lecture est forte car elle va chercher chez chaque lecteur sa capacité de compréhension. Il n'y a pas de suspens ici, un meurtre a eu lieu et on connaît déjà le nom du coupable. La seule question qui subsiste est "pourquoi ?". Sur 220 pages, ce qui est finalement très court, Leïla Slimani va nous présenter la situation, nous faire rentrer dans la bulle de cette famille, nous donner à voir son mode de fonctionnement et surtout nous présenter Louise. En peu de pages, elle détourne le cerveau du lecteur sans jamais donner de réponses précises. L'homme n'est pas une machine avec des fonctions bonnes ou mauvaises, la nature humaine est bien plus complexe et les "et si..." sont légion. Etait-il possible d'éviter ce drame ? Si oui, à quel moment ? En n'engageant pas Louise ou bien plus tôt dans sa vie personnelle ? Chaque acte extrême a un point de départ, une racine, un terreau à analyser pour qui veut bien y mettre les mains et essayer de comprendre.

logo-epubDans ce roman humain par les sentiments qu'il dégage et pourtant tout ce qu'il y a de plus factuel dans son approche, l'auteure questionne l'homme avec pudeur et discrétion. Elle met le doigt sur nos souffrances, nos ambiguïtés et nos contradictions. Ambiance glaçante, drame inéluctable, le lecteur est happé dans cette histoire sordide et cette atmosphère malsaine dont on ne peut plus détacher le regard avant la dernière page. Un roman qui fait froid dans le dos...