samedi 17 septembre 2016

Chasse aux livres à domicile !

Le week-end dernier c'était au tour de la médiathèque de notre commune de procéder au désherbage de ses rayonnages. Pour ma part, je n'étais pas optimiste quant à la possibilité de trouver des titres qui me tenteraient vu le caractère "rural" de notre lieu de villégiature et le peu d'activités dédiées à la culture de manière générale. Je m'attendais plutôt à des titres soit hyper connus (déjà lus ou qui ne m'intéressent pas), à des romans de terroir (genre qui fonctionne pas mal en Bretagne et qui me laissent de glace) et à une majorité de livres pour enfants. Nelfe ayant une force de persuasion hors du commun, elle réussit tout de même à m'entraîner vers ce micro-événement "littéraire" local...

IMG_8952

Grand bien lui a pris tant l'offre proposée s'est révélée finalement variée et de qualité. La responsable a du goût et ça se sent d'office. Par habitude, je ne lis que des livres que j'achète en seconde main (plus les SP) et je ne fréquente plus les bibliothèques depuis un certain temps. Il s'avère qu'une fois de plus lors d'un chinage, j'ai croisé des auteurs que j'affectionne beaucoup et que des titres m'ont séduit par leur quatrième de couverture intrigante. Au final, je suis ressorti avec six romans (un pour Nelfe) et une BD. Je vous invite à me suivre dans la découverte des nouveaux pensionnaires de nos PAL respectives !

IMG_0064

- L'Amour est une île de Claudie Gallay. Depuis mes lectures enthousiastes des Années cerises et des Déferlantes, je voue un culte à cette auteure à l'écriture envoutante et simple à la fois. Impossible donc de ne pas acquérir ce titre qui me faisait de l'oeil et qui explore les passions, rêves et mensonges au coeur d'un été lourd de secret avec en toile de fond le festival d'Avignon. Sacré programme en perspective que je suivrai avec délice avant la fin de l'année.

- La Quarantaine de J. M. G. Le Clézio. Un bel ouvrage pour un auteur décidément à part dans le paysage littéraire français avec son goût pour le voyage, la rencontre de l'autre et une écriture poétique à souhait. Il est ici question de mise en quarantaine avant la reprise d'une vie "normale" avec la compilation de souvenirs et notes éparses. Sans aucun doute, une de mes futures "grandes" lectures. 

- Hors champ de Sylvie Germain. À la table des hommes sorti en début d'année m'avait laissé un sentiment mitigé entre un jeune héros très charismatique, touchant comme jamais, et un background plutôt simpliste et surtout déjà lu et vu. Je retente ma chance avec ce titre traitant de l'effacement et de l'oubli de certaines personnes dans notre société occidentale contemporaine. Je gage sur la qualité certaine d'écriture de l'auteur pour nous faire explorer les peurs et doutes du genre humain. 

IMG_0068

- La Caverne des idées de J. C. Somoza. Coup de poker que ce livre qui m'a séduit par son histoire d'enquête policière sous fond de Grèce antique, période fascinante pour l'historien que je fus durant mes études. Qui a tué le jeune éphèbe ? C'est ce que vont s'atteler à découvrir deux êtres que tout oppose : un fin limier et un philosophe platonicien, mentor du disparu. Ce livre plein de promesse ne tardera pas à sortir lui aussi de ma PAL !

- Ainsi mentent les hommes de Kressmann Taylor. Trop content d'être tombé sur ce recueil de nouvelles après la gigantesque claque renouvelée lors de ma relecture de Inconnu à cette adresse et la découverte du très bel ouvrage jeunesse sorti chez Flammarion lors de la rentrée littéraire 2014, Monsieur Pan !Les courts textes réunis ici mettent en scène de jeunes adolescents confrontés à des adultes mensongers qui vont les pousser à s'isoler en dehors du cercle de l'humanité, dans la nature pour désamorcer douleur et désarroi. J'ai sacrément hâte de débuter cette lecture tant je trouve cette auteure redoutable d'efficacité dans le traitement de la nature humaine. Yes !

- Roi du matin, reine du jour de Ian McDonald. Ce livre nous raconte le destin de trois femmes irlandaises considérées comme folles par certains, sorcières par d'autres. Gnomes, extra-terrestres, monstres venus d'on ne sait où, mythomanes mêlant mensonges et réalité... l'éditeur nous promet un voyage qui dépote entre histoire et mythologie de ce pays si mystérieux. Je suis très curieux de lire ça !

IMG_0075

- Un Fauve en cage, une aventure de Jérôme K. Jérôme par Dodier. L'occasion fait le larron et cela fait bien longtemps que je n'ai pas suivi une enquête de ce jeune enquêteur légèrement maladroit, amateur des policiers US à l'ancienne qui collectionne les sons de sirènes des polices du monde entier. Dans ce volume, il recueille une jeune femme amnésique sur qui plane un danger insaisissable. Là encore, un ouvrage qui ne tardera pas à quitter ma PAL !

IMG_0061

- À Marche forcée de Slavonir Rawicz. L'unique choix de Nelfe mais quel choix ! Nous avions regardé l'adaptation cinéma lorsqu'elle est passée à la télévision et nous avions été bluffé par cette histoire vraie (Les Chemins de la liberté de Peter Weir, sorti en 2010). Ce livre est le témoignage unique d'évadés du goulag russe qui ont parcouru des miliers de kilomètres à travers le désert de Gobi. Je pense que c'est le genre de lecture qui ne laisse pas indifférent. J'ai hâte de savoir ce que Nelfe en pensera, d'autant plus qu'elle affectionne les romans des "grands espaces" !

De belles pioches une fois de plus, des PAL qui grossissent un peu mais pas trop (on a vu pire au Capharnaüm éclairé en terme d'acquisitions !) et qu'il faudra faire diminuer quand la rentrée littéraire 2016 sera derrière nous. Quel bonheur que d'être lecteur !


samedi 7 novembre 2015

"Les Années cerises" de Claudie Gallay

001

L'histoire : A l'école, on l'appelle l'Anéanti. Pas seulement parce qu'il collectionne les zéros : sa maison, à l'écart du village, est menacée d'être engloutie par une falaise qui s'effrite peu à peu. Et alors que tous : autorités, voisins, famille, conseillent à ses parents de déménager le plus rapidement possible, ils s'accrochent à leur chez-eux. La mère surtout, qui ne se soucie guère de rassurer son fils et distribue les claques plus facilement que les câlins. C'est dehors que le jeune garçon trouve de l'affection et des raisons d'aimer la vie : en s'occupant des animaux de la ferme de pépé et mémé, en rêvant à la grande sœur de son ami Paulo, en faisant de la balançoire sur le cerisier planté au bord du gouffre…

La critique de Mr K : Hasard de chinage rime souvent avec bonne surprise, ceux qui nous suivent régulièrement s'en rendent régulièrement compte entre amusement et parfois hantise: Mais comment vont-ils faire pour pouvoir enfin faire baisser leur PAL! Grosse grosse claque littéraire aujourd'hui avec ce petit ouvrage qui remue beaucoup et s'amuse à jouer avec notre ressenti et nos sentiments! Préparez-vous à 173 pages de montagnes russes dans l'univers si prenant et fascinant de Claudie Gallay qui m'avait déjà régalé avec le très connu et apprécié Les Déferlantes.

Tout est dit dans la quatrième de couverture: la situation est tendue pour ce jeune garçon de 11 ans, la maison menace de s'écrouler, ça ne se passe pas très bien à l'école et à la maison. Père absent, maman à la main leste enfermée dans ses certitudes et là, en plein milieu, comme un chien au milieu d'un jeu de quille, L'Anéanti. Dur dur de grandir, de faire sa place dans un milieu dur et hostile. Heureusement, il y a des parenthèses enchantées qui font tenir et progresser: les séjours bucoliques chez les grands parents, les après-midi chez le meilleur ami dont la sœur possède un charme certain et les moments de réflexion au bord de la falaise qui avale peu à peu l'espace du jardin, bientôt la maison.

Les Années cerises s'apparente à une véritable course contre la montre, contre la vie trop dure qui empêche notre héros d'être serein. La tension est lourde dès le départ au rythme des mauvais moments à l'école et les remontrances de la mère. Une mélancolie intense et durable se dégage de cette histoire triste et brutale malgré quelques échappatoires momentanées. Véritable éponge à émotion quand je suis pris dans ma lecture, je me suis enfoncé au plus profond de moi durant cet ouvrage et je l'ai vécu à 100%. Impossible de ne pas continuer, de ne pas suivre le parcours chaotique de cet écorché de la vie très jeune et déjà en danger.

L'histoire, c'est lui qui la raconte et l'on partage tous ses espoirs et ses doutes. Le langage enfantin et dépouillé de toute forme stylistique rendent l'immersion totale. Loin de se cantonner dans l'exercice de style, Claudie Gallay nous invite à véritablement vivre l'expérience de ce môme perdu et l'on se rappelle, au détour de certaines pages et même parfois de certaines formulations, des expériences antérieures que l'on a pu vivre / ressentir et dont nous avions enfoui le souvenir. Étrange expérience entre évasion et réminiscences qui reste longtemps gravé dans le cœur et dans l'esprit. Ce livre m'a touché énormément à ce niveau là.

On se prend très vite d'amitié pour notre héros qui ne peut laisser insensible, les grands parents vieillissants très attachés à leur petit fils, le tonton sympa et concerné, la sœur de Paulo ("rêve éveillé") d'une douceur extrême et qui va se révéler être un phare, un repère pour le jeune garçon qui en tombe amoureux comme seul peut s'éprendre un gamin de cet âge là, entre fascination et innocence la plus pure, sans jalousie et d'une poésie à fleur de page comme sait si bien livrer l'auteure qui se surpasse une fois de plus.

On ressort donc tout chamboulé de ce roman qui accumule les scènes fortes, les confrontations d'un jeune face au monde des adultes et les espoirs tout azimut. C'est frais sans être mélo, pas de pathos, une sensibilité brute de décoffrage traduite par une écriture épurée qui frappe fort et juste. Un livre à lire absolument!

Posté par Mr K à 18:05 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
samedi 2 mai 2015

"Les Déferlantes" de Claudie Gallay

13443_727361

L'histoire: La première fois que j'ai vu Lambert, c'était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large. Il était arrivé un peu après moi et il s'était assis en terrasse, une table en plein vent. Avec le soleil en face, il grimaçait, on aurait dit qu'il pleurait. C'est à La Hague – un bout du monde à la pointe du Cotentin – que la narratrice est venue se réfugier. Elle arpente les landes, observe les oiseaux migrateurs… et Lambert, homme mystérieux et tourmenté aperçu un jour de tempête, et qui n'a cessé depuis lors d'éveiller sa curiosité.

La critique de Mr K: Aujourd'hui un livre qui a fait couler beaucoup d'encre. Mon premier contact avec lui a eu lieu par hasard lors du passage de l'épreuve de français du Diplôme National du Brevet version Professionnelle d'il y a trois ans. Un extrait de ce récit était proposé aux candidats pour la partie analyse de texte et j'avais trouvé le style assez étonnant et rafraîchissant. Le temps a passé et j'ai lu ici ou là des avis très partagés sur ce roman fleuve (540 pages tout de même!) de Claudie Gallay. Beaucoup ont adoré et ont trouvé Les Déferlantes immersif au possible, beaucoup ont aussi arrêté en cours de route ayant eu l'impression de perdre leur temps… Emmaüs avait encore frappé l'année dernière et une amie avait vraiment dévoré ce livre, je décidai donc de tenter à mon tour l'expérience.

La narratrice se trouve dans un petit villa de bord de mer dans le Contentin. Seulement entourée de la Nature sauvage et de personnalités du secteur, elle surnage dans sa vie devenue inutile selon elle depuis la disparition de son compagnon. Très pudique, c'est une taiseuse, elle ne s'épanche pas et vit simplement, de façon contemplative, observant les gens comme elle observe les oiseaux (c'est son métier). Le temps s'écoule lentement, sans surprise, dans une monotonie morne mais rassurante pour cette femme convalescente. Un jour, elle fait la rencontre de Lambert, un homme étrange, secret (un peu comme elle) qui va faire ressurgir du passé des événements dramatiques et changer à jamais les rapports de la petite communauté locale.

Pour ma part, j'ai été happé immédiatement par ce roman. Le rythme est très lent certes, il se calque sur la nature de son héroïne et on se balade lentement sur la côte, on suit le quotidien du petit bar du coin, du faible d'esprit qui retape un vieux bateau, on observe la nidification des oiseaux, le travail d'un sculpteur au succès à venir… il ne se passe pas pas grand chose mais il se dégage un magnétisme certain de cette histoire plutôt banale au prime abord. Mais plus on s'enfonce dans le récit, plus on se rend compte que par petite touche l'héroïne évolue, sort de sa coquille pour s'intéresser aux autres puis à Lambert. D'où vient-il? Quelle est la nature du drame qu'il a vécu? Quel secret va-t-il découvrir? L'omerta est de mise dans la petite communauté de La Hague, les rancunes sont tenaces, la jalousie et les remords aussi.

Entre deux expéditions sur la côte pour son travail, l'héroïne au détour d'un coup au bar ou d'une soirée jeu de cartes va s'apercevoir que tout ce petit monde est lié par des liens plus ou moins visibles et avouables. L'apparence simplicité des rapports humains cache un vécu rude et souvent solitaire. Cela fait écho avec son propre vécu et son rapprochement progressif avec Lambert va lui permettre d'enfin pouvoir essayer de passer à quelque chose d'autre. Elle devra pour cela lever quelques mystères et se faire violence. Beau parcours que celui de la narratrice, une personnalité éteinte révélée par le prisme des autres protagonistes.

L'écriture est vraiment particulière et elle ne plaira pas à tout le monde. Texte descriptif à souhait entre nature et sentiments profonds, les phrases sont ici courtes et lapidaires. Elles rebondissent de mots en mots, le rythme est haché et assez déconcertant pour qui est habitué à lire des romans plus classiques. J'ai bien aimé ce caractère d'urgence, cette tension accumulée par les différents protagonistes et l'écriture la rend à merveille. Ce roman se lit effectivement très rapidement et d'une traite comme le proclame la quatrième de couverture et on a l'esprit qui chavire au fil des secrets qui s'éventent et des révélations. J'ai aimé aussi cette immersion totale dans ce microcosme replié sur lui-même à la fois froid, accueillant et autosuffisant. Par moment, certains personnages partent pour reprendre leur souffle mais ils ne tardent jamais vraiment à revenir comme hypnotisés par les lieux. Ça m'a presque donné envie d'aller y faire un tour pour aller voir le phare, l'auberge et l'île d'Aurigny.

Une excellente lecture que je ne peux que conseiller aux amateurs de grand air et d'histoires intimistes!

Posté par Mr K à 18:25 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , ,