dimanche 28 février 2016

"Salammbô" de Gustave Flaubert et Philippe Druillet

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L'histoire : Il fallut mille ans pour construire l'Empire de l'étoile et mille ans furent nécessaires pour le détruire en ces temps de la fin. Seule la planète-mère, centre de l'étoile, coupée de l'empire respirait encore dans des flots de sang. À Carthage devenue République vivait Salammbô, beauté façonnée par les dieux, gardienne du voile sacré de Tanit. Carthage, perle écarlate du monde de l'étoile, et Salammbô sa vierge sacrée. Les textes disent que le glaive brûlant qui consuma la cité et dévasta l'empire vint du ciel par l'homme aux yeux de feu qui recouvrit le monde de l'étoile d'un océan de sang. Et la vierge divine succomba. Car c'était le temps où les barbares conquérants firent tomber les dieux de leurs piédestals. La fin de l'empire… mille années, océan du temps… Écoutez… Écoutez au loin monter vers nous le sourd grondement des armées en marche que rien ne pourra plus arrêter. Ô dieux, entendez notre plainte !

La critique de Mr K : Monstrueuse claque que cet album initié par Druillet suite à une discussion à priori anodine avec le rédacteur-chef de l'époque de Rock and folk: transposer l'action du Salaambô de Flaubert dans un futur lointain. Pari réussi haut la main, tant cette intégrale procure jubilation de chaque instant dans le choc continu entre texte originel et dessins hors norme du maître. Pour précision, j'ai lu lors de mon cursus littéraire l’œuvre originelle qui m'avait bien plu mais dont le temps malheureusement avait quelque peu effacé le souvenir, la piqûre de rappel fut donc salutaire et a permis de redécouvrir un classique à la langue si moderne et dont le fond est toujours d'actualité.

Carthage a vaincu mais elle se retrouve avec des alliés bien encombrants sur les bras. Elle les renvoie en dehors des murailles en leur promettant richesses et remerciements pour leur engagement à ses côtés. Bien évidemment rien ne se passe comme prévu surtout qu'un chef mercenaire se permet de voler l'objet sacré confié à la vierge et divine Salammbô, grande prêtresse protectrice de la cité. Se mêle à cette intrigue générale, l'attrait irrépressible qu'attise la belle vestale bien malgré elle sur un chef barbare, Mathô (réincarnation de Lone Sloane, héros récurrent de Druillet). Tout cela ne peut que finir mal et encore… vous êtes en dessous de la réalité.

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Malgré l'explosion de couleurs et de détails chère à Druillet, l'ensemble garde la cohérence du roman d'origine. On retrouve donc tous les éléments qui ont fait de Salammbô un classique qui résonne encore aussi talentueusement aujourd'hui: les deux anciens alliés qui se retrouvent ennemis, le destin contrarié de deux êtres perdus dans un combat qui les dépasse et qui va les pousser à leur perte (légère différence dans la version Druillet, c'est Lone Sloane tout de même!), la cruauté et l'injustice de la guerre, la religion aussi porteuse d'espoir que d'extrémisme, les femmes exploitées et victimes de l'incurie des hommes et des dieux. Toutes ces thématiques sont transcendées ici par une forme incroyable au service d'un récit qui n'a rien perdu de sa force immersive et de sa puissance narrative.

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Plus qu'une BD, cet ouvrage s'apparente quasiment à un livre d'art tant on a l'impression de feuilleter page après page un catalogue d'exposition composé de tableaux plus mirifiques les uns que les autres. Druillet est au sommet, dynamite les règles de son art et propose des images marquantes et totalement délirantes: statues et bâtiments cyclopéens, scènes de bataille dantesque (dont se sont sans doute inspirés les auteurs des Chroniques de la Lune noire), expérience mystique virant au psychédélisme (je suis fan!), décors et paysages sublimes et une Salammbô belle à se damner! Contrairement à beaucoup de BD, celle-ci se digère lentement, le lecteur se prenant à rester admirer le travail de l'artiste plusieurs minutes tant les détails et références pullulent et donnent une densité incroyable à l’ensemble. Quelle beauté! Quelle maestria!

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On ressort ébloui par cette expérience totale qui nous conduit très loin dans notre imaginaire et comble toutes les attentes de l'amateur de SF et de classiques littéraires que je suis. La relecture de Salammbô est brillante car subtile et bien menée, les éléments nouveaux s'imbriquant parfaitement aux anciens et permettant une translation efficace et respectueuse dans un univers SF. À lire absolument!

Posté par Mr K à 16:34 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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lundi 24 mars 2014

"Un coeur simple" de Gustave Flaubert

un coeur simpleL'histoire: Pour Félicité, vivre, c'est servir. Elle se dévoue à sa maîtresse, aux enfants de celle-ci, à son neveu, et... à son perroquet! Hélas, ce don de soi ne trouve guère de récompense dans l'existence terrestre de Félicité. Toute sa vie, elle dispense son amour sans retour, ce qui lui vaudra une bien singulière apparition du Saint-Esprit lors de son décès...

La critique de Mr K: Petit retour dans le classique pur et dur avec ce livre une fois de plus trouvé dans mon casier et qui m'a replongé dans mes premiers amours: les grands classiques du 19ème siècle avec cet ouvrage de Flaubert, auteur qu'on ne présente plus et dont j'avais dévoré et adoré L'Éducation sentimentale. Format court avec cette nouvelle d'une soixantaine de pages dont je suis venu à bout très vite et qui m'a laissé un doux goût de nostalgie et une légère pointe de déception.

On suit ici le parcours de Félicité, jeune fille d'extraction modeste qui après avoir vécu une jeunesse difficile va finir par se faire embaucher par une femme de la bourgeoisie normande qu'elle va servir jusqu'à sa mort. Nous faisons ainsi connaissance de Madame qui agit dans un premier temps avec beaucoup de froideur mais qui va finalement finir par s'ouvrir à elle avec le temps qui passe, des invités qui viennent partager des parties de carte au manoir et qui profitent des largesses de la maîtresse de maison, nous voyageons dans la Normandie de l'époque et explorons les différentes couches sociales d'une société encore très hiérarchisée malgré la révolution française.

Au milieu de ce monde difficile où la maladie, la cupidité et les conventions règnent, la figure de Félicité émerge comme celle d'une sainte toute dévouée à sa tâche. Elle en devient presque énervante tant elle semble parfois tendre le cou pour se le faire trancher; malgré que l'on se conduise mal envers elle, elle ne rechigne jamais à la tâche et se dévoue corps et âme pour son employeur et sa famille. Son quotidien est d'une monotonie désespérante et laisse peu ou pas de place aux plaisirs des nourritures terrestres. Félicité malgré tout avance, maintient ses efforts et se consacre à son travail jusqu'à s'épuiser et perdre de sa vitalité. Cette histoire finit forcément mal, vous vous en doutez!

Le point de vue externe donne à l'ensemble un côté témoignage indéniable et permet au lecteur une distanciation vis-à-vis du personnages principal ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient. Flaubert nous offre des portraits saisissants et en profite pour croquer la société de l'époque, n'épargnant rien ni personne. J'ai aussi particulièrement apprécié les descriptions des conditions de vie des paysans et bourgeois de l'époque, les uns étant nécessaires aux autres, vivant si proches les uns et les autres mais ne partageant rien ou si peu de choses. On retrouve tout le talent évocateur de Flaubert avec une écriture alerte et complexe, ce qui en rebutera sans doute un certain nombre d'entre vous.

Reste tout de même que je me suis légèrement ennuyé pendant cette lecture et qu'il n'aurait pas fallu le double de pages tant certains passages m'ont apparu plats et sans consistance. La dénonciation est bel et bien présente mais manque parfois de finesse avec un personnage principal qui finit par agacer fortement et dont on se détache finalement assez vite. C'est dommage car à trop vouloir en faire, Flaubert pour moi a raté sa cible... je sens que je vais être frappé par la foudre qui va s'abattre sur moi mais je trouve que ce volume est indigne de son talent et vire à la charge facile et manquant de nuance.

Je ne le conseillerai donc pas plus que ça et vous oriente bien volontiers vers son chef d'œuvre nommé ci dessus qui pour moi reste à jamais à placer au panthéon des œuvres réalistes de l'époque.

Posté par Nelfe à 19:11 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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