dimanche 12 mars 2017

"Poséidon, le terrible" de Martine Laffon

Poséidon

L'histoire : Sur une île déserte, un vieillard raconte l'histoire du dieu Poséidon, roi des mers et des océans. De sa rivalité avec sa soeur Athéna à ses terribles vengeances envers les humains qui l'ont trahi. Poséidon est le dieu protecteur des navigateurs, mais il peut aussi être redoutable...

La critique de Mr K : Je vous convie à un voyage en terres mythologiques aujourd'hui avec cet ouvrage tout juste sorti chez Flammarion jeunesse et qui s'intéresse au cas particulier de Poséidon, une de mes figures préférées en légendes grecques et barbares. Si je suis venu à la lecture très jeune, c'est justement parce que j'ai eu la chance d'avoir entre les mains un ouvrage de mythologie qui m'a initié aux croyances anciennes et au plaisir de la lecture. Qu'en est-il avec ce livre bien plus récent ? 

Au fil de cinq soirées, un conteur va raconter une étrange rencontre qu'il a faite et les aventures qui s'en sont suivies lorsqu'il était plus jeune et qu'il voguait sur les flots en tant que marin aventurier. Suite à un naufrage, Triton, le rejeton de Poséidon, va l'emmener dans le royaume de son père sous les mers. Il y rencontrera le dieu au trident, sa belle et terrible épouse et se verra confier une mission importante : redorer le blason du dieu trop souvent décrié et présenté comme terrible et rancunier. C'est l'occasion pour l'auteur de revenir sur quelques mythes majeurs de l'antiquité grecque dont Charybde et Sylla, le cyclope Polyphème, Ulysse et son incroyable voyage ou encore, la guerre de Troie et sa rivalité avec sa nièce Athena. 

Écrit pour un public allant de 10 à 13 ans, ce livre souffle un vent frais sur les légendes pluri-millénaires qui parsèment cet ouvrage. Le ton est volontiers léger entre le conteur et les marins qui l'écoutent soir après soir en se passant une amphore de vin. On sourit beaucoup lors des querelles familiales qui éclatent au sein du foyer de Poséidon. Léger ne veut pas dire futile, les enfants rirons volontiers aux saillies et autres bons mots dispensés, les plus âgés (initiés) retrouveront avec bonheur des histoires qui ont marqué leur découverte de la mythologie. À l'occasion, on détricote même certaines idées reçues et Martine Laffon réhabilite aussi certains personnages plutôt malveillants dans les versions plus répandues notamment la figure tragique de Méduse qui a eu le malheur de déplaire à Athena ou encore Ulysse plus féroce que rusé lorsqu'il aborde les rives de l'île de Polyphème, enfant chéri du dieu des mers doté d'un QI d'huître. 

On passe un excellent moment lors de la lecture de cette centaine de pages que compte Poséidon, le terrible, peuplée d'êtres fantastiques aux caractères bien trempés, des hommes avides de connaître les péripéties d'un conteur respecté et adepte du verbe haut. Le tout est servi dans une langue simple, accessible, totalement adaptée au jeune public sans pour autant tomber dans la facilité et le simplisme. Loin de prendre nos chérubins pour des amateurs, l'auteur multiplie les références en les teintant d'un humour bon teint et de formules modernes qui ne dénaturent jamais le matériaux originel. Une bonne idée de cadeau pour initier un jeune aux mythes fondateurs.

Posté par Mr K à 17:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

jeudi 24 novembre 2016

"L'Alchimiste" de Paulo Coelho

l'alchimisteL'histoire : "Il sut soudain qu'il pouvait regarder le monde soit comme la malheureuse victime d'un voleur, soit comme un aventurier en quête d'un trésor. "Je suis un aventurier en quête d'un trésor", pensa-t-il, avant de sombrer dans le sommeil."

Santiago a un rêve.
Pour l'atteindre il vent tout ce qu'il possède, s'embarque sur un bateau et se met à  l'écoute de son coeur.

La critique Nelfesque : "L'Alchimiste" de Paulo Coelho est un incontournable pour beaucoup. Traduit en français dans les années 90, il a été énormément lu à l'époque et l'est encore aujourd'hui. Pour ma part, bien que l'ayant souvent croisé sur ma route, je ne me l'étais jamais procuré jusqu'alors. Cette nouvelle édition chez Flammarion Jeunesse proposant cet ouvrage pour la première fois à un public jeunesse m'a fait sauter le pas et découvrir enfin cet écrit tant aimé...

Avant de rentrer dans les détails de l'histoire et de mon ressenti, je voudrais m'arrêter quelques minutes sur l'édition que j'ai maintenant en ma possession. Avec sa couverture cartonnée, son titre et le ciel étoilé brillant de mille feux et les quelques illustrations de Michel Galvin présentes dans l'ouvrage, c'est vraiment un très bel ouvrage et je ne regrette pas d'avoir attendu si longtemps pour avoir ce titre dans ma bibliothèque tant on ne peut être que conquis par le soin apporté aux finitions de cette présente édition.

"L'Alchimiste" se prête en effet tout à fait à une lecture jeunesse. Au fil des pages, j'ai pensé qu'effectivement cette histoire était on ne peut plus appropriée pour les lectures du soir à un enfant. Entre aventure, conte initiatique et ouvrage philosophique, Paulo Coelho nous livre ici une leçon de vie à la portée universelle. Elever un enfant avec les principes ici exposés (à savoir respecter l'autre, croire en ses rêves quels qu'ils soient et tout mettre en oeuvre pour les réaliser) est tout à fait louable (et même fortement recommandé !).

Nous suivons ici Santiago, berger andalou, dans la quête de son destin. Lui qui a toujours aimé voyager et trouve dans son métier matière à épanouissement, va un jour décider de partir à la découverte d'un trésor se trouvant sous les pyramides d'Egypte. Entre croyance, superstitions et foi, son voyage n'est pas sans rappeler quelques paraboles et séances de catéchisme pour qui a eu une éducation religieuse catholique. Certains trouveront tout cela bien cucul et naïf, d'autres y verront un moteur pour avancer. La foi est quelque chose de bien personnelle et que l'on croit à une entité supérieure ou en soi-même, force est de constater que la croyance (au sens large du terme) aide bon nombre de personne à arpenter une vie pas forcément toujours rose. Porteur de messages philosophiques, "L'Alchimiste", que l'on soit croyant ou non (bien que Paulo Coehlo insiste tout de même beaucoup ici sur la notion de Dieu), parle à chacun d'entre nous. Au petit enfant qui demeure en nous, à celui qui croit aux signes du destin ou à celui qui rêve chaque jour d'un monde meilleur.

IMG_20161111_155134

D'un point de vue strictement personnel et du haut de mes 34 ans, je dois avouer qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil dans cet ouvrage. Les principes exposés ici sont ceux que je partage déjà et que je mets en pratique, autant que faire se peut, chaque jour de ma vie. Avec des hauts et des bas, comme tout le monde, mais globalement je m'y efforce. "L'Alchimiste" peut être vu comme un ouvrage plein de bons sentiments mais que resterait-il du monde et de l'humanité sans bienveillance, espoir et altruisme ?

Très facile d'accès, l'écriture et le schéma narratif sont simples et c'est une très belle idée que Flammarion Jeunesse a eu là de le faire arriver sur les étagères jeunesses de nos bibliothèques. On ne lira sans doute pas cette histoire de quête, de communion avec la nature, de respect pour soi-même de la même façon en étant adulte qu'en étant enfant.

Quête initiatique, aventure, conte philosophique, parabole, chaque lecteur verra dans l'histoire de Santiago ce qu'il voudra bien y voir selon son expérience, ses besoins et son ouverture d'esprit. Reste un très joli moment de lecture, une histoire simple et apaisante qui a le mérite de reconnecter le lecteur aux valeurs essentielles d'une vie. Une lecture doudou pour qui a besoin d'un écrit qui réchauffe le cœur ou d'une aide pour avancer et ne pas perdre de vue ses objectifs et rêves d'enfant. Un roman à lire au moins une fois dans sa vie. Reste à trouver le bon moment pour y puiser l'essentiel...

Posté par Nelfe à 17:26 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
mercredi 26 octobre 2016

"Pauline" d'Alexandre Dumas

couv3220650

L’histoire : Quel est le secret que cache Pauline ? Pourquoi fuit-elle le regard d’autrui ? Quel drame creuse son visage et altère son teint ? "Personne n’ignore par expérience que le danger inconnu est mille fois plus saisissant et plus terrible que le péril visible et matérialisé", confie Pauline. En épousant le comte Horace de Beuzeval, un homme diabolique, la jeune femme a signé son arrêt de mort : chaque jour est devenu synonyme d’angoisse et d’effroi...

La critique de Mr K : Impossible de résister à un Dumas qui vous tend ses bras lors d’un chinage. C’est ce que je me suis dit lorsque j’ai découvert le présent volume dans une caisse à priori anecdotique. Je ne connaissais pas du tout l’existence de ce court roman, la quatrième de couverture a fini de me convaincre et je m’en portai acquéreur. Quelques temps plus tard, je me décidai à entamer la lecture. Grand bien m’en a pris car Pauline nous donnant à lire un curieux roman entre aventure et roman noir, une petite bombe à addiction immédiate.

L’histoire nous est racontée par le biais d’Alfred de Nerval (sic) qui raconte à son ami (on s’imagine que c’est Dumas lui-même) une bien étrange et triste histoire qui lui est arrivée : sa rencontre avec Pauline, une superbe jeune fille dont il tomba amoureux fort jeune mais qui lui échappa à cause des conventions sociale de l’époque qui ne le jugeaient pas assez pourvu financièrement pour pouvoir prétendre l’épouser. Des années plus tard, leurs chemins sont amenés à se recroiser dans des circonstances beaucoup plus tragiques : Pauline n’est plus que l’ombre d’elle-même, son mariage est un échec et une menace sourde plane sur elle. Plus on avance dans le récit-témoignage, plus on sent ce fatum se resserrer, emprisonnant les principaux personnages dans une chape de plomb où nul espoir n’est permis.

L’action se déroule au XIXème siècle, ce qui change par rapport à mes lectures précédentes de Dumas. L’ambiance est donc bien différente, loin des intrigues de couloirs et des combats à l’épée, l’ambiance est ici plus feutrée, plus sombre aussi. S’inscrivant dans la tradition du roman gothique à l’anglaise, Pauline propose ainsi des décors inquiétants, des événements quasi surnaturels, des situations macabres et des personnages extrêmement violents car torturés intérieurement. Noir c’est noir : épisodes nocturnes nombreux apportant frissons et mystères, tempête quasi biblique, des ruines étranges perdues au milieu de nul part, un passage secret découvert par hasard, le poison et la mort omniprésente qui transpirent des pages et attirent inlassablement le lecteur vers un dénouement que l'on devine funeste.

En parallèle, on verse dans l’écrit romantique avec des personnages animés par la passion qui dévore et possède totalement celui qui lui cède. Horace De Beuzeval est un modèle du genre et dans sa folie, il se révèle bien plus intéressant que le palot narrateur, archétype du héros chevaleresque cherchant à sauver sa bien aimée déjà condamnée sans qu’elle le sache. La nature est aussi très présente dans ces pages et prend des formes variées. Le ton quasi lyrique de certains passages la rende tour à tour merveilleuse comme très inquiétante. Le passage dans la forêt est un modèle du genre et prouve qu'une description bien faite vaut tous les artifices à suspens du monde. L’expression des sentiments est ici à fleur de mot, chacun se livrant sans entrave ni limite dans ses retranchements. L’amour, la mort, la paix et le désordre sont autant de thématiques disséquées et jetées à la face du lecteur pantelant et totalement possédé par ses pages pourtant datées.

Tout s’explique par le génie littéraire de Dumas, l’aspect classique de l’histoire cache un don de la narration vraiment hors pair (ici nous sommes dans le non linéaire, chaque récit s’emboîte parfaitement avec les autres) et un style qui n’a pas vieilli ou si peu. Emporté par le souffle d’un Dumas inspiré, j’ai lu Pauline en deux traites (il faut bien dormir) et j’en suis ressorti heureux et profondément marqué par les destins brisés qu’il nous convie à observer. Une superbe lecture à entreprendre au plus vite !

Posté par Mr K à 18:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mercredi 19 octobre 2016

"Frères d'exil" de Kochka

Frères d'exilL'histoire : Il y a des moments dans la vie
où ce qu'on croyait solide s'effondre...
Où que la vie t'emmène, Nani,
n'oublie jamais d'où tu viens, mais va !

La critique Nelfesque : Quel bel objet que ce "Frères d'exil" de Kochka ! D'emblée, la couverture séduit par ses tons doux et son trait apaisé. Tout le long de ce court ouvrage de 155 pages, on retrouve les illustrations de Tom Haugomat comme autant de petites bulles de tendresse.

Et de la douceur, il en faut en ces temps troublés et dans l'ouvrage de Kochka, c'est tout un esprit de tolérance, de respect et d'humanité qui est sollicité.

Nous suivons ici l'histoire de Nani, enfant née sur une île qui est vouée à disparaître. Où est-elle exactement ? Cela importe peu. Nani est une enfant, issue d'un pays en souffrance, comme il en existe tant d'autres sur la surface de notre planète. Elle quitte sa terre, ses grands-parents qu'elle aime tant mais qui ne peuvent pas se déplacer, elle laisse derrière elle ses souvenirs, ses amis, ses racines, tout ce qui a fait jusqu'ici son quotidien, pour suivre ses parents vers un ailleurs que tous espèrent meilleur.

Freres d'exil4

Elle va connaître le deuil, le froid, la peur. Elle va espérer, rêver, faire confiance. Avec Semeio, jeune orphelin au coeur brisé que la famille de Nani va prendre sous son aile, elle va, au fil de son voyage vers l'inconnu, lire les lettres que son grand-père, Enoha, lui a écrites pour l'apaiser, lui donner de la force, l'aider à avancer et l'accompagner par les mots dans son long périple, lui qui ne peut la suivre.

Freres d'exil2

"Frères d'exil" est un ouvrage qui résonne douloureusement avec l'actualité. Par des mots simples et une histoire universelle, emplie d'amour et de bienveillance, Kochka donne à lire aux plus jeunes une histoire douloureuse mais pleine d'espoir. Pour qu'ils gardent l'esprit ouvert, qu'ils éprouvent de l'empathie et pensent aux jeunes migrants avec compassion. Autant de facultés qui font parfois défaut aux adultes... Une belle lecture pour une belle cause dans un bel écrin !

Freres d'exil 1

dimanche 16 octobre 2016

Back chez l'abbé !

Hier avait lieu une vente spéciale dans notre Emmaüs fétiche, notre fournisseur préféré de livres de seconde main. Déjà que tout y est bon marché mais imaginez que tous les livres soient à -50%... On se préparait donc à une orgie d'acquisitions et une invasion conséquente de nos PAL respectives par les petits nouveaux...

Acquisitions ensemble

Bon... au final vous voyez que nous avons été plutôt raisonnables avec seulement six ouvrages de plus pour moi et deux pour Nelfe. Il faut dire qu'à force de chiner, on retombe au bout d'un moment sur les mêmes ouvrages et comme en plus nous n'y sommes allés qu'en début d'après-midi, sans doute que de belles pièces avaient déjà trouvé acquéreur. Reste une pêche bien sympathique que je vais vous présenter en compagnie de Tesfa qui sait donner de sa personne quand elle veut !

Acquisitions 4
("Mouais... il a une odeur spéciale et bizarre cet ouvrage...")

- "Structura maxima" d'Olivier Paquet. On commence avec ce livre qui intrigue tellement Tesfa et qui m'a séduit pour ma part par sa quatrième de couverture alléchante. Dans une cité souterraine constituée de poutrelles et de niveaux vertigineux, un homme et son fils vont tenter de découvrir les origines de cet univers clos et parfaitement réglé au bord de l'implosion. L'éditeur promet un ouvrage-hommage au futurisme italien (j'adore ce mouvement artistique), du baroque à la Caro et Jeunet et une pointe de Miyazaki. il ne m'en fallait pas plus pour adopter l'ouvrage que je lirai sans doute durant les prochaines Utopiales qui approchent à grand pas (yes yes yes !) !

Acquisitions 2
("Ceux-ci ne sentent pas meilleur, il a de drôle de goûts Mr K...")

- "Ne la quitte pas des yeux" de Linwood Barclay. Ma PAL en matière de policier/thriller est assez maigre et c'est avec plaisir que je tombai sur un ouvrage de cet auteur qui m'avait séduit avec son ouvrage "Cette nuit là". Dans celui-ci, on suit David dans sa quête pour retrouver sa femme qui a disparu lors d'un après-midi en famille dans un parc d'attraction. Au fil de ses recherches, il va se rendre compte qu'il ne la connaît pas si bien que ça et il va devenir le suspect numéro 1 aux yeux de la police. Suspens et levé de secrets de famille sont à prévoir, le genre de lecture-détente que j'affectionne !

- "Opéra macabre" de Thomas Tissier. Sur le papier, ce roman a tout pour me plaire : une panne de voiture en rase campagne, un refuge inespéré pour l'automobiliste en galère, une femme fatale, une maison labyrinthique, des personnes âgées étranges dont un ancien nazi... Vous mixez le tout et vous obtenez ce roman classé terreur qui promet tension, révélation et érotisme. Là encore, une lecture plus légère mais néanmoins attirante !

Acquisitions 1
("Il est irrécupérable, ma patience a des limites...")

- "La Vierge de glace" de Hans Christian Andersen. On ne peut décemment pas dire non à un petit conte frissonnant surtout quand il est signé par un des maîtres en la matière. Je ne connais pas ce titre et pourtant j'ai pratiqué l'auteur souvent étant plus jeune. L'occasion fait le larron et je vais m'empresser de lire les aventures du jeune Rudy tentant d'échapper à cette mystérieuse reine des neiges éternelles. Il est bien bon de retomber en enfance lors de certaines lectures.

- "Mondo et autres histoires" de J.M.G. Le Clézio. À nouveau, un recueil de contes signé par Le Clézio. Je m'attends ici à des histoires universelles et intemporelles qui nous parlent de nous et de nos aspirations. J'espère y retrouver le souffle et l'écriture magique d'un auteur vraiment pas comme les autres et que j'ai délaissé depuis trop longtemps...

Acquisitions 5
("Reviens Tesfa... Fais pas la tête !")

- "Victor Hugo" d'Alain Décaux. Ce livre est une brique de 1000 pages qui d'ailleurs a réussi à faire fuir Tesfa ! Effet inverse sur moi qui adore Victor Hugo depuis mes débuts de lecteur et qui m'enthousiasme à l'avance de le voir raconter par un narrateur et historien hors pair. Ce monstre sacré de la littérature française a eu une vie tellement riche en terme d'activités, de rebondissements, de combats, d'amours qu'il fallait bien un gros pavé pour nous la conter. Voila une lecture qui risque de me marquer longtemps, je m'y mettrai lors de vacances à venir en 2017.

Acquisitions 3
("Ah... Enfin la sélection de Nelfe ! Pour le coup, je veux bien remontrer mon mignon minois!")

- "La Petite barbare" d'Astrid Manfredi. Voila un livre que Nelfe voulait lire lors de sa sortie l'année dernière, son souhait est exhaussé avec cette trouvaille chanceuse qui l'a réjouie. Récit d'un chaos intérieur et social, l'héroïne écrit son histoire depuis la prison où elle a atterri suite à un acte irréparable. Présenté comme un véritable bâton de dynamite littéraire et une dénonciation sans fard de la société du néant, je sens que Nelfe va respirer la joie de vivre après cette lecture !

- "L'Éducation de Stony Mayhall" de Daryl Gregory. Un livre qui a accroché l'oeil de ma chère et tendre à cause de son édition tout d'abord (Le Belial est excellente dans les domaines qu'elle balaie). Et puis, il y a cette histoire intrigante de jeune gamin insensible à la douleur qui semble cacher un lourd secret au plus profond de sa chair. Roman de genre, premier traduit en français de son auteur, il est précédé d'une réputation certaine. Verdict à venir dans les mois à venir quand Nelfe se penchera dessus...

De bien belles pioches donc avec de la variété, des auteurs à découvrir et d'autres à retrouver avec plaisir. On a limité la casse en terme de PAL même si la terrible phase consistant à faire un choix après une lecture ne va pas s'en voir simplifiée. C'est le triste quotidien du lecteur addict. Je nous plains d'avance...


vendredi 26 août 2016

"Un Coupable presque parfait" de Robin Stevens

9782081373846

L'histoire :
- Tu es sûre que nous ne devrions pas plutôt prévenir la police ?
- Ne dis pas de sottises. Nous n'avons aucune preuve. Pas même un cadavre. On se moquerait de nous. Non, nous devons résoudre cette affaire toutes seules.

Lorsque Daisy Wells et Hazel Wong fondent leur agence de détectives privés, elles espèrent débusquer une enquête digne de ce nom. Tout bascule subitement le jour où Hazel découvre la prof de sciences étendue dans le gymnase. Le temps d'aller chercher Daisy, le corps a disparu. Dès lors, il ne s'agit plus seulement d'un crime à résoudre mais d'un crime à prouver, et ce, avant que le coupable ne frappe de nouveau.

Chaque minute compte lorsque tout indique que le meurtrier est là, coincé à vos côtés, dans l'école où vous vivez.

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie de la littérature jeunesse aujourd'hui avec cet ouvrage récemment sorti chez Flammarion Jeunesse. Un Coupable presque parfait a tout pour me plaire sur le papier : une action qui se déroule dans les années 30, dans un pensionnat de jeune-fille à l'ancienne (l'organisation avec les préfets m'a irrémédiablement fait penser à Harry Potter) et la promesse selon l'éditeur de côtoyer Agatha Christie et surtout Conan Doyle, un de mes amours de jeunesse en terme de lecture. Voyons, voyons si le contrat est rempli...

Daisy et Hazel ont fondé un club de détective. La première s'est prise de passion durant l'été pour les romans policiers qui sont prohibés dans l'enceinte du pensionnat où elle passe sa scolarité. C'est l'occasion après les cours de farfouiller, enquêter et se renseigner sur les gens qui bien souvent ont des choses à cacher. Rien de bien sérieux donc, juste un passe temps amusant et grisant pour des jeunes collégiennes. Mais un jour l'impensable arrive, une professeur est retrouvée morte par Hazel mais le corps disparaît juste après. Avec l'aide de Daisy, elle va rapporter tous les événements qui ont suivi à travers les compte-rendus qu'elle a en charge pour le club et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il s'en passe de belles à l'école de Deepdean !

On rentre directement dans le vif du sujet avec cet ouvrage. Après quelques pages recontextualisant la création du club, les faits sont bien là : les deux jeunes-filles vont devoir enquêter sur un meurtre qui pour les adultes n'existe pas vu que le cadavre a disparu et qu'une lettre de démission express a été posée sur le bureau de la proviseur ! C’est le début des tâtonnements mais les filles sont organisées : recherche des suspects potentiels, listing des alibis, enquête de proximité et découverte de preuves sont au RDV. La tâche n'est pas aisée quand on est en pensionnat et soumis à des règles strictes. Hazel et Daisy vont devoir user de toute leur malice (surtout Daisy d'ailleurs) pour échapper à la surveillance des autorités de l'école pour parvenir à découvrir la vérité.

Au fil de la lecture, on découvre avec nos héroïnes que les adultes cachent bien des secrets et qu'il n'est pas bon de déterrer des choses du passé. On s'attache très vite à Hazel la narratrice. Originaire de Hong-Kong, elle a du faire sa place dans le pensionnat et ce ne fut pas chose aisée. Légèrement naïve, elle prend très au sérieux le club et fait tout pour seconder au mieux Daisy, l'initiatrice du projet. Cette dernière bien que très volontaire et perspicace, est assez déplaisante au départ car trop sûre d'elle, directive à l'excès et suffisante. Mais les rebondissements de l'enquête ne l'épargneront pas et on sent bien qu'elle évolue positivement durant le récit. Les personnages qui naviguent autour du duo sont très bien croqués par une auteure qui économise les mots mais pas la profondeur de ses personnages. Certes le livre s'adresse aux loupiots à partir de 11 ans mais Robin Stevens ne cède pas à la facilité, proposant une galerie de professeurs charismatiques tantôt séduisants et appréciés, tantôt dépréciés et même inquiétants. Leurs camarades ne sont pas en reste avec une vitalité et une énergie assez prenante qui se dégage de l'ensemble. À ce propos, j'ai apprécié la présence d'une liste de personnage en début d'ouvrage ainsi qu'une carte de l'école où se déroule l'intégralité de l'action. C'est totalement facultatif mais ça rajoute un petit plus à l'ensemble.

L'intérêt pour le livre et son intrigue ne se dément jamais avec un suspens millimétré et hautement maîtrisé. L'ouvrage garde une crédibilité de tous les instants malgré le jeune âge des deux enquêtrices. D'ailleurs le dénouement est finement joué ne tombant pas dans la caricature et l'exagération (vous comprendrez en lisant le livre). On y croit pleinement et les références aux classiques évoqués en quatrième de couverture sont multiples et bien insérées. Elles ont ravi l'amateur du genre que je suis et fonctionneront parfaitement avec un jeune public désireux de lire une première enquête policière avec son lot de péripéties, de menaces et d'indices. Une belle réussite que je vous encourage à tenter à votre tour.

vendredi 5 août 2016

Acquisitions estivales

À la faveur d'un séjour au sein de ma belle-famille du Périgord (Ouais, je sais... j'ai carrément de la chance !), j'ai de nouveau craqué... Nelfe nettement moins, mais vous connaissez bien désormais son côté raisonnable. Comme à chaque fois que nous séjournons à Périgueux, il y a des étapes incontournables par lesquelles nous devons passer. D'abord, la Démothèque de Bernard, caverne d'Ali Baba pour tous les amoureux de musique. J'ai pour ma part adopté le fabuleux CD Pet Sounds des Beach Boys (enfin surtout l'oeuvre de Brian Wilson, voir le très beau film Love and mercy qui nous a scotché récemment). Et puis, place à une brocante bien fournie en livres en général et parfois en titres de qualité... Voyez le résultat !

Acquisitions ensemble

11 livres de poche et une BD pour moi, et un livre pour Nelfe. Bonne pioche, non ? J'ai eu la joie de pouvoir trouver des titres d'auteurs hautement appréciés et compléter des séries en cours mais il y a aussi dans ces trouvailles de belles promesses de lecture avec des coups de coeur et des coups de poker. Suivez le guide pour la traditionnelle présentation des nouveaux adoptés !

Acquisitions 1

- L'Ombre du tueur et Exit music de Ian Rankin. Oh joie ! Deux Ian Rankin que je n'ai pas encore lus ! Mes précieux ! J'adore son héros John Rebus dont j'ai d'ailleurs lu une des enquêtes durant ce séjour dans le sud-ouest (chronique à venir dans les prochaines semaines). C'est la promesse de retrouver l'Écosse crépusculaire, la ville d'Edimbourg et des personnages aimés, appréciés à qui il arrive toujours un nombre incroyable de choses. Il ne doit plus me manquer beaucoup de titres de la série.

- Histoires à mourir debout, collectif d'auteurs de la Série noire de Gallimard. Belle initiative que ce recueil de nouvelles noires datant déjà de 1989... Peu importe, ce sera l'occasion de retrouver certains auteurs déjà lus et appréciés et découvrir de nouvelles plumes. Je suis adepte à mes heures perdues de nouvelles sanglantes et implacables. Je crois que je ne serai pas déçu !

Acquisitions 2

- Jusqu'à ce que la mort nous sépare de Lisa Gardner. Là encore, la chance m'a souri en mettant sur ma route ce titre de Lisa Gardner que je n'ai pas lu. Encore une auteure que j'aime tout particulièrement et qui ici va mettre à mal l'institution du mariage avec un mari en apparence sans défauts qui va se révéler être légèrement dérangé... Suspens et page-turner en vue !

- Kraken de China Miéville. C'est tout d'abord la couverture qui m'a attiré l'oeil, car oui, j'aime les tentacules ! Et puis, à la lecture de la quatrième de couverture, on nous promet un Londres interlope, des personnages totalement allumés et un auteur à l'imagination débordante dans la lignée d'un American Gods de Gaïman. Tout part de la disparition improbable d'un calmar géant de huit mètres du muséum d'histoire naturelle de Londres... Pas besoin de m'en dire plus pour me convaincre, j'ai hâte de m'y mettre !

- L'Enfant des cimetières de Sire Cédric. Je vais tenter d'appréhender le "phénomène" par ce premier titre. Entr'aperçu au Hellfest il y a quelques années derrière la horde de jeunes filles en fleur prenant d'assaut son stand pour obtenir une dedicace, l'auteur jouit d'une certaine réputation et je m'étais dit à plusieurs occasions que j'essaierai bien de le lire. L'occasion fait le larron et L'enfant des cimetières promet beaucoup entre vague de meurtres sordides et de suicides et une enquête aux confins du réel. Wait and read !

- La Maison interdite de Dean R. Koontz. Un homme se réveille tous les matins dans un lieu différent, couvert de sang et de dollars, totalement amnésique. Pourquoi et comment ? C'est à la découverte de ces vérités que Koontz nous convie avec pour ma part ma première lecture de cet auteur qui bizarrement n'a jamais retenu mon attention malgré une propension à susciter la peur selon divers avis d'amis. Il est plus que temps que je rattrape le temps perdu avec ce titre qui me donnera envie ou non de poursuivre l'exploration de l'oeuvre de cet auteur.

Acquisitions 3

- Le Ventre de l'Atlantique de Fatou Diome. Une lecture d'actualité avec cette histoire centrée sur les destins d'immigrés aux fortunes diverses et qui naviguent constamment entre espoirs et déceptions. Le sujet m'intéresse et je pense qu'on sera à 10000 lieues des clichés et réactions nationalistes dont on nous abreuve à longueur de temps jusqu'à la nausée. De plus l'auteur m'a été fortement recommandée par des collègues qui s'en servent régulièrement pour parler avec les jeunes dont ils ont la charge. Je crois que je peux plus reculer là... Sans doute, une de mes prochaines lectures.

- Les Nuits blanches et Le Sous-sol de Fiodor Dostoïevski. Que de plaisir partagé avec les lectures de cet immortel de la littérature russe, j'ai notamment adoré L'Idiot (un livre culte à mon avis !) et Crime et châtiment (même chose !) qui m'ont laissé un souvenir incroyable entre reflet sans concession de l'âme humaine et écriture incroyable. Ici, il s'agit de deux courts récits réunis en un seul volume avec une histoire d'amour qui finit mal et un maniaco-dépressif en proie à ses démons. Tout un programme !

- Bord de mer de Véronique Olmi. J'avais apprécié de la même auteur Un autre que moi sorti en début d'année. Le hasard me propose de revenir à Véronique Olmi par le biais de cette histoire âprement simple d'une femme qui emmène ses deux petits garçons en vacances pour la première fois et ceci en pleine nuit, sous la pluie et en dehors des périodes scolaires. Les petits sont inquiets, personnellement moi aussi ! Les éditeurs parlent d'un cri dérangeant, terrifiant et déchirant rien que ça ! Je suis bien curieux de lire ce qu'il en retourne !

- Pauline d'Alexandre Dumas. Impossible de dire non à cet ogre de la littérature qui m'a toujours enthousiasmé par son sens du récit et son érudition contagieuse. On flirte ici avec l'aventure, l'amour et le roman noir à l'anglaise avec la jeune Pauline mariée à un homme diabolique. Je sens que ça va valser sous la couette. Chouette !

Acquisitions 4

- Le Caillou rouge et autres contes de Bazzoli et Caza. Pour tout vous avouer, je n'ai même pas regardé l'intérieur avant de l'acheter, je ne savais pas à quoi ça ressemblait et ce que ça racontait. Mais que voulez-vous, on est fan de Caza ou on ne l'est pas. Les oeuvres du maître restent onéreuses avec le temps et quand une occasion comme celle-ci se présente, on ne passe pas son tour. On se précipite et on défend son acquisition corps et âme. Vous vous dîtes que j'exagère ? Vous vous trompez, je suis bien pire que cela ! 

Acquisitions 5

- Nulle et grande gueule de Joyce Carol Oates. Et voila, la seule et unique acquisition de Miss Nelfe qui pour l'occasion s'est laissée tentée par une de ses auteurs fétiches qui à priori est très douée pour explorer la noirceur de l'âme humaine. Ce roman est placé sous le sceau du soupçon et de la rumeur dans une société en butte au conformisme et à l'hypocrisie. Le genre d'histoire qui ravira j'en suis sûr Nelfe.

Bon ben voila, l'étendue des dégâts ! Et encore, sous les injonctions insistantes (et fondées) de ma chère et tendre, j'ai relâché deux / trois ouvrages qui me faisaient de l'oeil. Les PAL ne s'en voient pas trop augmentées malgré une stagnation inquiétante avant la Rentrée Littéraire qui s'annonce pour très bientôt. Aaaaah, la vie est dure parfois...

jeudi 7 avril 2016

"La Guerre des Mūs : Le Retour de la Paix" de Lisa Fiedler

001

L'histoire : On peut être petit et avoir le cœur grand.

Dans l'ombre des tunnels, le danger rôde : Esperanza, la plus jeune fille de la famille impériale a été kidnappée. Tous suspectent Pup, le frère de Hopper. Mais les choses ne sont jamais ce qu'elles paraissent et les secrets les mieux gardés s'apprêtent à être dévoilés. Pour que la paix règne à nouveau dans le royaume d'Atlantia, Hopper doit montrer aux souris que l'amitié finit toujours par triompher.

La critique de Mr K : La Guerre des Mūs revient enfin avec ce troisième et dernier volume qui vient tout juste de sortir en librairie. Avec le précédent ouvrage de la série, nous avions laissé Zucker et Hopper dans un univers apaisé mais pas encore complètement pacifié. De nombreuses questions restaient en suspens, quelques personnages étaient partis en roue libre et l'auteur se devait de revenir nous compter la fin des aventures du jeune souriceau dans le monde souterrain d'Atlantia. Mission accomplie avec un livre faisant une fois de plus la part belle à l'Aventure et à l'amitié.

Suite à la chute de Titus, son tyrannique d'empereur de père, Zucker a amorcé la nécessaire transition démocratique du royaume et sa reconstruction. Chacun y trouve sa place, les progrès commencent à se faire sentir. Les premiers chapitres sont l'occasion pour le lecteur de faire connaissance avec les nombreux nouveaux personnages qui peuplent les pages de ce troisième volume et notamment les cinq ratons hauts en couleur qui sont nés des amours du jeune prince avec la douce et courageuse Firren. À travers ses portraits savoureux, c'est une certaine conception de l'éducation et du respect mutuel qui sont abordés par l'auteur qui fait ici preuve d'une grande pédagogie envers les jeunes pousses qui liront cette trilogie. On enchaîne les très belles pages sur la notion de fratrie, d'amour familial mais ceci sans niaiserie malencontreuse ni morale à deux balles. Ce qu'il faut comme il faut! Une fois ces premiers ressorts affectifs placés (notamment les liens indéfectibles unissant Hopper à sa filleule), le livre peut démarrer!

Esperanza (la dernière née) disparaît! C'est la panique à Atlantia! Nul doute qu'elle a été enlevé! Mais par qui? Très vite, les soupçons se tournent vers le jeune Pup, désigné depuis un certain temps comme l'ennemi numéro 1 de la cité, ce dernier ayant souhaité en son temps sa destruction pure et simple. Une chasse au souriceau commence alors avec ses moments de doutes et ses révélations. La vérité va se faire jour petit à petit, remonter à la surface des souvenirs perdus, des actes manqués et des responsabilités étendues. Le lecteur n'est pas au bout de ses peines, sera sans doute surpris plus d'une fois et les lignes l'amèneront vers un final logique qui laisse augurer des lendemains qui chantent. Ben oui, on est dans la littérature jeunesse tout de même, faudrait pas nous les traumatiser!

Pour autant, ne vous attendez pas à un récit de tout repos, le rythme rapide et sans temps mort fait la part belle à l'amitié, à l'Aventure comme dit précédemment mais aussi à la trahison, la manipulation et les remords. On suit sur quelques chapitres, le parcours de Pup qui doit subir les affres de l'adolescence et le sentiment de rejet. Ces passages sauront toucher juste les plus jeunes lecteurs qui sont très réceptifs à l'injustice. Là encore, Lisa Fiedler fait preuve de finesse et de justesse dans l'évolution de ses personnages. À noter au passage que Hopper et Zucker restent plus en retrait dans ce tome ci, laissant la lumière aux petits jeunes, un peu comme un passage de témoin aux générations suivantes. Le temps a passé depuis le volume 2… On retrouve par contre avec plaisir le chat Ace ainsi que le chien de la pizzeria et toute une ménagerie pas piquée des vers avec une mention spéciale pour l'équipage pi-rats régnant en maître sur le Bac reliant Brooklyn à Manhattan.

Au final, ce fut un plaisir renouvelé de replonger dans cette saga qui prend fin de fort belle manière. Du rythme, des rebondissements, une écriture accessible et cependant dense pour des thématiques universelles et une histoire classique non dénuée de suspens. Belle trilogie que cette Guerre des Mūs qui mérite vraiment le détour et enchantera sans nul doute vos chères têtes blondes.

Précédents volumes de la saga, chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- "La Guerre des Mūs : L'Empire d'Atlantia" - Volume 1
- "La Guerre des Mūs : Hopper contre-attaque" - Volume 2

Posté par Mr K à 16:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
jeudi 25 février 2016

"La Fille quelques heures avant l'impact" de Hubert Ben Kemoun

001

L'histoire : Ce soir. Tous ou presque ont prévu d'assister au concert du groupe de Marion. Mais tous n'iront pas pour les mêmes raisons. Certains sont venus avec joie et envie, d'autres avec rage et dégoût. Ici des comptes vont se régler, des vies basculer en quelques instants. Celle d'Annabelle tout particulièrement. Dans le noir, la tension monte. Annabelle veut croire que l'espoir va l'emporter mais la haine peut triompher…

La critique de Mr K : Lecture placée sous le sceau de l'adolescence, de ses espoirs et de ses colères aujourd'hui avec le nouveau livre d'Hubert Ben Kemoun, La Fille quelques heures avant l'impact, paru récemment dans la collection Flammarion jeunesse. Plongez avec moi dans cette chronique s'étendant sur un après midi et une soirée qui va virer au drame.

L'action démarre pendant le cours de français d'Isabelle, une jeune professeur qui tente d'intéresser ses élèves endormis à l'étude d'un roman de Radiguet. Dur dur, surtout que c'est un vendredi après midi, la veille du long week-end de Pentecôte et qu'elle est obnubilée par son téléphone et un sms qu'elle ne peut lire pour le moment de son petit ami. Ambiance molle et caniculaire qui permet à l'auteur de nous présenter les autres grands protagonistes de l'histoire. Annabelle tout d'abord, l'héroïne, une jeune fille de son temps, pas aidée à la maison et au caractère bien trempé. Il y a aussi son amie Fatou, confidente et boule de positivité. Mokhtar, le faux caïd de la classe, un gentil zonard des cités qui se donne des grands airs. Sébastien, l'amoureux bientôt éconduit, puant de suffisance et de machisme du haut de ses quinze ans. Fabien, apprenti facho marchant sur les pas de son père, une huile d'un parti d'extrême droite et Thierry le suiveur qui prend pour parole d'évangile tout ce que dit son pote. Le cours de français dérape, les insultes pleuvent, la rumeur court, l'explosion est en marche. Elle va entraîner dans son souffle toute cette foule de personnages vers un final tétanisant et glaçant au possible.

On se prend au jeu très vite avec cette lecture, les chapitres se succèdent égrenant les heures qui s'écoulent et les différents points de vue. Ainsi, nous partageons le quotidien morose d'Annabelle livrée à elle-même depuis l'incarcération de son père et avec une mère qui vit dans son monde sans se préoccuper d'elle. La jeune fille n'a d'autre choix que de chercher par elle-même quelques instants de grâce pour égayer sa vie. Cette soif la sauve quelque part. C'est le temps de l'amitié avec Fatou, de la découverte des garçons (avec Sébastien, brouillon des relations à venir et qui prend très mal le fait d'être largué), c'est aussi le temps de la rébellion et des combats de la jeunesse avec notamment ce concert organisé contre la municipalité pour dénoncer les abus de cette dernière en terme de discriminations tout azimut.

La tension est palpable tout au long de ce court roman, on sent les antagonismes grandir, la fureur envahir quelques jeunes qui deviennent haineux, possédés par ce que les anciens appelaient l'hybris. Temps de la passion par excellence, l'adolescence est ici décrite avec une certaine subtilité et les émotions sont à fleur de peau. Éros et Thanatos règnent en maître sur les destinées présentées et notre cœur chavire bien des fois: complicité et tendresse des remarques et réflexions de ces hommes et femmes en devenir, mais aussi de l'effroi devant les motivations de certains et ce qui se prépare. À son apogée, le crescendo est saisissant et très dérangeant, la toute fin est elle plus convenue pour ne pas dire décevante car sonnant trop comme une belle morale républicaine bien proprette. Pas sûr que le monde tourne comme ceci, nos adolescents méritaient je pense une fin moins consensuelle et plus ouverte.

C'est ce qui m'a quelque peu dérangé dans cet ouvrage, certains partis pris dans les personnages qui les rendent très caricaturaux. Ainsi, les fachos (appelons un chat un chat) sont vraiment ignobles et très très méchants dès leurs 15 ans. Certes cela existe et il ne faut pas le nier mais j'ai trouvé cela too much surtout qu'à côté de ça, leur contrepoids de cité (les pseudos racailles) sont doux comme des agneaux comparés à eux. Trop manichéen et pas assez nuancé dans l'exposition des colères, le livre excelle par contre dans la description des amitiés et des ressentis d'Annabelle et de ses proches. On rentre vraiment dans la tête de l'ado lambda qui essaie de cultiver son jardin intérieur comme elle peut, en prenant ça et là (en cours, à la maison, dans la rue) des brides d'indices qui la conduisent vers une route plus heureuse. Je garderai donc plus en souvenir cet aspect de l'ouvrage plutôt que la dénonciation de l'intolérance que j'ai trouvé plutôt raté car trop appuyée et manquant de finesse.

Reste un livre que j'ai tout de même dévoré en deux heures pris que j'ai été par le sens du récit de son auteur, à l'écriture aussi simple qu’hypnotisante. Le rythme est syncopé entre révélations des pensées et accélération des événements, une belle tension monte de l'ensemble et on ne peut décemment pas relâcher le volume avant la fin. Belle qualité tout de même pour un livre imparfait mais néanmoins séduisant.

Posté par Mr K à 17:13 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
lundi 18 janvier 2016

"La Fée de Verdun" de Philippe Nessmann

La Fée de Verdun

L'histoire : "Plus elle chantait, plus les soldats se tournaient vers la scène et se mettaient à écouter. La magie de la musique opérait : Les poilus ne pensaient plus à la guerre. Il étaient simplement heureux d'être là, de profiter de ce moment de paix."
Un jour, j'ai entendu parler de Nelly Martyl, une cantatrice de la Belle-Epoque, aujourd'hui oubliée. Je suis alors parti à sa recherche, au coeur de la guerre. Mon enquête m'a conduit jusque dans les tranchées glacées de Verdun où j'ai pu admirer la force de son courage.

La critique Nelfesque : Une fois n'est pas coutume, je me suis lancée dans un ouvrage traitant de la Première Guerre mondiale. D'ordinaire, c'est plutôt Mr K qui aime ce genre de récits, étant moi-même plus tournée vers la Seconde. C'est la dimension musicale ici qui m'a fait sauter le pas. 

Tout commence sur une coïncidence. Un jour qu'il rentre chez lui, un jeune étudiant en Histoire porte son regard sur un bâtiment parisien qui va être rasé pour construire une crèche. Sur le fronton, une inscription : "Fondation Nelly Martyl". Nelly Martyl... Ce nom lui dit vaguement quelque chose... Les souvenirs reviennent. Nelly Martyl est le nom d'une femme que la grand-mère de l'étudiant a vu, blessée sur son trottoir, lorsqu'elle était enfant. Un nom qui est toujours resté dans sa mémoire et dont elle a conté l'histoire maintes fois à son petit-fils. Un tel signe ne peut avoir lieu sans raison. Il va alors commencer à faire des recherches sur cette Nelly et découvrir sa vie.

"La Fée de Verdun" est un roman jeunesse et la façon dont Philippe Nessmann l'a construit est très judicieux. Alternant passages romancés racontant le quotidien de Nelly, carnets de notes où le personnage principal inscrit ses progressions dans ses recherches et ses questionnements, discussions avec sa grand-mère et images d'archives, l'auteur tient le jeune lecteur en haleine. Nous avançons pas à pas avec lui dans sa quête et ses découvertes sont autant de points lumineux dans une époque difficile.

C'est ainsi que nous faisons connaissance de Nelly. Une jeune fille qui n'a pas eu une vie facile mais avait un rêve, celui de devenir cantatrice à l'Opéra de Paris. Avec force et courage, elle va accéder à ce rêve mais 1914 apporte avec elle la guerre entre la France et l'Allemagne et Nelly, poussée par son patriotisme, se sent alors plus utile à aider la France qu'à chanter à l'Opéra. Ainsi, elle va entreprendre des études d'infirmière et soigner les blessés. Peu à peu, nous découvrons l'histoire vraie de cette femme hors du commun qui chantait pour les soldats en attente de partir au front. Avec un courage sans bornes, elle va donner de la voix le soir pour mettre du baume au coeur de ces hommes éloignés de leurs familles et soigner les soldats le jour. Sans jamais s'écouter, elle va aller elle-même en première ligne pour prodiguer les premiers soins, affronter la grippe espagnole, assister les chirurgiens dans les amputations...

"La Fée de Verdun" est une plongée dans la Belle-Epoque et 14-18. Nelly Martyl va troquer ses belles toilettes de cantatrice et son univers de paillettes pour l'uniforme d'infirmière et l'enfer des lignes de front. C'est l'occasion aussi pour l'auteur de revenir sur les conditions difficiles des hommes dans les tranchés, sur leur quotidien fait d'attente, de pluie d'obus et de membres déchiquetés. Autant de passages qui serrent le coeur du lecteur.

Cet ouvrage très facile à lire grâce à sa construction est une excellente approche de la Première Guerre mondiale pour les jeunes lecteurs. Passionnant en ce qui concerne l'histoire personnelle de Nelly Martyl et instructif concernant l'Histoire, il met en lumière une héroïne méconnue de la Guerre de 14. Soigner les corps et les âmes, tel était son destin. Un destin que l'on prend beaucoup de plaisir à découvrir sous la plume de Nessmann. Un roman à lire et à faire lire à vos enfants !