vendredi 13 mars 2020

"10 contes du Japon" de Rafe Martin

10 contes du japonL’histoire : Le Japon, univers envoûtant des samouraïs, est aussi une île de poésie et de rêve. On y raconte notamment qu'un peintre donna naissance à des chats en les peignant et qu'une jeune fille fut blessée lorsqu'on entailla l'arbre qui porte son nom. Laissez place à l'imaginaire dans ces contes où la nature et le fantastique ne font qu'un.

La critique de Mr K : C’est à un merveilleux voyage dans le Japon fantastique et poétique auquel je vous convie aujourd’hui avec la récente réédition de Dix contes du Japon de Rafe Martin aux éditions Flammarion Jeunesse. Destiné à un jeune public à partir de onze ans, il se dégage un charme très particulier de cet ouvrage qui fait la part belle aux parcours initiatiques et au merveilleux.

L’auteur a grandi dans une maison où l’on se passionnait pour l’Asie comme il l’écrit dans son introduction. Cela explique son goût pour ce continent et plus particulièrement pour le Pays du Soleil Levant et la spiritualité qui le baigne. Les dix récits qu’il nous propose ici font référence à tout cela avec notamment la notion de respect de l’Invisible, d’esprits vivants parmi nous, de la divinité présente en tout être vivant ou élément naturel, ou encore de la compassion, sentiment élevé au rang de vertu cardinale dans la société traditionnelle nippone.

On croise nombre de personnages interlopes dans ce recueil, des vivants et des morts, des naïfs et des concupiscents, des âmes égarées à la recherche du bonheur ou de la rédemption, des femmes à la beauté fatale, des ambitieux insatisfaits et des personnes aux capacités extraordinaires. Il y a une ambiance lunaire qui plane sur ces pages, une douce mélancolie qui envahit l’âme et le cœur, qui nous remue, nous interroge à travers dix histoires réécrites à partir de contes originels connus de tous au Japon et appartenant au patrimoine culturel de ce pays.

Ces histoires sont toutes d’une grande beauté, elles se révèlent ensorcelantes en proposant un univers très éloigné du nôtre mais dont les leçons à tirer peuvent se rapprocher de nos propres contes occidentaux. Les esprits et fantômes que l’on croise dans ces pages ne sont pas là pour faire peur, ils participent plutôt à une certaine édification de l’esprit, ce sont les témoins des remous humains et de la propension à l’égoïsme qui peut parfois guider notre espèce... Tout cela est enrobé de mystère et d’une certaine pudeur propre aux japonais, donnant à l’ensemble des textes une puissance d’évocation aussi forte que douce. L’impression est délectable et transporte irrémédiablement le lecteur.

Les jeunes lecteurs trouveront dans ces 10 contes du Japon une très belle entrée sur un pays fascinant et sur des éléments clefs de la mentalité japonaise. Très facilement lisible, enchaînant les paraboles et histoires poignantes, on passe un très agréable moment. À faire découvrir !

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jeudi 14 novembre 2019

"Mes 150 pourquoi : la Terre" de Anne-Claire Lévêque et Stephane Nicollet

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Le contenu : Le monde qui nous entoure est d’une grande complexité !

Pourquoi Internet a-t-il été une révolution planétaire ?
Pourquoi parle-t-on d’un "Continent de plastique" ?
Pourquoi un être humain sur dix n’a-t-il pas accès à l’eau potable ?
Pourquoi les Japonais célèbrent-ils la déesse du Fuji-Yama ?

La critique de Mr K : Changement de registre aujourd'hui avec un ouvrage documentaire destiné aux plus jeunes à partir de sept ans. Mes 150 pourquoi : la Terre se propose, à travers de multiples interrogations, de titiller la curiosité et d’inciter à la découverte de notre chère planète bleue et de ses habitants. Plus jeune, je raffolais de ce types de livres et mes parents m’en avait offert un certain nombre. Il y a donc eu un doux parfum de madeleine de Proust lors de la lecture de cet ouvrage fort réussi.

Divisé en cinq grandes parties qui balaient toute une série de questions, il satisfera tout ceux qui s’intéressent au monde qui les entoure. La première partie se présente sous forme de cartes successives qui reviennent sur des fondamentaux comme la tectonique des plaques, les continents et océans, les climats ou les grandes nations du monde. Puis à travers une thématique "paysages", les auteurs reviennent sur les grands ensembles naturels de notre planète comme les fleuves, les lacs, les montagnes, les déserts ou les merveilles naturelles dont regorge le monde que l’on ne connaît jamais assez bien.

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Ensuite, on s’intéresse à la population humaine (c’est la mode de la géographie humaine depuis maintenant plus de trente ans) avec la répartition démographique, les grandes mégalopoles du monde, les transports plus ou moins originaux qui existent ou encore la symbolique de certains drapeaux. On enchaîne de suite avec la question des ressources avec un focus sur l’eau, sur l’alimentation, les sources d’énergie, les dangers qui menacent la Terre et les solutions que l’on peut envisager. Enfin, on termine avec les cultures du monde avec des points sur les drôles d’habitats, les cultures gastronomiques, les jeux, jours de fêtes ou encore des architectures très particulières.

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Comme vous pouvez le constater la liste est longue et à aucun moment l’ennui ne pointe le bout de son nez. Bien illustré, levant des questions parfois étonnantes, toujours enrichissantes, les pages se tournent toutes seules et sans efforts. Les plus jeunes en apprendront donc beaucoup tout en s’amusant. Je reste réservé sur certains textes que j’ai trouvé parfois orientés (je pense notamment au légendage sur le gaz vendu à un prix très accessible par la Russie, pas sûr que l’Ukraine et les pays de l’est soient de cet avis en cas de crise diplomatique) mais bon je chipote… Vous me connaissez, il faut que je râle tout de même. J’ai beaucoup apprécié par contre les éléments écologiques qui incitent nos chers têtes blondes à se saisir de ce sujet, à ne pas tomber dans le fatalisme et essayer de réagir. Greta Thunberg est passée par là et c’est salutaire.

Voilà donc un ouvrage frais, bien réalisé et qui permettra aux plus grands et aux plus petits d’amorcer des discussions intéressantes et de s’emparer de sujets hautement importants. Une chouette découverte que je vous invite à tenter à votre tour.

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lundi 22 avril 2019

"Alex, fils d'esclave" de Christel Mouchard

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L'histoire : – Mon nom est Dumas. Inscrivez : Alexandre Dumas. Se tournant vers Marie-Louise, il ajouta : – Mais les gens qui m’aiment m’appellent Alex.

Le jeune Alex a une vie trépidante. Ses exploits en escrime et ses succès à la cour font de lui un des nobles les plus admirés de Paris. Mais ses origines le rattrapent lorsqu’il retrouve sa sœur, esclave comme leur mère, qui s’apprête à rejoindre une révolte en Haïti. Alex décide de prendre lui aussi son destin en main, car partout se murmure un mot… Révolution !

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie jeunesse aujourd'hui avec Alex, fils d'esclave de Christel Mouchard. Cette dernière nous propose un roman virevoltant racontant les aventures de jeunesse supposées du père d'Alexandre Dumas (un de mes auteurs de classique favoris), réel fils d'une esclave noire et d'un noble désargenté. Cette fiction s'attarde donc essentiellement sur l'enfance et surtout l'adolescence de celui que sa famille surnommait Alex...

Tout débute à Saint Domingue où nous faisons la connaissance d'Alex, de sa sœur Rose et de leur mère Cessette Dumas. Esclave d'Antoine de la Pailleterie, elle lui a donné deux enfants vifs et indépendants. D'ailleurs dans le domaine agricole où ils résident, les esclaves sont relativement libres de leur mouvements et ils sont plutôt bien traités. Cependant, ils ne s'appartiennent pas et ne sont pas considérés pour autant comme des êtres humains à part entière, à cette époque où les idées des Lumières commencent à faire leur chemin et nourrissent les prémices de la Révolution à venir. Au bord de la faillite, le maître vend son amante et ses deux enfants à un noble français désireux d'acquérir de nouveaux outils humains. Mais au bout de quelques mois, voilà Alex racheté par une vieille connaissance de son père qui le remmène en France auprès de son géniteur qui a vu la fortune tourner en sa faveur.

Alex va alors connaître la vie de château et recevoir l'éducation d'un gentilhomme. Malgré le coup de Trafalgar de son père et sa famille qui lui manque, il va bénéficier de cette nouvelle condition. Lecture, écriture, mathématiques, cours de bienséance puis d'escrime, sont autant de leçons qui vont le forger, l'éduquer et l'éloigner de son précédent statut. Pour autant, l'amitié de Marie-Louise, les inimitiés de certains nobles qui voient d'un mauvais œil ce métisse arrivé au sommet vont lui permettre de rester sur terre, de comprendre bien mieux le monde et finalement prendre les décisions capitales qui s'imposent pour vivre en accord avec ce qu'il est et ce qu'il pense.

Ce roman se lit tout seul et conviendra parfaitement aux jeunes lecteurs même ceux qui ne sont pas de grands aficionados de lecture à la base. Rentrant très vite dans le vif du sujet, collant au plus près de ses personnages, il n'y a pas vraiment de temps morts, l'auteure dosant à merveille le rythme de son ouvrage. Les personnages en vivent des péripéties et personnes n'est vraiment épargné avec des propos parfois durs ! L'esclavage est ici traité frontalement avec les réalités horribles qu'il recouvre : les châtiments corporels bien sûr mais aussi la possibilité d'être revendu à n'importe quel moment comme un vulgaire objet. Cet aspect psychologique est très bien rendu et marquera j'en suis sûr les jeunes esprits, rentrant complètement dans une réalité historique toujours au programme en 4eme et absolument nécessaire à connaître.

L'ouvrage propose aussi un très beau parcours de personnage avec un Alex en butte avec l'autorité, l'injustice criante que son père lui fait en le séparant de sa mère et de sa sœur (qu'ils considèrent clairement comme inférieures) mais aussi sa croissance et le passage de l'adolescence. Là encore, Crystel Mouchard fait preuve d'une grande sensibilité et d'une grande finesse d'analyse en proposant un parcours quasi initiatique autour de thématiques classiques de l'âge ingrat : l'isolement, la solitude, la force de l'amité et les premiers émois amoureux. Rajoutez dessus une touche d'insurrection naissante avec des groupes qui commencent à se former dans des séances de lectures publiques autour de Rousseau notamment et vous vous retrouver devant un livre fort bien mené entre petite histoire personnelle et grande Histoire qui prépare un coup d'éclat en France.

Très bien écrit, sans temps mort, cet ouvrage est une vraie réussite qui conviendra à tous les jeunes épris d'Histoire, d'aventure et de destins peu communs. Un "must read" dans son genre.

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mercredi 20 mars 2019

"Lettres à l'ado que j'ai été" sous la direction de Jack Parker

lettres à l'adoLe contenu : Dans ces vingt-huit lettres, les auteurs s'écrivent à eux-mêmes, se confient et donnent des conseils à ceux qu'ils ont été. Tour à tour drôles, émouvantes, sérieuses, complices, elles ont toutes le même effet (et le même but) : s'accepter tels que nous sommes, avec nos qualités et nos défauts. Et surtout avec bienveillance.

Lettres de : Dedo - Titiou Lecoq - Rokhaya Diallo - Adrien Ménielle - Florence Porcel - Navie - Sophie Riche - FloBer - Océanerosemarie - MarionSeclin - Anne-Sophie Girard - Boulet - Ovidie - Sophie-Marie Larrouy - Patrick Baud - Bérengere Krief - ioudgine - Julien Ménielle - MirionMalle - Thomas Hercouet - Lauren Bastide - Marine Baousson - Nicolas Berno / Diglee- Gabrielle Deydier - Lucien Maine - Nadia Daam

La critique Nelfesque : "Lettres à l'ado que j'ai été" est une lecture particulière, qui s'adresse en priorité à un lectorat jeune et traversant des problématiques inhérentes à leur âge. Je suis pour ma part maintenant bien loin de l'adolescence mais j'avais très envie de lire cet ouvrage pour y découvrir certaines lettres d'artistes que je suis particulièrement (Boulet et Diglee pour ne pas les nommer). J'étais également curieuse de lire les mots d'Ovidie sur ce sujet. Enfin j'ai découvert certains noms que je ne connaissais pas du tout, mais qui sont peut-être connus des ado...

Je suis ressortie de cette lecture avec un sentiment mitigé. Ce fut sympathique mais plein de bons sentiments. Incontestablement, c'est le sujet qui veut ça. Quasiment tous les adultes s'adresseraient à leur "moi ado" de façon bienveillante et rassurante, comme c'est le cas dans ce recueil. Toutefois, j'ai trouvé que cela manquait de contre poids. Certes, tout le monde affronte des tempêtes dans sa vie (certains plus que d'autres) et on finit par les surmonter (certains plus que d'autres) mais est-ce vraiment aider les jeunes que de ne pas leur ouvrir les yeux de façon objective sur ce qu'est la vie ? Il aurait été bon d'inviter quelques personnes qui auraient un peu mis les pieds dans le plat.

"La vie est belle, tu vas voir, ça vaut le coup", des "Je t'aime" toutes les 2 phrases à leur intention, ça va bien 5 minutes... J'ai été lassée de constater que finalement toutes les lettres allaient dans le même sens. Demandez à certains ce qu'ils pensent de la vie, ils seront moins "positifs" ! Tout cela est un peu trop fadasse à mon goût et je pense qu'un ado est aussi capable d'entendre des propos plus durs sans pour autant s'avouer vaincu d'avance. Je ne sais pas si j'aurais été si bienveillante envers moi-même si j'avais dû me prêter à l'exercice. Je ne sais pas non plus si cela aurait été une bonne chose mais je ne suis pas pas certaine du contraire pour autant. Je ne pense pas que de me dire "je t'aime" à tout bout de champs m'aurait fait me sentir mieux à 16 ans. Peut-être aussi parce que là n'était pas mon principal problème à cet âge. Sûrement même.

Bref, un peu plus de récits tranchés, de bouleversement, de vie, de sueur, de pulsations cardiaques dans ces pages auraient été vraiment plus à mon goût. Je pense du coup que la cible est à moitié atteinte puisque forcément il y a des ados qui ont besoin d'être rassurés mais aussi d'autres qui vont trouver cela trop aseptisé. Avec 20 ans de plus, c'est mon cas, vous l'aurez compris.

Enfin, avec "Lettres à l'ado que j'ai été", on sourit... Et c'est déjà ça...  C'est tendre incontestablement, parfois bien écrit (pas toujours mais je ne suis pas là pour compter les points, je vous laisse vous faire votre propre avis) et ça se lit vite. Ça s'oublie vite aussi... Malheureusement.

vendredi 16 mars 2018

"Un Assassin de première classe" de Robin Stevens

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L’histoire : "Nous étions au milieu du wagon, trop loin de la porte pour partir en courant. Nous devions nous cacher, sinon ils nous surprendraient ! Nous n’avions pas le choix. J’ai plongé sous la nappe et Daisy s’est enfoncée près de moi comme un lapin dans un terrier."

Hazel et Daisy partent en vacances à bord de l’Orient-Express avec M. Wong. Une seule interdiction : jouer les détectives.

Alors qu’un espion se cache dans le train, une riche héritière est assassinée dans une cabine verrouillée de l’intérieur. Le club de détectives est obligé de reprendre du service ! Attention, elles ne sont pas les seules sur l’affaire...

La critique de Mr K : Quel plaisir de retrouver Hazel et Daisy pour une nouvelle enquête du club des détectives. Les deux premiers volumes de la série s’étaient avérés très rafraîchissants, bien maîtrisés et ouvraient des ponts avec des classiques que j’ai aimé dévorer quand j’étais petit notamment ceux de Conan Doyle et Agatha Christie. Ça tombe bien, l’auteure qui a les mêmes goûts que moi a décidé avec ce volume de lorgner vers un roman qu’elle a adoré plus jeune pour lui rendre hommage. Dès le titre de l’ouvrage, on sait de quoi il s’agit...

Après une année bien mouvementée avec deux enquêtes racontées dans les précédents volumes (voir liens en fin d’article), Daisy et Hazel sont invitées par le père de cette dernière à un voyage dans l’Orient-Express durant les congés d’été. De Calais à Istanbul, le programme s’annonce alléchant entre le voyage en lui-même dans le plus grand luxe, visites de grandes villes européennes et défilés de paysages variés. Bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu, à croire que les détectives en herbe attirent les soucis : un meurtre commis durant les premiers jours va faire appel à leur talents d’enquêtrice. Cependant, elles ne sont pas seules sur la piste avec notamment une ancienne connaissance qui ressurgit à la poursuite d'un mystérieux espion et un détective amateur vraiment pas doué dans son genre. Rajoutez là-dessus des adultes suffisants et d’autres qui ne les considèrent que comme des enfants et vous obtenez pas mal d’obstacles pour cette enquête en huis clos.

Le duo Daisy et Hazel fonctionne toujours aussi bien, d’ailleurs l’auteure se concentre encore plus sur elles, les autres membres du club n’étant pas là pour les épauler. Bien que très différentes, les deux jeunes filles se complètent parfaitement entre la bouillonnante Daisy qui n’a pas sa langue dans sa poche et à l’ego très développé, et Hazel plus réservée et secrétaire officiellle du club. Elles partagent cependant un grand sens de l'observation, de belles capacités de déduction et l’envie de résoudre une affaire. L’enquête se révèle très vite ardue, il leur faudra toute leur méthodologie et rigueur pour démêler le vrai du faux. Elles pourront à l’occasion compter sur l’aide bienvenue d’un jeune homme amateur d’enquêtes et sur la fidèle servante de Daisy qui est du voyage elle-aussi.

Les protagonistes nombreux du roman sont donc tour à tour presque tous suspects. La jeune héritière richissime tuée, les soupçons se tournent successivement sur son mari colérique, la servante irrespectueuse, une ancienne comtesse russe qui veut récupérer un bien vendus par les communistes (le mystérieux gros rubis que portait la victime et qui a disparu), une spirit qui suit à la trace la victime pour la faire communiquer avec sa mère décédée, le frère désargenté qui tente de percer dans le milieu de l’édition, un magicien en pleine préparation de nouveaux tours et d’autres qui viennent compléter un casting de choc où les fausses pistes vont se révéler nombreuses. Bien malin le lecteur qui trouvera la solution avant les deux détectives amatrices même si quelques éléments peuvent être découverts par les plus malins.

Se déroulant en 1935, le background est assez savoureux dans son genre et donne une profondeur supplémentaire à l’ouvrage avec l’évocation notamment du chancelier Hitler en Allemagne et sa politique répressive envers les juifs et sa course au pouvoir qui menace l’équilibre de tout le continent. Par petites touches, le jeune lecteur peut ainsi appréhender au détour d’un dialogue ou d’un rebondissement une période difficile qui a marqué notre Histoire. Et puis, il y a la belle évocation du train en lui-même, légende du rail qui m’a toujours fasciné et que l’auteure retranscrit à merveille avec des descriptions précises mais pas envahissantes, des scènes clef comme le service de luxe, le repas pris dans le wagon-restaurant et la vie à bord du train.

La lecture est très très plaisante comme toujours avec cette série d’enquêtes : un rythme soutenu, pas de temps morts à déplorer et une langue qui glisse toute seule. Se dévorant tout seul, l’ouvrage apporte une évasion immédiate, présente des personnages vraiment charismatiques et propose une enquête bien tortueuse mais pour autant totalement à la portée d’un lecteur dès 11/12 ans. Une belle expérience à tenter pour les jeunes amateurs de romans policiers.

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Un Coupable presque parfait
- De l'arsenic pour le goûter

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mercredi 3 janvier 2018

"Fil de fer" de Martine Pouchain

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L’histoire :
- On est bien, hein ?
- Oui, on est bien. Je contemplais les petits nuages paresseux suspendus dans l’azur. Plus rien d’autre n’existait, il n’y avait plus que l’herbe, nous et le ciel. L’éternité.

C’est la guerre. Gabrielle, surnommée Fil de fer, doit quitter son village pour fuir sur les routes de France avec sa famille. Au cours d’un exode dur et périlleux, Fil de fer rencontre un garçon mystérieux. C’est le coup de foudre. Qui est ce beau jeune homme qui n’a jamais faim ou soif ?

La critique de Mr K : Retour dans la planète jeunesse aujourd’hui avec ce roman tout juste sorti en librairie chez Flammarion jeunesse. Au programme, un amour adolescent décortiqué à travers le prisme de la seconde guerre mondiale. Une double thématique qui touche le cœur et les esprits à travers un ouvrage réussi grâce à sa finesse dramatique et son écriture immersive à souhait.

Fil de fer est le surnom que donne son père à Gabrielle, une jeune fille de 15 ans issue d’une famille de paysans du nord de la France. Avec ses trois sœurs et ses parents, elles vivent au rythme des saisons entre travaux des champs, école et vie communale (la messe du dimanche notamment mais aussi divers festivités, lieux de rencontre). Tout cet équilibre va se voir chamboulé par la déclaration de guerre du mois d’août 1939 et, l’année d’après, le nécessaire exode de beaucoup de nos compatriotes de l’époque qui ont dû tout laisser derrière eux (possessions, maisons...) pour fuir l’avancée fulgurante des troupes allemandes. Fil de fer et ses proches n’y coupent pas et durant ce voyage hors du commun entre espoirs, moments de terreur et d’abattement pur, Gabrielle va rencontrer Gaétan, un étrange et séduisant adolescent dont la famille a disparu lors d’un bombardement...

Écrit à la première personne du singulier, le récit est très vite immersif. Le lecteur s’attache d’emblée à Gabrielle qui nous raconte avec la verve de ses quinze ans la routine qui habite son existence : les rapports avec ses proches, la vie à la ferme, ses aspirations de jeune femme en devenir. La maturité commence à pointer le bout de son nez quand le conflit éclate. Ce dernier va la faire basculer vers l’âge adulte beaucoup plus vite qu’elle ne l’aurait crû de prime abord. La petite fille à son papa va devoir affronter des épreuves douloureuses au cours du dangereux périple que la famille entreprend et la rencontre avec Gaétan va lui ouvrir la porte des premiers émois. Étrange garçon que ce jeune homme taciturne, semblant traumatisé par ce qu’il a vécu. Il parle peu, dévoile difficilement ses sentiments et entretient un trouble chez Gabrielle qui tombe amoureuse de lui progressivement et durablement. L’époque étant ce qu’elle est, elle doit maintenir une distance physique entre eux et cet éloignement ne fait que renforcer l’attrait du garçon qui ne la touche pas, ne l’embrasse pas et semble détaché du réel...

On sent bien d’ailleurs qu’il y a quelque chose qui cloche, que Gaétan cache un lourd secret, que Gabrielle tout à sa fascination ne voit pas tout ce qu’il y a à voir. Le contexte n’aide pas et Martine Pouchain retranscrit parfaitement l’épisode historique si difficile que fut l’exode avec son cortège de déchirements, de larmes, de sacrifices et de morts inutiles au bord de la route sous le feu des stukas, l’aviation légère de l’Allemagne nazie. Les hordes de fuyards portant les quelques affaires qu’ils ont pu emporter sont livrés à eux-même dans le dénuement le plus total en pleine débâcle, où les repères et toutes les certitudes se sont envolés. C’est aussi l’occasion pour l’auteure de revenir au détour de l’histoire sur des actes peu glorieux et pourtant si nombreux comme le dépouillement des morts et le pillage / saccage des maisons abandonnées par les fuyards (toujours ça que les boches que n’auront pas). Depuis ma lecture des mémoires de George Charpak, je n’avais pas lu un récit aussi poignant et pointu sur cet épisode de la seconde guerre mondiale. Un très bon point.

D’une lecture aisée, fluide et totalement addictive (vive la focalisation interne !), ce roman est un moyen idéal de faire découvrir une époque complexe sans manichéisme primaire mais avec précision, finesse et humanisme. Rajoutez là dessus, une adolescence qui s’ouvre au monde et à soi sans pathos ni lourdeurs, et vous obtenez un ouvrage bien malin qui plaira à un grand nombre de jeunes lecteurs en devenir ou déjà confirmés. À faire découvrir au plus vite !

samedi 2 septembre 2017

"Antigone, la courageuse" de Françoise Rachmuhl

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L’histoire : Princesse de Thèbes, Antigone vit heureuse jusqu’au jour où elle découvre le crime du roi Oedipe. Antigone sacrifie sa vie pour accompagner son père en exil et réconcilier ses frères. Courageuse et fière, elle est prête à tout affronter, même la mort, pour sauver son honneur.

La critique de Mr K : Il y a quelques mois, j’avais été enchanté par ma lecture de Poseidon, le terrible paru dans la même collection chez Flammarion Jeunesse. J’ai remis le couvert à l’occasion de la rentrée littéraire avec un ouvrage cette fois-ci consacré à Antigone, une autre figure tutélaire de la mythologie grecque, remarquablement mise en scène par Anouilh dans sa pièce de théâtre éponyme et ici racontée pour un public âgé de 10 ans et plus. Bien que simplifiée, cette histoire éternelle m’a à nouveau séduit et emporté très loin dans les mythes et légendes fondateurs, thématique qui m’a ouvert le monde merveilleux de la lecture et des livres à mes débuts.

À travers la destinée tragique d’Antigone, c’est aussi le mythe d’Oedipe qui est traité en filigrane. La découverte du terrible secret de son père va propulser Antigone sur le devant de la scène entre errance avec son vieux père, le conflit de succession entre ses deux frères et son sacrifice final au nom de l’honneur de son frère déchu. Rajoutez là-dessus la figure rapace de Créon son oncle, son ingénue de sœur Ismène et son amoureux transi Hemon et vous obtenez tous les bons personnages et ressorts pour un bon drame des familles doublé d’une métaphore filée sur la résistance et l’émancipation de soi.

Pas vraiment de découverte de mon côté du coup, je connais par cœur l’histoire d’Antigone et de sa famille mais j’étais curieux de voir le traitement réservé par l’auteure pour adapter cette histoire terrifiante (meurtre, inceste, ressentiment, guerre fratricide tout de même !) pour les plus jeunes. Le pari est largement gagné et permettra sans doute à de nombreux jeunes de pénétrer facilement dans la matière mythologique. Sans rien cacher mais avec finesse et méthode, Françoise Rachmuhl n’épargne pas la vérité, l’expose dans ces moindres faits sans pour autant en faire trop, prenant le pari raisonnable et sensé d’apporter la matière originelle sans ambages ni détours. Il est vrai que la mode de préserver absolument les enfants de tout élément séditieux et scabreux ne fait que les entretenir dans le mensonge et l’illusion (quel choc pour eux quand ils prendront conscience de la véritable marche du monde….). Rien de tout cela ici, le récit mythologique (à l’instar des contes originels) est là pour distraire mais aussi éduquer et faire grandir. L’histoire d’Antigone nous parle aussi de courage, d’amour et de soutien. Chaque jeune pourra donc y puiser une forme d’inspiration et même de respect envers autrui.

Le récit est très bien construit, alterne les points de vue et plonge le lecteur au sein même de l’action et du développement de la trame principale. Miroir d’une vie familiale désastreuse, cet ouvrage donne aussi un bel aperçu de la vie antique, de ses mœurs et de ses croyances. Les dieux interviennent dans les vies humaines et leur position centrale transcende les êtres et leurs sentiments. C'est aussi l'occasion d'entrapercevoir les jeux de pouvoirs et d'influences dans les hautes sphères de l'époque mais aussi le quotidien difficile des plus pauvres (très bon passage sur la peste s'abattant sur la ville en châtiment divin). C’est donc aussi une belle promenade dans la Thèbes antique, et les tableaux mentaux qui s’en échappent, qui donne à voir un monde fascinant.

L’écriture de l’auteure permet un accès facile mais pas simpliste à une histoire universelle, les pages se tournent toutes seules via des chapitres courts ménageant un suspens certains entre chaque partie. Très difficile de relâcher l’ouvrage dans ces conditions et m’est avis qu’il en sera de même pour tous les jeunes aficionados de légendes et contes. L’aventure est vraiment à tenter !

samedi 12 août 2017

"Le Récif maudit" de Henry de Monfreid

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L'histoire : Kassim aime la riche et belle Amina... Kassim, jugé de naissance trop humble pour prétendre l'épouser, est mis à l'épreuve par le père de sa bien-aimée, riche marchand de perles.

Chargé d'une mission dangereuse en mer Rouge, Kassim affrontera bien des dangers dans ces pays où l'on vit parfois encore à la manière des Mille et une nuits.

La critique de Mr K : Petite lecture imprévue aujourd'hui avec cet ouvrage dégoté par hasard dans une boîte à livre pétrocorienne en attendant le lancement d'un spectacle off du Festival Mimos qui se tient chaque année en juillet à Périgueux. Cet opus se détachait du reste et distillait un parfum de nostalgie, en effet j'ai lu plus jeune nombre de titres édités chez Castor poche et la quatrième de couverture a achevé de me convaincre avec cette histoire d'amour compliquée dans une ambiance à la Mille et une nuit.

Tout d'abord, avant d'amorcer la lecture en elle-même, on apprend bien des choses sur l'auteur qui a vécu une vraie vie d'aventurier dans la région de la mer rouge. Mix de capitaine de navire au long cours, d'explorateur, d'aventurier, de commerçant et même de courtisan ; c'est son ami Joseph Kessel qui lui conseilla de coucher par écrit ses souvenirs et expériences tant son existence s'apparentait à un roman. C'est ce qu'il fit avec toute une série d'ouvrage qu'il a "augmenté" pour romancer davantage et procurer du plaisir à ses futurs lecteurs. Alors ? Pari réussi ?

C'est une histoire vieille comme le monde qui nous est ici contée dans Le Récif maudit entre la fable et le récit de navigateur. Un jeune homme (Kassim) tombe éperdument amoureux d'Amina la fille adoptive d'un puissant notable. Bien qu'apprécié par ce dernier, le jeune homme va devoir réaliser une quête difficile afin de prouver sa valeur et mériter Amina qui, vous vous en doutez, est belle comme le jour et attise les convoitises. Commence alors un bon récit d'aventure avec son lot d'obstacles naturels, humains (que de complots en si peu de pages !) et de retournements de situations. Le narrateur, Henry de Monfreid lui-même, croise lui régulièrement le jeune Kassim et lui filera plus d'un coup de main pour pouvoir réaliser son rêve.

Prévu pour la lecture de jeunes de plus de onze ans, je pense que le classement serait peut-être un peu différent aujourd'hui. La faute à une écriture un peu surannée qui n'est pas sans rappeler celle d'un certain Jules Vernes, termes complexes et tournures de phrases parfois alambiquées risquent de perdre les jeunes pousses allergiques au dictionnaire (je dis ça car moi-même, j'ai du le consulter à de multiples reprises). Pour autant, il ne faut pas rejeter en bloc ce livre qui est une très belle réussite avec en premier lieu une très belle immersion dans le milieu de la navigation et de la mer. J'ai aimé ces longues digressions sur la faune et la flore marine qui nous apprend beaucoup sur l'ingéniosité de la nature et sa richesse (le passage sur la pêche à la perle est tout bonnement merveilleux dans son genre). J'ai aussi apprécié les passages concernant la navigation en elle-même avec les détails sur les navires, les fonctions de chacun des hommes d'équipage et les difficultés à affronter en mer ; ce côté vernien loin d'être rebutant donne à réfléchir sur les conditions de déplacement de l'époque et le côté aventure que prenait tout parcours de plusieurs jours sur des eaux éloignées de l'Europe.

L'histoire en elle-même ne casse pas des briques. Rien d'original vraiment avec des rouages narratifs sans réelle surprise et qui déroulent une trame classique mais efficace. On tremble pour ce beau couple menacé, on frémit de colère face à l'incurie des méchants qui ne reculent devant aucune bassesse pour parvenir à leurs fins, on savoure les passages d'action pure qui font la part belle à l'héroïsme et parfois au désespoir. Montagnes russes émotionnelles, cette histoire concentre en son sein toutes les figures et situations tutélaires du conte, éléments essentiels à la formation d'une jeune âme en quête d'aventure et de leçon de vie. C'est bien mené et on ne relâche le livre qu'à la toute fin de sa lecture, plutôt content d'avoir exploré la mer Rouge et ses alentours.

Bien que daté dans son évocation de la réalité de l'époque, notamment le point de vue colonialiste de l'auteur sur les populations et les us de l'époque, la lecture se fait avec plaisir et assez rapidement si l'on dépasse les difficultés langagières qui peuvent se présenter à nous. C'est distrayant et dépaysant, l'on retrouve des sensations oubliées comme ces premières lectures qui ont pu tant nous hypnotiser plus jeune. Pour moi, ce fut Vernes et Tolkien. Un roman à découvrir pour ceux que les thématiques intéressent et qui aiment se plonger dans une époque désormais révolue.

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lundi 8 mai 2017

"De l'arsenic pour le goûter" de Robin Stevens

arsenicgoûter

L’histoire : "Je n'aimais pas du tout ce grossier Mr Curtis, et d'après les vibrations de colère que je percevais chez Daisy, j'ai compris qu'elle partageait mon opinion. Son rire contenu, comme s'il lançait des plaisanteries que les autres ne pouvaient pas comprendre... Les joues roses de Lady Hastings... Pas de doute, il se passait quelque chose."

Nouvelle affaire pour les détectives privées Daisy et Hazel !

Daisy fête son anniversaire avec la famille au grand complet dans sa maison de Fallingford. Mais l'ambiance est étrange : M. Curtis, un invité surprise que tout le monde déteste, ne semble vraiment pas digne de confiance.

Le thé est servi, M. Curtis tombe gravement malade, empoisonné. Que s'est-il passé ?

Difficile d'enquêter quand on imagine que tout le monde a une bonne raison d'être coupable...

La critique de Mr K : Voici le deuxième tome d’une série de livres policiers écrits à destination de la jeunesse par Robin Stevens, un écrivain qui m’avait séduit par la qualité de son écriture (entre classicisme et références détournées) et l’intrigue maligne qu’il avait su proposer à nos chères têtes blondes (voir chronique d'Un Coupable presque parfait). Ayant dévoré Conan Doyle en étant pré-ado, j’avais goûté avec plaisir à un ouvrage bien mené aux personnages attachants. C’est donc avec un à priori positif que j’entamai cette lecture.

On retrouve, dans De l'arsenic pour le goûter, Daisy et Hazel (respectivement présidente et vice-présidente du club des détectives) dans le manoir familial de la première. Ce sont les vacances de Pâques et Daisy va y fêter son treizième anniversaire lors d’un goûter organisé par Lady Hasting, sa bourgeoise de mère qui l’infantilise trop. Nombreux sont les invités et parmi eux, un certain Monsieur Curtis qui fait l’unanimité contre lui par son attitude et son comportement fortement déplacés dans le cadre strict de la société de l’époque (rappelons que l’action se déroule au début des années 30). Le premier acte met en place la situation, présente au détour de certains paragraphes les différents protagonistes et replacent les jeunes filles et leur caractère respectif dans l’esprit des lecteurs.

Arrive finalement le fameux goûter fatidique pendant lequel l’indélicat individu se retrouve empoisonné et succombe dans d’atroces souffrances. L’arsenic n’est pas forcément délicat dans son action qui ressemble à s’y méprendre à une bonne vieille dysenterie des familles. Ni une ni deux, les deux amies commencent à enquêter. Après tout, elles avaient bien aidé la police lors de la première affaire dans laquelle elles s'étaient retrouvées mêlées et, un orage terrifiant s’abattant sur la région, les forces de l’ordre ne pourront pas arriver avant deux jours ! C’est le début de l’investigation qui commence avec les constatations nécessaires, le dressage d’une liste de suspects et la recherche d’indices. Mais comment mener une enquête de manière sûre quand on soupçonne les propres membres de sa famille et que l’on a seulement treize ans ? Ce sera rude et les péripéties seront nombreuses avant l’ultime révélation qui fera son petit effet...

Une fois de plus, cet ouvrage de Robin Stevens aiguisera à merveille les appétits des futures amatrices de romans policiers en devenir. Il s’oriente clairement vers le public féminin à travers le point de vue adopté et notamment les rapports père-fille qui sont admirablement développés dans ce volume. Il n’y a rien de sexiste pour autant dans le contenu mais les plus jeunes pourront facilement s’identifier aux héroïnes : soit à la douce et posée Hazel ou alors à la fougueuse et déterminée Daisy (qui va tout de même en affronter de belles une fois de plus). Les deux jeunes filles sont toujours aussi charismatiques, le duo fonctionne à la perfection surtout qu’interviennent ici deux de leurs camarades invitées pour l’occasion qui détonent par leur crédulité et leur sottise. Cela renforce le charme du duo principal et les met en valeur.

Le jeu de piste est savamment orchestré dans la droite lignée d’auteurs comme Agatha Christie et Conan Doyle, il se dégage une fois de plus un charme désuet, so british alors que l’auteur est américain. L’addiction est quasi immédiate car on rentre vraiment dans une époque et ceci sans lourdeurs excessives et effets de manche gratuits. Formidablement reconstitués, l’ambiance, l’atmosphère et les codes en vigueur dans cette maisonnée bourgeoise donnent un charme fou à cette histoire de meurtre bien mystérieuse. Bien qu’habitué au genre, la révélation finale a réussi à me surprendre malgré mon âge, on se prend vraiment au jeu des déductions des deux gamines qui bien que jeunes ont un grand sens de l’orientation et de la réflexion. C’est à la fois fun et très sérieux, et l’on passe vraiment un bon moment.

L’écriture est très accessible mais pas simpliste, parfois légère et décalée, cela n’empêche pas certains passages d’être plus graves notamment par rapport aux questions liées au meurtre ou aux rapports conflictuels entre les deux parents de Daisy. La nuance est de mise ainsi que la profondeur derrière une aventure policière qui pourrait paraître banale au premier abord. Ce récit à la Cluedo a beaucoup de saveur, possède une efficacité redoutable et apportera suspens et émotions divers au jeune lecteur amateur d’enquêtes et de mystère. Une très bonne lecture à faire découvrir.

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dimanche 12 mars 2017

"Poséidon, le terrible" de Martine Laffon

Poséidon

L'histoire : Sur une île déserte, un vieillard raconte l'histoire du dieu Poséidon, roi des mers et des océans. De sa rivalité avec sa soeur Athéna à ses terribles vengeances envers les humains qui l'ont trahi. Poséidon est le dieu protecteur des navigateurs, mais il peut aussi être redoutable...

La critique de Mr K : Je vous convie à un voyage en terres mythologiques aujourd'hui avec cet ouvrage tout juste sorti chez Flammarion jeunesse et qui s'intéresse au cas particulier de Poséidon, une de mes figures préférées en légendes grecques et barbares. Si je suis venu à la lecture très jeune, c'est justement parce que j'ai eu la chance d'avoir entre les mains un ouvrage de mythologie qui m'a initié aux croyances anciennes et au plaisir de la lecture. Qu'en est-il avec ce livre bien plus récent ? 

Au fil de cinq soirées, un conteur va raconter une étrange rencontre qu'il a faite et les aventures qui s'en sont suivies lorsqu'il était plus jeune et qu'il voguait sur les flots en tant que marin aventurier. Suite à un naufrage, Triton, le rejeton de Poséidon, va l'emmener dans le royaume de son père sous les mers. Il y rencontrera le dieu au trident, sa belle et terrible épouse et se verra confier une mission importante : redorer le blason du dieu trop souvent décrié et présenté comme terrible et rancunier. C'est l'occasion pour l'auteur de revenir sur quelques mythes majeurs de l'antiquité grecque dont Charybde et Sylla, le cyclope Polyphème, Ulysse et son incroyable voyage ou encore, la guerre de Troie et sa rivalité avec sa nièce Athena. 

Écrit pour un public allant de 10 à 13 ans, ce livre souffle un vent frais sur les légendes pluri-millénaires qui parsèment cet ouvrage. Le ton est volontiers léger entre le conteur et les marins qui l'écoutent soir après soir en se passant une amphore de vin. On sourit beaucoup lors des querelles familiales qui éclatent au sein du foyer de Poséidon. Léger ne veut pas dire futile, les enfants rirons volontiers aux saillies et autres bons mots dispensés, les plus âgés (initiés) retrouveront avec bonheur des histoires qui ont marqué leur découverte de la mythologie. À l'occasion, on détricote même certaines idées reçues et Martine Laffon réhabilite aussi certains personnages plutôt malveillants dans les versions plus répandues notamment la figure tragique de Méduse qui a eu le malheur de déplaire à Athena ou encore Ulysse plus féroce que rusé lorsqu'il aborde les rives de l'île de Polyphème, enfant chéri du dieu des mers doté d'un QI d'huître. 

On passe un excellent moment lors de la lecture de cette centaine de pages que compte Poséidon, le terrible, peuplée d'êtres fantastiques aux caractères bien trempés, des hommes avides de connaître les péripéties d'un conteur respecté et adepte du verbe haut. Le tout est servi dans une langue simple, accessible, totalement adaptée au jeune public sans pour autant tomber dans la facilité et le simplisme. Loin de prendre nos chérubins pour des amateurs, l'auteur multiplie les références en les teintant d'un humour bon teint et de formules modernes qui ne dénaturent jamais le matériaux originel. Une bonne idée de cadeau pour initier un jeune aux mythes fondateurs.

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