mercredi 27 septembre 2017

"Opium" de Maxence Fermine

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L’histoire : Le goût du thé s’acquiert au fil du temps. Le poison de l’opium, lui, ne s’oublie jamais.

C’est une route aux mille parfums, aux mille périls aussi : celle qui, partant de Londres, suit la voie des Indes pour se perdre, irrémédiablement dans l’Empire de la Chine. Un périple que l’on nomme la route du thé.

Pour la première fois, en 1838, un homme va s’y aventurer, décidé à percer le secret des thés vert, bleu et blanc, inconnus en Angleterre.

La critique de Mr K : Quel joie j’ai ressenti quand je suis tombé sur cet ouvrage de Maxence Fermine lors d’un chinage de plus. C’est un auteur dont j’ai adoré les deux précédentes lectures, présentant à chaque fois un récit court, incisif, poétique et finalement remarquable d’humanité et de talent. Il s’aventure ici dans la Chine mystérieuse du XIXème siècle dans un roman d’aventure qui s’apparente aussi au roman d’initiation, le genre de récit dont un héros ne ressort jamais vraiment indemne. La lecture fut extrêmement rapide et savoureuse une fois de plus.

Charles Stowe a baigné très tôt dans l’exotisme et le rêve oriental. Son père Robert a ouvert une épicerie fine de produits orientaux sans jamais quitter la capitale britannique. Le démon de l’aventure ne tarde pas à titiller le jeune homme qui ne peut réaliser son rêve de partir qu’à la trentaine. Lui qui désire plus que tout découvrir le secret du thé et notamment les variétés qui pour l’époque sont encore méconnues en Angleterre (notamment le thé impérial blanc qu’aucun occidental n’a pu consommer jusque là), va débarquer en Chine et commencer son périple. Il y rencontrera un commerçant irlandais bavard qui deviendra très vite son associé. Il lui racontera alors d’étranges histoire d’empereur du thé caché en un lieu secret et dont nul n’a pu voir le visage... En s'enfonçant dans les rizières, Charles poursuivra ses recherches en rencontrant un riche commerçant de thé chinois et une mystérieuse jeune femme aux charmes vénéneux et imparables...

Comme à chaque fois avec Fermine, l’addiction est immédiate. La faute à un style d’une grande fluidité, d’une apparente simplicité qui cache en fait une grande profondeur avec des personnages caractérisés au cordeau, sans fioriture mais dont la substantifique moelle régale le palais et l’intellect. Bien que plutôt classiques, les âmes qui errent dans ce roman hantent longtemps après la lecture le lecteur possédé par un récit virevoltant, sans temps morts et qui nourrit la réflexion. Le héros tient une grande place dans cet intérêt tant son parcours relève de la mystique et de l’universalité de la condition humaine. Peuplé d’espoir, de déception, de fascination et même de possession, ce récit voit Charles vivre entièrement pour sa passion bientôt remplacée par une autre. L’attrait du thé cède à l’attrait du mystère, de la féminité (et au-delà le grand amour ici) pour finalement retomber vers la réalité et la nécessaire prise de recul face à l’expérience éprouvée.

Ce livre est aussi une remarquable fenêtre sur un monde désormais disparu : celui du XIXème siècle, période de colonisation et de fortes tensions dans cette région du monde. L’Empire brittannique et l’Empire chinois redoublent de stratagèmes pour étendre leur influence, la lutte se révélant parfois féroce avec notamment la première guerre de l’opium ici évoquée. C’est l’occasion pour l’auteur de confronter un étranger à un monde qui le dépasse et d’évoquer une réalité difficile dans le domaine des relations entre civilisations, échanges teintés de méfiances et parfois même de pactes. Rajoutez dessus, l’ombre du mystère qui plane sur ce fameux Lu Chen qui semble régner sur toute une partie des campagnes et régit à la fois les récoltes de thé et le trafic d’opium, et vous avez une vague idée de l’ambiance si particulière et prenante de ce roman qui se lit d’une traite.

Récit ultra-épuré, au parfum d’authenticité et au charisme redoutable, ce livre est une fois de plus un petit bijou qui alimentera vos désirs d’aventure et d’ailleurs. Un chef d’œuvre en puissance que je vous invite à découvrir au plus vite !

Également lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Neige
- Le Violon noir

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dimanche 23 août 2015

"Le Violon noir" de Maxence Fermine

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L'histoire: A Venise, alors envahie par les troupes napoléoniennes, Johannes Karelsky, violoniste au talent reconnu dès l'enfance, enrôlé dans l'armée française et blessé au combat, trouve domicile chez un mystérieux luthier, passionné d'échecs et amateur d'eau-de-vie. Très vite, entre ces deux hommes du secret, se noue une complicité faite de respect, de silence et de musique, qui se changera en une amitié que la simple évocation d'une voix de femme, dont on ne sait au juste où elle les entraînera, scellera jusque dans la mort. Le violon noir, douleur et chef-d’œuvre du luthier, est-il en fin de compte l'instrument de leur perte ou de leur rédemption?

La critique de Mr K: Il y a deux ans ma route de lecteur avait croisée l'auteur Maxence Fermine et son très beau roman Neige qui m'avait envoûté par son ambiance unique et une histoire universelle versant dans le récit initiatique. À l'occasion d'un chinage de plus, je retombais sur lui avec ce court roman de 127 pages que je décidai d'emmener avec moi à la plage lors d'un après midi ensoleillé. Je ressortais de ma lecture au bout d'une heure et demi, une fois de plus conquis par une œuvre à la fois poétique et prenante.

C'est l'histoire de deux hommes que le hasard va faire se rencontrer à Venise après la conquête napoléonienne. Johannes est un jeune violoniste surdoué qui rêve d'écrire son propre opéra. Erasmus est un luthier spécialisé dans le violon, issu d'un apprentissage chez les Stradivarius. L'un et l'autres vont se jauger, s'apprivoiser, apprendre à se connaître et explorer leurs rêves respectifs. Au contact de cet artisan à la vie riche en rebondissements, le jeune Johannes va toucher du doigt la nature profonde de ses aspirations et essayer de reprendre en main sa vie suite à son expérience traumatisante de la guerre.

On retrouve dans ce roman toutes les qualités que j'avais pu apprécier lors de ma première incursion dans l'univers de Maxence Fermine. Dans Le Violon noir, il n'y a que deux personnages et quelques personnages secondaires qui sont évoqués ici ou là pour caractériser davantage les deux musiciens, l'auteur s'attachant vraiment complètement à Johannes et Erasmus. D'une grande profondeur, c'est avec passion qu'il aborde leur psyché et leurs vies quelques peu tumultueuse. Pas de débauche de descriptions comme lors de ma première lecture mais deux destins qui s'épousent momentanément et une alchimie entre les deux hommes qui se "reconnaissent" par leur passion commune et leurs échanges verbaux. Le style épuré et précis nous plonge instantanément dans cette rencontre que nous suivons avec avidité tant les attentes sont fortes. Qui est Erasmus? Qu'a-t-il vécu dans son passé qui l'ait à jamais transformé? Johannes finira-t-il son opéra? Qui est cette mystérieuse femme qui peuple leurs rêves à tous les deux? Et ce fameux violon noir? Qu'est-ce vraiment?

En filigrane, nous traversons une époque riche en événements historiques. Bonaparte n'est pas encore devenu Napoléon et étend son influence en Italie. Johannes sera appelé à combattre et va devoir se confronter à la barbarie de la guerre. Blessé il va découvrir la ville de Venise qui est ici décrite avec une forte économie de mots sans pour autant tomber dans la facilité. Pas besoin de beaucoup pour toucher en plein cœur. Dans cet exercice, Maxence Fermine s'avère redoutable d'efficacité. Les passages plus oniriques sont aussi bien sentis, remarquables de clarté tout en gardant un aspect énigmatique. Ils contribuent à la richesse des personnages et apportent un éclairage nouveau sur une intrigue plutôt simpliste de prime abord. Au fil de la lecture, les révélations finissent par tomber et le roman décolle alors vers des sommets insoupçonnés.

La lecture fut donc rapide et aisée, surtout très addictive. On conjugue ici destins contrariés et belle rencontre, pour un ouvrage impossible à refermer avant la fin de la lecture. Belle prouesse pour un livre à découvrir si ce n'est déjà fait!

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samedi 3 août 2013

"Neige" de Maxence Fermine

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L'histoire: À la fin du XIXème siècle, au Japon, le jeune Yuko s'adonne à l'art difficile du haïku. Afin de parfaire sa maîtrise, il décide de se rendre dans le sud du pays, auprès d'un maître avec lequel il se lie d'emblée, sans qu'on sache lequel des deux apporte le plus à l'autre. Dans cette relation faite de respect, de silence et de signes, l'image obsédante d'une femme disparue dans les neiges réunira les deux hommes.

La critique de Mr K: Dégoté chez l'abbé depuis déjà quelques temps, je me décidai à le lire entre deux nouvelles du recueil "Tout est fatal" de Stephen King que je chroniquerai bientôt. Beaucoup de blogueurs et blogueuses ami(e)s en disant le plus grand bien, j'en commençai la lecture confiant. Résultat, une heure après je relâchai l'ouvrage l'ayant terminé et apprécié au plus haut point. Ne soyez pas surpris par la brièveté de cette lecture, le livre est court (96 pages) et écrit en gros. Mais surtout, il est terriblement prenant!

Tout est résumé dans la quatrième de couverture, difficile d'en rajouter sans trahir le contenu et gâcher la découverte. On est ici dans le domaine du roman initiatique et la dimension humaine et universaliste de ce court récit est prégnante. Derrière le personnage de Yuko se cachent tous les jeunes gens à l'aube de leur vie d'adulte et de leur épanouissement personnel. Il est donc question ici de trouver sa voie et d'accomplir sa vie au sens noble du terme. Trouver sa voie professionnelle et donc la personne qui va agir comme un déclic et vous faire découvrir vos aspirations profondes. Mais cette histoire nous parle aussi du nécessaire accomplissement personnel par la rencontre avec l'être qui comblera notre besoin d'affection et d'amour. Yuko dans cette double quête rencontrera son maître à penser, l'ancien samouraï devenu poète Soseki, qui partagera avec lui sa science et ses émotions.

Ce livre est d'une beauté confondante. Bien que très court et avare en description, Fermine signe l'exploit de réussir à totalement nous immerger dans le Japon de l'époque grâce au ressenti des personnages. Les paysages, les phases de séduction et d'amour physique entre Yuko et la jeune femme de la fontaine, les rapports père-fils et élève-maître sont à couper le souffle tant leur brieveté scripturale va à l'essentiel et respire l'authenticité. La neige est omniprésente et pourrait même s'apparenter à une personne physique (personnification diraient les spécialistes) tant sa présence est forte et évocatrice. C'est beau, léger, poétique, très japonais en somme! Le déroulé ne ménage cependant pas le lecteur avec des rebondissements dramatiques mais le tout baigne dans une sorte de quiétude générale dans laquelle on se laisse couler sans aucune difficulté grâce à l'écriture simple, directe mais néanmoins très imagée de l'auteur.

Inutile d'en dire plus, ce livre est d'une beauté rare, le temps suspend son vol pendant sa lecture et on en ressort heureux et apaisé. Un must!

Posté par Mr K à 18:38 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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