dimanche 23 août 2015

"Le Violon noir" de Maxence Fermine

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L'histoire: A Venise, alors envahie par les troupes napoléoniennes, Johannes Karelsky, violoniste au talent reconnu dès l'enfance, enrôlé dans l'armée française et blessé au combat, trouve domicile chez un mystérieux luthier, passionné d'échecs et amateur d'eau-de-vie. Très vite, entre ces deux hommes du secret, se noue une complicité faite de respect, de silence et de musique, qui se changera en une amitié que la simple évocation d'une voix de femme, dont on ne sait au juste où elle les entraînera, scellera jusque dans la mort. Le violon noir, douleur et chef-d’œuvre du luthier, est-il en fin de compte l'instrument de leur perte ou de leur rédemption?

La critique de Mr K: Il y a deux ans ma route de lecteur avait croisée l'auteur Maxence Fermine et son très beau roman Neige qui m'avait envoûté par son ambiance unique et une histoire universelle versant dans le récit initiatique. À l'occasion d'un chinage de plus, je retombais sur lui avec ce court roman de 127 pages que je décidai d'emmener avec moi à la plage lors d'un après midi ensoleillé. Je ressortais de ma lecture au bout d'une heure et demi, une fois de plus conquis par une œuvre à la fois poétique et prenante.

C'est l'histoire de deux hommes que le hasard va faire se rencontrer à Venise après la conquête napoléonienne. Johannes est un jeune violoniste surdoué qui rêve d'écrire son propre opéra. Erasmus est un luthier spécialisé dans le violon, issu d'un apprentissage chez les Stradivarius. L'un et l'autres vont se jauger, s'apprivoiser, apprendre à se connaître et explorer leurs rêves respectifs. Au contact de cet artisan à la vie riche en rebondissements, le jeune Johannes va toucher du doigt la nature profonde de ses aspirations et essayer de reprendre en main sa vie suite à son expérience traumatisante de la guerre.

On retrouve dans ce roman toutes les qualités que j'avais pu apprécier lors de ma première incursion dans l'univers de Maxence Fermine. Dans Le Violon noir, il n'y a que deux personnages et quelques personnages secondaires qui sont évoqués ici ou là pour caractériser davantage les deux musiciens, l'auteur s'attachant vraiment complètement à Johannes et Erasmus. D'une grande profondeur, c'est avec passion qu'il aborde leur psyché et leurs vies quelques peu tumultueuse. Pas de débauche de descriptions comme lors de ma première lecture mais deux destins qui s'épousent momentanément et une alchimie entre les deux hommes qui se "reconnaissent" par leur passion commune et leurs échanges verbaux. Le style épuré et précis nous plonge instantanément dans cette rencontre que nous suivons avec avidité tant les attentes sont fortes. Qui est Erasmus? Qu'a-t-il vécu dans son passé qui l'ait à jamais transformé? Johannes finira-t-il son opéra? Qui est cette mystérieuse femme qui peuple leurs rêves à tous les deux? Et ce fameux violon noir? Qu'est-ce vraiment?

En filigrane, nous traversons une époque riche en événements historiques. Bonaparte n'est pas encore devenu Napoléon et étend son influence en Italie. Johannes sera appelé à combattre et va devoir se confronter à la barbarie de la guerre. Blessé il va découvrir la ville de Venise qui est ici décrite avec une forte économie de mots sans pour autant tomber dans la facilité. Pas besoin de beaucoup pour toucher en plein cœur. Dans cet exercice, Maxence Fermine s'avère redoutable d'efficacité. Les passages plus oniriques sont aussi bien sentis, remarquables de clarté tout en gardant un aspect énigmatique. Ils contribuent à la richesse des personnages et apportent un éclairage nouveau sur une intrigue plutôt simpliste de prime abord. Au fil de la lecture, les révélations finissent par tomber et le roman décolle alors vers des sommets insoupçonnés.

La lecture fut donc rapide et aisée, surtout très addictive. On conjugue ici destins contrariés et belle rencontre, pour un ouvrage impossible à refermer avant la fin de la lecture. Belle prouesse pour un livre à découvrir si ce n'est déjà fait!

Posté par Mr K à 18:54 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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samedi 3 août 2013

"Neige" de Maxence Fermine

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L'histoire: À la fin du XIXème siècle, au Japon, le jeune Yuko s'adonne à l'art difficile du haïku. Afin de parfaire sa maîtrise, il décide de se rendre dans le sud du pays, auprès d'un maître avec lequel il se lie d'emblée, sans qu'on sache lequel des deux apporte le plus à l'autre. Dans cette relation faite de respect, de silence et de signes, l'image obsédante d'une femme disparue dans les neiges réunira les deux hommes.

La critique de Mr K: Dégoté chez l'abbé depuis déjà quelques temps, je me décidai à le lire entre deux nouvelles du recueil "Tout est fatal" de Stephen King que je chroniquerai bientôt. Beaucoup de blogueurs et blogueuses ami(e)s en disant le plus grand bien, j'en commençai la lecture confiant. Résultat, une heure après je relâchai l'ouvrage l'ayant terminé et apprécié au plus haut point. Ne soyez pas surpris par la brièveté de cette lecture, le livre est court (96 pages) et écrit en gros. Mais surtout, il est terriblement prenant!

Tout est résumé dans la quatrième de couverture, difficile d'en rajouter sans trahir le contenu et gâcher la découverte. On est ici dans le domaine du roman initiatique et la dimension humaine et universaliste de ce court récit est prégnante. Derrière le personnage de Yuko se cachent tous les jeunes gens à l'aube de leur vie d'adulte et de leur épanouissement personnel. Il est donc question ici de trouver sa voie et d'accomplir sa vie au sens noble du terme. Trouver sa voie professionnelle et donc la personne qui va agir comme un déclic et vous faire découvrir vos aspirations profondes. Mais cette histoire nous parle aussi du nécessaire accomplissement personnel par la rencontre avec l'être qui comblera notre besoin d'affection et d'amour. Yuko dans cette double quête rencontrera son maître à penser, l'ancien samouraï devenu poète Soseki, qui partagera avec lui sa science et ses émotions.

Ce livre est d'une beauté confondante. Bien que très court et avare en description, Fermine signe l'exploit de réussir à totalement nous immerger dans le Japon de l'époque grâce au ressenti des personnages. Les paysages, les phases de séduction et d'amour physique entre Yuko et la jeune femme de la fontaine, les rapports père-fils et élève-maître sont à couper le souffle tant leur brieveté scripturale va à l'essentiel et respire l'authenticité. La neige est omniprésente et pourrait même s'apparenter à une personne physique (personnification diraient les spécialistes) tant sa présence est forte et évocatrice. C'est beau, léger, poétique, très japonais en somme! Le déroulé ne ménage cependant pas le lecteur avec des rebondissements dramatiques mais le tout baigne dans une sorte de quiétude générale dans laquelle on se laisse couler sans aucune difficulté grâce à l'écriture simple, directe mais néanmoins très imagée de l'auteur.

Inutile d'en dire plus, ce livre est d'une beauté rare, le temps suspend son vol pendant sa lecture et on en ressort heureux et apaisé. Un must!

Posté par Mr K à 18:38 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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