samedi 31 août 2013

"J'ai perdu tout ce que j'aimais" de Sacha Sperling

j'ai perduL'histoire: Pour se remettre du succès inattendu de son premier roman et de la déception du deuxième, Sacha s'est enfui un an à Los Angeles. De retour à Paris, l'accueil est glacial. Ses amis d'enfance lui reprochent de s'être inspiré d'eux pour façonner ses personnages, d'avoir révélé leurs secrets, d'avoir raconté leurs frasqsues. Et que peut un écrivain quans ses personnages se révoltent contre lui? Les choses ont bien changé depuis l'époque du lycée, et l'ex-petite vedette littéraire semble sombrer dans la paranoïa... A mois que sacha ait raison d'avoir peur.

La critique Nelfesque: Sacha Sperling est l'auteur de deux romans avant "J'ai perdu tout ce que j'aimais", sortie de la Rentrée Littéraire: "Mes Illusions donnent sur la cour" et "Les Coeurs en skaï mauve". Sacha Sperling, narrateur de ce dernier roman, est également auteur de deux romans et la biographie de ce dernier résonne étrangement avec celle de l'auteur. C'est un roman étonnant et intrigant que nous offre ici Sacha Sperling. Où s'arrête la réalité? Où commence la fiction?

Durant tout le roman, Sacha Sperling tente d'embobiner son lecteur, de le perdre entre deux mondes, de le faire s'interroger sur ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. Pour ma part, "J'ai perdu tout ce que j'aimais" est le premier roman de Sperling que je lisais. Je suis donc partie vierge de toutes références passées mais, après investigations, il se trouve qu'en effet les personnages de ce présent roman sont également ceux de "Mes Illusions donnent sur la cour". Ceux ci, amis de Sacha, sont mécontents du succès de l'auteur après la sortie de ce premier roman en librairie. Ils s'estiment floués par leur ami d'enfance, leurs vies données en pâture à des milliers de lecteurs. Maintenant que Sacha est rentré de son année d'exil, ils comptent bien lui dire le fond de leurs pensées!

Sacha est un personnage très parisien avec des amis très parisiens, un microcosme branchouille bobo argenté qui traine dans des soirées où alcool et drogue coulent à flot. Lui, pas très bien dans ses baskets depuis son retour, va devenir de plus en plus parano à mesure qu'il va mettre de la coke dans son nez et de la beuh dans son tabac. D'autant plus qu'il va commencer à recevoir des sms menaçants de la part d'un expéditeur anonyme qui semble être bien informé sur son passé et son quotidien...

Sacha se sent de plus en plus seul, devient de plus en plus méfiant et hautain envers ses proches et flirte dangereusement avec la ligne jaune. Dans cette période complexe, il va faire la connaissance d'un dealer dans un parc qui va l'aider à solutionner son problème et d'une jeune femme dont il va tomber amoureux. Ainsi entouré, il se sent plus fort et épaulé mais jusqu'à quand?

L'auteur nous présente ici un personnage tourmenté et rongé par les remords. Avec une écriture simple et limpide il sait faire monter la pression et peu à peu le lecteur s'attache à Sacha, malgré ses défauts, et souffre avec lui. Paranoïa, schizophrénie, trahison... Sacha va passer par tous les états et bien qu'ayant deviné pas mal de choses avant la révélation finale j'ai pris plaisir à lire ce roman bien construit et prenant. Jusqu'à un certain point...

Ce point me laissera au final un arrière goût désagréable et un avis en demi teinte. Ce tout petit point tient en quatre malheureuses pages, les quatre dernières (et oui, vous avez bien lu... Les boules!!!). Là où j'aurai aimé que l'auteur aille au bout de son concept et qu'il offre à ses lecteurs un final bien glauque et destructeur, Sacha Sperling donne un grand coup de frein, laisse de la gomme sur le route, fait marche arrière et nous écrit une fin bien fadasse! Pourquoi!? Pourquoi bâcler ainsi une oeuvre qui aurait pu être une petite bombe? Pourquoi prendre ses lecteurs pour des imbéciles en leur expliquant par le menu ce qu'ils ont de toute façon deviné et les priver d'une vraie fin!? Monsieur Sperling, nous pensez-vous à ce point idiots pour que vous sabordiez ainsi toute la construction de votre roman dans les quatre dernières pages en changeant radicalement de cap!? En colère, j'ai terminé cette lecture, en me disant qu'il n'aurait pas fallu beaucoup plus pour que "J'ai perdu tout ce que j'aimais" soit un excellent roman. Dommage...

J'ai lu "J'ai perdu tout ce que j'aimais" dans le cadre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. L'avis de mes compagnons de lecture est à retrouver sur la fiche consacrée sur le site.


vendredi 7 octobre 2011

"Le Livre noir de l'agriculture" d'Isabelle Saporta

livrenoiragriL'histoire : Vous souvenez-vous des Shadoks, ces étranges oiseaux qui passaient leur vie à pomper, pomper, pomper et à inventer des machines toujours plus absurdes ? Les Shadoks, aujourd’hui, c’est nous, ou plutôt notre agriculture. Malgré son coût prohibitif, celle-ci ne respecte ni le pacte social qui la lie aux paysans, ni le pacte environnemental qui la lie aux générations futures, ni même le pacte de santé publique qui la lie à chacun de nous. Les ressources d’eau sont gaspillées, polluées. Nous recevons chaque jour dans nos assiettes notre dose de pesticides et autres résidus médicamenteux. L’agriculteur ne s’en sort plus, et il est injustement voué aux gémonies, lui qui n’est que le bouc émissaire d’un système qu’il subit. La confiance est rompue.
Pendant deux ans, Isabelle Saporta a parcouru les campagnes françaises. Dans cette enquête, elle met au jour l’absurdité du système, en le remontant de la fourche à la fourchette, du cours d’eau pollué aux cancers environnementaux provoqués par les pesticides, des animaux trop traités à l’antibiorésistance.
La conclusion semble s’imposer : puisque notre agriculture pose plus de problèmes qu’elle n’en résout, il est urgent de changer de cap et de revenir à davantage de raison. Mais si tout le monde s’accorde sur le constat d’échec, aucun responsable politique ne veut prendre le risque de s’attaquer aux fondements de l’agriculture intensive.
Loin de se contenter de brosser un tableau alarmiste, Isabelle Saporta avance des solutions simples. Pour les trouver, il suffit de savoir écouter ceux qui connaissaient le monde avant son délire productiviste. Ceux qui, aujourd’hui, travaillent d’arrache-pied à remettre les champs dans les sillons du bon sens paysan.

La critique Nelfesque : Cela fait plusieurs mois que j'ai lu cet essai d'Isabelle Saporta et il est encore bien présent dans mon esprit aujourd'hui. Il me fallait du temps pour le "digérer". Non pas qu'il soit difficile à comprendre mais parce que les propos qui sont tenus dans ce livre sont lourds de conséquences...

Je suis ressortie de cette lecture complètement révoltée et dégoutée. J'ai d'abord pensé arrêter de manger, arrêter de boire aussi, avant d'atteindre un point de non retour, mais en y réfléchissant bien, ce n'était pas une position vraiment tenable... Alors j'ai changé ma façon de consommer, j'étais déjà sensibilisée aux problèmes d'écologie mais ce livre a été comme un coup de poing.  On crève à petit feu, on tue la planète et rien n'est fait pour inverser la tendance ! Comment rester de marbre face aux révélations faites dans ce livre (révélations qui n'en sont pas tout à fait pour qui se tient au fait des choses, mais qui réveillent le citoyen moyen) ? Dans cet essai il est question de cochon, génétiquement modifié pour assurer un rendement rentable au péril de la santé de ces animaux et au péril de notre santé, à nous consommateurs. Il est aussi question de l'eau, complètement polluée par l'agriculture intensive, des algues vertes, des légumes et de la culture hors sol qui est une aberration nous faisant avaler toujours plus de pesticides et de fongicides, de pommes de terre, calibrées et nettoyées pour nos beaux yeux (parce qu'une pomme de terre sans terre c'est plus sexy) et pour les tapis roulants des caisses de supermarché que les saletés enrayaient, des céréales cultivées en bordure d'autoroute et qui nous font ingérer des résidus de pneus (!!!)... Autant de malbouffes qui nous font grossir même en mangeant équilibré !

Tout le long de ce livre, on a envie de vomir, d'envoyer valser les grandes enseignes de la distribution et de se réfugier dans la Creuse pour faire pousser nos légumes et élever nos animaux. Malheureusement, même là bas, le constat est rude...

Mais "Le Livre noir de l'agriculture" ne fait pas que pointer du doigt ce qui va mal, il met aussi en lumière le fait que l'Etat dépense des miliards pour essayer d'inverser la balance en utilisant la mauvaise logique (en y réfléchissant bien, ça aussi c'est quelque chose "qui va mal"... mais il parait qu'il faut s'indigner !). Au lieu de revenir à une agriculture saine et raisonnée, avec tout bêtement des animaux dans des prés, des légumes dans de la terre, et en ayant à l'esprit que c'est la qualité qui devrait prévaloir sur la quantité (et donc le profit), tels des Shadoks, nous continuons de creuser un peu plus profond dans le non sens. L'exemple des algues vertes est édifiant ! Nous savons pourquoi ces algues prolifèrent et plutôt que de faire en sorte que ce ne soit plus le cas, l'Etat réfléchi à la mise en place d'un système permettant de transformer ces algues vertes en électricité ! Bilan de l'opération ? Des miliards d'euros ! Au secours...

A la sortie de ce livre, j'ai entendu des interviews d'Isabelle Saporta à la radio. En plus d'être stimulante à lire, elle est aussi très spontanée et amusante à entendre. Certes les choses vont mal mais elle les relate de façon fraîche et sans se prendre au sérieux. Comme n'importe quel habitant de cette planète, elle est touchée par le caractère tragi-comique de la situation.

Je vous conseille vivement la lecture de cet essai pour arrêter de vivre comme des moutons, la bouche grande ouverte à avaler toutes les saletés qui nous sont vendues et pour inverser la vapeur... tant qu'il en est encore temps.