samedi 16 juillet 2016

"La Soif de l'âme" de Christine Falkenland

La Soif de l'âme

L'histoire : Après des années de silence, Cora reprend contact avec son cousin Ernst. Séparés dans l’enfance, ils se retrouvent au domaine de Berg, au milieu des fleurs en serre et des chevaux, en ce lieu où Cora vit en compagnie de ses domestiques. Sournois, Ernst s’habitue à la personnalité austère et ambiguë de Cora, investit de sa présence une demeure dont le souvenir semblait voilé d’interdits. Courtois, presque timide, il tente de reconstruire leur complicité passée tout en résistant apparemment à d’insoutenables réminiscences névrotiques. Tel un ballet funèbre, cette relation longtemps interrompue glisse alors vers un processus de domination et de violence dont la jeune femme, bien que sur la défensive, sera la tragique victime.

La critique de Mr K : Petit voyage littéraire en Suède aujourd'hui avec une poétesse-romancière que je découvre aujourd'hui avec ce roman flirtant bon la passion destructrice. Lors d'un chinage de plus, je tombai par hasard sur La Soif de l'âme et la couverture happait mon regard de suite. Pour ma part, je la trouve assez magique et très attirante. La quatrième de couverture achevait de me convaincre avec une histoire comme je les aime mêlant amour et déraison. Mais ce livre est même bien plus que cela…

Cora vit seule dans sa grande maison de famille depuis la disparition de ses parents. Bourgeoise oisive, elle aime flâner dans son jardin d'hiver, les belles cavalcades à cheval dans le domaine et les alentours en compagnie du régisseur de la propriété. Tous les dimanches, elle va à l'église suivre l'office. Pour paraphraser un grand auteur, tout est luxe, calme et volupté. Tout bascule, le jour où elle recontacte Ernst, une ancienne connaissance issue de son enfance dont elle avait perdu la trace. Commence alors une étrange sarabande mêlée d'observation, de fascination, d'attirance et de répulsion. L'âme humaine est décidément bien nébuleuse et le couple de personnages s'enfonce dans une étrange relation qui comme le prédit le résumé va s'avérer funeste.

Très vite, dès le début, je retrouvais des sensations de lecture que je n'avais plus pratiqué depuis longtemps. Cet écrit est un mix improbable entre le Flaubert de L'Éducation sentimentale (un classique parmi les classiques) et L'Amant de Lady Chatterley de D. H. Lawrence. On partage notre temps de lecture entre descriptions très naturalistes du manoir, de ses dépendances et de ses jardins et scènes intimistes entre les deux personnages principaux.

Le point de vue adopté est celui du visiteur. Ernst nous raconte ses retrouvailles avec la jeune fille qu'il revoit bien des années après leur prime jeunesse. Au départ, le personnage est assez imbuvable, imbu de lui-même, irrespectueux envers Cora (il passe son temps à juger son attitude et ses actes, il ferait mieux de balayer devant sa porte). Quelques flashback plus loin, les allers-retour présent/passé se multipliant au fil du récit, on se rend compte qu'il a été marqué dans sa chair et son esprit durant sa jeunesse et qu'il est quelque peu dérangé (c'est un euphémisme). On ne dira jamais assez que tout se joue avant 6 ans et que le rapport aux parent est primordial dans la construction de soi. Dans la déviance involontaire, on atteint ici des sommets avec un Ernst touchant dans sa monstruosité et son incapacité à s'adapter à l'autre.

En face de lui, une belle oie blanche, pétrie de spiritualité et de bons sentiments qui ne capte pas forcément ce qui se passe autour d'elle et qui a du mal dans ses relations aux autres de par la vie solitaire qu'elle s'impose. Encore vierge, elle ne connaît pas grand chose aux grands élans de l'amour et ses retrouvailles avec Ernst vont faire plus que des étincelles. Une fois le Rubicon traversé, la lumineuse Cora laisse place à un être désespéré et perdu qui tente maladroitement de se raccrocher à sa foi, à Dieu qui jusque là s'était montré si proche d'elle. Le livre rentre alors dans une nouvelle logique, celle de l'affrontement au centre d'un couple qui n'en est pas vraiment un, une victime et une proie, et des esprits en déshérence qui tentent de survivre comme ils peuvent.

Ce livre a un caractère hypnotique indéniable. Bien qu'assez froid dans son approche au départ, on se prend à rentrer assez vite dans l'histoire et l'on est intrigué face à ces deux êtres très différents qui pourtant sont attirés l'un par l'autre. L'écriture de Christine Falkenland accompagne merveilleusement la trame avec une simplicité renversante inoculant quelques saillies venimeuses de haute tenue qui bouleversent personnages et lecteurs unis pour le pire dans une descente aux enfers diaboliquement bien menée. On ressort de cette lecture courte (140 pages) mais efficace complètement rincé et conscient d'avoir lu une petite pépite bien sombre et profondément humaine. Une expérience à tenter !

Posté par Mr K à 17:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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