lundi 20 juillet 2015

"Shaun le mouton" de Richard Starzak

shaun afficheL'histoire : Lorsque qu’une blague de Shaun entraîne accidentellement le fermier jusqu’à la Grande Ville, Shaun, Bitzer et le reste du troupeau se retrouvent embarqués dans une aventure complêêêêtement inattendue en plein grande ville... Shaun arrivera-t-il à retrouver le Fermier dans cette ville étrangère et inconnue avant de s’y perdre pour toujours ?

La critique Nelfesque : Ah ! "Shaun le mouton" ! On l'avait remarqué lors de sa sortie en avril dernier mais on avait laissé passer le temps pour le voir et résultat, nous l'avions râté. Lors de la dernière Fête du Cinéma, alors que nous étions en train de regarder le programme ciné, quelle ne fut pas notre joie de le découvrir à la programmation de notre cinéma (il s'agissait en fait d'une "séance bambino" pour les tout petits mais même sans enfant ils nous ont laissé entrer) ! Youpi !

Nous avons donc 12 trains de retard pour vous parler de ce film mais nous l'avons tellement aimé que nous ne pouvions pas ne pas en laisser une trace ici.

L'histoire est toute simple : Shaun et ses copains moutons en ont marre du rythme harassant de la ferme et souhaitent un jour de congés. Ils mettent alors en place une stratégie qui va se retourner contre eux.

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La technique de réalisation, quant à elle, est extrêmement minutieuse et impressionnante. Film en stop-motion et personnages / décors en pâte à modeler, "Shaun le mouton" est dans la même veine que "Chicken run" ou "Wallace et Gromit" du même studio. Pendant 1h30, les spectateurs adultes que nous sommes sont complètement happés par le visuel. Le soucis du détail, les décors léchés, la perfection des attitudes des personnages, la masse de travail est impressionnante.

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Ce film est sans paroles, tout passe donc par les expressions et le comique de situation. Et ça fonctionne ! Bien sûr, ce long métrage est pour les enfants à partir de 3 ans mais convient également tout à fait aux adultes qui ont gardé la capacité de s'émerveiller. L'humour, parfois un peu pipi caca, sait aussi se montrer subtil et clairement les petits et les grands ne riront pas des mêmes scènes. En ce qui me concerne, la population de la fourrière m'a fait mourir de rire.

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Drôle et tendre à la fois, on s'amuse et on s'émeut tour à tour devant cet univers en pâte à modeler. Très fort pour nous faire rire avec un humour décalé et très british, je ne sais pas si c'est l'empathie que l'on développe peu à peu pour chaque personnage ou le côté enfantin de l'ensemble, mais on se surprend aussi à être touchés en plein coeur. Ils sont forts chez Aardman !

Vous l'aurez compris, que vous ayez 7 ou 77 ans, je vous conseille vivement de voir "Shaun le mouton". Pour le cinéma, c'est trop tard mais pour le DVD, c'est parfait ! Alors calez-vous dans votre canap', préparez vous à passer un excellent moment et savourez ! "Shaun le mouton" devrait être remboursé par la sécu...

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La critique de Mr K : 6/6, un superbe séance de cinéma de rattrapage avec ce film à prix réduit pour les séances "bambino" de notre cinéma qui accepte même les grands lors des projections! J'ai passé un moment exceptionnel en compagnie de Shaun et ses camarades, 1h30 de gags ininterrompus et de moments plein de tendresse et d'émotions.

La vie dans la ferme de Shaun est tout ce qui a de plus réglée et monotone: lever, déplacement au champ, nourriture et dodo. Notre jeune mouton s'ennuie et concocte un plan pour s'évader quelques heures et expérimenter le concept de liberté (qui lui vient à l'esprit suite à la vision d'une publicité placardée sur le bus s'arrêtant en face de la ferme). Rien ne se passe comme prévu, suite à un imbroglio pas possible, le fermier devient amnésique et la ferme est livrée à elle-même. Le chien et Shaun vont partir à la recherche du maître disparu séparément tout d'abord puis ensemble, accompagnés de tout un troupeau de moutons (agneau compris!). Ils ne sont pas au bout de leurs peines!

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Ce film est avant tout très drôle. Les animaux ne parlant pas (si vous les entendez, pensez à aller consulter vite, ce n'est pas Ryan Reynolds qui vous dira le contraire!), le film est donc quasiment muet mais cela n'empêche pas d'avoir en face de soi un des films les plus denses en terme de gags que j'ai jamais vu. Il y a du Chaplin dans l'esprit de dérision, du Tex Avery dans le côté absurde et frappadingue et un no-sense à l'anglaise vraiment épatant. Chutes, enchaînements, personnages décalés, réactions ubuesques, tous les aspects de la comédie sont présents dans un spectacle réjouissant et loin d'être bête. Ils ont de la chance nos lardons!

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On s'attache aussi beaucoup à ces personnages en pâte à modeler notamment Shaun et le chien qui se cherchent un peu des crosses, le fermier complètement à côté de ses pompes et affectueux avec ses bêtes, le bébé mouton est à croquer et sa maman à bigoudis bien délirante. En fait, tous les êtres croisés ont une petite individualité, un élément qui nous accroche. Mention spéciale aux prisonniers de la fourrière et notamment le caniche culturiste et la chienne très laide (genre Alf) mais trop adorable! Le film fourmille de détails dans les personnages mais aussi les décors, je suis sûr que des gags m'ont échappé et que lors d'un deuxième visionnage j'en trouverai d'autres comme dans des films comme Y'a-t-il un pilote dans l'avion? ou encore La Cité de la peur. On enchaîne les scènes et les rebondissements avec ravissement et c'est malheureusement trop vite que l'on arrive au générique de fin (attention, restez bien jusqu'au bout, il n'y a pas une mais DEUX surprises!).

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Ce film est enfin un petit bijou de technique qui dame le pion à bien des productions mirifiques en terme d'image mais creuses et abêtissantes. La stop-motion est impressionnante, l'action non-stop et immersive. La musique est tout bonnement géniale voir essentielle pour un film sans parole. Rock and roll comme jamais avec des titres et des mélodies qui restent en tête, vous vous surprendrez à siffloter la thème de Shaun le Mouton bien après son visionnage (proche d'un succès de Sheila mais en bien plus barré!). Un bijou que petits et grands savoureront encore et encore.


mercredi 15 juillet 2015

"Tale of tales" de Matteo Garrone

tale of tales afficheL'histoire : Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d'enfant... Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.

La critique Nelfesque : Nous avions remarqué "Tale of tales" lors du dernier Festival de Cannes et attendions avec impatience sa sortie en salle (accessoirement nous priions très fort pour qu'il soit programmé chez nous). Nos voeux ont été exaucé puisque ce dernier est bien sorti chez nous et, cerise sur le gâteau, pendant la Fête du Cinéma !

"Tale of tales" est un film à part. Avec un rythme qui peut en perdre plus d'un, ce long métrage est d'une construction époustouflante. Chaque plan est léché, les couleurs sont omniprésentes, la bande son colle à la perfection à l'oeuvre, les acteurs sont bons, l'histoire est à tomber. Bref, "Tale of tales" est un petit bijou d'esthétisme et de poésie.

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Le spectateur navigue tour à tour dans trois histoires distinctes et suit les pas de trois rois. Le premier, le Roi de Selvascura, interprété par John C. Reilly, fait tout pour satisfaire sa femme, au désespoir d'avoir un jour un enfant, et met tout en oeuvre pour changer le cours du destin. Le Roi de Roccaforte, Vincent Cassel, est un roi obsédé par le sexe, forniquant partout et tout le temps. Enfin, le Roi d'Altomonte, Toby Jones, est pris de passion pour un insecte étrange qui a su captiver son regard et l'accompagne désormais dans son quotidien.

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La passion, l'obsession et le désir sont au coeur de ces trois contes médiévaux. Dans un monde fantastique où croyance et superstition sont omniprésentes, sorcières, monstres merveilleux, actions miraculeuses sont au rendez-vous pour le plus grand plaisir de nos yeux. Les avis sont très controversés concernant ce film mais je me range indubitablement dans le camp de ceux qui n'en pense que du bien et qui déplore le fait qu'il n'ait eu aucun prix à Cannes.

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"Tale of tales" ravira les amateurs de merveilleux et les spectateurs amateurs de contes mis en scène avec talent. Ne vous attendez pas à une histoire haletante, ici on prend le temps d'apprécier chaque instant. Chaque histoire étant passionnante, l'esthétique et la finesse de l'adaptation du "Pentamerone" de Giambattista Basile prend ici le pas sur le sensationnel. Une oeuvre à ne pas manquer sur grand écran.

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La critique de Mr K : 5,5/6. Encore une belle séance de cinéma avec ce dernier film vu dans le cadre de La Fête du cinéma. Place aujourd'hui au conte noir et cruel magnifiquement mis en image par le réalisateur de Gomorra. Rappelons que la matière première est un livre du XVIème siècle qui a inspiré plus tard les frères Grimm et Andersen, Le Conte des contes de Giambatista Basile étant composé de 50 contes que l'on pourrait qualifier de moraux et cruels. Il va falloir que je parte en quête de ce volume tant ce que j'ai pu en voir dans ce film m'a enthousiasmé.

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Trois contes sont ici étroitement emmêlés pendant les 2h10 de films, nous passons de l'un à l'autre alternativement. Une reine (Salma Hayek) ne pouvant pas avoir d'enfants va envoyer son époux à la mort pour recueillir le cœur encore palpitant d'un dragon des mers pour le consommer et ainsi tomber enceinte. Son fils Élias né (ainsi qu'un jumeau d'une mère différente!), elle devient possessive à l'extrême et ce dernier voudrait vivre de ses propres ailes. Un monarque libidineux (Vincent Cassel) entend une douce mélodie dans une ruelle donnant sur son château. La femme se dérobe à ses yeux et s'enferme dans sa maison. N'en pouvant plus de désir, il l'enjoint de lui ouvrir, ce qu'il ne sait pas c'est qu'il s'agit d'une vieillarde qui regrette sa jeunesse perdue vivant seule avec sa sœur. Commence une partie de cache cache mâtinée de magie qui finira bien mal. Dans le troisième volet, un roi égocentrique doit marier sa fille, il organise un concours qu'il croit impossible à gagner (je ne lèverai pas le mystère!) mais qui le sera tout de même par un ogre! La jeune fille doit alors partir avec son promis dans la montagne...

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On retrouve tous les éléments des contes dans ce film: des puissants pris dans les affres du désir et du nombrilisme, des créatures imaginaires patibulaires dont un dragon des mers très beau et un ogre des plus repoussants mais cependant touchant, de jeunes âmes en quête de liberté (Élias et Jonas, la princesse promise), de vieilles âmes torturées (les deux sœurs sont un modèle dans le genre), des châteaux plus extraordinaires les uns que les autres avec des intérieurs splendides, des paysages magnifiques entre plaines désertiques, forêts impénétrables constituées de roches pluri-millénaires et d'arbres impressionnants… Quel festin pour les yeux que ce métrage! La technique est parfaite, la beauté poussée à son paroxysme avec des contrastes de couleurs forts et un sens de l'image léché à l'extrême. Les costumes, les intérieurs sont aussi remarquables et complètent un tableau tout bonnement féerique. Le tout est accompagné par la superbe BO composée par Alexandre Desplat que je vais m'empresser d'acquérir tant elle m'a envoûté à l'image de ce film immersif à souhait.

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Les acteurs ne sont pas en reste avec une Salma Hayek rayonnante dans son rôle de mère aimante aux appétits dévorants, Vincent Cassel est lui impeccable dans son rôle de débauché en quête d'amour et Toby Jones apporte une belle légèreté dans son rôle de roi déconnecté de la réalité. Les autres membres du casting bien que moins reconnus sont parfaits et donnent une cohérence à cet ensemble baroque et gothique qui explore la facette noire de l'esprit humain. On côtoie ici l'horreur (n'amenez pas vos jeunes enfants!), le fantastique et la réalité la plus crûe. Le mélange est détonnant et efficace à souhait. Je me contente d'un 5,5/6 car j'ai trouvé juste que quelques scènes d'action manquait un peu de rythme (l’épisode du dragon des mers, celui de la chauve-souris notamment) mais honnêtement on passe un moment très agréable et rare. À voir absolument pour tous les amateurs du genre!

vendredi 3 juillet 2015

"Poltergeist" de Gil Kenan

Poltergeist afficheL'histoire : Lorsque les Bowen emménagent dans leur nouvelle maison, ils sont rapidement confrontés à des phénomènes étranges. Une présence hante les lieux. Une nuit, leur plus jeune fille, Maddie, disparaît. Pour avoir une chance de la revoir, tous vont devoir mener un combat acharné contre un terrifiant poltergeist...

La critique Nelfesque : Si vous nous suivez depuis longtemps, vous savez que nous avons un petit faible (un gros !) pour les films de genre. "Poltergeist" est un film culte et je ne vous cache pas que nous avions très peur du résultat concernant ce remake. Comme vous le savez aussi, je n'aime pas les remakes et cette facilité de tout reprendre pour remettre au goût du jour, au lieu de s'arracher pour pondre des scénarios originaux de qualité, quitte à dénaturer complètement l'oeuvre originale pleine de charme, me fait hérisser le poil.

Pourquoi aller voir "Poltergeist" version 2015 dans ce cas là ? La Fête du Cinéma pardi ! Sans elle, nous ne nous serions pas déplacés en salle et nous serions peut être contentés d'un visionnage DVD. Et encore...

Bon et alors ? C'est pas tout ça mais le film, il vaut le coup d'oeil ou pas ? Oui et non... On passe un bon moment, il y a de chouettes trouvailles mais dans l'ensemble ce "Poltergeist" ne casse pas des briques (à défaut de détruire des murs (ahah très drôle (ok, j'arrête))).

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J'ai aimé la première partie du film, à l'ancienne, sans déballage d'effets spéciaux. Le spectateur fait connaissance avec la famille Bowen et je dois dire que personnellement elle m'a bien plu. Ici point de gros clichés, pas d'ado grosse rebelle, blonde décolorée et qui mâche des chewing-gums la bouche ouverte, point de papa trop fort qui roule des mécaniques, point de maman modèle hystéro... Non finalement cette famille Bowen est une famille normale à laquelle on s'attache et s'identifie très rapidement. Les acteurs y sont d'ailleurs pour beaucoup, tout est naturel et le jeu est juste. La gamine a une bonne bouille, le petit frère peureux est attachant, les parents sont cools juste ce qu'il faut et il règne dans cette tribu une bonne humeur communicative. On est bien loin des films américains très clichés, m'as-tu-vu et débilisant.

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Les premières manifestations paranormales se déclenchent par petites touches, faisant monter la pression. L'ambiance se fait plus lourde petit à petit. Perso, je n'ai pas eu peur mais cette façon d'amener les choses tout en douceur m'a séduite. Il n'y a pas d'idées novatrices ou de plans révolutionnaires, c'est assez classique mais ça fonctionne bien et c'est respectueux de l'oeuvre originelle.

La deuxième partie, en revanche, celle où les poltergeists déchaînent leur fureur, est plus bancale. Les effets spéciaux m'ont complètement laissé de marbre ayant plus l'impression d'être devant une animation de jeu vidéo que devant un long métrage. Les scènes "de l'autre côté" ne valent vraiment pas celles faites en 1982. Oui il y a plus de moyens, oui on peut aujourd'hui en mettre plein la vue au spectateur mais la première version, même si elle a vieilli et même si elle a des imperfections qui font son charme, n'est ici pas égalée.

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"Poltergeist" est donc un film d'épouvante qui se regarde sans grand intérêt. Ni génial, ni nul, il laisse le spectateur avec un sentiment neutre. Perso, ce n'est pas ce que j'attends lorsque je vais au cinéma mais pour un dimanche soir calée dans mon canap' pourquoi pas. Et puis, le film des 80's m'a tellement fait flipper en son temps que c'est presque un crime d'avoir voulu le remplacer dans ma mémoire. SVP monsieurs les réalisateurs, ne touchez plus à mes films cultes !

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La critique de Mr K : 3,5/6. Petite séance de cinéma sympatoche et sans prétention que ce remake d'un film culte de Tobe Hooper. Une petite famille s'installe dans une nouvelle maison qui a été construite sur un ancien cimetière dont les corps n'ont pas été déplacés. Ça fait désordre surtout que les âmes n'ont pu trouver le chemin de la rédemption et commencent à s'amuser à communiquer avec la benjamine de la portée! Le pas définitif est franchi quand ils réussissent à l'entraîner dans le plan astral. Les parents font alors appel à une équipe de chercheurs spécialisés dans le paranormal. Clairement, on est largement en dessous de l’œuvre originel et je ne reverrai pas ce métrage qui perdra beaucoup lors de son passage sur petit écran.

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Pourtant ça démarre plutôt bien. La caractérisation de la famille est sympa avec un père assez marrant car décalé et plus populo qu'à l'habitude (Sam Rockwell est impec!). La benjamine est craquante et je me suite attaché à son grand frère de 10 ans apeuré par tout et n'importe quoi et dont le physique m'a rappelé celui du jeune héros de Billy Elliot. On se plaît bien à suivre la découverte de la maison par des enfants déçus par les lieux et des parents qui ne peuvent faire autrement, la crise a frappé et le père au chômage refuse de laisser travailler sa femme écrivaine en devenir. Mais très vite, les enfants vont être confrontés à d'étranges phénomènes (lampes qui crépitent, déplacements d'objets, découverte d'une cachette secrète remplie de clowns-jouet). La tension monte peu à peu, dosée comme il faut par de petit effets classiques mais efficace (hors champ, vue subjective et objets détournés). J'ai bien dû tressauter deux / trois fois sans réellement avoir vraiment peur.

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C'est le principal défaut de ce remake, il ne fait pas peur. On reste dans du classique pur jus et on vire même dans le n'importe quoi avec la deuxième partie du film qui fait intervenir une équipe spécialiste en repérage et combat contre le surnaturel. Là où dans le film originel, on proposait un bon moment de délire mais aussi quelques morceaux de bravoure, on tombe ici dans le cliché et le convenu. Dommage car la matière était propice à fournir de belles choses mais ça ne décolle jamais vraiment avec des passages WTF délirants (l’aînée en pleine crise d'ado qui s'excuse auprès de son père de ses exigences de midinette alors que le danger rode encore, on a le droit à un exorcisme new age assez consternant aussi). Mais le temps passe vite et on ne s'ennuie pas à défaut d'être surpris.

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La réalisation est bien loin d'égaler l'original, n'est pas Tobe Hooper qui veut! L'ambiance est moins poisseuse, moins malsaine et les plans plutôt convenus. Reste un sens du rythme assez efficace et deux trois séances marquantes comme l'attaque dans le garage, la nuit d'orage et les passages dans le monde astral qui rendent bien l'angoisse vécue par les personnages. Un bon film pour la fête du cinéma, sans ados crétins qui foutent leur zone dans la salle et une place à 4 euros… aucun regret pour un remake passable pour éviter la canicule!

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mercredi 1 juillet 2015

"Vice-Versa" de Pete Docter

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L'histoire : Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité, Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie...

La critique Nelfesque : Gros coup de coeur pour "Vice-Versa", dernier né des studios Disney-Pixar ! J'aime les films d'animation, j'aime le temps d'un dessin-animé retourner en enfance et rêver mais j'ai rarement vécu autant d'émotions qu'avec celui ci. Tout simplement hors du commun.

Que se passe-t-il dans nos têtes ? Pourquoi sommes-nous parfois tirailler quand il faut prendre une décision ? Qu'est ce qui fait la personnalité de chacun ? Les festivaliers et les critiques à Cannes cette année ont été unanimes : "Vice-Versa" était bouleversant et sa projection fut un triomphe. Je partage totalement leur avis. On navigue ici entre rires, larmes et réflexion. Notre gymnastique cérébrale est très bien rendue. Les explications complexes sont finement simplifiées et imagées pour que tout devienne accessible sans pour autant galvauder des faits scientifiques. Chacun en ressort grandit, petits et grands ont appris des choses. Même si tout n'est pas compréhensible pour les plus petits, ils peuvent ressentir grâce aux images les émotions qui nous sont traduites. Un vrai tour de force qui nous cueille à chaque minute.

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Riley a 11 ans. Elle vient de quitter son Minnesota natal pour San Francisco et c'est la tempête dans sa tête. Elle a quitté la maison qu'elle aime, ses repères, ses amis, une vie calme à la campagne pour une ville qu'elle ne connaît pas, une maison qui ne lui plaît pas et tout un avenir à construire. Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût sont alors à pied d'oeuvre pour que cette transition se fasse de la meilleure façon possible et que Riley ne souffre pas trop de ce changement de vie.

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Oui mais voilà, rien ne va se passer comme prévu et nous suivons les pérégrinations de ces 5 sentiments dans le cerveau de Riley. La tour de contrôle des émotions, les îles de la personnalité qui constituent cette dernière, la mémoire à long terme, le train de la pensée, le stockage des souvenirs, la fabrication des rêves, le parc de l'imaginaire, le subconscient... tel est le décors reflétant tout cerveau. Le film commence comme une friandise au goût acidulé, Riley est petite et heureuse, tout n'est que bonheur et paillettes puis peu à peu l'ambiance bascule dans quelque chose de plus angoissant, de plus complexe et perturbant. Loin des sentiers balisés de dessins animés édulcorés pour enfants, beaux à regarder mais sans messages ou très simplistes, "Vice-Versa" pose des questions essentielles sur l'accomplissement de soi, sur la gestion des émotions, sur le fait de grandir, sur l'oubli...

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Cette petite fille si seule dans sa nouvelle vie est pourtant peuplée d'une petite bande remuante et énergique qui remue ciel et terre pour qu'elle garde le cap. Evoluants dans un monde riche et coloré, les 5 sentiments ont une multitude de solutions à leur portée et se bagarrent parfois pour trouver la bonne. C'est foisonnant, passionnant et certains détails éveillent en nous des choses enfouies. Qui n'a pas eu enfant un ami imaginaire et l'a complètement oublié ? Découvrir où celui ci réside à présent crève le coeur... Avec ce film d'animation diablement malin et efficace, le spectateur est tour à tour surpris, émerveillé, ému et apaisé.

Une très jolie histoire, un très beau film d'animation, très loin d'être bête, qui plait aussi bien aux petits qu'aux grands. Le meilleur Pixar et, psychologiquement, le plus abouti jusqu'à présent ! J'attends le DVD avec impatience ! Une réussite !

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La critique de Mr K: 6/6, une grande et belle claque que le dernier né de chez Pixar. A mes yeux, le plus réussi, le plus abouti et le plus riche de tous leurs métrages. Il sera sans nul doute dans mon top 3 de l'année tant il m'a remué et diverti. Attention chef d’œuvre! Et en animation, c'est tout de même assez rare depuis ces dernières années.

Le concept est simple, on rentre dans la tête d'une jeune fille et nous suivons le fonctionnement de son cerveau à travers les cinq émotions principales qui régissent nos vies (la joie, la tristesse, la colère, la peur et le dégoût). Tout se passe pour le mieux pour Riley jusqu'au jour où elle déménage de son Minnesota natal pour San Francisco. Ça fait beaucoup de changements pour elle et la transition va s'avérer bien rude pour cette petite fille normalement enjouée. Crispations avec la famille, éloignement avec ses amis, premiers jours à l'école, nombreux sont les obstacles à son épanouissement, heureusement ses émotions veillent et vont la guider dans cette période pas très facile.

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Ce film est imparable et d'une grande finesse. Ma référence reste le Alice au pays des merveilles de Disney dans le genre récit initiatique mais celui-ci n'est vraiment pas loin derrière. Au fil des aventures de Joie et Tristesse pour revenir dans la salle de contrôle, elles croiseront l'ancien ami imaginaire de Riley, Bing Bong, un mix fortement improbable de barbe à papa, d'éléphant, de chat et de dauphin, déambuleront dans sa mémoire à long terme (et verront au passage comment les souvenirs sont conservés ou effacés), prendront place à bord du train de la pensée, traverseront le pays de l'imaginaire et bien d'autres choses encore. Les enfants dans la salle s'amusent beaucoup des situations décrites, les adultes aussi avec en plus la conscience d'assister à un spectacle peu commun.

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Ce dessin animé est d'une rare intelligence, d'une justesse de tous les instants et s'avère être un beau résumé d'une étape essentielle dans notre développement: la fin de l'enfance et de l'enchantement pour entrer dans l'âge de l'adolescence et le début de la conscience de soi et surtout des autres. L'architecture du métrage est remarquable car tout le monde s'y retrouve et comprendra le message selon son degré d'évolution si je peux m'exprimer ainsi. Un bonheur de cinéma entre rire et grosses larmes (oui, j'ai pleuré et beaucoup même!), à ne louper sous aucun prétexte!

lundi 29 juin 2015

"Jurassic World" de Colin Trevorrow

jurassic afficheL'histoire : L'Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d'attraction. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.

La critique Nelfesque : Quel plaisir de retrouver les dinos dans nos salles obscures ! Fête du Cinéma oblige, vous allez voir fleurir, cette semaine sur le blog, pas mal de billets consacrés aux films. Nous sommes des grands amateurs de cinéma et cet évènement porte bien son nom pour nous chaque année. Nous commençons notre marathon visionnage avec "Jurassic World", sorti le 10 juin et que nous nous étions réservés pour débuter la Fête.

"Jurassic Park" est une franchise mythique. Un nouvel opus avait de quoi faire frémir. Allions-nous voir un film "à fric" ou vraiment retrouver l'essence de ce qui a fait le succès de la trilogie ? Une chose est sûre c'est que lorsque les premières notes du générique retentissent et que les premières images de ce Jurassic Park nouvelle génération apparaissent, la magie opère !

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Ici, le scénario est mince. Un nouveau parc, rebaptisé "Jurassic World", plus design, plus high-tech, plus grandiose et plus tout, s'est construit en lieu et place de l'ancien Jurassic Park. Dans ce nouveau complexe, on a vu les choses en grand et la logistique est une machine huilée. La sécurité est une priorité en ce lieu où la course au sensationnel fait rage. Voir de "simples dinosaures", c'est has-been ! Voir des dinos plus gros, effrayants et dangereux, c'est beaucoup plus vendeur !

C'est dans ce contexte que Zach et Gray visitent le parc. On suit en parallèle leurs découvertes et leurs frayeurs, occasion pour nous de visiter les installations et se prendre à rêver de les arpenter aussi. Que ne donnerai-je pas pour être visiteurs de ce Jurassic Word !? Les décors sont magnifiques, les paysages à couper le souffle et niveau effets spéciaux, on ne se moque pas de nous. Il faut dire aussi qu'avec 150 millions de budget, le contraire aurait été honteux.

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Avec ses gros sabots parfois mais toujours une petite touche d'humour, une auto dérision que j'ai vu comme une pastiche de film d'action / aventure (punchlines qui tuent), "Jurassic World" est un bon divertissement ciné. Ni plus, ni moins. Il envoie du bois et il remplit son contrat. Certains sursauteront, d'autres souriront aux clins d'oeil de la trilogie passée. La peur n'est pas vraiment au RDV en ce qui me concerne mais je n'y allais pas pour ça. Aussi c'est avec la pêche que je ressors de la salle après plus de 2h de film que je n'ai pas vu passer. Un bon moment de détente fun !

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La critique de Mr K: 4,5/6. La Fête du Cinéma arrivait à point nommé pour que Nelfe et moi allions voir le quatrième volet de Jurassic Park. La bande annonce était alléchante et avait le mérite d'être clair: louder and bigger, très con-con aussi. Mais niveau plaisir coupable et détente neurone, on fait rarement aussi bien et vu le prix de la place, on ne va pas se plaindre.

Les successeurs du vieil apprenti sorcier des épisodes précédents ont remis le couvert et ouvert un nouveau parc d'attractions autour du Jurassique et des charmantes bestioles qui y vivaient. L'affaire est bankable à souhait mais la soif de bénéfices étant inextinguible, les chercheurs ont mis au point une nouvelle espèce pour un effet wahou (dixit le film!) et continuer à surfer sur la vague du succès. Bien mal leur en a pris, à force de jouer à Dieu et à braver la Nature, on se brûle les doigts et accessoirement on se fait croquer! L'hybride s'échappe, il n'est pas content et compte bien le faire savoir. Et c'est parti pour 1h30 de tensions (comptez une bonne demi-heure pour poser les bases), de morceaux de bravoure, de séances what the fuck et de plaisir bien régressif!

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Ce film est avant tout une superbe prouesse technique. Pas que le réalisateur soit surdoué, on accumule les plans clichés mais la débauche d'effet spéciaux est impressionnante et efficace. Le parc est d'une beauté à couper le souffle, on se prend à l'idée d'y aller un jour entre des paysages magiques, des attractions assez bluffantes (celle permettant d'observer le gros dinosaure marin a ma préférence), les voitures-bulles dans la plaine des herbivores, la serre des créatures volantes, l'enclos du T-Rex (mon dinosaure préféré depuis petit). On en prend plein les yeux et notre âme d'enfant est comblée. Les animaux sont réalistes (malgré quelques erreurs par rapport à nos connaissances actuelles) et m'ont d'ailleurs plus touchés que les êtres humains qui n'ont finalement que ce qu'ils méritent. C'est mon côté misanthrope qui ressort!

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Niveau scénario, clairement on ne dépasse pas la feuille A5 recto. Pas de surprise à attendre, on est dans un pur produit d'entertainment bien lisse. Le héros est d'une perfection qui frise le ridicule (Chris Pratt est stupéfiant de superficialité), le soit disant meilleur ami est indigent (Omar Sy est inexistant ou si peu) et la nénette de service fait office de belle plante verte (j'adore pourtant cette actrice depuis son très beau rôle dans La jeune fille de l'eau). Ce sont plus les seconds rôles qui m'ont plu comme le plus jeunes des deux frères que j'ai trouvé juste et touchant, le geek fan de dinos qui travaille dans la salle de contrôle et Vincent D'Onofrio malgré un rôle bien caricatural de méchant garçon au service de l'armée qui veut récupérer les données scientifiques pour les appliquer dans un programme militaire. Le message reste simpliste: il ne faut pas déconner avec la science, ne pas se prendre pour dieu etc... En même temps, ça ne choquera personne, c'était déjà bien présent dès le premier opus… Fallait pas s'attendre à plus je pense vu le budget dépensé et la logique mercantile du produit (perso, je trouve que ça manque de saignant à défaut de mordant!).

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On passe un super moment de détente. Les scènes d'action sont légions et immersives comme jamais. Ce film est fait pour les salles obscures, il perdra énormément lors de son passage à la télévision. L'attaque des ptéranodons sur une foule affolée, l'élimination d'un commando par l'Indominus Rex (ça fait toujours du bien de voir dessouder des abrutis finis par une meute de dinos, ça défoule!), la chasse et le duel de fin assez dantesque dans le genre donnent lieu à de purs moment délirants. Bon, on cumule pas mal d'invraisemblances et autres incohérences (le mix inter-espèces, le dressage de vélociraptors, les gosses qui peuvent conduire un véhicule seuls, une nana qui court tout le film en talons…) mais l'intérêt du film est autre. On est là pour s'amuser, rêver, frissonner et sortir l'esprit léger et franchement dépaysés. Mission accomplie avec brio pour un film à voir absolument au cinéma.

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vendredi 11 juillet 2014

"Dragons 2" de Dean DeBlois

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L'histoire: Tandis qu’Astrid, Rustik et le reste de la bande se défient durant des courses sportives de dragons devenues populaires sur l’île, notre duo désormais inséparable parcourt les cieux, à la découverte de territoires inconnus et de nouveaux mondes. Au cours de l’une de leurs aventures, ils découvrent une grotte secrète qui abrite des centaines de dragons sauvages, dont le mystérieux Dragon Rider. Les deux amis se retrouvent alors au centre d’une lutte visant à maintenir la paix. Harold et Krokmou vont se battre pour défendre leurs valeurs et préserver le destin des hommes et des dragons.

La critique Nelfesque: Le premier volet, "Dragons" est sorti en salle en 2010. Nous l'avons laissé passer et c'est finalement l'hiver dernier, lors de notre escapade parisienne, et profitant de l'écran géant de notre location que nous avons pris une jolie claque visuelle avec un film d'animation loin d'être bête. Tout naturellement, nous n'allions pas laisser passer cette fois ci le second opus sans aller le voir au cinéma.

Une fois encore, ici, nous sommes en plein dans l'action. Il y a moins de surprise concernant le contenu, la claque est moindre puisqu'il s'agit d'une suite mais l'aventure est plaisante et surtout l'humour est toujours au rendez-vous. J'avais un petit garçon de 5 ans comme voisin, nous ne riions pas des mêmes choses, mais ça permet de se mettre dans le bain. Et oui "Dragons 2" est avant tout un film d'animation pour les enfants mais les adultes y trouvent leur compte sans pour autant régresser intellectuellement.

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C'est avec joie que l'on retrouve Krokmou, le dragon d'Harold, un Furie Nocturne dernier du nom, une espèce connue pour semer la désolation mais qu'il a réussi à dompter. Harold se sert encore une fois de son don avec les dragons pour tenter d'empêcher qu'une guerre n'éclate. Dorénavant, dragons et Hommes sont amis dans sa contrée mais rien n'arrête la cupidité humaine. Les montres ne sont pas ici ceux que l'on croit.

Modérez vos ardeurs toutefois, "Dragons" tout comme "Dragons 2" ne sont pas des productions underground. On reste dans le commercial mais le commercial de bonne facture et intelligent. Rien à voir avec les dizaines de daubes qui inondent nos écrans ciné chaque année pour faire débourser quelques euros à des parents voulant distraire leurs bambins mais provoquant sans doute des dégâts irrémédiables sur leurs petits cerveaux. Ici, c'est toujours le même prix mais ça vole tout de même bien plus haut (sans mauvais jeu de mots).

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Dès la scène d'intro, le ton est donné. L'humour et toujours présent, les dragons ont toujours des têtes pas possibles, les personnages sont caricaturaux mais sympathiques et la sauce prend ! Les paysages sont superbes, les vols en dragons sont un vrai plaisir et le spectateur se sent pousser des ailes (!) d'aventurier à l'image de celle d'Harold.

Je ne m'étendrai pas d'avantage sur cette oeuvre. On n'est pas là dans un film d'auteur et je risque de tourner vite en rond. Toutefois, si vous recherchez un film d'animation pas dégueu, drôle, sensible et où vos enfants ne seront pas pris pour des quiches en abordant des sujets forts tels que la perte d'un être cher, l'ambition et le besoin de liberté qu'à tout un chacun au fond de son coeur, ruez-vous en salle pour leur faire découvrir "Dragons 2". On en reparlera en bien !

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La critique de Mr K: 4/6, Nelfe et moi n'étions pas allés voir le premier lors de sa sortie au cinéma, la faute à une bande annonce des plus médiocres. Puis, lors d'un séjour à Paris, nous avons pu le voir sur un grand écran de salon et nous avions vraiment beaucoup aimé ce mélange d'aventure, d'action et d'humour; le tout servi dans un écrin technique des plus réussis. La Fête du Cinéma tombant à pic, nous en avons profité pour aller voir la suite dans une salle obscure remplie de gamins tout excités. Au final, ce fut une belle séance faisant la part belle aux rêves de gamins qui ne m'ont jamais vraiment quittés...

On retrouve Harold, le jeune héros viking dragonnier et sa monture et amie Krokmou. Destiné à prendre la place de son père comme chef du village, Harold préfère l'exploration de mondes inconnus en compagnie de son dragon; mais il va faire une découverte surprenante qui va lever le voile sur ses origines et mettra en exergue une menace planant sur son village et leurs amis ailés.

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Clairement, on est dans la production commerciale et maline. Pas de réelle surprise, on vole en terrain conquis avec des personnages très marqués entre les faire-valoir et les figures tutélaires. Mais il se dégage une certaine frénésie, un humour frais et à divers degré (on sort tout de même du scato) et un souffle épique de cette nouvelle aventure. Ce métrage est de toute beauté, on traverse d'immenses étendues à couper le souffle: le village de Beurk qui ressemble à s'y méprendre au village de Jak et Dexter, le refuge des dragons, l'armada du bad guy... Autant de dépaysement garanti avec en prime un certain nombre de créatures plus délirantes les unes que les autres... et nous, au Capharnaüm Éclairé, on adore les monstres à tronche de cake! Ainsi vous verrez des dragons obèses endormis qui doivent entretenir les feux de forge, des petits dragons qui n'écoutent personne à part leurs instincts, un Krokmou plus félin et mignon que dans le premier, des moutons complètements stones... autant de rires et parfois de moments de stress qui ont ravi la salle en son entier.

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Autre point positif, on n'est pas ici dans le meilleur des mondes possibles cher à Leibnitz. Comme dans le premier opus, des drames surviennent et permettent au jeune public de relativiser l'idée de bonheur et de durabilité. Je ne spoilerai pas mais sachez qu'il se passe quelque chose d'assez rude dans Dragons 2 et qui a quelque peu refroidi la salle pendant quelques instants. Dans son ensemble, on rit tout de même beaucoup et on s'extasie devant les scènes de batailles et de chevauchées à dos de dragon. Daenyris peut aller se rhabiller, je préfère largement ces dragons-ci!

Ce film s'est donc avéré un très bon divertissement entre aventures virevoltantes, émotions fortes et apprentissage de la vie. Contrat rempli!

lundi 7 juillet 2014

"Jimmy's Hall" de Ken Loach

Jimmy-s-Hall-afficheL'histoire: 1932 - Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s'occuper de la ferme familiale.
L'Irlande qu'il retrouve, une dizaine d'années après la guerre civile, s'est dotée d'un nouveau gouvernement. Tous les espoirs sont permis...
Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l'Eglise ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le "Hall", un foyer ouvert à tous où l'on se retrouve pour danser, étudier, ou discuter. À nouveau, le succès est immédiat. Mais l'influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont toujours pas du goût de tout le monde au village. Les tensions refont surface.

La critique Nelfesque: "Jimmy's Hall" est un film que j'attendais depuis sa sélection à Cannes. Etant de plus présenté comme le dernier long métrage de Ken Loach, je ne pouvais pas ne pas aller le voir au cinéma. Rajoutez à cela la Fête du Cinéma et ses places à 3.5€ et vraiment là j'aurai été folle de ne pas me déplacer...

Je ne suis pas une aficionados de Ken Loach que je connais assez peu finalement mais après avoir vu "Jimmy's hall" il y a de fortes chances que je me penche sérieusement sur son cas. Juste au moment de sa retraite, il était temps !

De facture assez classique, ce film est basé sur une histoire vraie et relate celle de Jimmy Gralton qui après un exil de 10 ans aux Etats-Unis retrouve son village, sa famille, ses amis et son "dancing". Bien plus qu'un dancing, c'est un lieu de rencontre dans une campagne qui en a bien besoin, un lieu où l'instruction et la convivialité sont les maîtres mots. A une époque où l'Eglise Catholique a la main mise sur l'éducation de la population, ce Hall est plus que décrié par certains, le curé du village en tête. Malgré ses appréhensions premières et avec la fougue de la jeunesse locale en étendard, Jimmy va réouvrir ce lieu mythique pour les gens du coin.

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Comme je vous le disais en préambule, "Jimmy's Hall" est classique dans son traitement. Ne vous attendez donc pas à être réellement surpris par l'histoire. C'est le principal et seul défaut que je pourrai trouver à ce long métrage qui pour le reste m'a totalement charmée. Ce côté conventionnel sous le regard de Ken Loach apporte une ambiance particulière au film et c'est avec plaisir que le spectateur se laisse porter par ce portrait de l'Irlande des années 1930. Le rythme et lent et convenu mais cela apporte une proximité avec les personnages, une empathie indéniable et un confort appréciable. Tout ce que j'aime.

Les acteurs sont bons. Je ne connaissais pas Barry Ward mais là encore je vais creuser la question. En plus de jouer juste et de façon sobre, il est canon (ce n'est pas très constructif comme remarque, je vous l'accorde, mais bon il y a des choses qui sautent aux yeux quand même!). La réplique lui est donnée par toute une communauté qui de part les jeux d'acteurs restitue bien la simplicité des gens de la classe populaire de l'époque sans jamais tomber dans le cliché et la facilité (mention spéciale pour la mère de Jimmy).Très vite, on se prend de sympathie pour cette bande, pour leurs initiatives et leur soif d'apprendre. Le Hall est un lieu d'apprentissage de la danse, du dessin, du chant, de la boxe... Une plate-forme sociale où il fait bon se retrouver autour de la culture et d'activités fédératrices de l'époque.

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Sous certains aspects, j'ai vu un rapprochement avec notre société actuelle. Le besoin de se réunir plutôt que d'avancer seul, les microcosmes communautaires autour d'une même préoccupation (réseau d'éducation populaire, associations de consommateurs d'agriculture raisonnée, collectif solidarité et partage...). Un retour à des valeurs humanistes et à la solidarité face à l'oppression et/ou à l'égoïsme ambiant. J'aime beaucoup cette idée.

L'oppression, dans "Jimmy's Hall", n'est pas un terme abusif. L'Eglise Catholique dans ce qu'elle a de plus vil est ici à l'oeuvre. Refusant de se voir "retirer" son "droit" d'enseigner exclusivement les populations, le Père Sheridan va jouer de tout son pouvoir pour faire fermer ce lieu de "perdition". L'assimilant à un groupuscule communiste, il va prêcher contre le Hall, détourner la population de cette initiative collective, monter les hommes les uns contre les autres, mener une politique de fliquage...

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Touchée et émue par cette histoire, je vous conseille vivement d'aller voir ce film. Vous passerez un moment hors du temps et pourtant tellement en lien avec aujourd'hui. Vous passerez par tous les états, joie, colère, rire, larmes et tout ça en musique et finalement dans la joie et la bonne humeur. La plus belle des révoltes doit se faire avec le sourire et la passion au coeur. Merci Monsieur Loach !

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La critique de Mr K: 5/6, encore une belle projection durant la Fête du Cinéma. Je dois avouer que c'est mon premier Ken Loach (oui, je sais, c'est la honte!) et j'ai été épaté par ses qualités de réalisateur et la force qu'il a insufflé dans cette histoire.

Librement inspirée de la vie d'un militant communiste irlandais du début du siècle dernier, ce film nous montre l'Irlande comme elle était à l'époque. C'est peu reluisant avec une Église catholique très influente qui lutte pour ses chasses gardées que sont l'éducation et l'encadrement de la société. Le prêtre du village voit donc d'un très mauvais œil le retour au pays de Jimmy Gralton qui décide de réouvrir un dancing où en plus d'organiser des bals le samedi soir, on offre des cours gratuits de lecture, de dessin, de chants... Très vite rattrapé par son passé d'activiste, Jimmy va devoir prendre position sur des sujets dépassant le cadre de cette association de loisir et d'éducation, cela va gêner les prérogatives que se sont arrogés quelques privilégiés et grands propriétaires terriens. Une lutte s'amorce alors.

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Je n'ai pas vu le temps passé. La reconstitution de l'Europe de l'époque est bluffante de réalisme avec quelques petits rappels historiques bien utiles pour expliquer les tensions sous-jacentes de l'époque dans la société irlandaise. Les décors sont de toute beauté avec des intérieurs réalistes et soignés mettant en exergue la condition sociale de chacun. On passe ainsi de la modeste longère de la mère de Jimmy au domaine aristocratique le plus clinquant. Cela exacerbe la tension que l'on ressent quasi continuellement pendant tout le film. Techniquement c'est parfait que ce soit à tous les niveaux, sacré réalisateur que ce Ken Loach qui approche de la perfection par sa technique et son talent pour s'entourer d'aussi bons collaborateurs (photographes, musiciens, et autres)!

Les comédiens sont tous parfaits et on est plongé immédiatement dans le récit sans aucune chance de pouvoir en ressortir avant le mot fin. Le héros dégage un charisme incroyable entre calme et explosivité, le premier rôle féminin est touchant au possible. Le tout est tellement bien joué qu'on a l'impression d'être dans un quasi reportage romancé: que ce soit la scène des retrouvailles, le relogement forcé d'un paysan sans terre, la soirée dansante d'inauguration, le châtiment corporel délivré par un père à sa fille, tout respire le réalisme et nous plonge d'autant plus profondément dans la trame du film. L'osmose est parfaite entre tous les personnages et l'expression "Théâtre de la vie" prend ici tout son sens.

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Je ne lui ai pas mis la note maximale pour autant car j'émettrais un bémol que je sentais venir depuis notre visionnage de la bande annonce. J'ai trouvé le film très prévisible et je n'ai jamais été surpris ou vraiment chamboulé. Il y a des scènes éprouvantes mais on ne fait pas de bonds dans le fauteuil, les péripéties s'enchaînent mais il s'agit d'un récit et d'une histoire classique que l'on a déjà lu ou vu plusieurs fois. Mais bon... rien d'irrémédiable pour autant, on suit le synopsis avec un certain plaisir et les passages chocs fonctionnent à plein régime. C'est déjà pas si mal!

Bon moment cinéma que ce film au final, même si l'originalité n'est pas au rendez-vous, on ne peut que s'incliner sur la beauté formelle de cette œuvre, son pouvoir évocateur en matière de lutte sociale et sa belle prise de position pour la cause de l'émancipation morale dans une société puritaine.

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jeudi 3 juillet 2014

"Zero Theorem" de Terry Gilliam

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L'histoire: Londres, dans un avenir proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante : Management. Qohen Leth, génie de l’informatique, vit en reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose. Management le fait travailler sur un projet secret visant à décrypter le but de l’Existence – ou son absence de finalité – une bonne fois pour toutes. La solitude de Qohen est interrompue par les visites des émissaires de Management : Bob, le fils prodige de Management et Bainsley, une jeune femme mystérieuse qui tente de le séduire. Malgré toute sa science, ce n’est que lorsqu’il aura éprouvé la force du sentiment amoureux et du désir que Qohen pourra enfin comprendre le sens de la vie...

La critique de Mr K: 6/6, encore une excellente session cinéma grâce à la Fête du Cinéma, décidément je les collectionne en ce moment. Il faut dire que ce n'est qu'une demi-surprise, je l'attendais le dernier Gilliam et sa filiation avec le classique Brazil étant évoquée régulièrement dans la presse, j'étais curieux de voir le résultat. Je n'ai pas été déçu, bien au contraire.

Dans un futur consumériste et haut en couleur, Qohen Leth, incarné par Christopher Waltz travaille pour une multinationale spécialisée dans l'élaboration de logiciels informatiques dernier cri. Il vit à l'écart de la société dans une vieille chapelle qu'il a racheté et mène une existence solitaire comme il l'affectionne malgré de multiples sollicitations de collègues notamment son superviseur. Son destin va basculer quand Management (le grand patron tout puissant de la corporation Mancom) le charge de la mission de résoudre le théorème sur lequel de nombreux chercheurs se sont déjà cassés les dents. Il rencontrera aussi une jeune fille qui pourrait lui réinspirer un sentiment qu'il a depuis longtemps oublié: l'amour. Mais l'être humain est-il encore libre de ses choix dans cette société aliénante où chacun est connecté 24h sur 24h?

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On retrouve dans ce film les thématiques chères à l'auteur. Comme Gilliam le disait dans une interview à Mad Movies, le danger ne vient plus d'un totalitarisme politique comme dans Brazil ou 1984 mais par le biais de grandes entreprises se partageant le monde le livrant par là même aux sirènes de la communication connectée à tout va et sans âme (Facebook, Twitter...) et à la toute puissance décisionnelle du Marché. Le sujet est ici traité frontalement avec des visions dantesques comme cette scène dans un Londres livré aux publicités envahissantes qui suivent les passants et les harcèlent constamment de messages tentateurs, la recherche de contact et de chaleurs humains par le biais de la réalité virtuelle augmentée où chacun peut se livrer corps et âme dans des espaces fantasmés, une autre scène se déroule durant une party déguisée où tous les participants dansent tout en consultant leur tablettes et autres smartphones sans vraiment interagir entre eux, comme dans Her les êtres humains cohabitent, se croisent mais finalement ne partagent plus grand chose. Tout bonnement effrayant et sarcastique en même temps, le film est une vraie réussite dans sa mission de dénonciation et de mise en abîme de nos modes de vie actuels.

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Plus on avance dans l'intrigue et plus on se rapproche avec le héros de la finalité de ce fameux théorème. On se rend compte que derrière ce problème mathématique des plus complexe se cache une vérité qu'il n'est pas bon de révéler. En parallèle, Qohen rencontre une call girl de luxe incarnée avec brio par Mélanie Thierry. Derrière une relation de pure commande va naître un espoir fou dans cette société aliénante au possible, l'espoir d'un amour partagé et voulu. Je n'en dis pas plus mais on peut s'attendre à un certain nombre d'obstacles... cela donne tout de même de beaux passages rétro-romantiques mâtinée de SF chatoyante et décalée dont Gilliam a le secret.

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Le film est d'une beauté incroyable, très différente de ce que l'on a l'habitude de voir. Le film a été tourné en Roumanie pour des questions de budget (produire un Gilliam est semble-t-il risqué!) mais cela ne se voit jamais à l'écran malgré quelques critiques que j'ai trouvé injustifiées. Mélange de prises réelles et de quelques effets numériques parsemés de-ci delà, les décors sont époustouflants: la chapelle où loge le héros est magnifique, les rues de la ville de Londres illuminées de pubs en tout genre, les espaces virtuels très bien rendus. On retrouve d'ailleurs dans tous ces éléments le côté foutraque de l'univers du réalisateur et il se dégage une folie ambiante à la fois survitaminée et colorée. C'est rafraîchissant et surtout novateur en ces temps de léthargie artistique et de copié-collé d'une production à une autre. Ici, tout sort directement de la folie créatrice de Gilliam, on retrouve le téléphone fou de Brazil, des inventions futuristes plus étranges les unes que les autres, des tenues complètement délirantes, mention spéciale à la tenue de connection pour aller sur le site de rencontre dans le style déguisement de gobelin fluo! Cela rajoute un grain de fantasy dans un film au propos sombre et sans réel espoir.

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Les acteurs sont remarquables, au premier rang desquels on retrouve un Christopher Waltz égal à lui même: juste, émouvant et imposant. Il donne une profondeur abyssale à son personnage qui évolue beaucoup pendant les 1h45 de film. Le voile se lève sur ses motivations profondes et c'est sur une magnifique reprise de la chanson Creep de Radiohead que l'on connaît enfin sa trajectoire finale. Mélanie Thierry est pétillante à souhait mais pas seulement, derrière le masque de l'apparence, une réelle personne en souffrance apparaît et m'a profondément touché. Matt Damon est aussi excellent dans le rôle de maître du monde, patron dictateur à la froideur glaciale et aux costumes changeant au gré des décors. Rajoutez là-dessus une musique accompagnant à merveille moments comiques et tragiques, vous obtenez un film de toute beauté et réussi point par point.

Je n'irai pas par quatre chemins, il faut aller voir Zero Theorem: puissant dans son propos, remarquable dans son interprétation et sublime dans sa forme. Un must de plus à mon actif!

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mardi 1 juillet 2014

"Under the skin" de Jonathan Glazer

Under-The-Skin-Affiche-FranceL'histoire: Une extraterrestre arrive sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître.

La critique Nelfesque: Autant vous prévenir tout de suite, vous aurez ici 2 avis complètement différents concernant "Under the skin". Que vous ayez aimé ou pas ce film, vous trouverez à coup sûr votre compte dans ce présent billet.

Côté speech de départ, on ne peut pas faire plus énigmatique. J'aime! Côté bande annonce, on ne peut pas faire plus mystérieux. J'aime bis! Mixez le tout, faites monter la pression et lâchez une Nelfe plus qu'optimiste dans une salle obscure. Attendez 20 minutes. Et retrouvez là au bord du suicide...

La lumière s'éteint, le film commence. C'est dans le plus grand silence que le générique débute. Pas de musique, pas de son. Puis un fond sonore tour à tour sourd, désagréable ou strident vient prendre le relais et ne disparaîtra jamais vraiment avant la fin du film. Ça met en condition...

Les premières images sont elles aussi étranges. Des formes apparaissent, un cylindre et un cercle. Le spectateur s'interroge. On se croirait à une projection dans une expo d'Art Contemporain. Si vous êtes un habitué du Capharnaüm éclairé, vous savez à quel point j'aime cet Art. Oui mais voilà, là je n'étais pas préparée et surtout je ne vais pas au cinéma pour ce genre de spectacle. Par certains aspects, ce début de film me fait d'ailleurs penser à "The Tree of life" de Terrence Malick (en moins bien mais il y a de l'idée).

20 minutes plus tard, il n'y a eu aucun dialogue et je commence à trouver le temps long. Ce n'est que le début d'une interminable phase de bâillement et de matage de montre pour moi. Je crois que vous l'aurez compris, je n'ai pas accroché à ce long métrage. C'est le moins que l'on puisse dire.

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"Under the skin" est tour à tour chiant comme la pluie (d'ailleurs il pleut tout le temps) et malsain. Certaines critiques disent qu'il ne laisse pas indifférent, ça c'est sûr, pour moi ce fut profondément désagréable... Scarlett Johansson est encore une fois très belle (j'aime beaucoup cette actrice) mais ça s'arrête là. Les acteurs jouent comme une bourriche d'huitres neurasthéniques, il ne se passe rien, c'est plat et ce n'est même pas esthétique (gros point de divergence avec Mr K). Sans arrêt sous exposée, la photographie est crade. C'est voulu mais c'est moche. Seules exceptions qui confirment la règle, les moments où l'héroïne entraîne ses victimes dans sa tanière. C'est épuré, graphique et beau. Là, je ne peux pas nier.

Qui est vraiment le personnage de Scarlett Johansson? Pourquoi passe-t-elle son temps à arpenter les rues dans son camion à la recherche d'hommes à séduire? Qui est ce mystérieux motard qui inlassablement nettoie tout sur son passage? J'attends toujours les réponses. Sans doute suis-je trop terre à terre mais un minimum d'explication aurait été le bienvenu. J'ai l'impression d'avoir été lâchée dans la nature, d'avoir été forcée à regarder 1h50 d'images successives et d'être relâchée sans clarification. Je n'ai compris ni le but recherché par Jonathan Glazer, ni la portée de son message. Un bon gros flop pour moi. Dans tous les cas si vous êtes fétichistes de camionneuses canons, courez y! Scarlett est derrière le volant les 3/4 du temps.

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Je mettrai une petite nuance à ma critique pour un moment du film d'une rare puissance. La scène en bord de mer où une famille entière est décimée dans l'indifférence totale est cruelle, poignante et sans concession. Le réalisateur a sans doute voulu nous dépeindre une société égoïste, déviante et froide (oui j'y ai réfléchi tout de même, je ne m'amuse pas juste à dire que c'est nul) mais pour moi l'accumulation des images n'est pas un moyen suffisant pour véhiculer une idée. Le "tout" est ici bien en dessous de mes attentes.

En résumé, pour l'affiche je mettrai 10/10 et pour la bande annonce 11/10. Pour le film en lui même: 2 (et encore, je suis large...)

Place maintenant à Mr K qui n'a pas dû prendre les mêmes drogues que moi à l'entrée en salle et qui a une vision bien plus positive de cette oeuvre. Enjoy !

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La critique de Mr K: 6/6. Quelle claque amis lecteurs! Quelle claque! Premier grand film de l'année pour moi et peut-être le futur n°1 dans mon cœur. Mais attention, jamais le mot ovni n'a eu tout son sens qu'accolé à cette production underground sans concession et qui divisera. La preuve en est dans nos avis totalement différents à Nelfe et à moi.

Difficile déjà de définir le genre du film: SF? Thriller? Documentaire? Oeuvre d'art contemporain? En fait, c'est un peu tout cela à la fois et ce métrage ne ressemble à rien d'autre de ce que j'ai pu voir jusqu'ici même si l'on sent ici où là des influences certaines. L'héroïne incarnée par Scarlett Johannson est une naufragée de l'espace qui prend une apparence humaine et part en chasse de mâles (je ne vous dirais pas ce qu'elle leur fait, ça gâcherait le plaisir de la découverte). Elle semble accompagnée d'un étrange motard qui efface les traces qu'elle peut laisser derrière elle, spectatrice des mœurs humains, peu à peu on la sent devenir empathique. Empirisme, vous avez dit empirisme?

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Ce film est par définition nébuleux. Très lent dans son déroulement, ne vous attendez pas à un énième succédané de film SF mâtiné d'action. On est ici dans le contemplatif, le naturalisme dans les scènes quotidiennes des humains qu'observe cette brune venue d'ailleurs. Là où le réalisateur est malin, c'est qu'il nous met quasiment à la place de cet être étrange aux motivations obscures. C'est dérangeant et même parfois très choquant car de morale, le personnage de Scarlett Johansson ne peut en avoir étant étrangère à notre monde. Cela donne des scènes fortes en intensité et très perturbantes, mention spéciale à celle se déroulant sur la plage par jour de tempête, j'ai senti mon cœur se glacer comme rarement (si si, même Von Trier ne m'avait jamais fait cela!). Peu à peu, les pièces du puzzle se mettent en place pour un final à la fois brut et poétique, riche en symbole sur la quête de soi et de la poursuite de nos objectifs.

Scarlett Johansson filmée ici sans artifices irradie le film de sa présence sans avoir à parler, exactement l'inverse de dans le film Her où on ne la voyait jamais et où on se contentait de succomber au charme de sa voix comme Joaquim Phoenix. Sa présence magnétique, sa beauté naturelle et pas filiforme, sa capacité à exprimer une émotion contenue par un plissement de lèvre, un regard changeant donne une épaisseur, une étrangeté et une beauté sans pareil à son personnage. Les autres acteurs jouent leur partition à merveille mais leurs rôles sont plutôt minces, le réalisateur se concentrant plus sur l'humanité en général à travers des séances filmées en totale liberté et sans que les éléments de la foule soient au courant.

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Under the skin est aussi un très beau film en terme esthétique. Mortifère, les paysages sont sombres, les tons gris et verts dominent avec quelques éclats de lumières qui percent la grisaille ambiante et révélant une once d'espoir dans une œuvre définitivement sombre jugeant sévèrement le genre humain et notamment les hommes obsédés par la beauté plastique de l'héroïne et la réalisation de leurs désirs. La BO est un modèle du genre même si elle pourra déplaire à beaucoup par son côté bruitiste. Pour vous faire une idée plus précise, j'ai trouvé ce film très lynchien période Lost Highway (un de mes films cultes!). Je suis resté aussi scotché sur l'alternance de plans type documentaires (l'héroïne au volant de son camion), les passages purement surréalistes (les scènes de séduction sont parmi les plus belles que j'ai pu voir sur grand écran), les plans séquence sur les paysages désolés d'Écosse... autant de visions fulgurantes et marquantes qui vont rester gravées dans ma mémoire longtemps. Le rythme lent de l'ensemble est envoûtant mais jamais routinier car on sent bien qu'on est ailleurs durant ces 1h45 et que l'on n'est pas au bout de ses surprises.

Au final, c'est un film à voir absolument pour tous les amateurs d'œuvre authentique, étrange, réflective et contemplative. Une œuvre à part que je serai capable de retourner voir dès demain... d'ailleurs c'est toujours la Fête du Cinéma... Chiche?

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samedi 29 juin 2013

"The Bling Ring" de Sofia Coppola

bling-affL'histoire: À Los Angeles, un groupe d’adolescents fascinés par le people et l’univers des marques traque via Internet l’agenda des célébrités pour cambrioler leurs résidences. Ils subtiliseront pour plus de 3 millions de dollars d’objets de luxe : bijoux, vêtements, chaussures, etc. Parmi leurs victimes, on trouve Paris Hilton, Orlando Bloom et Rachel Bilson. Les médias ont surnommé ce gang, le "Bling Ring".

La critique Nelfesque: Depuis son annonce à Cannes, j'attendais la sortie en salle de ce dernier film de Sofia Coppola, "The Bling Ring". J'ai tout de suite accroché à sa bande annonce et j'étais curieuse de voir ce que cette réalisatrice allait nous proposer avec son histoire se basant sur des faits réels.

Ici il n'est pas question de gang d'ado paumés et fauchés issus des ghettos, de ceux qui ont besoin d'argent pour survivre ou se créer une condition. Non, les jeunes héros de "The Bling Ring" sont nés la cuillère d'argent dans la bouche. Entre showbizz, mannequinat et politique, ils évoluent déjà dans un monde où l'argent n'est pas une denrée rare. Malgré cela, bercés d'illusion, de strass et de paillettes, ils vont vouloir plus d'adrénaline, de reconnaissance et de fun: toucher de près leurs stars préférées (et accessoirement leurs fringues, sacs et chaussures à 10.000$). Paris Hilton, Lindsay Lohan, Orlando Bloom... autant de grands penseurs et de génies du XXIème siècle (ironie inside). Cette bande d'"amis" n'a qu'un mot à la bouche: le paraître. Leur amitié vaut-elle quelque chose en dehors de cela? Rien n'est moins sûr... "Pauvres petites filles riches"...

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La réalisation montre bien la montée en puissance de leur folie quasi hystérique de se rapprocher au plus près de leurs stars préférées. Comme un jeu, ils déterminent leur cible en fonction de leurs déplacements professionnels, localisent leurs domiciles sur Google et se payent une soirée open bar dans leurs palaces avec piscine. Mieux que le Club Med!

Ce qui au départ n'est qu'un délire d'ado (malsain, certes, mais délire tout de même) va se transformer peu à peu en une frénésie, un flirt avec la loi et crescendo le fun devient addiction. Ils volent pour voler, là où avant ils cherchaient l'objet de leur fantasme, c'est maintenant des poignées de bijoux qui finissent dans un sac pris au hasard accompagnées de le première paire de chaussures délirantes qui passent sous leurs nez. Même le chien de Paris Hilton manque d'y passer...

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Cette montée en puissance est vraiment bien retranscrite par Sofia Coppola. Certaines scènes anodines tournées au ralenti laissent présager d'une fin tragique. J'ai aimé également ces scènes de cambriolages où le son s'efface face aux images. Ce qui se passe alors dans la pièce est inaudible et remplacé par une bande son étouffée qui donne à l'ensemble une dimension encore plus glauque.

"The Bling Ring" dresse le portrait et est une critique d'une certaine partie de la jeunesse d'aujourd'hui dans nos pays développés. Incapables d'être eux-même dans un monde de l'apparence, singeant la dernière star à la mode, mettant en scène leurs vies sur les réseaux sociaux, ils croient avoir une existence extraordinaire mais n'éveillent chez le spectateur que de la pitié et de la stupéfation. Comment ces jeunes qui ne sont que la génération suivante de la mienne peuvent-ils être si différents de nous à leurs âges? A les regarder, on a l'impression d'avoir évoluer dans une grotte ou au Moyen-Age... Sans vouloir être réac, je préfère 100 fois ma grotte!

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J'ai aimé ce film sans pour autant le considérer comme l'oeuvre de l'année. Les personnages sont trop agaçants et insignifiants pour que l'on s'y attache, les rapports humains sont superficiels et leurs psychologies ne sont pas développées. Ils ne sont au final que le reflet d'une époque et je pense que la réalisatrice a voulu faire ressentir cela aux spectateurs de son film, gommant ce qui pourrait nous émouvoir et ne faisant qu'un constat froid, quasi documentaire, de ce phénomène. Les parents sont absents, permissifs ou illuminés tendance secte. Ils ne sont pas en reste dans la critique de Sofia Coppola...

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"The Bling Ring" est donc un film révélateur de notre époque que je vous conseille de voir. Ca tombe bien, c'est la Fête du Cinéma demain!