lundi 11 décembre 2017

Noël avant l'heure...

Dernier post d'acquisitions de l'année au Capharnaüm éclairé avec un énième séjour fructueux à notre centre Emmaüs préféré. Nous n'avons plus trop le moral depuis la disparition de notre très chère Tesfa, on essaie donc de se consoler comme on peut et quoi de mieux qu'un gros craquage pour oublier un temps la peine qui nous étreint le coeur. Comme vous allez pouvoir le constater, nous n'y sommes pas allés avec le dos de cuillère, y compris ma Nelfe adorée !

Acquisitions dec ensemble
(Oui, oui tout cela ! On assume !)

17 petits nouveaux pour exploser nos PAL pourtant déjà bien portantes ! IRRÉCUPÉRABLES ? Pas seulement... Je pense qu'on est désormais dans le cas d'une pathologie grave et malheureusement incurable. Mais je vous connais... Ça vous plaît bien de nous voir nous enfoncer dans ce mal pernicieux du matérialisme littéraire à outrance ! Je vous pardonne bien volontiers et vous convie à me suivre pour la présentation des ouvrages nouvellement acquis.

Acquisitions dec 4
(Actes Sud et compagnie, je vous aime !)

- "La Double vie d'Anna Song" de Minh Tran Huy. En tant que fervent adepte de littérature asiatique et de la maison d'édition Actes Sud, je n'ai pas résisté longtemps face à ce titre qui me tendait les bras. Suite à la disparition de la pianiste célèbre qui donne son nom à l'ouvrage, un scandale éclate sur la réalité de son travail artistique. Jeu de miroirs fascinant faisant à priori la part belle à la trahison et l'imposture, ce livre ne garnira sans doute pas très longtemps les étagères de ma PAL.

- "L'Accompagnatrice" de Nina Berberova. On reste dans le milieu musical avec les relations tortueuses entre une soprano issue de la haute société et sa jeune accompagnatrice bâtarde et pauvre relatées par une auteure russe que je vais découvrir avec ce roman. Antagonisme sournois des classes sociales et envoûtement de la musique sont au programme. Ca n'a pas l'air mal du tout !

- "Photo de groupe au bord du fleuve" d'Emmanuel Dongala. Ce roman raconte la révolte de casseuses de cailloux dans un pays de l'Afrique contemporaine contre la pauvreté, la guerre, l'oppression au travail, les violences sexuelles et domestiques. Un jour, elles décident de vendre le sac de gravier plus cher. La journée et les suivantes pourraient bien bouleverser leur existence à toutes, à défaut de changer le monde. Féminisme, portrait réaliste d'une Afrique loin d'être exotique et humour de bon aloi ont permis à l'auteur d'obtenir de nombreux prix pour ce titre, hâte de voir ce que cela donne !

- "Le Moine" de Matthew G. Lewis. Un des premiers romans gothiques qui fit scandale lors de sa sortie (1796 !) et qui fut interdit un moment car soit-disant licencieux. Un moine vertueux entre tous et apprécié de la bonne société de son époque va devoir confronter sa foi à ses désirs les plus sombres. On nous promet beaucoup dans le domaine des vicissitudes et une écriture à tomber par terre. Il n'en fallait pas moins pour que je me laisse tenter !

Acquisitions dec 3
(Quand l'Histoire rencontre les histoires...)

- "Journal" d'Anne Frank. Un classique qu'on ne présente plus et dont j'ai utilisé des extraits il y a peu avec mes élèves de 3ème PEP lors d'une incursion dans la seconde guerre mondiale. Désirant le relire (ma lecture remonte au collège, c'est dire !), je me suis rappelé que je l'avais alors emprunté au CDI et que je n'en avais jamais fait l'acquisition (la honte, je sais !). L'occasion faisant le larron, c'est tout naturellement qu'il s'est présenté à moi lors de notre dernier passage chez l'abbé. Un futur re-reading entre Devoir de mémoire et émotion que j'entreprendrai très bientôt entre deux SP de janvier.

- "À l'ouest rien de nouveau" de Erich-Maria Remarque. La Guerre 14-18 entre à nouveau dans ma PAL, c'est une de mes marottes régulières en littérature historique avec ici le témoignage d'un soldat allemand sur le conflit pour un roman pacifique et réaliste dont j'ai beaucoup entendu parlé. Gros succès mondial lors de sa parution en 1929, je ne doute pas un instant que la lecture de ce roman sera bouleversante.

- "Le Café de l'Excelsior" de Philippe Claudel. J'aime les histoires tendres et souvent pleines d'émotions de Philippe Claudel, c'est donc tout naturellement que j'acquiers automatiquement tous les ouvrages d'occasion qui me tombent entre les mains. Ici un petit garçon ayant perdu ses parents va habiter avec son grand-père qui tient un bar, lieu d'oubli et assommoir pour les êtres qui le fréquentent mais aussi un petit paradis vu à travers les yeux d'un enfant. Très prometteur !

- "Ce que le jour doit à la nuit" de Yasmina Khadra. Typiquement le genre d'acquisition pulsionnelle et maso que je pratique régulièrement, avec ce choix un auteur adoré pour un sujet difficile : la guerre d'Algérie. Je suis sûr d'avance que je vais adorer cet ouvrage malgré les horreurs qu'il va me décrire car Yasmina Khadra n'a pas son pareil pour décrire les splendeurs et décadences de notre espèce. Une lecture redoutée donc...

Acquisitions dec 2
(Du thriller en veux-tu ? En voila !)

- "Cadres noirs" de Pierre Lemaitre. Dans cette course à la sélection, un cadre de 57 ans au chômage depuis quatre ans ne reculera devant rien pour être choisi. Cependant, quelle réaction pourrait-il bien avoir s'il se rendait compte que les dés étaient pipés depuis le départ ? On peut compter sur Pierre Le Maître (un auteur que j'aime par dessus tout) pour explorer les abysses de l'esprit humain et lâcher les chevaux. M'est avis que celui-ci aussi ne restera pas bien longtemps dans ma PAL !

- "Derniers adieux" de Lisa Gardner. Une agent du FBI enceinte travaille sur les disparitions mystérieuses de plusieurs prostituées. Peu à peu émerge l'idée d'un serial-killer qui frapperait déjà depuis de nombreuses années, un piège invisible semble alors se refermer inexorablement autour de l'héroïne. Je n'ai pas réfléchi plus de deux minutes, j'adore Lisa Gardner et une lecture d'un de ses ouvrages promet forcément un suspens haletant et un plaisir de lecture durable. Hâte d'y être !

- "Seul à savoir" de Patrick Bauwen. Facebook comme révélateur d'un passé qu'on ne veut pas oublier pour l'héroïne, Patrick Bauwen explore avec ce roman les arcanes de la recherche médicale de pointe, le circuit de l'argent sale et les nouvelles technologies. Ayant déjà pratiqué avec bonheur cet auteur, je me suis laissé tenté. Wait and read !

Acquisitions dec 1
(Non, vous ne rêvez pas, Nelfe tient ici son record de craquage même si elle ne me dépasse pas... faut pas rêver non plus !)

- "Puzzle" de Franck Thilliez. Amatrice forcenée (et il faut bien l'avouer sadique, elle me fait peur parfois) de thriller, Nelfe était toute contente de tomber sur cette pièce de choix de Franck Thilliez, un auteur qu'elle apprécie beaucoup. Deux spécialistes des chasses au trésor vont participer au jeu ultime Paranoïa qu'ils souhaitaient intégrer depuis longtemps. À priori, ils ne seront pas déçus...

- "Am Stram Gram" de M. J. Arlidge. Là encore une heureuse trouvaille pour une Nelfe qui avait inscrit cet ouvarge dans sa wish list. Des paires de victimes sont enlevées, emprisonnées et confrontées à un terrible choix : tuer ou être tué. Gasp... le genre de choix impossible que l'auteur va prendre un malin plaisir à exposer à ses lecteurs. De la bonne perversité au programme, tout pour plaire à ma douce et tendre. Je commence à grave flipper moi là...

- "Amelia" de Kimberly McCreight. Une mère d'adolescente apprend que sa fille a sauté du toit de son établissement scolaire. Ce suicide était totalement imprévisible à ses yeux et un mystérieux message anonyme envoyé plus tard semble sous entendre qu'il s'agirait d'un meurtre... Aie aie aie, ça va chauffé dur et les appétits de Nelfe en matière de récits tortueux vont être sans doute mis à rude épreuve. Purée, il faut que je prenne mes précautions et que je retouche mon testament moi...

- "Dans le silence du vent" de Louise Erdrich. À la fin des années 80, une femme amérindienne est agressée, battue et violée. La vie de son fils de treize ans s'en voit bouleversée et devant la lenteur de la police à tenter de résoudre ce crime, il va mener l'enquête avec ses potes. Un roman qui promet d'être déchirant avec un ado confronté à la violence et à l'injustice. sans doute un ouvarge que je repiquerai à Nelfe après sa lecture.

- "Rendez-vous à Crawfish Creek" de Nickolas Butler. Dix nouvelles, dix balades le long des routes du midwest. Un choix logique et sans doute imparable quand on sait que Nelfe et moi sommes fans de la collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel. Ici les destins se croisent entre réalisme et poésie pour nous livrer des portraits sans fards d'âmes du Wisconsin. Aaaarg, je le lui piquerais bien aussi !

- "À moi pour toujours" de Laura Kasischke. Une professeur d'université reçoit un billet doux d'un mystérieux admirateur. Ce qui s'annonce tout d'abord comme une lumière brillante dans une vie morne va en fait totalement désorganiser sa vie et la faire chavirer. Au Capharnaüm éclairé, on adore Laura Kasischke, impossible donc de résister à la tentation que représente un livre de cette poétesse des temps modernes qui n'a pas son pareil pour dépeindre les femmes, leurs tentations et leurs désirs. 

Au final, une sacrée bonne sélection qui va intégrer les anciens volumes de nos PAL respectives. Dur dur de résister face à des auteurs adorés ou des quatrièmes de couverture attrayantes. Reste maintenir à lire tout cela et à en juger la qualité à travers les chroniques à venir dans les semaines, mois et années à venir. Y'a du boulot !


samedi 11 juin 2016

"20 + 1 short stories" - Ouvrage collectif

20+1 short stories

L'histoire : Pour fêter les vingt ans de la collection "Terres d'Amérique", voici réunies 21 nouvelles de ses auteurs les plus emblématiques. 21 écrivains qui dessinent un portrait fort et sensible de la littérature nord-américaine d'aujourd'hui, de la sombre tendresse de Sherman Alexie au souffle narratif de Joseph Boyden, la grâce poétique de Charles d'Ambrosio ou la violence émotionnelle de Craig Davidson en passant par le réalisme magique de Louise Erdrich et l'exubérance de Karen Russell. 21 textes qui prouvent définitivement que la nouvelle est loin d'être un genre mineur. Et c'est pour cela qu'il faut la fêter, la célébrer. Qu'il faut encourager les lecteurs à lire des recueils et à découvrir de jeunes auteurs. Car défendre la nouvelle, c'est défendre la littérature.

La critique de Mr K : Ceux qui nous suivent régulièrement savent que nous sommes rarement déçus par la collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel. Entre romans et nouvelles, c'est souvent l'occasion de découvrir une autre Amérique, plus humaine et moins caricaturale que ce que nous sert régulièrement le cinéma hollywoodien, la cohorte de séries qui inondent nos écrans et les écrivains bankable qui pour ma part ne m'ont séduit qu'un temps. Dans ce volume un peu particulier, Francis Geffard (le directeur de cette collection) nous convie à une fête de la littérature et surtout de la nouvelle qu'il défend âprement avec passion depuis maintenant 20 ans. Il convoque pour l'occasion les meilleurs auteurs de son catalogue pour un tour d'horizon aussi riche que passionnant d'une Amérique qui doute, se cherche et se penche sur ses racines. Cerise sur le gâteau, pour l'occasion un inédit se glisse dans ces 21 textes afin de découvrir un auteur prometteur.

Aux USA, la nouvelle n'est pas décriée comme en France, terre de littérature qui a tendance d'ailleurs à se prendre trop au sérieux. Outre-manche, les grands auteurs débutent souvent par des short-stories qu'ils font paraître dans des magazines et des revues universitaires, leur permettant ainsi de se faire un nom, d'obtenir des résidences universitaires et pour certains de percer dans le milieu de l'édition. Cela se traduit par une production de recueils de nouvelles plus importante et de sacrés succès en librairie avec la nécessité pour l'auteur à chaque micro-récit d'allier caractérisation rapide, récit accéléré et recherche de l'efficacité pour ne pas perdre en route un lecteur que l'on doit capter dès les premières pages. À la fin du présent volume, chaque auteur a le droit à sa petite biographie particulière ce qui éclaire le parcours de chacun et donne à voir leurs origines, leurs influences et après lecture de la nouvelle leur style et spécialité. Riche idée qui risque malheureusement de m'appauvrir au niveau du portefeuille tant j'ai rencontré de nouveaux auteurs à approfondir dans de futures lectures.

C'est donc un balayage hétéroclite de l'Amérique qui nous est proposé ici, des entrées multiples dans les mentalités US : les familles et leurs dysfonctionnements (c'est un des thèmes les plus abordés dans ce recueil), l'amitié et l'amour, la notion de foi (et de non-croyance aussi), le progrès et ses limites, la vie citadine et la vie rurale, le retour à la vie normale après un séjour en zone de guerre et toute une série de situations apparemment simples mais qui vont révéler toute la complexité de l'existence humaine. C'est un océan de sentiments, de relations ambiguës qui s'agitent dans ces pages et bouleversent les certitudes que le lecteur se fixe en début de récit. Rien n'est figé et chaque nouvelle apporte son lot de surprise, de retournement de situation et de final alambiqué tout en sachant que le genre reste dans le narratif contemporain, proche du quotidien que chacun de nous peut vivre ou avoir vécu. Décès accidentels et pertes d'êtres chers, paupérisation, rapports tendus au sein des familles, quête d'identité et de son passé, l'amour soumis à la réalité de la vie, instants de fraternisation et d'amitié… autant de moments qui font écho à notre propre vie et l'enrichissent. Belle expérience humaine avec des auteurs qui partagent bien plus que leur œuvre et offrent un beau panel de destins touchants et édifiants.

Je vous mentirai en vous disant que toutes les nouvelles se valent et la subjectivité est exacerbée dans ce genre si particulier. Trois seulement m'ont déçu profondément mais je pense que c'est dû au thème abordé qui ne me touchait pas particulièrement. La majeure partie des récits proposés m'a "chaviré", étonné, questionné et profondément captivé. Chacun je pense y trouvera son compte et passera des moments parfois inoubliables comme avec la nouvelle Les Enfants de Dieu où un homme se voit confier deux handicapés lourdement atteints et qui va devoir affronter les parents indignes qui les rejettent, Pièces détachées où un couple essaie de survivre à l'horrible drame arrivé à leur fille étudiante, l'ensorcelante nouvelle Le Plongeon du guerrier indien où l'on suit le destin d'un amérindien partagé entre deux femmes, ce récit est une valse de l'hésitation d'une grande sensibilité. J'ai aussi adoré la violence à fleur de peau qui habite la nouvelle Un Goût de rouille et d'os et son personnage principal charismatique à souhait (univers autour de la boxe, ça devrait plaire à Nelfe ça !) ou encore le naturalisme puissant de La Femme du chasseur, où quête des grands espaces et amour ne font pas bon ménage. Mais il y a tellement d'autres nouvelles très réussies dans ce recueil que cette chronique n'en finirait pas !

Au final, j'ai dévoré les plus de 600 pages de ce livre (qui ne coûte que 14 euros en broché, on peut souligner l'effort) en quelques jours et l'amoureux de littérature indépendante US que je suis en est sorti ravi. Univers divers, écritures riches et prometteuses, personnages marquants et histoires fascinantes peuplent un ouvrage cohérent et vraiment poignant par moment. Un recueil à lire absolument si vous êtes amateur de nouvelles et de voyages au coeur des USA.

Critiques d'autres ouvrages d'auteurs présents dans ce volume :
- Cataract city de Craig Davidson
- Toute la lumière que nous ne pouvons voir de Anthony Doerr
- Le Pique nique des orphelins de Louise Erdrich
- La Malédiction des colombes de Louise Erdrich
- Love medecine de Louise Erdrich
- Le Paradis des animaux de David James Poissant

samedi 6 février 2016

"Le Pique-nique des orphelins" de Louise Erdrich

pique nique des orphelinsL'histoire : La dernière chose que Mary et Karl entrevoient de leur mère, c'est la flamme de ses cheveux roux émergeant du biplan qui l'emporte pour toujours aux côtés d'un pilote acrobate... Devenus orphelins, les enfants montent dans un train de marchandises afin de trouver refuge chez leur tante, dans le Dakota du Nord.
Ainsi commence, en 1932, une chronique familiale qui s'étend sur plus de quarante ans, et fait vivre toute une galerie de personnages hors du commun en proie aux paradoxes de l'amour.

La critique Nelfesque : Nouvelle plongée dans l'écriture de Louise Erdrich après "Love medecine" que je n'avais pas vraiment apprécié et "La Malédiction des colombes" pour lequel j'avais eu un petit coup de coeur. Une autre lecture s'imposait donc pour faire pencher la balance... "Le Pique-nique des orphelins" vient de sortir en librairie chez Albin Michel mais il ne s'agit pas à proprement parler d'un nouveau roman. En effet, celui-ci est paru en 1986 aux USA et s'offre cette année une nouvelle traduction. Il s'agit du deuxième roman de l'auteure.

Tout commence en 1932, en pleine Grande Dépression aux États-Unis. Mary et Karl, 14 et 11 ans, vivent avec leur mère Adelaide. Cette dernière est aussi la maîtresse de Mr. Ober, un riche industriel, et ensemble ils vont avoir un bébé, Jude. Mais lorsque la crise éclate et que Mr. Ober trouve la mort, Adelaide se retrouve sans ressources et sans maison (celle ci étant au nom de monsieur et Adelaide et sa famille n'ayant pas de liens officiels avec le défunt). C'est alors qu'elle émet l'idée de partir chez sa soeur dans le Dakota du Nord avec ses enfants.

Ce voyage vers le Dakota aura bien lieu mais seulement pour Mary et Karl. Leur mère les ayant abandonnés pour les beaux yeux d'un pilote lors d'une foire, le jeune Jude est laissé aux bons soins de la famille Miller. La peur et la faim au ventre, ils montent dans un train de marchandises en route vers les terres de leur tante. Après bien des péripéties, c'est seule que Mary retrouvera Fritzie, son mari Pete et leur fille Sita.

Véritable roman chorale, "Le Pique-nique des orphelins" accompagne le lecteur dans l'Amérique profonde et rurale des années 30 à travers les yeux d'une kyrielle de personnages. La cousine, la tante, la meilleure amie mais aussi le frère, le notable de la ville, l'oncle handicapé... Chacun avec son âge, ses mots, sa perception du monde et son expérience peint un tableau sur plusieurs dizaines d'années qui nous amènera vers les dernières années de la vie de Mary.

Avec une écriture finement ciselée et qui permet au lecteur de se faire une image mentale parfaite et détaillée des lieux, Louise Erdrich n'écrit pas ici un roman à énigmes, contrairement à ce que pourrait faire penser la quatrième de couverture, mais une saga familiale riche en petits et grands évènements. L'existence banale mais pour le moins tourmentée d'une petite américaine qui va vivre un moment important dans l'Histoire des États-Unis en direct de sa ville de province.

40 ans séparent la première de la dernière page, 3 générations se succèdent, cohabitent, s'aiment ou se détestent. Les liens entre les personnages sont complexes et froideur, fierté, jalousie, regrets peuplent ce roman. Là réside la grande force de ce "Pique-nique des orphelins", celle de nous donner à voir les fils délicats et ombrageux qui lient les hommes entre eux. Famille ou amis, simples connaissances ou confidents, chaque individu interagit avec son semblable de par ses réactions ou sa façon d'être et influe sur les évènements à venir. Ne vous attendez pas ici à une histoire complexe ou des destins hors du commun mais laissez-vous porter par la vie, parfois douce, parfois tourmentée, des habitants de Argus dans le Dakota du Nord.

Je ne peux que vous conseiller ce roman riche, complexe dans les relations humaines et empli de poésie qui parle à notre part d'humanité et éveille chez le lecteur ses besoins de liberté et de grands espaces. Quel est le prix de l'épanouissement personnel ? Quand se sent-on réellement chez soi ? Qu'est-ce que l'amour et quels liens nous relient les uns aux autres ? Autant de questions existentielles pour lesquelles Louise Erdrich amènent quelques réponses à travers le destin de la famille Adare. Une belle leçon de vie et d'humilité.

mercredi 4 avril 2012

"La Malédiction des colombes" de Louise Erdrich

la maledictionL'histoire: L'homme répara le fusil et la balle glissa en douceur dans la chambre. Il l'essaya plusieurs fois, puis se leva et se tint au-dessus du berceau... L'homme épaula le fusil. Autour de lui, dans la pièce close, l'odeur du sang frais montait de toutes parts.

Depuis toujours, la petite ville de Pluto, Dakota du Nord, vit sous "la malédiction des colombes", qui dévorent ses maigres récoltes comme le passé dévore le présent. Nous sommes en 1966 et le souvenir de quatre innocents lynchés cinquante ans auparavant hante toujours les esprits. En écoutant les récits de son grand-père indien qui fut témoin du drame, Evelina, une adolescente insouciante, prend soudainement conscience de la réalité...

La critique Nelfesque: Quel bel ouvrage que ce roman de Louise Erdrich que j'avais découvert avec "Love Medicine" il y a quelques mois. Je n'avais pas été très emballée à l'époque mais ayant trouvé à l'auteur une très belle plume, j'ai voulu retenter l'expérience. Quelle riche idée ai-je eu là!

L'auteur nous emmène dans une saga familiale ayant pour point de départ un drame: le lynchage de quatre indiens innocents accusés du meurtre d'une famille entière de fermiers blancs. C'est par la voix d'Evelina, petite fille d'un témoin de cet évènement que Louise Erdrich commence à nous raconter l'histoire de la ville de Pluto. Tour à tour nous allons faire la connaissance des familles Milk, Harp, Peace et Coots. "La Malédiction des colombes" n'ai pas un roman facile à lire, c'est un roman qui se construit, de génération en génération, chaque élément évoqué ayant une importance dans l'histoire globale.

C'est un roman dur, traitant de sujets difficiles tels que la condition des indiens dans les réserves, le racisme, l'homosexualité dans les années 60, les mouvements sectaires et leurs dérives... mais c'est aussi un roman drôle avec des personnages "bonbons" tels que Mooshum, le grand-père farfelu d'Evelina, qui a sa manière bien à lui de vivre sa vie et raconter ses souvenirs. Autant de moments qui permettent aux lecteurs de lâcher un peu de leste et digérer le climat parfois nauséabond de l'époque.

L'écriture de Louise Erdrich est encore une fois magnifique, poétique et douce. On s'attache aux personnages, on apprend à les connaître et une part d'humanité se dégage de chacun d'entre eux, même le plus vil au premier abord revèle une fêlure. Le roman comprend plusieurs parties, chacune allouée à un personnage bien précis. Les témoignages s'accumulent, l'histoire s'enrichie, la toile se tisse de façon magistrale et nous laisse endeuillé à la fin du roman.

Au final, "La Malédiction des colombes" est une superbe fresque familiale, un hommage aux peuples aujourd'hui disparus et une ode à la tolérance et au respect. Je lirai sans nul doute d'autres romans de cette auteur.

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jeudi 3 novembre 2011

"Love medicine" de Louise Erdrich

loveL'histoire: De 1934 à nos jours, les destins entrelacés de deux familles indiennes, isolées dans leur réserve du Dakota, à qui les Blancs ont non seulement volé leur terre mais aussi tenté de voler leur âme.

La critique Nelfesque: J'étais très enthousiasmée à l'idée de lire "Love medicine". Je n'avais jusqu'alors jamais lu d'ouvrage traitant des Indiens et de leur Histoire. Comme beaucoup, j'ai de vagues notions de ce que les Blancs ont fait à ces peuples et je pensais trouver dans cette lecture une épopée romanesque faite de sang et de larmes, une saga venant puiser ses fondements à l'époque de l'expropriation des terres des indiens. Et bien que dalle, niet, nada, peau de z**, j'ai été bien déçue car comme l'indique la quatrième de couverture, on se bornera à l'année 1934, aucunes allusions à leurs ancêtres ne sera faite.

De plus, la trame de l'histoire est difficile d'approche. Le lecteur navigant de chapitre en chapitre entre les différents personnages du roman, on ne suit pas une narration classique et il est difficile de se repérer au départ. J'ai rapidement laissé de côté l'idée de m'accrocher aux branches et je me suis laissée portée par l'histoire.

L'originalité de ce roman réside dans le fait que chaque chapitre est plus ou moins une nouvelle et pourrait se lire indépendamment du reste du roman. Certes, il y a des points de repère et ce n'est pas un ovni de la littérature mais  si j'avais à choisir je dirais que j'ai préféré le "recueil de nouvelles" au roman pris dans son ensemble.

Au final, j'ai été au bout de ce livre car j'accorde un point d'honneur à terminer toutes les lectures que je commence (oui des fois je suis maso) mais cette oeuvre ne me laissera pas un souvenir impérissable.

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