mardi 19 mars 2013

"Eternus 9: Le fils du cosmos" de Victor Mesquita

eternus9L'histoire: Un voyage hallucinant comme un "trip" au LSD: des visions prodigieuses, fabuleuses, mythologiques qui s'imposent comme en paramnésie, inoubliables et pourtant... une logique implacable et, sur plusieurs vrais problèmes contemporains, une lucidité perforante comme un rayon laser.

Suivez Eternus 9, le héros étrange qui naît au milieu de sa vie...

La critique de Mr K: Il est des oeuvres rares qui marquent l'esprit. Ceci pour diverses raisons, elles nous inspirent, nous paient un voyage hors-norme, nous émeuvent au plus profond de nos entrailles, d'autres nous amusent ou au contraire nous causent de profonds soucis...

Eternus 9 est une pièce unique, un improbable mix de mythes et croyances mâtiné de SF bien marquée par les seventies expérimentales en terme de drogue et de digressions narratives.

Bref, on ne comprend pas grand chose mais on a l'impression d'avoir vécu en dehors du temps et de l'espace. Cette BD vient sans doute de la quatrième dimension. Je reviens sur terre pour essayer de vous décrire ce curieux objet...

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Un homme se réveille adulte, il vient de naître. De mystérieux individus lui confie une tâche qui l'emmènera aux confins de l'espace et du temps. À partir de là ça se corse et je me refuse de tenter le moindre résumé. Sachez simplement que la BD pullule de symboles et d'effets d'optique. Peu de paroles, beaucoup de pensées sont livrées pèle mèle au lecteur qui se demande bien où il a mis les pieds. On se raccroche un temps à une histoire d'amour en apesanteur mettent en scène deux êtres humains en exploration spatial mode Major Tom de David Bowie... barré je vous avais prévenu! Il y a du Jodorowski qui flotte dans l'air et bien d'autres fumées aux odeurs étranges.

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Vous l'avez compris, l'intérêt ici est tout autre. Au delà du mysticisme affiché, on ne peut que succomber à l'incroyable beauté des planches qui nous sont ici livrées. Bel exemple de ce que l'école psychédélique a fait de mieux entre vaisseaux spatiaux ubuesques, rayons de lumière, paysages urbains, ballades romantiques dans l'espace... Impossible de ne pas penser à Druillet tant l'aspect visuel se rapproche des Voyages de Loan Sloane. J'ai pris une belle claque en parcourant ce volume.

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Même après quatre lectures successives, je n'ai pas tout saisi mais je me dis que c'est le jeu. J'ai adoré cette BD avant tout pour sa plastique et les thèmes abordés. Il faut y voir plus un voyage initiatique, quasi shamanique, à l'instar de la scène finale du film Blueberry de Jan Kounen que j'ai aimé au plus haut point. Are you experienced?


jeudi 26 avril 2012

"La Tchalette et autres contes de magie et de sorcellerie" de J. C. Servais

tchaletteL'histoire: Sorcière! Non, c'est un mot qu'il ne faut pas lancer à la légère, pas jeter au visage d'une petite vieille sous prétexte qu'elle a l'air de s'entendre avec les loups... Et pourquoi ne pas s'entendre avec les loups? Pourquoi ne pas pactiser avec la mort... à l'ombre des jeunes filles en fleurs? Il y a de vieilles terreurs, à travers les siècles, que l'homme ne parvient pas à dominer. En espérant que la lecture de ces récits ne réveille pas trop les vôtres...

La critique de Mr K: Avec ce recueil, nous replongeons allégrement dans le monde étrange et fascinant des légendes rurales chères à Servais. J'avais grandement apprécié son Almanach et de retour chez mon bouquiniste préféré, je suis tombé sur ce volume qui est tout aussi réussi que le précédent. Encore un bel ouvrage à mettre à l'actif des éditions Dargaud, collection Histoires et légendes!

Neuf contes de la région ardennaise nous sont ici proposés avec comme thématiques communes la sorcellerie et la magie dans le quotidien campagnard d'un village au début du XXème siècle. On prend beaucoup de plaisir à parcourir ces récits mêlant habilement superstitions et croyances avec l'étude sociologique d'une petite communauté humaine. Derrière ces historiettes mystérieuses, bien souvent ressurgissent des réactions et des travers purement humains. Nous côtoyons tour à tour l'amour, la vie de famille heureuse mais aussi la jalousie, la frustration et la colère.

L'auteur nous confronte tout d'abord à une vieille femme 001qualifiée de sorcière par tous les gens du village auprès duquel elle réside. Elle aurait la capacité de se transformer en louve et ferait régner la terreur... Il s'agit de la fameuse tchalette qui donne son titre au présent ouvrage. Dans la deuxième histoire, un homme se meurt de son premier amour disparu et nulle médecine ne semble pouvoir apaiser son mal, ses rêves laissent à penser que tout ceci n'est pas naturel... Dans la suivante, le curé du village voit ses réserves de vin de messe se réduire sans raison alors que la porte de la cave est fermée à clef (je précise que l'homme d'église n'est ni alcoolique ni mythomane -sic-). Derrière ce pitch rocambolesque à souhait se cache une histoire de passe-muraille. Dans le récit Aurore, un homme épouse une fée mais cela n'est pas sans conséquences... Dans le récit suivant, on y fait commerce avec le diable pour sauver une âme perdue et ensuite on fait connaissance avec une fillette qui se découvre le don de comprendre les animaux qui vont la récompenser à leur manière. Dans le récit intitulé Niké (victoire en grec), Nuton (un petit lutin) cohabite avec les humains et les aide de son mieux dans la gestion du domaine mais tout équilibre est fragile et la jalousie va venir perturber ce tableau idyllique. L'histoire suivante voit une nouvelle un humain faire un pacte avec le seigneur des enfers pour améliorer l'ordinaire, enfin dans l'ultime histoire de ce recueil, un jeune pâtre va se voir proposer une belle récompense par une fée des bois aussi jolie que généreuse mais la curiosité est un vilain défaut...

On retrouve dans cette BD tout le talent de JC Servais qui une fois de plus a la double casquette de scénariste et de dessinateur. Rien n'est laissé au hasard, on retrouve la finesse doucement rétro de ses coups de crayon et le langage picaresque du début de siècle dernier. C'est une véritable plongée dans la France profonde qui nous est ici proposée, une France à la fois crue et mystérieuse où la magie se trouve à chaque endroit et dans chaque être. On ressort de cette lecture le sourire aux lèvres avec une belle vision générale de l'esprit des mythes de la région ardennaise. Avis aux amateurs!

9782800144542_1 (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

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mardi 14 février 2012

"Les huit jours du Diable" de Didier Convard

huitjoursdudiableL'histoire: Le monde ne s'est pas défait en un jour...
Yahvé Dieu créa le monde en six jours: le septième, il se reposa.
Il a fallu au Diable huit jours pour le détruire, ou le faire détruire. De l'engloutissement de la civilisation des Atlantes à l'apocalypse atomique, en passant par la damnation de Sodome et Gomorrhe et les diaboliques "miracles" du Moyen Age, à huit reprises le Diable a guidé la main de l'homme.
Par huit fois, le Diable s'est amusé à nos dépens.
Le jour de l'Atlantide.
Le jour de la grande colère.
Le jour du Diable.
Le jour de la Pentecôte.
Le jour des korrigans.
Le jour de la vengeance.
Le jour du mirage.
Et puis, le Diable vit que cela était mauvais.
Il y eut un soir, il y eut un matin:
le jour du dernier homme.

La critique de Mr K: Retour dans les eighties avec cette œuvre de Didier Convard datant de 1983. Parti d'un projet qu'on lui avait soumis sur les villes disparues, il l'a fusionné avec une réflexion plus vaste sur le tentateur, le malin, bref... le Diable!L'entrée en la matière est un texte de l'auteur d'une cinquantaine de lignes qui nous plonge dans le bain directement, pas de quartier, le Mal étant le Mal, on s'apprête à pénétrer dans 8 récits courts et abrupts mettant en scène directement ou symboliquement le seigneur des mouches et surtout, la plus manipulable des créatures: l'homme!

Le jour de L'Atlantide est une variation intéressante autour du mythe de ce continent englouti quelque part dans l'océan. L'auteur y introduit un élément SF en faisant de cette terre dorée l'enjeu de tractations inter-galactiques! Vous connaissez tous la fin mais l'approche originale de l'auteur fait mouche et ce premier récit est une réussite. Le jour de la grande colère reprend le même principe avec le mythe de Sodome et Gomorrhe. J'ai trouvé cette version un peu tirée par les cheveux et un peu bâclée... et surtout très très sage! Même dans la Bible, la damnation des deux cités de la perversion est plus rock and roll! Passons...

Le jour du Diable est plus classique avec la légende de la ville d'Is, de Gradlon, Dahut sa fille et le Diable en personne! Soyons clairs, ce n'est pas la meilleure version que j'ai eu entre les mains, Dahut est ratée (elle doit être ensorcelante, ici c'est une guerrière casquée type quartier du Marais à Paris) et franchement, autant lire la légende originelle ou la variation intéressante décrite dans la série des Druides. Je sais, je n'en sors pas en ce moment... Le jour de la Pentecôte rehausse d'un coup le niveau avec une variation bretonne (eh oui!) d'Aladin et la lampe merveilleuse avec un jeune garçon cherchant fortune dans une caverne merveilleuse. Malheureusement le tentateur guide ses pas et il finira par chuter! Bien mené, assez court, ce récit est une vraie réussite!

Le jour des korrigans est un ovni parmi tous les autres récits. Je n'ai pas vu le rapport avec la choucroute (pardon, le diable et les cités enfouies...). Reste un récit sympathique où des géants se prennent une raclée monumentale par des korrigans et rien que ça c'est un événement à ne pas louper; gentillet mais sympathique, j'ai beaucoup souri à sa lecture mais dans le bon sens du terme. Le jour de la vengeance est cette fois-ci une variation autour du mythe de Faust. Un seigneur cupide veut mettre la main sur les terres des moines du secteur, il fait appel à trois démons pour l'aider. Ils vont l'assister mais pas dans le sens qu'il croyait... Pas original pour un sou, ce récit se suit néanmoins avec plaisir jusqu'à ce que l'arroseur soit arrosé. 

Le jour du mirage a pour cadre l'Arabie mystérieuse. Un roi puissant s'aveugle à vouloir construire la cité de ses rêves. A force d'injustices et de cruauté, le rêve s'évanouira mais pas seul. Une belle réussite pour une belle réflexion sur le pouvoir et ses chimères. Le jour du dernier homme clôt ce recueil et de quelle manière! Un jeune homme à la mise moyen-âgeuse parti en quête d'on ne sait quoi va découvrir que l'humanité est quasiment éteinte suite à un holocauste nucléaire et que les chats ont muté pour prendre possession de la terre. Un récit tout bonnement génial: bon OK, j'adore les chats et ça nous change des singes!

Il y a donc de tout dans ce recueil et je pense que chacun y trouvera quelque chose qui le contentera. Certes, il n'est pas parfait, les dessins sont marqués par le temps mais pour les amateurs de BD vintage comme moi c'est tout bon! Les huit jours du Diable malgré des défauts est très attachante et trouvera une place de choix dans la bédéthèque du Capharnaüm Éclairé.

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