lundi 10 novembre 2014

"Stairways to hell" de Thomas Day

Stairways to hellL'histoire: Ils sont trois, ils se prénomment Thomas. Déchus du Royaume, ils recherchent l'Amour.
Le premier est en prison pour un crime raciste qu'il a bel et bien commis. À sa sortie, il fait la connaissance d'une amérindienne qui va lui montrer sa véritable nature. Car cet homme est aussi un loup, qui déambule dans les carcasses automobiles d'Extermination Highway.
Le deuxième est médecin-urgentiste à Paris. Alors que la crise conjugale guette, il découvre le petit monde interlope des catacombes et des carrières. Là, il rencontre Maneki Neko, actrice porno et sorcière, grande spécialiste de la transgression.
Le dernier est écrivain, du moins c'est ce que croit son entourage. En réalité, il s'agit d'un imposteur hanté par le fantôme de celle à qui il a tout volé, une certaine Eddie qui s'apprête à le guider jusqu'aux escaliers qui descendent vers l'Enfer.

La critique de Mr K: Lecture coup de poing aujourd'hui avec ce Stairways to hell de Thomas Day. Un livre dont je serai bien incapable de dire si je l'ai aimé ou détesté tant il ne s'apparente à rien de ce que j'ai pu lire auparavant! De manière générale, je suis ouvert et j'aime la transgression dans l'Art mais là, certains passages ont réussi à me choquer et croyez moi, il m'en faut beaucoup! Trois nouvelles en un volume et une référence à Clive Barker (un de mes chouchous dans le genre horrifique) en quatrième de couverture. Il ne m'en fallait pas moins pour tenter l'aventure malgré une couverture vraiment affreuse... La lecture fut éprouvante!

Trois histoires bien glauques nous sont proposées par un auteur qui en préface annonce directement la couleur en expliquant que l'écriture lui permet de relâcher sa part sombre et pouvoir livrer ainsi toute sa gentillesse (reconnue à priori...) au quotidien. Je tiens à signaler de suite que vu le contenu de ces trois nouvelles, on peut se dire que le bonhomme est bien chahuté au niveau de la cafetière, cela donne une nouvelle vraiment réussie et deux autres des plus crades pour rester correct! Sexe, drogue, rock and roll, violence, meurtre, scatophilie, pratiques déviantes, ... âmes sensibles s'abstenir, Virginie Despentes c'est du Gavalda à côté! Vous êtes prévenus!

Sans concession, on rentre dans l'esprit torturé de trois Thomas aux destins plus que dérangés. On se retrouve face à des êtres amoraux, déviants qui recherchent une certaine forme de rédemption mais souvent vers le pire! Ils laissent sur leur chemin tout un lot de violences sexuelles (on est carrément dans la pornographie la plus pure par moment) et autres violences physiques et les chutes de chaque nouvelle (surtout les deux dernières) laissent le lecteur KO avec un furieux mal de vide. Clairement j'ai été dérangé tout au long de cette lecture rapide (3h maximum si on a le cœur et les tripes bien accrochées).

On ne sait jamais vraiment si on a affaire à un virtuose de l'écriture ou un tâcheron voulant jouer la surenchère à tout prix pour empocher un maximum de blé. Les passages décrivant les délires hallucinogènes sont parmi les plus forts et profonds que j'ai pu lire (hormis la première partie des Racines du mal de Maurice G. Dantec). Les obsessions intimes sont disséquées et livrées brut de décoffrage avec un brio évident. L'écriture se fait volontairement acérée mais non dénuée de nuances poétiques par moment, une poésie bien sombre vous l'avez deviné. Le rythme est haletant, pas de temps mort pour le lecteur foudroyé par le contenu de l'ouvrage.

Par contre, une bonne partie de livre n'est que prétexte à débauche de scènes pornographiques détaillées et poussées à l'extrême. Là je dis stop! Il pouvait se contenter de bien moins pour un effet certes moins ragoûtant mais tout aussi efficace pour toucher ses objectifs. On dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions, ici on s'y noie et on se retrouve à surnager au milieu de déjections et autres joyeusetés du même genre. La forme finit par dépasser le fond et franchement on sort écœuré. Surtout que la caricature est de mise notamment pour les personnages féminins qui sont soit l'image de la niaise cucul ou l'érotomane inassouvie (vous soulignerez l'effort que je fais pour rester poli!).

Au final, c'est un livre que je ne peux pas conseiller tant il est extrême et parfois gratuit dans la transgression. Pour ma part, je ne l'ai finalement pas fait autographier par l'auteur aux Utopiales. J'attendrai d'en avoir lu un autre plus conventionnel pour porter un jugement définitif sur Thomas Day.