dimanche 10 mai 2015

"Rémanence" de Jérôme Camut et Nathalie Hug

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L'histoire: Comment grandir quand on a connu l'horreur? Il y a 15 ans, deux enfants s'échappaient des geôles du plus dangereux des criminels qui disparaissent après avoir mis la France à feu et à sang. Clara et Louis sont aujourd'hui adultes mais le vernis de leur existence se fissure. L'emprise de Kurtz a profondément gangrené leurs esprits. Insidieusement, le chaos s'installe. Les voix de l'ombre se font entendre à nouveau.
"Je devrais arrêter de répondre au téléphone. Ce serait plus sage. Je devrais mais je je n'y arrive pas. Pas même à débrancher la prise. Je prends un Stilnox pour ne pas entendre la sonnerie. Les fantômes, ça ne téléphone pas".

La critique de Mr K: Rémanence fait écho à la trilogie des Voies de l'ombre que j'avais bien aimé lors de ma lecture (voir le lien vers les trois tomes en fin de post). Ça faisait déjà un petit bout de temps qu'il me faisait de l’œil mais ma PAL est tellement expansive qu'il s'est perdu au milieu des autres ouvrages. C'est en préparant ma cargaison de livres pour mes vacances pétrocoriennes de Pâques que je décidai de l'emporter avec moi. Bien m'en a pris, ce fut une lecture rapide et plaisante au possible.

Deux enfants ont échappé à l'horreur voilà quatorze ans. L'ouvrage commence le jour du mariage de Clara. Après avoir été placée dans une famille d'accueil qui l'a reconstruite comme elle peut, elle a rencontré Édouard (un riche héritier) et s'apprête à faire le grand saut. C'est ce jour précis que Louis (alias Milan) décide de refaire surface dans sa vie. Cela la bouleverse et va la replonger dans un passé qu'elle pensait avoir évacué totalement. Le jeune homme n'a pas eu sa chance d'être suivi, aimé et éduqué comme elle... Il va l'entraîner sur la mauvaise pente. Les farces et bêtises d'adolescents vont bientôt prendre des proportions bien plus graves...

On retrouve d'entrée de jeu la tension omniprésente des tomes précédents. Kurtz a disparu, la France semble avoir retrouvé sa sérénité mais on sent que Clara se cache derrière une image qu'elle s'est forgée. Vit-elle vraiment sa vie? En réapparaissant dans son existence, Louis change toute la donne. Et de chapitre court en chapitre court, on passe d'un personnage à l'autre, les auteurs se gardant bien de nous livrer tous les éléments de compréhension. On nage en eaux troubles surtout que Clara, son père et Louis sont perturbés et ne perçoivent pas les événements comme le commun des mortels. Folie paranoïaque, cocktails médicamenteux, menace insidieuse, autant d'éléments qui font planer une épée au dessus des principaux protagonistes qui semblent se dépatouiller comme ils peuvent dans une toile d'araignée qui semble se resserrer autour d'eux. C'est assez angoissant et bien rendu, on a le ventre qui se tord au fil du déroulé du récit entre crimes, vendetta et révélations nombreuses.

Pour autant, on ne s'attache pas vraiment aux personnages. C'est loin d'être une critique car même si par moment on se rapproche d'eux, un élément répulsif nous est asséné dans les pages qui suivent. Chaque protagoniste a donc un côté attachant (la douleur du père qui a perdu toute relation de confiance avec sa fille, les victimes qui n'arrivent pas à se remettre des traumatismes du passé) et ses zones d'ombre (en chacun réside une part de violence pulsionnelle qu'il ne peut contrôler). Et puis, Kurtz et ses enseignements déviants sont toujours présents. De façon indirecte, via des flashbacks, des mises en relation, l'ogre est toujours en vie et pèse de tout son poids sur les pensées et les actes des deux jeunes gens. Cela fait froid dans le dos et cet aspect destinée fatale, les conséquences d'un embrigadement fascisant sur des esprits jeunes et/ou faibles est très très bien rendu, tout en finesse et sans exagération. Un très bon point pour les auteurs qui fournissent ici un thriller page-turner de très bonne facture, efficace et addictif. À lire absolument si la trilogie des Voies de l'ombre vous a plu.

Déjà chroniqués des mêmes auteurs, série des Voies de l'ombre:
- Prédation
- Stigmate
- Instinct


mardi 6 mars 2012

"Instinct" de Jérôme Camut et Nathalie Hug

instinctL’histoire: Et s’il suffisait de 25 tueurs pour plonger la France dans le chaos? Une meute sans visage dressée par un pervers de génie pour frapper leurs cibles avec une perfection terrifiante…

Et s’il suffisait d’un seul homme? Pour que nous nous mettions tous à douter…

Je,
Tu,
Nous,
Sommes la meute.
Seule la meute compte,
Tout ce qui n’est pas nous doit ignorer notre existence,
Tout ce qui s’oppose à nous doit être éliminé, par tous les moyens.
Jusqu’à ce que notre destin s’accomplisse.
Et que le Maître vienne.
Nous sommes la meute,
Nous,
Tu,
Je.

La critique de Mr K: Dernier élément de la trilogie des Voies de l’ombre, Instinct est aussi à mes yeux le moins réussi du lot. Pour autant, il ne m’a fallu que trois jours pour le dévorer et l’intérêt a toujours été là. Malheureusement certaines scories ont entaché ma lecture et m’ont quelques peu déçu.

L’action débute treize mois après la fin de Stigmate. Kurtz encore vivant (il est tenace le bougre!) est prisonnier de geôliers inconnus sur une terre glaciaire. Pendant la moitié du livre, on suit ses difficultés pour comprendre où il est et pourquoi. On suit aussi ses errances spirituelles et notamment le doute qui s’installe peu à peu dans son esprit malade mais néanmoins perfectionniste. C’est un nouveau Kurtz que l’on découvre et même s’il n’est pas touchant (c’est une des plus belles ordures jamais créée en littérature), le lecteur l’aborde autrement et du coup les écrivains évitent ainsi tout sentiment de lassitude. En parallèle, on suit le destin d’une jeune fille à priori amnésique qui se réveille dans une chambre d’hôpital en Allemagne, entourée d’inconnus. Elle s’enfuit, réchappe de deux tentatives d’assassinat et rentre par ses propres moyens sur Paris. Peu à peu, plane autour de sa personne un mystère diffus, un sentiment de fausseté qui sera révélé dans la deuxième partie du texte.

Puis on change de dimension avec l’irruption des forces de l’ordre et notamment de l’ex commissaire Eliah Daza. Le grand œuvre de Kurtz se met en place et les tenants et aboutissants se font plus clairs. Les pièces se mettent en place et la menace se précise. Inutile de vous dire que le suspens bat son plein jusqu’au final, le tout orchestré sous forme de chapitres très courts de six pages maximum passant de protagonistes en protagonistes en nous laissant sur la touche! C’est remarquablement bien construit et à aucun moment l’ennui ne s’installe. À noter que les auteurs ont glissé à la fin du récit des facs-similés des carnets intimes rédigés par Kurtz afin de justifier certains de ces actes et lever le voile sur certaines ellipses du récit.

Mais voila… nul n’est parfait et j’ai trouvé cet ouvrage un ton en dessous des précédents. La faute essentiellement à nombre d’invraisemblances qui parsèment ce volume, des événements qui ne collent pas, que les auteurs ont rajouté pour augmenter la dose de terreur mais qui au final alourdissent et font perdre en crédibilité au récit. Du coup, on y croit moins contrairement aux deux premiers tomes excellents en terme de réalisme et de cohérence. De plus, les auteurs se répètent, ressassent et semblent parfois faire du surplace (les états d’âme des personnages c’est bien... mais faut pas pousser!). Enfin des expressions reviennent régulièrement et traduisent de façon très visible la médiocrité littéraire de l’ensemble déjà remarquée dans le volume 1 Predation (l'expression "le cœur au bord des lèvres" revient 8 fois en 500 pages).

Avis mitigé donc pour Instinct. Je ne vais pas pour autant bouder mon plaisir face à une trilogie vraiment prenante qui, même si elle ne se termine pas dans l’apothéose désirée, est réussie et a le mérite de tenir en haleine ses lecteurs.