lundi 6 novembre 2017

"La Servante écarlate" de Margaret Atwood

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L’histoire : Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, "servante écarlate" parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler... En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

La critique de Mr K : Attention chef d’œuvre ! Cet dystopie féministe et glaçante est un piège à lecteur amateur de SF. Une fois la lecture débutée, impossible de lâcher l’ouvrage tant on est happé par l’univers proposé et la langue envoûtante de l’auteure. Je me suis laissé tenter à cause du succès grandissant de la série qui a été adaptée depuis ce livre et comme Nelfe possédait l’e-book, c’était aussi l’occasion pour moi de lire en virtuel sur la liseuse de ma douce. À ce propos, même si je n’ai pas été à 100% converti, j’ai apprécié le changement malgré le manque d’odeur de papier et d’encre ! Mais revenons à ma lecture de l’ouvrage de Margaret Atwood.

Nous suivons le récit à travers les yeux d’une servante écarlate, une de ces femmes dont la fonction est la reproduction. Dans ce monde dictatorial où les intégristes chrétiens ont pris le pouvoir, la fécondité est en berne et les plus riches peuvent avoir sous leur coupe une servante vêtue de rouge pour avoir un enfant, elles ne sont qu’un réceptacle vide qui doit concevoir un enfant lors de ses phases d'ovulation avec le maître des lieux lors d’une cérémonie rigide et codifiée. L’héroïne nous fait part de son quotidien très routinier et à travers lui les changements qui ont été opéré par l’instauration de ce nouveau régime patriarcal et impitoyable envers tous ceux qui n’obéissent pas au dogme. S’intercalent entre ces passages narratifs quelques flashback sur sa vie d’avant, celle qu’elle vivait dans un monde libre et sans entraves. Peu à peu, on apprend à mieux la connaître et quelques menus changements dans son existence vont bouleverser sa vision du monde et sa volonté de suivre les préceptes. Le grain de sable fera boule de neige et va précipiter les événements...

Étrange ambiance que celle tissée par l’auteure durant tout l’ouvrage, l’approche intimiste adoptée par la focalisation interne donne lieu à un rythme lent et posé très dérangeant. À travers les souvenirs et expérience de l’héroïne, on prend connaissance d'un certain nombre d’atrocités qui paraissent presque banales vu la façon de les relater de la fameuse servante écarlate. La première partie est surtout consacrée à la vie dans la maison du commandant avec ses règles, ses personnels et les rapports instaurés entre chacun. Le monde est devenu froid, impersonnel et terriblement clos. Nulle place pour les sentiments ou le moindre loisir ou amusement, tout le monde est à plaindre entre les serviteurs dévoués corps et âmes à leurs employeurs (un rêve pour le MEDEF -sic-) et des femmes-épouses désespérées de ne pouvoir avoir d’enfants qui s’abrutissent à l’alcool, jalouses des prérogatives du mari sur les servantes écarlates. La tension est palpable tout au long du roman, le lecteur navigue en eaux troubles se demandant bien comment la situation va évoluer tant on sent que l’équilibre instauré par la famille et les autorités est instable et précaire.

Le monde qui nous est donné à voir est assez effroyable dans son genre. La dictature aliène les individus et ici plus particulièrement les femmes qui se retrouvent du jour au lendemain reléguée au bas de l’échelle sans plus aucune possibilité de s’émanciper et sans droits réels, cantonnées à vivre à travers leur père, leur frère, leur mari ou leur employeur. La dénonciation est ici forte et sans appel sans pour autant être frontale. Elle est plutôt insidieuse, grandissante au fil du récit lors des différentes révélations qui nous sont faites lors des journées de la servante ou de ses flashback relatant sa vie d’avant le changement. Le souffle est à la fois puissant et précis, d’une redoutable efficacité. L’unité de lieu contribue à cette puissance, l’action se déroulant essentiellement dans la maisonnée qui en elle-même est le symbole de la nouvelle société parfaite voulue par un pouvoir réactionnaire.

Ce livre est aussi une belle dénonciation des rouages d’un système totalitaire avec en premier lieu la mollesse des foules et des démocrates de tout bord au moment de la prise du pouvoir, cette tendance à se dire que finalement ce n’est pas si grave et que ça passera. Sauf qu’ici (comme en 1922 en Italie, en 1933 en Allemagne ou dans une moindre mesure en 2016 aux USA) le résultat est terrifiant avec la suppression de toutes les libertés individuelles, le flicage généralisé et la répression féroce qui en découle avec des humiliations et exécutions publiques. Pour autant, rien de moralisateur ou de grossier dans cette condamnation, simplement l’observation froide des faits et du déroulé. Je vous garantis qu’on en a les tripes et le cœur chamboulés, quand on voit l’évolution du monde contemporain, on se dit qu’il est plus que temps de lire un tel livre.

logo-epubL’action finit par s’accélérer avec son cortège de circonvolutions scénaristiques où l’on retrouve des ficelles classiques mais efficaces comme l’alliance de deux personnages, de la jalousie et de la trahison, des drames épouvantables mais aussi de petites joies. Tout coule et découle à merveille avec une science de la narration hors pair et une écriture fluide, simple et accessible. On ressort à la fois choqué, émerveillé et conquis par un ouvrage vraiment réussi. Un must dans son genre, ne passez pas à côté. Quant à moi, je vais au plus vite regarder l’adaptation pour voir si elle est à la hauteur de sa réputation.


dimanche 22 janvier 2017

Premier craquage de PAL 2017 !

Il fallait bien que ça arrive un jour... voici le traditionnel premier post d'acquisition du Capharnaüm éclairé de l'année 2017! Vous connaissez notre amour des livres de seconde main, ces occasions en or que l'on trouve au détour d'un étal ou d'un bac. Comme vous allez pouvoir le constater, l'année débute pas mal du tout avec 14 ouvrages collectés qui vont rejoindre nos PAL respectives.

Acquisitions ensemble 2

Leurs origines sont diverses certains venant de notre abbé préféré, d'autres de boîtes à livres du secteur ou encore de magasins de revente. Il y en a pour tous les goûts mais ce qui ne change pas par contre, c'est qu'une fois de plus je bats Nelfe à plat de couture en terme de plombage de PAL. Mais à ce jeu là, vous savez que je suis redoutable... Voici par le menu, les nouveaux livres adoptés !

Acquisition 1

On commence avec quelques auteurs "classiques" que j'affectionne tout particulièrement entre retrouvailles et relecture.

- Premier de cordée de Roger Frison-Roche. Il s'agira pour moi d'une relecture car c'est un livre que j'avais découvert et dévoré en 6ème lors d'un atelier lecture avec ma prof de français. J'ai hâte de retrouver les grands espaces, la nature magnifiée et les destins contrariés d'une famille attachée à la montagne. Madeleine de Proust quand tu nous tiens !

- L'Arrache coeur de Boris Vian. Voici un livre dont j'ai beaucoup entendu parler et que je n'ai toujours pas lu. Vian étant un auteur que j'apprécie (surtout L'Automne à Pékin et le génialissime L'Écume des jours), je vais tenter l'aventure de cette lecture qui s'annonce sombre dans une étude sans concession de nos travers.

- La Symphonie pastorale d'André Gide. Aaaah Gide ! Comment oublier Les Nourritures terrestres, un livre qui m'avait laissé pantois. Avec ce titre, il explore le mythe de l'enfant sauvage en le doublant d'amour contrarié. J'espère retrouver la sensibilité à fleur de mot de l'auteur et son écriture si envoûtante.

Acquisition 2

Ma PAL côté policier / polar / suspens baissait dangereusement (comprendre plus que 30 unités livresques -sic-), nos errances de janvier m'ont permis d'attraper ces trois titres :

- La Nuit est sale de Dan Kavanagh. Un volume "série noire" de plus dans ma PAL avec une sombre histoire de flic mis au placard qui va s'attaquer à du gros gibier en plein quartier de Soho à l'ombre. Nulle place pour l'espoir à priori avec ce roman d'un auteur que je ne connais pas mais dont la quatrième de couverture m'a attiré de suite. Wait and read...

- L'Ile des morts de P.D. James. Un riche excentrique invite dans son château victorien isolé sur une île des amis à lui. Les réjouissances ne vont pas tout à fait se dérouler comme prévu, la mort s'étant invitée aussi. Là encore, c'est un coup de poker que cette acquisition dont le résumé m'a fait beaucoup penser au livre de Guillaume Chérel paru chez Mirobole en septembre dernier mais à priori en bien moins drôle... Qui lira, verra !

- La Princesse noire de Serge Brussolo. Impossible pour moi de dire non à cet auteur qui m'a procuré tant de plaisir de lecture. Ce Brussolo ci est un thriller médiéval faisant la part belle au mystère et aux croyances de l'époque dans un vieux château cachant bien des secrets dans ses entrailles... Hâte de voir de quoi il en retourne !

Acquisition 3

Pour continuer, un peu de SF histoire de bien exploser ma PAL de ce côté ci !

- L'Agonie des ténèbres de George R.R. Martin. Il s'agit d'un ouvrage de jeunesse de l'auteur devenu culte avec sa saga du Trône de fer. À classer dans le space opéra mâtiné d'aventure, un homme va se rendre sur une planète inconnue pour délivrer son ex-amante aux prises avec des ravisseurs aux codes tribaux inflexibles. Une expérience SF satisfaisante avec cet auteur (Chanson pour Lya) me donne bonne espoir pour cette future lecture.

- L'Oreille interne de Robert Silverberg. Un de mes auteurs SF favori a de nouveau croisé ma route avec ce roman considéré comme un de ses meilleurs. Un homme télépathe affronte ses démons intérieurs dans un récit mélancolique non dénué d'humour et j'imagine un soin tout particulier apporté à la psychologie des personnages, le point fort de Silverberg avec son écriture hors norme. Ce titre ne fera pas de vieux os dans ma PAL !

- La Mort blanche de Frank Herbert. Un roman terrible selon les avis que j'ai pu lire, un livre traitant de souffrance totale ou comment un homme ayant tout perdu va devenir irrémédiablement fou et possédé par la vengeance en fabricant un virus biologique exterminateur. On ne présente plus l'auteur (Dune, ça vous dit quelque chose ?) et ce livre sur le terrorisme absolu promet beaucoup. Là encore, je ne traînerai pas pour le lire.

Acquisition 4

Deux brochés pour terminer ma sélection avant de passer la main à ma chère Nelfe:

- Les Mémoires d'Elizabeth Frankenstein de Théodore Roszak. Décidément, je ne sors plus du mythe de Frankenstein en ce moment ! Mais je ne pouvais décemment pas résister, adorant cet auteur atypique, conteur hors pair maniant le suspens avec maestria. L'héroïne qui donne son titre au livre est recueilli par la célèbre famille et va être initiée à l'alchimie, l'occultisme et la science. On nous promet une folle histoire romanesque, gothique et féministe. Je trépigne d'impatience !

- Anansi boys de Neil Gaiman. Encore un auteur que j'adore, on retrouve ici l'univers d'American Gods dans un livre que l'auteur décrit comme une épopée magico-horrifico-thrillo-fantastico-romantico-comico familiale. Je ne sais pas pour vous mais moi ça me suffit pour foncer dessus ! La chronique viendra assez vite je pense...

Acquisition 5

Place aux trois ouvrages dégotés par Nelfe !

- Fatales, ouvrage collectif. Pour une raison très simple : Actes noirs ! J'ai fait tant de belles lectures dans cette collection que ce petit recueil ne pouvait qu'atterrir dans ma PAL. D'autant plus que l'on compte ici Camilla Läckberg parmi les auteurs ici présents !

- Quelqu'un d'autre de Tonino Benacquista. Parce que Benacquista est quand même un putain d'auteur ! Entre Malavita et Saga, mon coeur ne balance pas, j'aime tout !

- Africa Trek 1 de Sonia et Alexandre Poussin. Parce qu'en ce moment j'aime beaucoup lire des récits de voyages / d'expériences (à défaut de pouvoir les faire moi-même). Mon dernier en date, Dans les forêts de Sibérie (dont il faut que je vous parle dans un prochain article). Ici on change complètement de paysage et de météo mais l'expérience reste incroyable. Traverser l'Afrique à pied !

Voili voilou ! Un bon butin, non ? On commence l'année 2017 sur les chapeaux de roue, reste à trouver le temps de lire tout cela et d'essayer de faire baisser nos PAL. Je vous l'accorde, il y a pire comme obligations...

dimanche 7 juin 2015

Craquage de juin, craquage bien vilain!

On s'était dit avec Nelfe qu'on ne retournerait pas à Emaus avant la fin de l'été histoire de faire bien descendre nos PAL respectives. J'entends déjà ricaner nos lecteurs les plus assidus (qui connaissent nos craquages successifs et réguliers...) mais je vous jure que ce n'était pas gagné car en rentrant dans les lieux, nous avons discuté avec le responsable du rayon livre qui nous a dit que quelques bouquinistes rennais étaient passés tôt ce matin et qu'ils avaient fait la razzia sur ce qu'il jugeait être les livres les plus intéressants. C'est donc plutôt confiants que nous avons commencé à explorer les multiples bacs de cet antre de l'Enfer (pardon l'abbé!)... Jugez plutôt le résultat.

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Ben oui... On a bien craqué et pour une fois, pas que moi! Nelfe a eu aussi son lot de coups de coeurs. Voici maintenant la petite liste traditionnelle de nos acquisitions qui vont aller rejoindre nos futures lectures.

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Les acquisitions de Mr K:

 

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- Une Porte sur l'éther de Laurent Généfort: un récit de SF d'un auteur que j'affectionne tout particulièrement, deux planètes reliées par un gigantesque tube de diamant voient leur existence menacée par les haines réciproques que se vouent les habitants des deux mondes. N'ayant jamais été déçu par Génefort, je m'attends à un bon roman d'aventure SF.

- Le Chien de guerre et la douleur du monde de Michael Moorcock. Là encore un auteur que j'aime beaucoup avec une histoire de Dark fantasy se déroulant dans une Allemagne moyen-âgeuse fantasmée où un mercenaire sans âme va signer un pacte avec Lucifer en personne. Tout un programme en perspective! J'ai hâte d'y être!

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- Versus d'Antoine Chainas. La quatrième de couverture m'a fasciné: un personnage principal responsable de la brigade des mineurs coure après un tueur de pédophiles qui les enterre près de leurs victimes. Salué par la critique, ce roman a l'air bien hardboiled dans le genre. Qui lira, verra!

- La Machine de René Belletto. J'ai adoré l'adaptation de ce roman avec Depardieu et Bourdon. Deux hommes (un psychiatre et un dangereux sociopathe) vont échanger leurs esprits pour une expérience flirtant avec les frontières de la morale. Si le roman est aussi réussi ça promet!

- La Femme du monstre de Jacques Expert. Nelfe avait bien aimé sa lecture de Qui? du même auteur et cette histoire de femme ayant vécu avec un homme sans vraiment le connaître m'a interpellé. Wait and see!

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- Mr Vertigo de Paul Auster. Je ne peux pas dire non à cet auteur et cette histoire a tout pour me plaire: un jeune garçon élevé à la dure, l'Amérique de la Grande Dépression, le jazz, les lois raciales et la mafia. Le tout écrit par un maître de l'écriture... il me tarde d'y être!

- Un Léopard sur le garrot de Jean-Christophe Rufin. J'aime beaucoup Rufin et ce livre sera un peu différent de d'habitude car il s'agit d'un livre-témoignage sur trente ans de sa vie. Médecine, voyages, humanitaire, relations internationales sont au coeur de cette vie trépidante que je découvrirai dans les prochains mois.

- Autres chroniques de San Francisco et Bye-bye Barbary Lane d'Armistead Maupin. Il s'agit des épisodes 3 et 6 des fameuses Chroniques de cet auteur à la renommée internationale. J'ai lu les 5 premiers tomes il y a déjà bien longtemps et il parait qu'il y en a 9! N'en ayant aucun à la maison, je décide donc de les acheter d'occasion au petit bonheur la chance. Quand la collection sera complète, je replongerai avec délice dans un univers qui m'avait séduit par son humanité et son aspect délirant.

- Les Accompagnements raisonnables de Jean-Paul Dubois. Encore un auteur qu'on adore au Capharnaüm éclairé et ce roman nous avait échappé jusqu'ici! L'occasion était trop belle et c'est avec une certaine impatience que j'attends de pouvoir me plonger dans cette histoire de couple battant de l'aile et d'un mari perdu qui va rencontrer le sosie de sa femme (avec 30 ans de moins...).

- Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil et Danse, danse, danse de Haruki Murakami. Mon chouchou!!! Impossible de dire non et ces deux romans manquent à ma collection. Roooooooooo! Trop bien! Amour, destin, nostalgie... Beau programme en perspective!

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- Corpus Christine de Max Monnehay. Gros coup de poker avec la seule lecture de 12 lignes énigmatiques en dos de livre! Ca a l'air complètement barré et j'adore le titre! Le temps me dira si j'ai eu raison de craquer pour celui-ci!

- La Rêveuse d'Ostende d'Eric-Emmanuel Schmitt. Là encore, impossible de résister à cet auteur ensorcelant et jamais décevant. Il est ici question d'amour, d'exil et de rencontre étonnante. J'en salive d'avance!

- L'Équation africaine de Yasmina Khadra. Je viens juste de finir Les hirondelles de Kaboul que j'ai adoré (chronique à suivre dans les semaines à venir). On peut faire confiance à l'auteur pour mêler suspens, prise de position et regard unique sur notre monde si terrifiant par moment. Ce sera cette fois-ci un voyage en Afrique orientale aux pays des pirates des temps modernes et des islamistes où un occidental va être aux prises avec une violence devenue monnaie courante.

- Saules aveugles, femme endormie de Haruki Murakami. Oui, un fou (ou une folle d'ailleurs!) a lâché ses Murakami dans la nature! Je suis bien content d'être passé par là à ce moment là! Il s'agit ici d'un recueil de nouvelles courtes qui promet-on oscillent entre jubilation, flamboyance et récits hypnotiques! Re-roooooooooooo!

- Les Tendres plaintes de Yoko Ogawa. Une femme bafouée par son mari va se réfugier dans la montagne et va y rencontre quelqu'un qui va changer le cours de sa vie. Ca sent bon le roman contemplatif et zen à la japonaise! Tout ce que j'aime!

- Le Sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari. Prix Goncourt 2012, c'est l'occasion de vérifier tous les éloges que j'ai pu entendre sur son compte par certains collègues de travail et sur diverses chroniques de blog. Coup de poker là aussi!

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- Un Vague souvenir de Plantu. Dernier ouvrage chiné pour ma part, ce recueil de dessins de Plantu que je chronique régulièrement au fil des années et de mes trouvailles. Il s'agit ici du crû de 1990 avec un bon trip revival en perspective!

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Les acquisitions de Nelfe:

 

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- Charlotte de David Foenkinos, Le Prix Renaudot 2014 d'occaz, ça ne se refuse pas !

- Les Désarrois de Ned Allen de Douglas Kennedy parce que de l'auteur, je n'ai lu que "Cul de sac" (que j'ai adoré mais complètement différent de ses autres romans). Celui ci me permettra de faire une petite incursion dans sa bibliographie. On verra bien si j'adhère au style du monsieur.

- Le Seigneur de Bombay de Vikram Chandra : Une belle brique en or ! Une quatrième de couverture accrocheuse. J'espère qu'il me plaira parce que j'en ai pour plus de 1000 pages.

- Les Spellman se déchaînent de Lisa Lutz, je continue la saga doucement...

- Paris la nuit de Jérémie Guez parce que j'avais adoré "Balancé dans les cordes" tout simplement.

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Bon je vous l'accorde au final Nelfe est bien plus raisonnable que moi mais vous le saviez déjà avant de découvrir l'ampleur des dégâts! Deux conclusions s'imposent: les bouquinistes n'ont pas forcément bon goûts (ou ils avaient déjà ces livres en réserve) et nos PAL sont définitivement trop remplies! Que de plaisir en perspective en tout cas! D'ailleurs, je m'empresse de vous quitter pour retourner bouquiner!

mardi 11 mars 2014

"Terremer" de Ursula Le Guin

terremerL'histoire: Ici, il y a des dragons. Il y a des enchanteurs, une mer immense et des îles.
Ged, simple gardien de chèvres sur l'île de Gont, a le don. Il va devenir au terme d'une longue initiation, en traversant nombre d'épreuves redoutables, le plus grand sorcier de Terremer, l'Archimage.

La critique de Mr K: Depuis une dizaine d'années le nom d'Ursula le Guin me trottait dans la tête. Référence culte dans le domaine du médiéval fantastique, je n'avais jamais eu l'occasion de la pratiquer jusqu'à maintenant, l'occasion ne s'étant pas présentée. C'est une fois de plus la main du hasard qui me guidait à sa rencontre lors d'un chinage de plus dans un dépôt-vente de la région lorientaise. Le présent volume est la compilation des trois premiers récits composant l'ensemble des Contes de Terremer. Vous aurez donc l'occasion de découvrir ici: Le Sorcier de Terremer, Les tombeaux d'Atuan et L'Ultime Rivage.

Au centre de ces trois récits, on retrouve la thématique du voyage initiatique. Que ce soit Ged découvrant la voie des mages, Tenar future prêtresse des forces obscures ou encore Arren descendant d'une grande dynastie régnantes, ils vont tous être confrontés à des épreuves et divers autres tests pour accomplir leur destinée. Les obstacles et menaces sont nombreux, et le sort du monde de Terremer (gigantesque monde océanique parsemé d'îles et d'archipels) dépendra plus d'une fois d'eux. On croise nombre d'éléments classiques de la fantasy au fil des pages: les dragons susnommés, des magiciens-mages, des peuples humains bien différents aux coutumes aussi exotiques qu'étranges, mention spéciale aux enfants des hautes mer, peuplade nomade vivant sur des radeaux et voyageant au gré des courants (pour les amateurs, les créateurs de la série de RPG Suikoden les ont intégrés dans l'opus V sur PS2). On voyage beaucoup à l'image des héros, on traverse nombre de paysages remarquables et les péripéties sont nombreuses.

Là où Ursula Le Guin frappe fort, c'est dans la caractérisation de ses personnages. On les sent autant travaillés qu'aimés, un peu à la manière d'un George R. R. Martin dans sa saga Games of Thrones. Rien n'est ici laissé au hasard, la psychologie est très poussée et non caricaturale ce qui est gage de qualité dans un genre qui se cantonne souvent à nous livrer des personnages mille fois lus. Les rapports qu'ils entretiennent entre eux sont complexes et gérés de main de maître, l'auteur n'hésitant pas à les confronter et les mettre à mal, ce qui se révèle parfois être un vrai supplice pour le pauvre lecteur pris en otage. J'ai particulièrement aimé le personnage de Ged alias Épervier qui évolue beaucoup au cours de ces trois récits passant d'un garnement impulsif au vieux sage au caractère parfois un peu difficile. Le lecteur ne peut que se prendre d'affection pour lui et bien d'autres, accroché par ce biais, les 700 pages qui composent ce volume se laissent lire avec plaisir et délectation.

La langue de l'auteur est elle aussi remarquable. Évitant l'écueil des descriptions à tout va, elle réussit tout de même à nous livrer un monde clef en main avec ses propres règles de fonctionnement et d'une beauté sauvage à couper le souffle. On retrouve d'ailleurs dans sa méthode, la manière dont J. K. Rowling en quelques lignes réussissait à planter un décor. Grosse performance ici aussi, soulignée par une aptitude incroyable à aller à l'essentiel sans trahir le fond. L'écriture est accessible, précise, très addictive et poétique à souhait notamment dans les monologues intérieurs des personnages et les quelques descriptions des lieux approchés par les héros. Nulle longueur, nul ennui donc et un plaisir de lecture optimum! Sachez qu'il y a deux autres récits qui vous attendent, si vous avez apprécié ce triptyque mais qu'ils peuvent se lire indépendamment.

Un bon et grand moment de fantasy que tout amateur du genre se doit de tenter sous peine de passer à côté d'une lecture essentielle! Pour ma part, il ne me reste plus qu'à regarder l'adaptation qu'en à faite Goro Miyasaki.

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lundi 4 février 2013

"Le prisonnier du ciel" de Carlos Ruiz Zafon

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L'histoire: Des secrets de sinistre mémoire viennent hanter Daniel Sempere et son ami Fermín, les héros de L'Ombre du vent.
Barcelone, Noël 1957. À la librairie Sempere, un inquiétant personnage achète un exemplaire du Comte de Monte Cristo. Puis il l'offre à Fermín, accompagné d'une menaçante dédicace. La vie de Fermín vole alors en éclats. Qui est cet inconnu ? De quels abîmes du passé surgit-il ? Interrogé par Daniel, Fermín révèle ce qu'il a toujours caché.
La terrible prison de Montjuïc en 1939. Une poignée d'hommes condamnés à mourir lentement dans cette antichambre de l'enfer. Parmi eux Fermín et David Martín, l'auteur de La Ville des maudits. Une évasion prodigieuse et un objet volé...
Dix-huit ans plus tard, quelqu'un crie vengeance. Des mensonges enfouis refont surface, des ombres oubliées se mettent en mouvement, la peur et la haine rôdent.

La critique de Mr K: Ce livre était le cadeau de Noël 2012 de mes parents qui m'avait convertis à cet auteur ibère avec Le Jeu de l'ange. J'avais embrayé directement avec L'Ombre du vent et j'étais tombé sous le charme de Marina quelques temps après (son meilleur ouvrage à mes yeux). Ironie du sort, sachant mes géniteurs fort amateurs de Zafon, je leur ai offert le même livre pour Noël aussi, comme quoi les grands esprits se rencontrent et que les chiens ne font pas des chats. Je pars toujours avec un à priori positif quand je débute un livre de cet auteur. J'ai tellement été charmé par son écriture et par le background de ses histoires que c'est avec un grand sourire aux lèvres que je débutai ma lecture...

Quel plaisir de replonger dans la Barcelone intemporelle chère à cet auteur catalan. Dans Le prisonnier du ciel, deux époques se chevauchent au fil du récit. Il y a d'abord la Barcelone des années 50/60 où l'on suit Daniel Sempere et son ami haut en couleur Fermin. On re-rentre dans la librairie Sempere père et fils et très vite on sait qu'une menace nouvelle plane sur Fermin qui dans ce volume est clairement le personnage principal. On le retrouve d'ailleurs régulièrement dans certains chapitres, dans sa jeunesse quand il a été embastillé dans la forteresse franquiste surplombant la ville de Barcelone. Il va y faire la rencontre clef de sa vie, s'en échapper par un moyen peu orthodoxe et son existence sera à jamais changée. Ce constant va et vient entre deux époques densifie l'histoire et lève le voile sur certains pans des histoires narrées dans les précédents volumes consacrés au cimetière des livres oubliés. À ce propos, ne vous attendez pas à des révélations fracassantes sur ce dernier, l'auteur ne l'évoquant qu'à la toute fin du roman et il faut bien avouer que cela arrive comme un cheveu sur la soupe.

On retrouve dans Le prisonnier du ciel tout le talent de l'auteur pour planter le décor et décrire une époque. Des passages sont vraiment effrayants notamment dans la description des geôles fascistes et les pratiques des tortionnaires et autres bras armés de Franco. Au détour d'une page, Zafon ressuscite même l'abominable inspecteur Fumero pour une séance de torture atroce dont il a le secret (le flasback est décidément une technique bien pratique pour se faire se relever les morts). Zafon peint sans concession cette nouvelle Espagne qui se rêvait supérieure à ses voisin mais qui ne s'est révélée qu'un régime autoritaire et injuste dont les plaies ne sont pas encore pansées et dont le souvenir reste vif outre Pyrénées. Les personnages sont toujours aussi riches en terme de psychologie et ce volume complète par petites touches tous les aspects déjà entraperçus même si tout n'est pas révélé loin de là... Vous l'avez compris, Zafon n'en a pas terminé avec les Sempere!

Malgré toutes ces indéniables qualités, je suis resté sur ma fin. Tout d'abord quand on repense à l'histoire en son entier, il n'y a finalement pas grand chose à se mettre sous la dent dans Le prisonnier du ciel. Il y a certes de belles fulgurances mais il se dégage une impression générale de creux. De plus, la toute fin du récit lance une piste pour une possible suite que je trouve téléphonée et prévisible (pour ne pas dire artificielle). Mais bon... je suis près à tout pardonner à Zafon pour avoir le plaisir de le relire et il m'a fallu très très peu de temps pour terminer Le prisonnier du ciel, preuve s'il en est de la réussite de cet ouvrage et de ses qualités. L'intérêt ne se dément jamais et il est très difficile de relâcher le livre avant la fin. En attendant la suite à venir, je vais devoir m'atteler à lire ses œuvres de jeunesse qui sont sorties en poche depuis peu. Gageons que j'y retrouve tout le plaisir que j'éprouve en lisant l'œuvre de cet auteur ô combien talentueux!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- L'Ombre du vent
- Le Jeu de l'ange
- Marina

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jeudi 14 avril 2011

"Terreur" de Dan Simmons

TerreurL'histoire: 1845, Vétéran de l'exploration polaire, Sir John Franklin se déclare certain de percer le mystère du passage du Nord-Ouest. Mais l'équipée, mal préparée, tourne court; le Grand Nord referme ses glaces sur Erebus et Terror, les deux navires de la Marine royale anglaise commandés par Sir John.

Tenaillés par le froid et la faim, les cent vingt-neuf hommes de l'expédition se retrouvent pris au piège des ténèbres arctiques. L'équipage est, en outre, en butte aux assauts d'une sorte d'ours polaire à l'aspect prodigieux, qui transforme la vie à bord en cauchemar éveillé. Quel lien unit cette "chose des glaces" à Lady Silence, jeune Inuit à la langue coupée et passagère clandestine du Terror? Serait-il possible que l'étrange créature ait une influence sur les épouvantables conditions climatiques rencontrées par l'expédition? le capitaine Crozier, promu commandant en chef dans des circonstances tragiques, parviendra-t-il à réprimer la mutinerie qui couve?

La critique de Mr K: Dan Simmons frappe de nouveau très fort avec ce thriller historique teinté de surnaturel. De lui, j'avais adoré ses œuvres de science-fiction comme les cycles d'Hypérion et d'Endymion, le diptyque Ilium et Olympos et le chef d'œuvre de thriller d'anticipation L'échiquier du mal. C'est donc avec confiance et envie que j'ai débuté ce pavé (700 pages quand même) qui retrace une histoire vraie, celle de l'expédition Franklin partie du Royaume Uni au milieu du XIXème siècle pour découvrir le passage du Nord-Ouest, une route permettant de traverser l'Arctique. Sur ce canevas déjà existant, Simmons a greffé des éléments surréels qui permettent de relever l'ensemble et lui donner une dimension quasi métaphysique par moment (la fin est un vrai bonheur à ce niveau là).

Il ne m'a fallu qu'une quarantaine de pages pour me faire emporter par un récit à la fois prenant et détaillé. D'un chapitre à l'autre, on passe d'un point de vue à un autre. Ainsi l'on peut suivre l'évolution de l'histoire à travers les yeux des capitaines de vaisseau Franklin et Crozier, du Dr Goodsir, de l'enseigne Irving (officier de la marine), du mousse Golding et de nombreux autres personnages. On se retrouve plongé dans l'univers masculin et rude des voyages de découverte, thématique qui m'a fasciné dès mon plus jeune âge (j'avais particulièrement frémi à la lecture du périple fatal de Robert Falcon Scott pour arriver le premier au pôle sud, doublé par Amundsen, il mourra gelé ainsi que toute son équipe!). À ce propos, on ne peut que saluer le travail de recherche que l'auteur a du effectuer pour pouvoir écrire ce roman. Impressionnant de bout en bout, le récit épouse à merveille la réalité historique tout en la mêlant d'éléments fantastiques. On en apprend beaucoup sur les conditions matérielles et les mœurs de l'époque sans pour autant tomber dans l'overdose de termes techniques et de descriptions à n'en plus finir.

À travers les différentes scènes qui se succèdent, on suit le destin tragique de cette expédition qui semble vouée à l'échec dès la prise par les glaces de leurs deux vaisseaux (à ce propos deux cartes sont fournies en début d'ouvrage pour suivre les pérégrinations de l'Erebus et du Terror, les deux navires de l'expédition et elles se révèlent très pratiques). Véritable et grandiose roman d'aventure, pendant la lecture de Terreur, on ne peut s'empêcher de tourner les pages pour savoir la suite. Les relations entre les membres de l'expédition sont admirablement rendues et les tensions ne tardent pas à se faire sentir, d'abord insidieusement puis de façon plus frontale (vers le dernier tiers, on atteint vraiment des sommets avec des passages peu ragoûtants). Il ressort de ce livre, une impression de «fatum», un destin implacable qui s'acharne sur les voyageurs, Simmons prenant un malin plaisir à abattre ses cartes les unes après les autres comme autant de coups du sort.

Parallèlement à cela, une mystérieuse inuit a été recueilli au sein de l'équipage du Terror. Muette suite à une mutilation, depuis son apparition une mystérieuse apparition rode autour de l'expédition et élague peu à peu les rangs des marins anglais. Cela donne de bons moments de frisson surtout que l'auteur s'évertue à ne pas trop en dire sur cette «créature» se contentant de vagues descriptions, fruits de témoignages des hommes affolés. Impressions, illusions, travestissement des sens... il n'en faut pas moins pour égarer le lecteur à l'image de ces hommes perdus en pleine mer des glaces... car le véritable ennemi est là et il est blanc! Comme Spielberg à son époque dans son superbe Dents de la mer, le blanc est synonyme de danger et de mort. Simmons décrit à merveille les rigueurs de l'Arctique entre vents violents, températures extrêmes, glaces flottantes, mers gelées. L'ensemble est saisissant à l'image de ses corps éreintés et diminués par ces conditions extrêmes. C'est à une véritable plongée en Enfer que nous convie l'auteur, un Enfer blanc mais aussi profondément humain.

Vous l'avez compris, j'ai adoré ce livre qui rentre dans mon panthéon personnel tant je me suis retrouvé happé par l'univers que propose Simmons entre Histoire, suspens et fantastique. Un voyage éprouvant certes, mais une expérience à nulle autre pareille. Un must!

samedi 12 mars 2011

"Marina" de Carlos Ruiz Zafon

marinaL'histoire: Dans la Barcelone des années 1980, Oscar, quinze ans, a l'habitude de fuir le pensionnat où il est interne. Au cours de l'une de ses escapades, il fait la connaissance de Marina. Fascinée par l'énigme d'une tombe anonyme, Marina entraîne son jeune compagnon dans un cimetière oublié de tous. Qui est la femme venant s'y recueillir? Et que signifie le papillon noir qui surplombe la pierre tombale? S'égarant dans les entrailles d'une terrifiante cité souterraine, s'enfonçant dans les coulisses d'un inquiétant théâtre désaffecté, Oscar et Marina réveillent les protagonistes d'une tragédie vieille de plusieurs décennies.

La critique de Mr K: Une lecture inoubliable, dernière traduction en date en France de Carlos Ruiz Zafon, un auteur que j'affectionne tout particulièrement depuis mes lectures de L'ombre du vent et Le jeu de l'ange. Marina est une œuvre "de jeunesse", le deuxième roman d'un auteur au succès grandissant chez nous et incontournable dans la péninsule ibérique. Dès la lecture du quatrième de couverture, on pressent que l'on va lire un livre au charme particulier vu les mots employés par l'auteur pour le décrire: Au fur et à mesure que j'avançais dans l'écriture, tout dans cette histoire prenait peu à peu le goût des adieux, et quand je l'eus terminée, j'eus l'impression que quelque chose était resté au fond de moi, quelque chose qu'aujourd'hui encore je ne peux définir mais qui me manque chaque jour.

Dès les premiers chapitres, on est en terrain connu pour qui pratique et apprécie cet écrivain: Barcelone, ville-personnage à part entière aux mystères insondables et à l'ambiance si attachante; une histoire d'amour romantique à souhait sans pathos et touchante au plus haut point; un secret éventé qui va bouleverser la vie des héros et des autres protagonistes rencontrés; des personnages attirants et séduisants à la psychologie fouillée.. et surtout une langue qui fait mouche et dépeint à merveille un univers «burtonien» à souhait, entre mélancolie et espoir.

Poésie, noirceur, mystère, suspens auxquels s'ajoute dans Marina une première incursion dans le fantastique pour Carlos Ruiz Zafon (du moins dans sa bibliographie éditée en français). Autant vous le dire de suite, c'est une franche réussite tant les éléments irréels se mêlent à merveille dans l'intrigue et le style de l'auteur. Ces points m'ont fait repenser à La mécanique du cœur que j'ai lu et apprécié en son temps. Au détour d'une histoire qui se renouvelle sans cesse, vous serez confrontés à une créature de cauchemar et prendrez connaissance de recherches secrètes et taboues sur le secret de la vie et de la mort. C'est un véritable voyage que le lecteur entreprend en choisissant de suivre les pas d'Oscar et Marina. Un périple éprouvant pavé d'espoir et de déceptions que j'ai ressenti littéralement au plus profond de moi, me laissant pantelant lorsque la dernière page fut tournée.

Marina est à mes yeux une lecture essentielle. Mon livre préféré de Zafon à ce jour, auteur à l'écriture atypique et conteur hors pair qui marque ses lecteurs bien après sa lecture. Une petite merveille que je ne saurais trop vous conseiller!

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mercredi 13 janvier 2010

"Le jeu de l'ange" Carlos Ruiz Zafon

zafon_jeu_de_langeL'histoire:

Dans la turbulente Barcelone des années 20, David, un jeune écrivain hanté par un amour impossible, reçoit l'offre inespérée d'un mystérieux éditeur: écrire un livre comme il n'en a jamais existé, "une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et d mourir, de tuer et d'être tués", en échange d'une fortune et, peut-être, de beaucoup plus.

Mais du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique de destruction se met en place autour de lui, menaçant les êtres qu'il aime le plus au monde. En monnayant son talent d'écrivain, David aurait-il vendu son âme au diable?

Pour reprendre sa liberté et sauver la femme qu'il aime, David puise ses forces dans la Barcelone envoûtante du Cimetière des livres oubliés, où se côtoient des êtres abandonnés de l'humanité mais aussi des personnages attachants, uniques, puissants ...

La critique de Mr K:

Quel livre! Un vrai petit bijou quitte à me répéter (mes deux dernières lectures étaient déjà pas mal!). Lu en deux jours, je n'ai pu en détacher les yeux tant j'ai été littéralement absorbé par l'histoire et l'écriture d'un auteur que je ne connaissais pas du tout. Je remercie encore mes parents pour ce cadeau de Noël qui flirte avec le fantastique, le romantisme et l'Histoire.

Raconté à la première personne, cet opus nous narre l'histoire de David depuis son enfance difficile jusqu'à une rencontre fatidique qui va sceller son destin. S'ensuit une course poursuite contre le temps, lutte impossible qui se termine au dernier chapitre par un retournement de situation tout bonnement bluffant de tristesse et d'espoir. C'est une histoire d'amour avant tout: l'amour d'un homme pour une femme, d'un homme pour les livres, d'un homme pour une "femme-livre"? L'auteur au gré son écriture sans faille, imagée à souhait et poétique (plus quelques touches d'humour) nous manipule pour mieux nous surprendre dans une atmosphère sombre (Barcelone et ses quartiers chauds, l'époque de la dictature militaire de Miguel Primo de Rivera, Cristina et ses deux facettes) mais néanmoins parfois solaire (Isabella personnage d'une pureté à faire pleurer, le vieux libraire Semperé). De chapitre en chapitre, le lecteur est donc malmené pour son plus grand plaisir.

Les personnages sont légion et ciselés d'une main d'orfèvre. Figures tragiques (le héros, Cristina, Pedro), solaires (Isabella, Semperé) mais aussi enigmatiques (l'éditeur); tous sont d'un réalisme poussé à son paroxysme et donne du crédit à cette histoire de malédiction qui n'est pas sans rappeler le film de Polanski (La 9ème porte). Les lieux ne sont pas en reste: c'est Barcelone qui prend vie devant nos yeux et la maison que le héros acquiert est lugubre et mystérieuse à souhait sans pour autant tomber dans le pathos lourdaud habituel au genre. Au fur et mesure du déroulement, une angoisse étreint le coeur du pauvre lecteur qui se sent s'enfoncer en compagnie du héros, sans pouvoir lui venir en aide et inquiet de son devenir.

Je suis sorti de cette lecture bouche bée et complètement abasourdi par tant de talent et dire que ce n'est que son deuxième ouvrage... J'ai déjà mis Nelfe sur la brêche pour qu'elle passe me prendre "L'ombre du vent" dans la librairie la plus proche. Quant au "Jeu de l'ange" c'est du bonheur de lecteur sur 540 pages, du plaisir, du tragique, du rire parfois. À lire!

samedi 13 décembre 2008

"Olympos" Dan Simmons

olympos_simmonsL'histoire:

Échappant au scénario d'Homère, Achille et Hector se sont alliés pour vaincre les dieux et assiéger leur forteresse martienne. Ils profitent de la porte ouverte dans l'espace par les Moravecs, qui leur apportent un sérieux appui. Mais la porte commence à se refermer...

Sur Terre, les Voynix, qui ont longtemps été les serviteurs des Derniers Hommes, ont soudain entrepris de se révolter. Les Derniers Hommes, élevés dans la soie, vont devoir apprendre à se battre…

La critique de Mr K:

A l'image du volume précédent, j'ai dévoré cet ouvrage qui se mérite tout de même! On dépasse allègrement les 1000 pages! C'est avec plaisir que lecteur suit la suite des péripéties des personnages ébauchés dans "Ilium". Le décor planté, "Olympos" enchaîne sur le devenir des humains à l'ancienne, des Moravecs et des Dieux de l'Olympe martienne. L'auteur s'éloigne de la trame homérienne initiale (rébellion oblige!). En suivant toujours le même axe directeur: voir le déroulement des faits par l'entremise de regards croisés parfois totalement antinomiques. Dans cette ambiance post-apocalyptique, une nouvelle menace venue des temps anciens plane sur tous les protagonistes et l'ancienne Terre plus particulièrement. Nous assistons successivement à des phases de survie, de découvertes de compétences et connaissances perdues, des batailles épiques dans la pure lignée de la bataille du gouffre d'Helm dans "Le Seigneur des anneaux" ou celles visionnées au cinéma devant un bon vieux "Star Wars". Sans compter les interrogations métaphysiques et existencielles des humains et mêmes des créatures artificielles que sont les Moravecs.

Le style épique n'a rien perdu de ses qualités déjà énoncées lors de la critique du précédent tome. Le scénario précis et bien ficelé ne peut être pris en défaut mais à la manière d'un Bordage ou d'un Grangé dans un autre genre, chaque chapitre se termine sur un "switch" qui maintient le lecteur accro au déroulement du récit. On passe de révélations en révélations et il est bien difficile de lâcher prise (Nelfe pourrait vous en parler!).

Ce livre a suscité une polémique à cause de références uchroniques expliquant que la Terre a été livrée au chaos par des extrémistes islamistes recherchant essentiellement à exterminer le peuple juif. A partir de là, certains y voient une forme de sionnisme exacerbé et une haine de l'Islam. Je préfère me contenter d'y voir un avenir possible, certes apocalyptique mais crédible dans le cadre d'un roman. Pour ma part, on est loin des romans prosélytiques à la Ron Hubbard (fondateur de la scientologie). D'autres auteurs avant lui ont subi les foudres de la critique (Dantec, Houellebecq, K. Dick...)... En tant que lecteur, je ne cautionne aucunement les prises de positions de tel ou tel auteur. Je recherche avant tout le plaisir et le voyage, et "Olympos" fait partie de ces livres qui vous embarquent et qui sont extrêmement bien écrits. A chacun donc de se forger son opinion...

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