mardi 9 mai 2017

"Dexter revient !" de Jeff Lindsay

Dexter 2L'histoire : Voici notre cher Dexter - expert judiciaire de la police de Miami le jour, tueur en série la nuit - doublement menacé. D'un côté le sergent Doakes, insensible à son apparence de gentleman, traque le "Passager Noir", l'autre moi sanguinaire et justicier de Dexter. De l'autre, un psychopathe particulièrement pervers laisse Dexter sans voix alors que son appétit meurtrier se réveille. Lequel de ces monstres rattrapera l'autre le premier ?

La critique Nelfesque : Après avoir lu "Ce cher Dexter" l'an dernier, il était temps de s'attaquer à "Dexter revient !", second tome de la saga Dexter bien connue pour son adaptation télévisuelle.

Un ton en dessous du tome précédent, l'enquête est, disons-le, assez anecdotique. On part ici dans un sens, puis dans un autre, pour revenir sur les premiers éléments d'intrigues à la toute fin et voir l'ensemble assez bâclé. Bon... Effectivement côté thriller et suspense, j'ai connu beaucoup mieux.

Toujours est-il que c'est avec plaisir que le lecteur continue son bout de chemin au côté de Dexter, personnage énigmatique et intrigant, si fascinant par son côté froid et dénué de sentiments. Le point fort ici encore réside dans le fait que le lecteur est dans la tête de Dexter et le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est pas triste ! Le côté décalé et humour noir est ce qui marche le mieux. Certaines situations sont truculentes et les personnages qui l'entourent ne sont pas en reste pour lui donner la réplique. Entre Deb, sa soeur, cash et garçon manqué, Masuoka, complètement obsédé, Batista, encore en retrait et à découvrir, Rita, dans son monde idéalisé, Dex a de quoi faire et naviguer à vue suivant les désirs des uns et des autres.

Dans l'histoire de ce tome, le sergent Oakes est sur les talons de Dexter. Persuadé qu'il a quelque chose à se reprocher et que tout est trop beau chez lui pour être honnête, il ne le lâche pas d'une semelle et le file dans le moindre de ses mouvements. Plus que jamais Dexter doit alors jouer son rôle de genre idéal et ne montrer aucune faiblesse dans son jeu d'acteur. Personne n'est dupe, chacun attendant le faux pas de l'autre, et livre au lecteur une guerre des nerfs assez efficace.

Côté enquête, ça aurait pu être bien gore mais à mon sens ici tout est beaucoup trop survolé pour vraiment nous mettre dans l'ambiance. Un tueur sévit dans les parages et aime démembrer avec soin ses victimes avant de leur arracher la langue et les dépecer. Hum, bon appétit ! Il y a un petit côté "Seven" dans ce procédé surtout lorsque l'équipe découvre un corps encore en vie mais psychologiquement très atteint (tu m'étonnes !). Écris noir sur blanc ça fait froid dans le dos, dans le roman, ça fait mauvais remake. Bref, pas un seul frisson. Dommage.

Vous l'aurez compris, pour du pur thriller qui fait froid dans le dos et fait passer de bonnes nuits blanches à cauchemarder, vous pouvez repasser. En revanche, si vous êtes fan de la série TV et avez envie de découvrir un peu plus les personnages en les accompagnant encore un peu, la saga littéraire et "Dexter revient !" en particulier (ben oui parce que c'est quand même de ce tome ci que l'on parle aujourd'hui) sont faits pour vous. A réserver toutefois aux gros lecteurs qui ne passeront pas 15 jours sur le roman et s'amuseront pendant 1 jour ou 2 à se balader dans la tête du plus charmant psychopathe que la Terre n'ait jamais porté ! Enjoy !

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mardi 18 octobre 2016

"Pour adultes seulement" de Philip Le Roy

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L'histoire : Qui traque Venus, sept ans, et Julie, sa jolie baby-sitter ? Des tueurs ? Des flics ? Qu'est-ce qui a bien pu motiver le massacre des parents de la première, en pleine nuit ; dans un quartier huppé de Los Angeles ? La famille Kleinfeld semblait pourtant heureuse, sans problème. Julie a sauvé Venus du carnage à bord de la décapotable familiale. Instinct de survie. Mais comment vont-elles pouvoir se tirer de ce cauchemar ?

La critique de Mr K : Philip Le Roy n'est pas un inconnu pour moi. Il m'avait laissé un goût amer suite à ma lecture décevante du Dernier testament en 2010. J'avais trouvé cet ouvrage assez grotesque et très caricatural dans le traitement des personnages. À l'époque un ami internaute m'avait conseillé de lire plutôt son premier roman Pour adultes seulement. Le hasard d'un chinage l'a mis sur ma route et c'est Nelfe qui l'exhumai de ma PAL lors de notre traditionnelle séquence "Pioche dans ma PAL pour qu'elle se réduise un peu !". Comme vous allez pouvoir le lire, même s'il n'est pas exempt de défauts, on passe un bon moment avec ce roman et on ne peut relâcher le livre sans l'avoir fini !

En commençant cet ouvrage, on s'engage dans un road movie infernal sans aucun temps mort où deux jeunes héroïnes sont poursuivies par de mystérieux hommes qui ont massacré la famille de l'une d'elle. On suit donc leur fuite en avant, leurs rencontres avec divers individus recommandables ou pas et dans un deuxième temps l'enquête menée par un shérif abîmé par la vie et un jeune loup du FBI aux dents longues. Par petits morceaux, on entrevoit la vérité au fil des pages avec des révélations constantes qui mènent à un ultime chapitre qui fait son petit effet tant on sombre dans une noirceur sans nom.

La première qualité de ce roman est sa capacité à immerger le lecteur dans une ambiance poisseuse à souhait. Difficile en effet d'apercevoir la moindre lueur d'espoir durant un bon moment tant la menace est insidieuse et peut surgir de nulle part. À ce propos, évitez de trop vous attacher aux personnages car Philip Le Roy aime à les dézinguer très vite après nous les avoir présenté en détail. Quel sadique cet auteur ! Faux ou vrais flics, commanditaires mystérieux, populations revêches... à qui peut-on faire confiance ? On a l'impression d'observer un gigantesque jeu du chat et de la souris entre perversion, course-poursuite infernale et fatum implacable. C'est bien rendu, stressant à souhait et l'on ne peut s'empêcher de continuer sa lecture, hypnotisé par une histoire apparemment simple mais aux ramifications finalement plus complexes.

Le background est aussi de toute beauté avec des paysages et cadres purement américains tels qu'on se l'imagine dans notre vieille Europe : le désert et les énigmes qu'il comporte, les bars malfamés et interlopes peuplés d'âmes croupies et introverties, les amérindiens et leur vie mystique, les explorateurs des temps modernes qui parcourent le territoire nord-américain, la question de l'immigration mexicaine, le lobbying et toute une galerie de personnages secondaires qui donnent vie à un univers réaliste, distendu entre la beauté d'un pays épris de liberté où grandissent aussi vicissitudes et rancunes. Impossible de lâcher cette lecture tant on est happé par l'univers puissant et sombre qui se dégage de ces pages (315), pour ma part il ne m'a fallu que quelques heures pour en venir à bout.

Les personnages bien que classiques sont assez charismatiques. La psychologie est suffisamment poussée pour leur donner une réelle consistance et identité propre malgré une structuration physique et psychologique déjà lue souvent dans de précédentes lectures. J'ai particulièrement aimé le personnage de Julie, jeune fille au pair française qui se retrouve embarquée dans une histoire terrifiante qui la dépasse totalement et qui va devoir se transcender et quelque part se découvrir pour s'en sortir. L'image du sage renvoyée par un homme amateur d'échec isolé dans le désert mojave est aussi un excellent passage empreint d'humanité et de mysticisme universaliste. Le duo d'enquêteur fonctionne aussi à plein régime et m'a d'ailleurs fait pensé à ceux concentrés dans la très bonne série True detective. Bien que très noir, ce roman propose aussi quelques passages navigant vers la comédie notamment avec quelques passes d'armes verbales bien senties. Je suis amateur et pour le coup, j'ai été ici comblé en la matière. Petit bémol dans un ensemble plutôt flatteur, on échappe pas à quelques séquence invraisemblables (les modernistes diront WTF !) qui ternissent un peu le vernis réaliste de l'ensemble.

Pour autant, on passe un excellent moment pour une lecture bien flippante par moment et très addictive. L'écriture souple, accessible et bien menée accroche immédiatement et ceci dès les premières pages. Un très bon thriller des familles que je vous invite à découvrir au plus vite.

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mardi 30 août 2016

"Prenez soin du chien" de J. M. Erre

Prenez soin du chien de JM ErreL'histoire : Rue de la Doulce-Belette, Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, et Eugène Ruche, peintre sur coquilles d'œuf, habitent en vis-à-vis. Chacun suspecte l'autre de l'épier. La méfiance règne, d'autant plus que le voisinage n'est pas spécialement sain d'esprit. Sans compter les commérages de Mme Ladoux, la gardienne... Quand un cadavre est découvert, c'est une véritable psychose qui s'installe. Seraient-ils allés trop loin ?

La critique Nelfesque : Voici un roman que j'avais fortement envie de découvrir depuis longtemps ! Pour ne rien vous cacher, c'est la petite accroche à l'arrière de l'édition poche qui m'intrigait : "Entre l'érotomane scato du dessus, l'évaporé zoophile d'à côté et l'exhibitionniste d'en face, je commençais à me faire du soucis." Pas moi ! Ce roman m'a tout l'air d'avoir été écrit pour moi !

J. M. Erre nous fait entrer dans deux bâtiments en vis-à-vis de la rue de la Doulce-Belette à Paris (ne cherchez pas cette rue, elle n'existe pas (oui, j'ai vérifié)) et nous présente tour à tour ses habitants. Nous rentrons tout de suite dans le vif du sujet puisque l'histoire commence par un décès survenu au n°5. Un appartement se libère et Max Corneloup fait son entrée. Auteur de romans-feuilletons pour la radio, c'est une aubaine pour lui de trouver ce parfait petit nid. Calme, grand et abordable, son nouveau chez lui à tout pour plaire. Ou presque... Puisqu'en face vit Eugène Fluche, un personnage atypique qui passe ses journées à peindre sur des coquilles d'œuf et semble prendre un malin plaisir à l'épier. Un sentiment que celui ci partage puisque depuis que Max a emménagé, il se sent sans arrêt espionner par lui. A la Doulce-Belette, on n'est plus tranquille et un vent de paranoïa souffle sur ses habitations.

"Prenez soin du chien" est un roman hanté par des personnages farfelus. Max et Eugène sont les protagonistes de cette histoire et sont accompagnés par les habitants hors norme qui peuplent les autres appartements. Tous plus truculents les uns que les autres, ils font régner dans les couloirs un vent de légèreté et de folie des plus plaisants à lire (à vivre, c'est une autre histoire) !

C'est lors de son emménagement que Max Corneloup commet l'irréparable. En lâchant un lourd carton au sol, il écrase par mégarde Hector, le petit chien de madame Brichon. Un acte malheureux qui va engendrer toute une série d'événements abracadabrants qui vont entraîner le lecteur dans une spirale de parano fun et déjantée. Personnages hauts en couleur, situations ubuesques, l'humour est au détour de chaque page et la lecture se transforme peu à peu en pur délire avec de grands éclats de rire à la clé.

Drôle et original, "Prenez soin du chien" est aussi un roman policier très efficace. Derrière le meurtre d'Hector et le premier macchabée retrouvé rue de la Doulce-Belette semble se tenir un mystère bien plus grand encore. Et lorsqu'une nouvelle mort survient à mi-roman, c'est dans une course policière effrénée que l'auteur nous embarque. Une histoire tout à fait crédible dans le ton décalé de l'ensemble, un rythme haletant et toujours une plume vive et cynique qui ravit les adeptes du second degré et de la caricature.

Challenge sans nom - Légèreté

Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement de lire ce roman. Férocement drôle et surprenant, il ne ressemble à rien d'autre et fait passer au lecteur un excellent moment. On rit beaucoup et ça fait du bien. Un roman léger et prenant à la fois. Une vraie réussite d'écriture !

Ce roman a été lu dans le cadre du "Challenge sans nom" avec ma copinaute faurelix.

mardi 14 juin 2016

"Origine" de Diana Abu-Jaber

OrigineL'histoire : Enfant trouvée dans de mystérieuses circonstances, Lena ignore tout de ses origines. Elle n’a gardé aucun souvenir de son enfance si ce n’est un don étrange, une sensibilité quasi animale… Lena, qui travaille pour la police scientifique de Syracuse, New York, refuse d’exercer ce don sur le terrain. Une série de décès de bébés va l’y contraindre : elle seule peut pressentir l’existence d’un assassin d’enfants.

La critique Nelfesque : "Origine" est un roman que j'avais remarqué lors de sa sortie chez Sonatine en 2010. Il était resté dans un petit coin de ma tête jusqu'à ce que je tombe dessus en version poche lors d'un énième farfouillage chez Emmaüs. Vous le savez, en règle général, je ne taris pas d'éloge sur le catalogue de cette maison d'édition. Il arrive que je sois parfois déçue mais c'est rare. Ici, je n'ai pas été transportée et en-soi c'est une mini déception...

Dans ce roman de Diana Abu-Jaber, le lecteur suit la route de Lena, experte en empreintes digitales pour l'unité scientifique de la police. D'un caractère très secret et discrète, ce travail de labo lui convient parfaitement. Au sein d'une toute petite équipe, elle s'enferme dans une salle et scrute avec attention et moult chimie, armes de crimes et autres éléments présents sur la scène afin d'en faire ressortir des indices indispensables pour la suite des enquêtes. A cette tâche, Lena est dans son élément. Elle a une sorte de 6ème sens qui lui permet de ressentir les choses, d'avoir des intuitions, de ne jamais baisser les bras et se fie très souvent, à l'étonnement général, à son instinct. C'est ainsi qu'elle a permis au bureau de résoudre une enquête récente qui semblait être une impasse.

L'histoire se répète ici lorsque Lena est prise à partie dans les locaux de la police par une femme qui vient de perdre son enfant. Persuadée qu'il ne s'agit pas d'une mort subite de nourrisson comme l'a conclu la police, elle implore Lena de l'aider. Au bord de l'hystérie, elle est reconduite à la sortie par des policiers mais le doute s'est insinué dans l'esprit de Lena. Touchée par la détresse de cette mère, elle va s'intéresser à l'affaire et rester en alerte lorsque de nouveaux cas de morts de jeunes enfants vont être déclarés. Persuadée qu'il n'y a pas de hasard et méticuleuse, elle va tout reprendre depuis le début.

Diana Abu-Jaber insiste grandement sur le caractère instinctif de son personnage principal. Presque primal, il régit la vie de Lena. Fraîchement séparée, elle vit dans un immeuble défraîchi, peuplé de personnages étranges et paranoïaques. Elle ne se sent bien que dans des espaces inhospitaliers. Le froid, l'austérité, la solitude ne lui font pas peur. Au contraire, elle trouve dans ce mode de vie loin de tout confort et distractions une certaine tranquillité d'esprit. De ses origines, elle ne sait rien. Adoptée lorsqu'elle était petite, elle n'a jamais réussi à avoir de réponses de la part du couple qui l'a élevée. Face à ces disparitions d'enfant, elle va peut-être devoir trouver des solutions dans la sphère nébuleuse que constitue son passé...

Sur le papier, l'histoire d'"Origine" est une petite bombe. Suspense, personnages énigmatiques, mystérieuses origines... Oui mais voilà, de mon côté, la sauce n'a pas pris et la révélation finale a fait pschitt. Beaucoup de bruit pour rien tout ça... Beaucoup de longueurs dans ce roman, beaucoup d'interrogations qui ne mènent nulle part et pour finir "Origine" est à mon sens un roman qui se lit très facilement en vacances entre un barbecue et une sortie plage mais qui ne révolutionne nullement le genre. Sans être jamais réellement surpris, le lecteur parcourt les 540 pages que constitue ce roman en se disant que l'auteure aurait pu aller beaucoup plus loin que ça et termine sa lecture mi figue-mi raisin en se disant qu'il aurait peut-être dû opter pour un autre bouquin... Avant de se resservir un apéro !

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mardi 17 mai 2016

"Retour à Watersbridge" de James Scott

retour à watersbridgeL'histoire : Dans la neige, Elsphet Howell, sage-femme, regagne sa ferme du nord de l'Etat de New York. Là-bas, le sang a coulé : toute sa famille a été massacrée. Seul Caleb, 12 ans, a échappé à la fusillade ; il a tout vu de la grange où il s'était réfugié. Mère et fils partent alors à la poursuite des trois tueurs à travers une contrée hostile et glacée. Cette soif de vengeance dissimule bien des secrets.

La critique Nelfesque : "Retour à Watersbridge" de James Scott est un coup de poker. Ne connaissant ni le titre, ni l'auteur (et pour cause puisqu'il s'agit ici de son tout premier roman), je ne me suis fiée qu'à la quatrième de couverture et me suis lancée dans cette lecture vierge de toute critique. Pari gagné !

Nous sommes ici dans l'Amérique de la fin du 19ème siècle. Très éloignée de celle que nous connaissons de nos jours, elle est soumise aux éléments naturels, à la rudesse de la vie quotidienne de ses habitants et aux pratiques d'une époque définitivement révolue.

C'est par un soir d'hiver de 1897 qu'Elsphet rentre seule à pied d'un périple de plusieurs heures de train et de marche dans la neige. Ce trajet, elle le connaît bien puisqu'elle est sage-femme et loue ses services régulièrement aux médecins alentours. Ce jour là cependant, à son retour, elle ne s'attendait pas à découvrir sa petite fille de 8 ans morte au seuil de sa maison et son aînée inerte dans la cuisine. Elle qui pensait apprécier la chaleur de son foyer ne trouve ici qu'horreur et désolation. Elle n'imaginait pas non plus se faire tirer dessus, paralysée par l'effroi, et commencer ici une lutte pour la vie et la vengeance.

"Retour à Watersbrige" démarre très fort avec le massacre de la famille Howell, mi indienne - mi américaine "pure souche". La liaison entre Elsphet et son mari a déjà fait beaucoup parler mais les années passant et les enfants naissant, les époux mènent une existence paisible au fin fond de la montagne, éloignés des on-dit, dans leur petit nid douillet et précieux. Une quiétude qui va brutalement prendre fin avec le massacre de toute la famille. James Scott ne fait pas dans la dentelle et la scène d'introduction est un véritable crève coeur.

Caleb, 12 ans, réussit à se cacher lors de l'attaque de la maison et échappe à cette boucherie. Il va alors soigner sa mère, s'occuper des corps de son père et de ses soeurs. Lui, proche de la nature, l'enfant discret de la famille, rentre de plein fouet dans le monde des adultes, dans ce qu'il a de barbare et violent, et va devoir prendre des décisions vitales dans cette immensité blanche et froide. Une erreur, une hésitation et la mince membrane qui lie sa mère à la vie peut se rompre à jamais. Caleb va grandir plus vite que les autres et perdre son innocence.

La nature tient une place importante dans cet ouvrage de James Scott. Autant les premières pages du roman peuvent laisser penser à un thriller, autant l'ouvrage dans son ensemble tient plus du roman noir. Combat quotidien contre la mort, avec le froid pour seul compagnon de route, les non-dit et les secrets collés aux corps entre Caleb et sa mère, l'auteur met tout en place pour que le lecteur soit perdu dans un univers glacé autant dans les coeurs que dans le paysage. Avec la vengeance comme seul point de mire, nous suivons Elsphet et Caleb jusqu'à Watersbridge, ville où ils vont changer d'identité pour mener leur enquête.

Des personnages pudiques, un père et une mère plein de secrets et des relations difficiles, voilà ce que nous propose James Scott dans "Retour à Watersbridge". Avec pour toile de fond une petite ville isolée et une nature hostile, il resserre peu à peu son emprise sur des lecteurs pris au piège par les éléments et la folie des hommes. Un bien beau premier roman qui explore le fond de l'âme humaine et donne à voir une Amérique d'un autre temps et aux autres moeurs.

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dimanche 20 mars 2016

Frémissements de PAL

Nouveaux arrivants dans ma PAL et pour une fois, l'abbé n'est pas responsable. D'ailleurs, je n'ai plus le droit d'y mettre les pieds avant l'été tant les dégâts causés par notre dernier séjour chez lui ont été importants... Cela n'empêche pas de tomber sur quelques occasions auxquelles on ne peut résister tant le hasard fait bien les choses, mettant sur notre route ici un livre recherché depuis longtemps ou là, une découverte prometteuse.

Acquisitions (2)

Belle pioche, non?  Destockage massif dans une chaîne de magasins discount, brocante pétrocorienne, recyclage municipal made in 56... autant de lieux ou événements qui se sont mis au travers de ma route de repentance concernant mon addiction aux achats de livres de seconde main. J'ai joué... et une fois de plus, j'ai perdu! Reste des ouvrages à fort potentiel dont je vais vous parler.

Acquisitions (6)

- "L'Humanité disparaîtra, bon débarras!" de Yves Paccalet. Prix du pamphlet 2006, il comblera sans aucun doute mes tendances misanthropiques avec un essai écologique teinté d'humour noir. À travers 13 scénarios catastrophes, l'auteur s'affère à pointer du doigt le caractère envahissant, nuisible, mal embouché et peu durable de notre espèce. Ça sent la fessée!

- "Le Journal de Zlata" de Zlata Filipovic. Quel bonheur de tomber sur ce livre! J'en avais déjà lu des extraits et je me suis toujours dit que je le lirai en entier un jour. Un premier pas a été effectué! Journal d'une enfant plongée bien malgré elle dans le conflit yougoslave des années 90, on le compare souvent à Anne Franck tant sa lecture est aisée et poignante. J'ai bien hâte de m'y mettre!

- "Le Coeur cousu" de Carole Martinez. Coup de poker que cette acquisition où un héritage familial (une mystérieuse boîte) va entraîner l'héroïne dans une histoire teintée de merveilleux et de roman picaresque. Les critiques sont dithyrambiques, le serai-je aussi?Grande

Acquisitions (4)

- "Je suis vivant et vous êtes morts" d'Emmanuel Carrère. J'adore cet auteur et j'aime encore plus son sujet, K. Dick étant ce qui se fait de mieux à mes yeux en terme de SF dérangeante et immersive. Ce portrait romanesque promet beaucoup et son format étrange (j'innove avec ce titre et celui qui suit) rajoutera un degré supplémentaire à l'expérience. RDV dans quelques temps pour le verdict!

- "La Villes des prodiges" d'Eduardo Mendoza. Livre de l'année 1988 pour le magazine Lire, célébré comme un chef d'oeuvre par beaucoup (dont ma mère!), j'y vais avec beaucoup d'espoir et de curiosité. Véritable saut dans l'inconnu, je suis curieux de découvrir cet écrivain qui m'a été tant vanté!

Acquisitions (5)

- "Double hélice" et "Ring zéro" de Koji Suzuki. Ceux qui nous suivent connaissent mon attachement à ce maître de l'horreur à la mode nippone. Gros coup de pot sur Périgueux quand je tombai sur les deux ouvrages qui manquaient à la série littéraire consacrée à la fameuse cassette maudite de la troublante Sadako. Je remercie encore le dieu des chineurs d'avoir mis ces deux ouvrages sur ma route! Hâte, hâte, hâte!

Acquisitions (7)

- "Ys, le monde englouti" de Gabriel Jan. Maître du suspens et romancier hors pair, Gabriel Jan s'attaque ici à la formidable légende de cette ville engloutie par les flots, la colère divine s'abattant sur les humains présomptueux. Je vogue vers des rivages connus mais l'expérience me tente vraiment entre Madeleine de Proust et plaisirs inconnus. Et puis, il y a Dahut...

- "Compartiment tueurs" de Sébastien Japrisot. Dans un train, les gens se rencontrent, parfois tuent. Vient alors le temps de la suspicion. L'auteur me plaît ainsi que les histoires se passant dans les trains (sans doute depuis Bons baisers de Russie de Terence Young!) et puis ma PAL est dépourvue en matière de policiers... Question de rééquilibrage, vous comprenez? 

Acquisitions (1)

- "Axiomatique" de Greg Egan. 18 récits SF pour terminer ce tour d'horizon, avec ce recueil d'un auteur reconnu pour son écriture et son innovation. Je vais tenter l'expérience tant les thèmes abordés me fascinent: drogues brouillant la réalité, robots intelligents, manipulation génétique, artefacts mémoriels, implants... À priori, ça dépote!

Je suis bien content de ces trouvailles qui vont rejoindre leurs aînées dans ma belle PAL. Vous retrouverez dans les semaines, mois (années?) à venir mes impressions sur mes acquisitions. J'ai quand même limité la casse et niveau PAL, elle semble se stabiliser. La vrai question est: jusqu'à quand?

dimanche 13 mars 2016

"Ce cher Dexter" de Jeff Lindsay

Ce cher DexterL'histoire : Il est lui-même serial-killer quand il ne s'emploie pas à les traquer. Lui, c'est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Un jour, il est appelé sur les lieux d'un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui... ? Impossible...

La critique Nelfesque : C'est lors d'un chinage chez Gibert il y a quelques années (et oui années...) que je suis tombée sur "Ce cher Dexter" de Jeff Lindsay. Je connaissais bien sûr la série mais je ne savais pas qu'elle était une adaptation d'un roman. A dire vrai, je crois que je l'avais tout juste commencé à l'époque.

Depuis, j'ai vu la série télévisée dans sa totalité, j'ai adoré comme beaucoup (même si j'y mets quelques bémols (notamment sur la fin) mais ce n'est pas le sujet ici) et j'ai décidé de lire l'oeuvre originelle. Pour retrouver Dexter tout d'abord, ce psychopathe froid et organisé mais pourtant si charmant, pour peut-être en apprendre plus sur son personnage et son entourage et puis, disons le clairement, pour remettre le nez dans des histoires bien sordides et tordues.

Dans ce roman ci, qui débute une saga de 8 ouvrages distincts, le lecteur fait donc la connaissance de Dexter. Expert en traces de sang au service médico-légal de Miami, il va ici apporter son aide dans une enquête peu commune et loin de ses compétences. En effet, une scène de crime vient d'être découverte et celle ci a la particularité d'être dépourvue d'hémoglobine. Le cadavre, découpé en morceau, semble avoir été vidé de son sang. Une scène qui va fasciner Dexter qui compare alors le tueur à un véritable artiste.

Car oui, ce qui fait triper Dexter, ce sont les meurtres, en série de préférence. Et plus spécialement ceux qui sont au bout des armes des crimes. Il ne cesse alors de les traquer pour les tuer à son tour. Il assouvit ainsi ses instincts, lâche la bride de son Passager Noir, ce Dexter double assoiffé de sang.

Cette enquête, il doit la mener pour lui-même mais aussi pour sa soeur, agent aux moeurs, qui lui demande sans cesse de l'aide pour enfin entrer à la Crim' comme son père Harry. C'est lui qui l'a adopté lorsqu'il était tout petit, a vu en lui sa noirceur et l'a aidé toute sa vie à la canaliser et l'user à bon escient. Sans cesse tiraillé entre son besoin de tuer, sa fascination pour le meurtrier et son attachement (relatif) à sa soeur, cette enquête va le mener hors de ses limites, à la frontière de la folie où il doutera de tout, y compris de lui-même.

Voilà un premier contact avec la série littéraire fort prometteur ! Je n'ai jamais pu me départir des images de la série TV mais j'ai adoré retrouver l'ambiance qui vraiment a été très bien conservée en changeant de support. Dexter est méticuleux, attentif à chaque détails, calculateur, déshumanisé. Dépourvu de sentiments, il calque ses réactions sur ce qu'il a appris au fil des ans. Une froideur qui peut le rendre attirant (LaGuerta en fait ici les frais), touchant (pour Deb ou Rita) ou carrément étrange (attention à Doakes).

Il y a eu cependant des changements dans le scénario TV en comparaison au roman. Des petits détails sont assez rigolos à remarquer pour qui aime la série (les chemises de Dexter notamment ou le physique de sa soeur) mais dans les grandes lignes, l'histoire a été respectée dans la première saison qui est l'adaptation de "Ce cher Dexter". Sur la fin, tout va beaucoup plus vite cependant et la série se détache du roman, laissant Deb et Dexter dans une position inconfortable... Deb qui est d'ailleurs tout aussi incompétente ici et à qui je donnerai encore bien deux ou trois claques.

Pour ceux qui ont vu les épisodes de "Dexter", vous passerez un bon moment avec "Ce cher Dexter". Vous retrouverez tout ce qui a fait le charme de la série, les pensées de Dexter dans les moindres détails en plus, et la plume de Jeff Lindsay sobre et incisive va à merveille avec l'ambiance voulue. Pour ceux qui n'ont pas vu la série, ne partez pas ! Même si vous y êtes allergique et que la tronche de Michael C. Hall ne vous revient pas ! Si vous avez lu cette chronique jusqu'au bout c'est que vous êtes sans doute un adepte de thriller et ce roman ci est vraiment un chouette moment de lecture pour les amoureux du genre. Efficace, avec une gestion du suspens maîtrisé et des personnages bien distincts avec leurs psychologies propres et développées, le temps passe très vite avec ce roman ci. Alors, qu'est ce que vous attendez ?

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jeudi 10 mars 2016

"Under the skin" de Michel Faber

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L'histoire: Isserley, jeune femme mystérieuse et aguicheuse, passe son temps à sillonner les routes d'Écosse. Le parfait auto-stoppeur doit être jeune, grand et musclé. Quand elle trouve enfin la perle rare et l'embarque dans sa voiture, les choses se compliquent un peu… Que fait-elle de tous ces hommes au corps parfait qui disparaissent mystérieusement? Quel destin les attend?

La critique de Mr K: Under the skin fut pour moi le meilleur métrage de l'année 2014 au cinéma, j'avais adoré la beauté mortifère de Scarlett Johansson (ma chouchoute avec Kate Blanchet), le rythme hypnotique de la narration et le côté complètement barré et ésotérique du scénario. J'achetai dans la foulée le roman de Michel Faber dont est tiré le film et le laissait mûrir dans ma PAL. Je l'ai ressorti à l'occasion d'un déplacement professionnel à Toulon où j'ai pu mesurer l'étendue du talent de cet auteur et redécouvrir le fond originel de l'histoire d'Isserley. Le film n'était que l'adaptation personnelle du réalisateur, le livre va beaucoup plus loin et m'a ébloui par sa noirceur profonde. Suivez le guide!

Isserley est une jeune femme des plus charmantes, comprendre par là qu'elle a tout ce qu'il faut, là où il le faut. Cliché machiste ambulant, elle rode au volant de sa voiture sur les routes d'Écosse à la recherche de proie, de préférence de beaux mâles plein de vigueur qu'elle embarque puis neutralise avant de les emmener dans une mystérieuse ferme perdue au milieu de nulle part où des comparses récupèrent leur corps encore endormi. Étrange étrange me direz-vous? Croyez-moi, vous n'êtes pas au bout de vos surprises! Rien dans le film ne me prédisposait à soupçonner la moindre once de vérité que cache Isserley et ses acolytes! Attendez-vous à du surprenant et du tétanisant tant on dépasse le genre SF pour verser dans la parabole et la réflexion sur le genre humain.

Car ce livre porte remarquablement son nom: Under the skin, "Sous la peau", est à sa manière une étude sociologique qui inspire à chacun le goût de regarder derrière les apparences. Sous ce charmant minois se cache la plus redoutable chasseresse, Diane sans remords ni regrets... du moins au départ. On suit le rythme hypnotique de ses trajets en voitures, de ses tactiques pour jauger sa proie pour mieux l'attraper et peu à peu, au fil des chapitres qui s'ensuivent, la vérité est levé sur sa vraie nature et celle de l'organisation qui l'emploie. Vous me trouvez trop nébuleux? Je me garderai bien d'en dire plus pour ne pas lever le voile sur un ouvrage vraiment déstabilisant dans sa deuxième partie et dont la révélation gâcherait votre découverte d'un ouvrage à part et pour ma part incontournable.

Tour à tour, nous sommes dans la tête d'Isserley mais aussi des malheureux auto-stoppeurs qu'elle récupère. Enfin… malheureux, certains s'avèrent être des sociopathes libidineux! Certains sont aussi très touchants de part leurs histoires personnelles entr'aperçues le temps d'une pensée intime ou d'un échange verbal avec la dangereuse conductrice. Véritable scanner du genre humain, ces rencontres aussi courtes que létales donnent à voir ce qu'il y a de mieux mais aussi de pire dans la nature humaine, le tout révélé par les yeux et les pensées de l'héroïne venue d'on ne sait où... Cette dernière évolue fortement à partir de la deuxième moitié du roman, révélant une facette fascinante du personnage qui gagne en densité et en profondeur. On a alors affaire à un tout autre roman où remises en cause et révélations multiples s'accumulent dans un crescendo de tension impressionnant. On finit littéralement sur les rotules mais heureux d'avoir vécu une expérience hors du commun.

Pour couronner le tout, l'écriture de Michel Faber est un modèle d'efficacité entre descriptions cliniques, passages plus oniriques et pointes d'humour noir bienvenue pour parfois alléger un fond assez effroyable. Vous l'avez compris, vous avez ici un roman prenant, addictif et indispensable dans toute bibliothèque d'amateur de SF élégante, british et porteuse de sens.

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vendredi 12 février 2016

"Hiver arctique" de Arnaldur Indridason

hiver arctiqueL'histoire : Comment peut-on poignarder un enfant ? Au coeur de l'hiver arctique, en Islande, un garçon d'origine thaïlandaise a été retrouvé assassiné. Il avait douze ans. Crime raciste ? Le commissaire Erlendur mène l'enquête, s'acharne et s'embourbe. Il ne comprend plus ce peuple dur et égoïste qui s'obstine à survivre dans une nature hostile. L'absurdité du mal ordinaire lui échappe...

La critique Nelfesque : "Hiver arctique" d'Arnaldur Indridason était dans ma PAL depuis... oula oui tout ça... au moins ! Quoi de mieux qu'un mois de janvier pour l'en sortir (oui, je l'ai lu en janvier) ? Histoire de se plonger un peu dans l'hiver avec un grand H quand ici on n'en a même pas eu un petit... J'enfile le bonnet, les gants et l'écharpe et hop on y va, en route pour le grand froid et la littérature islandaise !

L'histoire débute avec la découverte du corps du jeune Elias, un gamin de 12 ans, poignardé et laissé pour mort dans la neige à la sortie de l'école. Là, au pied de son immeuble de cité islandaise où toutes les cultures se côtoient et où chacun vit tout de même replié sur lui-même à cause principalement des températures négatives en hiver, l'idée qu'un jeune thaïlandais à peine sortie du nid puisse perdre la vie sans que personne n'en soit témoin attriste le commissaire Erlendur. Très vite sa nationalité semble être le mobile du meurtre. Sombre réalité ou simple piste à explorer, l'enquête est ouverte.

Nous sommes ici dans du roman policier pur. L'enquête prend son temps, toutes les pistes sont explorées, le lecteur assiste aux enquêtes de voisinage... On est bien loin du thriller haletant et le moindre petit flocon de neige de cette grande cour déserte est passé au peigne fin par l'équipe policière.

Je suis une adepte de thriller, vous le savez. J'aime quand ça bouge, quand ça sue, quand il se passe quelque chose et je dois dire qu'ici je me suis autant amusée que devant un épisode de Derrick (ou pour ceux qui aimeraient Derrick et que je ne souhaite pas fâcher, disons que j'ai éprouvé autant d'intérêt que devant un reportage "Chasse et pêche"). Je ne suis pas contre le fait de prendre son temps, j'aime d'ailleurs d'autres ouvrages d'auteurs du nord qui aiment planter des ambiances et mettre le lecteur dans une bulle (je pense notamment à Camilla Läckberg) mais ici je n'ai trouvé aucun véritable intérêt. Tout est terriblement plat...

J'aurai pu faire l'impasse sur l'histoire (avec un roman policier quand même c'est un comble mais soit) si le traitement des personnages avait eu une saveur particulière. Un héros charismatique, un bureau de police singulier, une histoire personnelle borderline par exemple pour me tirer de l'apathie mais de ce côté ci aussi c'est le calme plat. Il faut savoir que "Hiver arctique" fait partie d'une saga où l'on suit le commissaire Erlendur Sveinsson, peut-être qu'au fil des romans et des enquêtes (celui-ci est le 7ème dans une série de 12 romans écrits à ce jour) on s'attache aux uns et aux autres. J'ai un peu peur que cet attachement ne survienne qu'au rythme d'une cagouille (vous ne connaissez pas les cagouilles ? C'est comme ça qu'on appelle les escargots dans mon Périgord natal (bon ben comme ça, vous avez appris quelque chose !)).

J'ai lu ça et là depuis ma lecture de ce roman qu'Indridason était un auteur qui aimait dépeindre une société malade, dénoncer l'horreur ordinaire en quelque sorte. Oui, certes. J'ai plus l'impression qu'ici dans ce roman, il enfonce des portes ouvertes. Cela fait-il de moi une lectrice au coeur de pierre ? Une lectrice qui ne se soucie pas du sort des expatriés et n'est pas émue par la mort d'un enfant ou par des meurtres racistes ? Je ne pense pas non, ce serait faire de gros raccourcis et finalement faire du Indridason dans le texte ! En plus, j'étais particulièrement intéressée par ce roman du fait de la nationalité de la communauté mise en avant ici (amoureuse de la Thaïlande et de sa culture que je suis (là aussi, je peux repasser, le gamin aurait été turque ou gabonais que ça aurait été la même chose)).

Je ne dis pas pour autant que ce roman est à jeter mais dans le genre, j'ai lu 100 fois mieux. Je l'ai lu plus comme je pourrais regarder une émission populaire à la TV, sans réel intérêt, pour passer le temps. Côté littérature, j'attends bien plus que cela et j'ai été déçue par cet auteur qui pourtant est un des écrivains islandais les plus plébiscités dans son pays. Ce n'est pas souvent qu'un roman fait flop, c'est un peu tristounet mais ça arrive... Vous l'aurez compris, je ne vous conseillerai pas forcément la lecture de ce roman mais si de votre côté vous êtes de grands adeptes du monsieur, j'aimerai bien lire vos arguments en commentaires.

hiver-montagne-300x127Ce roman a été lu dans le cadre du presque challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix.

vendredi 5 février 2016

Premier craquage de PAL 2016 !

Vous l'attendiez avec impatience, le voici le voila... Roulement de tambour... Le premier craquage de 2016!

Lieu du crime: notre Emmaüs adoré bien évidemment! Dans le rôle principal, votre obligé qui une fois de plus n'a pas su résister à ses pulsions primales en digne toxico littéraire qu'il est et Nelfe en second couteau qui pour le coup est aussi tombée sur de belles petites perles! Mais que voulez-vous, on ne se refait pas... C'est bon la Honte! Voyez plutôt.

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Oui, je le conçois aisément, ça fait peur... du moins pour ceux qui ne nous connaissent pas encore beaucoup. Nos fervents lecteurs eux ont depuis longtemps abandonné toute idée de mesure et de raison quand il s'agit de nos acquisitions. On aime chiner et le chinage nous le rend bien. Une fois de plus le hasard a mis sur notre chemin des titres soit recherchés, soit accrocheurs et le tout pour 30 euros (et ouais quand même!). Ayant définitivement laissé de côté l'idée de baisser ma PAL personnelle (qui stagne autour de 200 titres environ), c'est avec un plaisir immense que je rentrais le sourire aux lèvres (avec un peu de bave aussi... accro je vous dis!). Suivez le guide (et une petite incartade de Nelfe en fin d'article), voici les nouveaux qui rejoignent leurs petits camarades!

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On commence très fort avec cinq titres des éditions Actes Sud à 1 euro pièce! Si si, vous avez bien lu et à ce prix là ils sont lisibles et en théorie possèdent encore toutes leurs pages! Miam miam!

- Le Jour des morts de Cees Nooteboom. Un roman faisant la part belle au deuil et la renaissance par la redécouverte de l'amour, entre temps qui passe et mélancolie. La quatrième de couverture est envoûtante à souhait, gageons que ce sera une belle lecture.

- Un Lieu sûr de Barbara Gowdy. Un roman à priori détonant où les éléphants tiennent le premier rôle pour un texte relevant selon certains du défi littéraire! De quoi intriguer d'autant plus que l'esprit de l'oeuvre flirte avec Kipling et Tolkien. Impossible de ne pas tenter le coup! Affaire à suivre!

- Le Reste est silence de Carla Guelfenbein. Chronique familiale sombre où un repas de mariage va dynamiter la cellule familiale révélant des fêlures jusque là bien dissimulées derrière les apparences. J'ai pensé au film Festen en lisant la quatrième de couverture et j'espère qu'on s'en approchera dans le choc des émotions.

- Des Phrases courtes, ma chérie de Pierrette Fleutiaux. J'aime beaucoup les romans qui traitent de la vieillesse et notamment de la perte d'autonomie. On tombe souvent sur des oeuvres crépusculaires où l'angoisse du temps qui passe met en exergue des émotions puissantes et pures. Il est ici question de la maison de retraite, des visites que l'on reçoit et des rapports familiaux qui se transforment. Sans doute pas la plus gaie de mes acquisitions mais la promesse d'une lecture marquante.

- L'Ampleur du saccage de Kaoutar Harchi. Un roman coup de poing autour de la notion de culpabilité ou encore, la rencontre improbable de Crime et Châtiment de Dostoïevski avec la culture maghrébine. Pour le coup, c'est quitte ou double. Qui lira, jugera!

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On continue dans les brochés avec trois ouvrages très différents au charme certain!

- Tekrock de Roland C. Wagner. Un auteur que j'aime beaucoup et qui nous a quitté trop tôt. Il s'agit d'un volume de sa relecture des Mystères de Paris d'Eugène Sue (grand feuilletoniste du XIXème siècle) mettant un enquêteur aux capacités très spéciales dans un futur devenu fou. SF, humour, policier sont au RDV!

- En même temps, toute la terre et tout le ciel de Ruth Ozeki. Un mystérieux journal intime emporté par un tsunami, une ado mal dans sa peau, une aïeule zen de 104 ans, un kamikaze japonais amateur de poésie, un suicidaire obsédé par le modus operandi parfait pour mettre fin à ses jours, imaginaire et réalité qui se mêlent... Ça sent le bon roman japonais à la Murakami comme je les aime! J'ai très hâte de m'y mettre!

- Yujin et Yujin de Lee Geumyi. Il s'agit d'un roman jeunesse coréen suivant deux jeunes filles portant le même nom et partageant un lourd secret. J'avais adoré Les Petits pains de la pleine lune de Gu Byeong-Mo dans la même collection et de la même origine. J'y retourne donc confiant avec cette chronique adolescente dans un pays méconnu en Occident.

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Cinq livres dont les couvertures sont les plus belles de mes trouvailles du jour selon Nelfe. C'est elle la photographe du couple, y'a pas à tortiller, elle seule réalise les clichés des posts dédiés aux acquisitions. Et puis, vous ne la connaissez pas, il ne faut pas la contrarier... Aie aie, pas taper!

 - La Tour d'ivoire de Henry James. Voila un livre considéré comme un classique outre-Manche et outre-Atlantique et que l'on retrouve évoqué dans nombre de romans que j'ai pu lire. Il s'agit une fois de plus d'une histoire de famille avec le retour au pays du fils prodigue qui ne se reconnaît plus dans les valeurs de sa patrie d'origine et qui va se heurter à des manigances cyniques de la part de vieux amis... Sacré programme en perspective!

- Du Miel pour les ours d'Anthony Burgess. C'est l'achat foldingue de ce craquage! On suit ici les aventures burlesques d'un couple occidental en voyage d'affaire en URSS: quiproquos, situations absurdes et humour déjantés sont annoncés en quatrième de couverture. Je suis bien curieux de lire ça! Cet ouvrage devrait sortir assez vite de ma PAL.

- L'Attentat de Harry Mulisch. Cinq épisodes de la vie d'un homme depuis un événement fondateur qui fait s'effondrer son univers: un attentat contre l'occupant allemand devant sa porte et le massacre de sa famille en représailles. À priori une très belle plume pour une histoire bouleversante.

- Le Pousse-pousse de Lao She. Petit voyage en Chine avant l'arrivée du timonier Mao en suivant le parcours chaotique d'un chinois lambda avec en fond une vision saisissante du petit peuple de Pékin et de ses us et coutumes. Un livre précédé d'une belle réputation sur lequel je fonde de beaux espoirs. Wait and see!

- Le Secret de la chambre jaune de Kafû et Akutagawa. Le Japon encore et toujours avec cette fois ci, deux courts textes érotiques présentés comme perturbants et sentant le souffre. Censurés lors de leur sortie dans les années 20 et vendus sous le manteau, c'est une raison supplémentaire pour tenter l'expérience. 

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Un petit ensemble désordonné pour continuer l'exposition des nouveaux adoptés:

- D'un bord à l'autre d'Armistead Maupin. Il s'agit de l'épisode 5 des Chroniques de San Francisco dont j'ai lu les trois premiers tomes il y a bien longtemps et dont je recherche les volumes manquants pour les lire d'une traite lors d'un été à venir. Que de bons souvenirs avec cette saga hors norme où personnages borderline et langue subtile capturent si bien une époque et un mode de vie! 

- Marcovaldo d'Italo Calvino. Une histoire bien barrée une fois de plus pour cet auteur que j'affectionne beaucoup, on suit les pérégrinations d'un pauvre hère entre aventures picaresques et surréalisme. Du Vian à la sauce italienne à priori, tout pour plaire donc!

- Le Neveu d'Amérique de Luis Sepulveda. Impossible de résister à cet auteur qui à chaque fois me charme par ses écrits entre naturalisme et prise de conscience écologique et humaniste. Ce titre est plus autobiographique nous contant une vie d'errances, de rêves et d'engagement.

- Les Lois de la gravité de Jean Teulé. Idem pour Teulé que j'adore, je tombai sur ce livre que je n'ai pas lu de lui. Et hop! Dans mon escarcelle! Tiré d'un fait divers réel, retour sur une femme meurtrière qui veut dénoncer son crime avant la prescription de celui-ci. À la fois intrigant et faisant écho au cas Jacqueline Sauvage tout juste graciée par notre Président.

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3 romans placés de près ou de loin sous le signe d'histoires qui rencontrent l'Histoire:

- J'ai épousé un communiste de Philip Roth. Roth est un grand auteur américain comme je les aime qui s'attarde ici sur la période sombre du maccarthysme et sa chasse aux sorcières. À travers le destin tragique d'Ira, ce roman rend justice à ces individus détruits par les événements qui ébranlent la trame même de nos existences. Tout cela sent le complot et les trahisons dans les cercles les plus intimes... J'aime déjà!

- Le Chemin des âmes de Joseph Boyden. C'est l'histoire d'un retour au pays suite à l'armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale d'un soldat amérindien, le portrait d'un homme brisé par le conflit qui va devoir recoller à la réalité et réapprendre à vivre le temps d'un voyage en canoë de trois jours en compagnie de sa tante. Je m'attends à de l'intimisme et à un texte forçant l'empathie, je vais préparer ma boîte à mouchoirs!

- Un Barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras. D'inspiration autobiographique, ce roman raconte l'histoire d'une famille de colons français en Indochine, une veuve devant s'occuper de ses deux enfants et lutter contre la fatalité qui semble s'abattre sur elle et les siens de manière régulière. J'avais adoré L'Amant du même auteur, j'ai hâte de pouvoir lire celui-ci qui s'y apparente clairement dans le contenu et la forme.

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Enfin pour terminer, 3 ouvrages de SF prometteurs:

- Hôpital nord de Jean-Pierre Andrevon et Philippe Cousin. Un livre à la quatrième de couverture bien étrange où l'hôpital décrit semble être le dernier endroit où il faut se rendre même en cas de nécessité absolue: expériences glauques, disparitions inquiétantes, cauchemars éveillés... J'ai pensé immédiatement à une série géniale initiée par Lars Von Trier lui-même. Je n'ai pas hésité plus d'une demi-seconde! 

- Stardust de Neil Gaiman. Un récit de fantasy d'un auteur que j'ai appris à connaître et à apprécier au fil des oeuvres lues. Le monde des hommes côtoie depuis des lustres celui des fées. Une fois tous les neuf ans, ces deux univers peuvent se rencontrer lors d'une foire. Cette fois-ci, tout ne va pas se passer comme prévu... Pitch classique, je compte sur Gaiman pour y apporter un éclairage et un style novateur.

- Le Fils de l'Homme de Robert Silverberg. Encore un auteur que j'adore et qui présente ici un livre à la quatrième de couverture très mystérieuse entre renaissance et découverte de soi par un homme anonyme dans un monde inconnu. Ça a tout l'air de proposer une expérience hors du commun!

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L'incartade de Nelfe : Regardez comme j'ai été raisonnable en comparaison avec Mr K... Hum... Je dois avouer que ma PAL fait aussi très peur et que de mon côté j'ai décidé de rester dans la mesure. Oui, je sais, c'est moche. La folie ça a du panache, la raison, c'est fade, mais que voulez-vous, c'est ça ou je dois aménager le sous sol de notre maison pour y faire rentrer tous nos livres alors on fait ce qu'on peut ! Bref ! Voici mes 4 petits nouveaux :

- Wilt 2, Comment se débarrasser d'un crocodile, de terroristes et d'une jeune fille au pair de Tom Sharpe parce que j'ai lu il y a peu le premier tome et que je me suis bien amusée. Ma belle-mère venait de me prêter celui-ci mais comme je souhaite me faire la saga dans son ensemble, le voici mien désormais !

- Wisconsin de Mary R. Ellis parce qu'avec moi quand tu mets les mots enfants, alcoolisme, guerre et saga familiale dans une quatrième de couverture c'est jackpot !

- Les Ailes de l'ange de Jenny Wingfield parce qu'avec moi quand tu mets les mots enfants, alcoolisme... Ah non mince ça je l'ai déjà dit ! Parce que les histoires d'enfances brisées, de cruauté et de courage face à l'adversité ça me met la larme à l'oeil et là y a du lourd...

- Les Dépossédés de Ursula Le Guin parce que ce titre là me disait quelque chose mais en fait je me suis trompée, il s'agissait du roman du même nom de Steve Sem-Sandberg. Dans ce dernier il est question de seconde guerre mondiale et du ghetto de Varsovie... Je crois que j'étais bourrée lors de cette virée à Emmaüs pour le confondre avec un roman SF. On ne se moque pas ! C'est pas grave, il a l'air bien quand même et puis au pire, il atterrira un jour dans la PAL de Mr K (comment ça, c'est de la triche !?)

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Au final, PAL explosée doublée d'une satisfaction sans borne d'avoir laissé libre court à mon instinct consumériste de base en manière littéraire. Une Nelfe ravie de ses trouvailles. À vous de continuer à nous suivre dans les mois (et années!) à venir pour recueillir nos avis aussi variés qu'éclairés!