mercredi 9 août 2017

Petit tour à la ressourcerie...

Avant notre départ en Périgord, Nelfe et moi sommes allés innocemment à la ressourcerie de Lorient pour voir un peu ce qu'ils proposaient. Plus précisément, nous recherchions quelques verres à vin, vu ma mauvaise habitude de les casser en faisant la vaisselle. Aucun verre nous ne trouvâmes mais par contre, le rayon livre était bien achalandé... Jugez plutôt des nouvelles acquisitions que nous avons ramené à la maison !

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(aie aie aie...)

Vous voyez où on en est arrivé ??? I.R.R.E.CU.P.E.R.A.B.L.E.S ! Enfin surtout moi comme vous allez pouvoir le constater, Nelfe s'étant une fois de plus illustrée par sa capacité de résistance à la tentation. Voici un traditionnel post de craquage comme nous en avons le secret, suivez le guide pour la présentation des petits nouveaux qui viennent rejoindre leurs congénères dans nos PAL respectives. 

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(THE trouvaille !)

- La Ligne verte de Stephen King. Un des derniers "vieux" titres de Stephen King qui m'avait échappé jusqu'ici. Comme beaucoup, j'ai adoré le film mais je souffrais de ne pas avoir lu ce titre paru sous forme de feuilletons et réputé comme très réussi dans l'oeuvre de cet ogre littéraire. Gros coup de chance donc de tomber sur les six volumes réunis au même endroit et dans la toute première édition. Sans doute, une de mes prochaines lectures tant l'attente fut longue !

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(Librio en force, again !)

- La Morte amoureuse de Théophile Gautier. Sans doute, le premier roman mettant en scène un mort-vivant, et féminin de plus ! Rajoutez là-dessus un auteur que j'adore, une bonne pincée de XIXème siècle, un prêtre amoureux, des esprits qui se déchaînent et vous obtenez un court récit que j'ai hâte de parcourir. Là encore, il ne devrait pas trop traîner dans ma PAL !

- Aurélia de Gérard de Nerval. Entre hallucinations et mystères, De Nerval propose ici un voyage subliminal dans son imagination au coeur de son romantisme à fleur de peau et de ses rêves éveillés mêlant femmes disparues, ancêtres regrettés et paysages merveilleux. Je ne sais pas pour vous mais personnellement, je suis plus que tenté !

- Le Prince de Machiavel. Un classique hors norme que je vais relire avec grand plaisir (emprunt au CDI dans mon année de terminale). Précurseur dans la pensée politique, cet ouvrage explique clairement et nettement le principe de realpolitik et le contrôle des masses. Rajoutez un bon ouvrage de Debord (La société du spectacle au hasard...) et vous obtenez la société actuelle. Pas le genre de lecture rassurante en soi mais comme on dit knowledge is power !

- Le Grand dieu Pan de Arthur Machen. Première incursion dans l'univers d'un auteur présenté comme un maître de la terreur et des mondes inconnus. L'action se déroule à Londres où une femme fatale sème la folie et l'effroi sur son sillage. Qui est-elle vraiment ? Que recherche-t-elle ? Navigant constamment entre réalité et déviances diaboliques, on promet au lecteur une lecture tumultueuse. Ça promet !

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(Un pot-pourri, bien sympathique !)

- L'Attente de l'aube de William Boyd. Un acteur se voit proposer de devenir agent secret par une commanditaire dont il tombe amoureux... J'aime beaucoup cet auteur qui à priori multiplie les surprises et les rebondissements dans un roman salué par la critique. Wait and read.

- Toutes les familles sont psychotiques de Douglas Coupland. Un récit dynamitant le roman familial traditionnel et qui met à mal l'American way of life. Connu pour sa subvertion, l'auteur s'amuse à envoyer une tribu de sympathiques cinglés dans une Floride de carte postale. Gare à la casse !

- Les Sirènes de Bagdad de Yasmina Khadra. Un Khadra, ça ne se refuse jamais, j'ai donc adopté celui-ci sans même regarder le résumé en dos d'ouvrage. On retrouve ici les thématiques chéries par cet auteur : le fanatisme, la violence et la confrontation entre tradition et modernité. M'est avis qu'une fois de plus, je ne sortirai pas indemne de cette lecture !

- Balade pour un père oublié de Jean Teulé. Road movie insolite qui voit un jeune père kidnappé son nourrisson à la naissance et partir revoir les différentes femmes qui ont jalonné sa vie ; je m'attends au meilleur d'un auteur que j'affectionne tout particulièrement. Vous lirez un peu plus bas que j'ai doublé la mise à son sujet !

- Les Carnassières de Catherine Fradier. Une ex flic virée pour bavure se retrouve projetée dans une enquête à haut risque dans le milieu russe des Baléares. Au programme : mafia sibérienne, ex du KGB et meurtres en série. C'est très engageant et le style incisif semble se rapprocher d'un Despentes. Tout pour me plaire donc !

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(Pot pourri de brochés pour changer !)

- Retour en absurdie de Stephane de Groodt. Là encore, un pot monstrueux que de tomber sur ce titre. Nelfe m'avait offert le premier tome il y a quelques années et j'avais adoré cette expérience bien branque et délectable à souhait. Je vais pouvoir rééditer cette lecture hautement plaisante avec ce volume deux des chroniques télévisuelles d'un as du calembourg et du jeu de mot.

- Héloïse, ouille ! de Jean Teulé. Teulé deuxième acte avec un volume consacré à Abelard et Héloïse, couple mythique que l'auteur va s'employer à démystifier dans le style si vert qu'on lui connait. Hâte de lire celui-ci aussi !

- La Tâche de Philip Roth. Troisième volume d'une trilogie thématique sur l'identité et l'histoire de l'Amérique d'après guerre (j'ai les deux autres volumes dans ma PAL), il est ici question de mensonge, d'honneur et d'amour. Le genre d'ingrédients qui bien mixés donnent souvent de grandes oeuvres et quand on connait les talents de Roth en matière de narration et de style, ça risque d'être très bon !

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(La sélection de Nelfe... Oui, elle est 10 000 fois plus raisonnable que moi!)

- Ni vu ni connu d'Olivier Adam. J'aime beaucoup Olivier Adam (là, c'est Nelfe qui parle) et je suis curieuse de découvrir celui-ci paru dans une édition jeunesse. Ça va se lire très vite mais je ne doute pas que ça soit encore une fois intense !

- Mississippi de Hillary Jordan. Un Belfond ! Une maison d'édition de qualité ! Limite je peux y aller les yeux fermés. Mississippi des années 40, "dans la lignée d'un Faulkner", nous dit la quatrième de couverture : ça donne envie !

- L.A. Requiem de Robert Crais. Encore un Belfond ! Une enquête, un flic en pleine rédemption mais au passé trouble. Miam miam !

Belle moisson d'ensemble, non ? Certes les livres sont encore plus serrés qu'avant dans nos PAL mais les promesses de lecture sont riches et nos chroniques prochaines et à venir en témoigneront certainement. Qu'il est bon d'être book addict, une passion dévorante mais pas vraiment ruineuse quand comme nous, on aime les livres de seconde main... À quand le prochain craquage ?


vendredi 15 avril 2016

"Chroniques de l'asphalte 1/5" de Samuel Benchetrit

chroniques de l'aslphalte 1L'histoire : A trente ans, Samuel Benchetrit décide d'écrire ses mémoires ! Ce premier tome raconte son enfance, avec humour et légèreté.

La chronique Nelfesque : J'ai eu un gros coup de coeur pour "Asphalte" de Samuel Benchetrit, sorti au cinéma à l'automne dernier. Au hasard d'une déambulation dans un magasin de seconde main, j'étais tombée quelques jours plus tard sur les 3 tomes édités à ce jour de ses "Chroniques de l'asphalte" et ce jour là, j'ai littérairement sauté de joie. Ayant attrapé la grippe il y a quelques semaines, j'en ai profité pour me plonger dans le premier volume. J'avais envie de lire quelque chose de léger que je pouvais facilement assimiler dans mon état second (ceux qui ont déjà essayé de lire avec de la fièvre, des courbatures et les yeux qui pleurent me comprendront...). Le moins que l'on puisse dire c'est que j'ai sorti là l'ouvrage qu'il me fallait et j'ai adoré cette lecture.

Dans ce premier volume, Samuel Benchetrit revient sur son enfance en banlieue parisienne, dans une cité faite de barres et de tours. Nous le retrouvons ici avec sa famille, sa petite bande d'amis et ses voisins d'immeuble singuliers.

Je ne suis pas adepte de nouvelles d'ordinaire mais j'avoue qu'ici le charme a opéré dès la première page. Chaque nouvelle s'attarde sur un appartement et ses habitants. Le lecteur fait ainsi connaissance tour à tour avec l'occupant du "1er étage face ascenseur", du "2e étage droite sur le palier", du "6ème étage"... jusqu'au 12e. Une famille d'éboueurs laissant tout un quartier sous les ordures lors de la mort du père, un homme à qui tout réussit et qui finit par déménager, un voisin paraplégique après avoir trop pédalé sur son vélo d'appartement, les correspondants italiens au collège...

L'auteur relate avec beaucoup de tendresse un quotidien fait de béton, de rituels qui rythment chaque journée, de petites bêtises de gamins de banlieue, d'école buissonnière et de trafics en tout genre. C'est le temps de la pré-adolescence et de ses questionnements, des prémisses d'une vie sexuelle, des premiers deuils mais aussi l'époque où chaque gamin s'éveille à la vie, porte un regard critique sur son entourage et fait des choix qui conditionneront parfois toute sa vie.

Samuel est un petit gars comme les autres. A 14 ans, il porte sur son environnement un regard à la fois naïf et aiguisé, tendre et sans concession. Nous le quittons à la 187ème page alors qu'il s'apprête à partir pour Paris. A 15 ans, Samuel quitte l'école, sa famille et ses amis pour se lancer dans la vie professionnelle en tant qu'assistant photographe. Lui, déjà si attaché aux images, a une vision du monde distanciée par un appareil photo (plus tard, il se mettra derrière des caméras), une petite lorgnette qui lui fera voir ce et ceux qui l'entourent avec poésie et affection.

Dans ces "Chroniques de l'asphalte", le coté artistique de Samuel Benchetrit est bel et bien là. Tout gamin déjà, il pose sur les choses et les gens un regard unique. Chaque nouvelle est une petite pépite de tendresse et d'humour. Là où certains voient dans les banlieue un monde à part, froid et violent, Samuel apporte de l'humanité et de l'amour au détour d'une cage d'escalier. Les relations qui lient les voisins entre eux sont savoureuses et chaque personnage de ces chroniques serre le coeur et attendrit le lecteur.

Benchetrit n'en est pas pour autant aveuglé et ne fait pas ici une ode aux banlieues bisounours et édulcorée. La souffrance perle dans ses mots, dans ces anecdotes qu'il partage avec ses lecteurs. La souffrance mais aussi l'isolement, la solitude, le désoeuvrement parfois. En moins de 200 pages, il rend hommage à ceux qui ont peuplé son enfance, au décor des 15 premières années de sa vie, avec beaucoup de justesse et un ton doux-amer et tragi-comique qui envoûte le lecteur. Il n'occulte pas le racisme, l'antisémitisme, la "violence ordinaire" mais les drape d'un voile de sensibilité, un filtre d'amour qui pousse à la réflexion et à l'empathie (c'est un peu cucul dit comme cela mais l'amour est véritablement présent partout dans ce premier volume comme il l'est également dans son film "Asphalte").

Challenge sans nom - Neuf et vieuxIl a 33 ans lorsqu'il se lance dans cet ouvrage et avec le temps est venue une certaine distance. Le jeune homme a grandi et les "Chroniques de l'asphalte" est le plus bel hommage qu'un homme puisse faire à ses jeunes années. Je ne peux que vous conseiller de les lire et de voir son film. Ce sont de véritables bulles de tendresse qui font du bien dans un monde anxiogène et aseptisé. Merci Samuel !

Ce roman a été lu dans le cadre du "Challenge sans nom" avec ma copinaute faurelix.

mardi 30 juillet 2013

"Fleur de tonnerre" de Jean Teulé

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L'histoire: Ce fut une enfant adorable, une jeune fille charmante, une femme compatissante et dévouée. Elle a traversé la Bretagne de part en part, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin: les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons. Elle s'appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars de Rennes ne sut jamais qu'il venait d'exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.

La critique de Mr K: Le dernier roman de Teulé m'a été prêté par mon père qui m'avait fait découvrir cet auteur avec Darling. Depuis j'en ai lu quelques uns et à chaque fois la lecture s'est révélée truculente (le style de l'auteur) et passionnante de par les histoires proposées et les personnages livrés en pâture au lecteur. Ici, l'action se déroule en Bretagne (Yes!) et nous suivons la route funèbre empruntée par la plus grande criminelle française: Hélène Jegado native de Plouhinec en Morbihan (c'est pas loin de chez nous ça!). Cuisinière émérite allant de place en place en semant la mort et la consternation, son talent caché d'empoisonneuse va s'exercer pendant des décennies sans qu'elle soit soupçonnée. Elle finira par être découverte et sera guillotinée sur la place publique.

Plus on avance dans cette lecture, plus on est horrifié! Les morts s'accumulent et on se demande comment elle n'a pas pu être inquiétée par les forces de l'ordre de l'époque. Il faut dire qu'au XIXème siècle, la médecine n'en est alors qu'à ses balbutiements et que les symptômes de l'empoisonnement via l'arsenic sont très proches de ceux du choléra et que cette maladie est endémique à l'époque. Personne ne trouve grâce à ses yeux: hommes et femmes, jeunes et vieux (voir même nourrisson!), laïcs et clercs, tout le monde y passe! L'explication vient très tôt avec deux / trois chapitres sur son enfance et sur le trauma qui a causé ce désordre psychique. La figure de l'Ankou (travailleur de la mort des légendes bretonnes) la marque à jamais et elle va se substituer à lui pour faire son travail. Mélange de folie, de cruauté et d'ignorance, le personnage d'Hélène Jegado est à la fois fascinant et repoussant tant elle éclaire la nature humaine sous un jour des plus déplaisants mais malheureusement possible. J'en ai encore des frissons dans le dos!

Ce livre témoigne aussi d'un grand travail de recherche de Teulé sur les us et coutumes de la basse Bretagne de l'époque. Population froide et superstitieuse ne communiquant qu'en breton, ne sachant même pas que la Bretagne est en France, l'ambiance est lourde et menaçante comme un soir de tempête sur la côte sauvage de Quiberon! Sans en faire trop, le portrait de notre belle région est ici sans concession et ne donne pas vraiment envie de venir y passer ses vacances! Deux personnages récurrents vont d'ailleurs en subir les conséquences pendant tout l'ouvrage: deux perruquiers normands venus en Bretagne pour acheter des cheveux pour confectionner des perruques. Au fil des différentes étapes de la Jégado dans de nombreuses villes bretonnes (Plouhinec, Hennebont, Vannes, Lorient, Pontivy, Guern etc...), on les retrouve souvent en mauvaise posture face aux populations rustres ou à la météo capricieuse. On peut le dire, ils s'en prennent plein la tête et cela donne lieu à des moment de pure comédie noire. J'ai personnellement adoré!

J'ai dévoré ce livre en très peu de temps comme à chaque fois avec cet auteur. Le style reste inimitable et gouleyant à souhait. Le sujet en lui même m'intéressait et on ressort de cette lecture abasourdi et interloqué. Petit défaut, la première partie s'apparente plus à un catalogue de meurtres plus glauques les uns que les autres, tout cela manque de lien et de psychologie. Cependant Teulé se rattrape par la suite avec de beaux passages qui sauvent le tout. Un Teulé restant un Teulé, même si celui-ci n'est pas son meilleur, il vaut largement le détour et la période estivale s'y prête à merveille! Venez découvrir une autre Bretagne à la fois sombre et mystérieuse!

Déjà lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm Éclairé:
-Darling
-Je, François Villon
-Charly 9
-Mangez-le si vous voulez
-Le Montespan

vendredi 16 mars 2012

"Le Montespan" de Jean Teulé

jean-teule-le-montespanL'histoire : Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C'était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan...

Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu'il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l'homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d'assassinat, il poursuivit de sa haine l'homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme...

La critique de Mr K : Retour aujourd'hui à un auteur que j'affectionne tout particulièrement et dont le présent ouvrage m'a été prêté par mon paternel. J'en avais entendu beaucoup de bien et ce n'est pas moi qui dirait le contraire: il m'a pas fallu longtemps pour le dévorer et l'apprécier. Impossible de se détacher des mots de Teulé tant ils frappent et marquent le lecteur.

À mes yeux, ce livre est avant tout une magnifique histoire d'amour. J'ai été transporté par la passion déchirante qui emporte le marquis. Romantique à souhait, ce personnage court constamment après l'absolu et la perfection, il a trouvé auprès d'Athénaïs (alias LA montespan) une alter-égo, la moitié qui lui manquait et chaque jour qui se lève est pour eux un renouveau mais aussi un renforcement de leurs liens. Ils ne roulent pas vraiment sur l'or (Montespan est plutôt ce qu'on appelle un hobereau -noble campagnard de moindre importance-) mais ils vivent d'amour et d'eau fraîche si je puis dire... Mon côté fleur bleue (si si !) a hautement apprécié les élans d'affection et les rapports entre les deux amoureux. On veut croire en leur histoire malgré le résumé de la quatrième de couverture...

Et puis patatra! Voulant améliorer l'ordinaire du couple vu les échecs successifs de son mari dans ses tentatives d'accéder au cercle des intimes de Sa Majesté par les voies de la guerre, la marquise se fait introduire à la cour du roi de France. Cela donne lieu à des pages que l'on dirait toutes droites sorties du script du film "Ridicule". Monde de l'apparence, des mensonges et des belles paroles, l'innocence n'y a pas sa place au milieu des calculs et des aspirations de chacun. La monstespan va s'y perdre et son mari va rentrer littéralement en guerre contre le monarque absolu. Cela donne lieu à des épisodes truculents, débridés voir dramatiques. Fou d'amour pour sa femme, il ne peut s'imaginer la partager avec quiconque même avec le représentant de Dieu sur terre (alias Louis XIV RTC -Roi Très Chrétien-). On sourit toujours mais on sent la trame du drame se refermer sur les protagonistes et c'est toujours à travers les yeux du cocu qu'on suit l'histoire. On oscille constamment entre le ton pathétique et le ton quasiment épique, on sourit, on s'attriste... Teulé ne nous épargne pas.

On retrouve le style inimitable de cet auteur, un souffle évocateur rare qui m'a guidé tout au long de cette lecture passionnante. Personnages charismatiques, sens aigu du récit et détails crus font de cette expérience, une de celles dont on se souvient longtemps après l'avoir vécue. Sans doute un des meilleurs ouvrages de l'auteur.

Déjà lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
-Darling
-Je, François Villon
-Charly 9
-Mangez-le si vous voulez

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jeudi 8 décembre 2011

"Mangez-le si vous voulez" de Jean Teulé

teuléL'histoire: Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune périgourdin intelligent et aimable, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin.

Il arrive à destination à quatorze heures. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l'aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé.

Pourquoi une telle horreur est-elle possible? Comment une foule paisible peut-elle être saisie en quelques minutes par une frénésie aussi barbare?

La critique de Mr K: Un Teulé de plus à mon tableau de chasse et quel livre! Impossible d'en décrocher avant d'en être venu à bout. Attention, âmes sensibles s'abstenir car dans ce récit l'auteur nous livre la cruauté à l'état brut dans son écrin de bêtise humaine. Il faut avoir le cœur bien accroché devant l'effroyable chemin de croix qui nous est ici livré dans toute sa crudité et son abjection (l'histoire est véridique quoique légèrement romancée par Teulé). C'est marqué au fer rouge que l'on referme cet ouvrage et une marque indélébile et amère.

Tout commence par une scène de vie familiale ordinaire où un fils prodigue quitte ses géniteurs pour la foire voisine comme il le fait chaque année. Ce premier chapitre et celui du parcours sont les seuls qui constituent un répit avant l'innommable. Teulé appuie bien sur le caractère sympathique et candide du garçon pour lequel on ne peut que ressentir pitié et compassion par la suite. En effet, à partir d'un quiproquo autour de la guerre de l'empereur Napoléon III contre la Prusse, le jeune homme va passer pour traître envers sa patrie aux yeux de la communauté d'Hautefaye. Va commencer alors une mise à mort sordide allant crescendo dans l'horreur. Je vous passe les détails mais sachez que c'est éprouvant et que l'ignominie semble n'avoir aucune limite. Alain de Monéys devient la victime de la connerie ordinaire doublée de la sauvagerie la plus brute et ceci de la part d'amis d'enfance et de personnes qu'il côtoie régulièrement voir des gens qu'il a pu aider. C'est proprement hallucinant et renforce le sentiment de dégoût et d'injustice que l'on ressent à la lecture.

Décidément Teulé n'est jamais aussi fort que lorsqu'il pénètre dans les esprits et explore les travers des masses et de l'âme humaine. Sans concession, ce livre est un plaidoyer contre les rumeurs et la propagande et pour l'éducation et l'écoute mutuelle. En effet, une erreur de jugement et la foule devient folle et peut commettre l'irréparable. L'Histoire est fertile de ce genre d'événements à plus ou moins grande échelle, des hommes ou des partis surfant sur les souffrances et les rancœurs. Un brulot aussi terrible que nécessaire que je vous encourage à découvrir.

Déjà chroniqués et appréciés du même auteur:
- Darling
- Je, François Villon
- Charly 9

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vendredi 22 avril 2011

"Charly 9" de Jean Teulé

CHARLY_1L'histoire: Charles IX fut de tous nos rois de France l'un des plus calamiteux.

À 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint-Barthélémy, qui épouvanta l'Europe entière. Abasourdi par l'énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses.

Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous.

Pourtant, il avait un bon fond.

La critique de Mr K: Il est des auteurs que je retrouve toujours avec un plaisir non-dissimulé, Teulé fait partie de ceux-là. J'avais bien apprécié Darling et adoré Je, François Villon. Avec Charly 9, cet auteur amateur d'Histoire s'attaque (sic) à une partie sombre de notre mémoire collective: les guerres de religion, le massacre de la Saint-Barthélémy et le règne chaotique et méconnu de Charles IX. Fils mal-aimé d'une mère despotique (Catherine de Médicis), nous suivons le «p'tit Charly» de sa décision désastreuse à sa déchéance mentale et physique.

Dès les premières lignes, pas de doute, c'est du Teulé! On retrouve son style si particulier sans concession, direct et efficace. On navigue constamment entre fascination et répulsion pour ce roitelet de pacotille, tyrannisé par une mère avide de pouvoir et un frère qui ne l'aime pas et attend son tour pour monter sur le trône (Charly met du temps à mourir...). Personnage pathétique par excellence, on aimerait pas être à sa place. Surtout qu'au fur et à mesure, la culpabilité le ronge littéralement, il perd pied avec la réalité et sombre dans la folie. Le tout est raconté sur le ton de la farce ce qui permet de faire digérer l'ensemble qui se rapproche parfois du roman paillard et gore.

J'ai lu sur la blogosphère des avis forts négatifs sur ce livre notamment des personnes défendant l'Histoire avec un grand H. Étant moi-même historien de formation, je ne comprends pas cette haine quasi viscérale envers Teulé. On peut ne pas aimer cet auteur, c'est une histoire de goût mais j'ai pris ce livre pour ce qu'il est avant tout: un roman! Certes, il y a des références historiques erronées, incomplètes voir fausses mais on est avant tout devant un roman, une fiction qui s'inspire de faits réels et les transforme au gré de la fantaisie de Teulé. Celui qui cherche à se cultiver de façon universitaire passera donc son chemin et s'orientera vers des livres spécialisés écrits par des historiens. Teulé est avant tout un faiseur d'histoires aimant l'Histoire... Je ne vois vraiment pas où est le mal...

Pour ma part, j'ai bien aimé cet ouvrage même s'il n'est pas mon préféré de l'auteur. Relativement court, je l'ai lu très vite et avec plaisir. C'est l'essentiel!

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