mercredi 28 juin 2017

"Dernier jour sur terre" de David Vann

dernier-jour-sur-terreL'histoire : 14 février 2008, Steve Kazmierczak, 27 ans, se rend armé à son université. Entre 15h04 et 15h07, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort. A 13 ans, David Vann reçoit en héritage les armes de son père, qui vient de mettre fin à ses jours. Quel itinéraire a suivi le premier avant de se faire l'auteur de ce massacre ? Quel parcours le second devra-t-il emprunter pour se libérer de cet héritage ? L'écrivain retrace ici l'histoire de Kazmierczak, paria solitaire, comme tant d'autres. Comme lui par exemple qui, enfant, se consolait en imaginant supprimer ses voisins au Magnum.

La critique Nelfesque : J'aime beaucoup David Vann. Il y a un côté viscéral dans son écriture et une critique de notre société dans ses romans. C'est le cas ici encore avec "Dernier jour sur terre" que Mr K m'a offert il y a quelques mois pour mon anniversaire. Un ouvrage entre le roman, l'enquête et le témoignage qui touche du doigt la question épineuse, pour nous autres occidentaux, du port d'arme aux Etats-Unis.

"Dernier jour sur terre" est étonnant. Tout d'abord de par sa forme. Ce n'est pas tout à fait un roman, pas tout à fait un essai, pas tout à fait une étude journalistique et pourtant un peu de tout ça à la fois. David Vann a enquêté sur Steve Kazmierczak suite à la tuerie qu'il a perpétrée dans un amphithéâtre de son université. Cherchant à savoir qui il était, il a contacté ses proches, ses amis, ses professeurs et, tel un journaliste, remonté le temps pour revenir à la genèse de son projet morbide et essayer de comprendre son état d'esprit.

Là où est l'originalité de son entreprise, c'est que David Vann ne se contente pas de collecter des informations et rapporter des faits. Il met en avant les éléments de la vie de Steve Kazmierczak à la lumière de sa propre existence. Constatant qu'il existait bon nombre de similitudes entre sa propre vie et celle du tueur, il s'est interrogé sur ce qui pousse un homme à suivre une voie plutôt qu'une autre, à le faire passer du côté obscur, à déclencher un compte à rebours mortel. Ces personnes sont-elles réellement psychotiques ou est-ce la société qui, en les excluant, les pousse à devenir des tueurs en puissance ?

David Vann se livre ici comme il ne l'a jamais fait auparavant. Connu pour mettre un peu de lui-même dans chacun de ses romans, il nous livre ici des pans entiers de sa vie privée en mettant l'accent sur un événement majeur de son existence, le suicide de son père. Pro-armes, il a toujours été passionné par la chasse et fervent défenseur du droit de port d'arme, les Etats-Unis étant à 1000 lieues de nos convictions profondes sur le sujet en France, son père à sa mort lui a légué l'intégralité de ses fusils de chasse. L'auteur étant l'exact opposé de son père sur ce point, il a été doublement bouleversé par ce suicide et ce legs et pendant un moment a présenté des troubles destructeurs, a menti à ses amis sur la cause réelle du décès de son père, a visé ses voisins avec une arme et tiré. Tout comme Steve Kazmierczak... A la différence près que David Vann n'a connu qu'une période d'instabilité psychique, là où Steve est entré dans une spirale paranoïaque et maniaque.

La démarche d'instropection de l'auteur est impressionnante d'humilité et d'ouverture d'esprit. Celui-ci n'hésite pas à se mettre à nu face à son lecteur pour qu'il mène à son tour une réflexion poussée sur le sujet. Il est tellement plus simple et plus confortable de mettre l'étiquette de "fou" sur les personnes connues pour ce genre de faits. Plus hasardeuses et complexes sont la réflexion et la tentative de comprendre ce que la société fait de chacun d'entre nous, y compris les plus faibles. David Vann ici pousse à réfléchir et il est tellement rare de lire ce type d'ouvrages en littérature que celui-ci devient essentiel.

Du fait des récents attentats perpétrés chez nous, ce genre de lectures est difficile à entreprendre sans faire de parallèle, pourtant il est important d'essayer de comprendre ce qui se passe dans la tête des tueurs. Ici il n'y a pas d'endoctrinement à proprement parlé mais une faiblesse d'esprit qui fait qu'un élève au demeurant brillant et aimé de ses proches va perdre pied, essayer de s'en sortir, de combattre ses démons mais finalement échouer, emportant avec lui d'autres vies humaines.

Ouvrage profondément humain, "Dernier jour sur terre" est à lire absolument. Jeunesse en perdition, fascination pour les armes, traitements médicamenteux, David Vann dresse un portrait glaçant des Etats-Unis et de ce que ces mentalités peuvent générer comme troubles et tragédies. Sans tomber dans le pathos ou le m'as-tu-vu, il questionne la société actuelle et apporte éléments de réponse et de réflexion. Passionnant et effrayant !

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dimanche 14 mai 2017

Quand Nelfe rend visite à l'abbé !

Je vous en parlais hier sur notre Instagram, j'ai fait une petite virée chez Emmaüs. L'air de rien, histoire de voir si il y avait de nouvelles choses à se mettre sous la dent côté littérature... Mr K étant malade depuis vendredi, je n'avais pas envie de rester traîner à la maison en compagnie de ses virus. Comme cela faisait un moment que je n'avais pas été fouiner dans le coin, l'occasion était donc toute trouvée.

La moisson fut sympathique :

Acquisitions nelfesques ensemble

Comme vous pouvez le voir, je suis restée raisonnable. D'autant plus que je n'ai pas pensé uniquement à moi et que quelques titres sont réservés à Mr K (notez comme je suis un amour d'épouse...).

Se retrouvent donc dans ma PAL :

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- "Désolations" de David Vann parce que j'aime beaucoup cet auteur (tout simplement). J'ai déjà lu quelques uns de ses titres et à chaque fois ce fut une claque. Mr K m'a offert "Dernier jour sur terre" pour mon anniversaire et je compte bien le lire en premier mais je dois avouer que l'on n'a jamais assez d'ouvrages de cet auteur dans sa bibliothèque ! Une île, un couple, une nature hostile, des difficultés à communiquer. Tout cela me donne furieusement envie d'en savoir plus !

- "Il est de retour" de Timur Vermes parce que je viens de terminer un ouvrage traitant de la seconde guerre mondiale et qu'il fallait forcément que j'en rentre un nouveau ! Ici, on est dans la satire et je pense que je vais bien m'amuser tout en me faisant froid dans le dos (oui j'ai conscience que s'amuser avec un tel sujet parait étrange mais quand un éditeur place cet ouvrage entre Chaplin et Borat, normalement on ne doit pas faire que pleurer en le lisant). Sorte d'uchronie hitlérienne, la montée des extrémismes et la critique de la société et des politiques est au coeur de l'ouvrage. Ça promet !

Et pour Mr K alors ?

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- "Ortog et les ténèbres" de Kurt Steiner parce que l'histoire m'a tout de suite accrochée et que j'ai su en lisant la 4ème de couv' que ça lui plairait aussi. Une héroïque mission dans l'espace, une quête de l'être aimé au XXXème siècle et une épopée au royaume des morts à travers les cercles infernaux du feu, du poison et de la démence : c'est pour lui !

- "Temps glaciaires" de Fred Vargas. Avant de partir j'ai cru entendre "Hey si tu trouves le Vargas où il y a "glaciaire" dans le titre, tu prends ! Je l'ai pas !". Ah ben ça tombe bien dis donc ! Et dire que de mon côté je n'en ai jamais lu un seul...

- "Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes" de Serge Brussolo parce que rien que le titre intrigue. On a quelques ouvrages de cet auteur à la maison et encore une fois de mon côté je n'ai jamais mis le nez dedans mais force est de constater qu'ici la 4ème de couverture donne furieusement envie ! Voyez plutôt :
"Dans un Paris en partie vitrifié par un récent conflit nucléaire, la crise énergétique fait rage. Pour remédier à la pénurie, un groupe de savants a imaginé de convertir l'âme des morts en électricité. Désormais, les kilowatts sortent tout droit des cimetières ! L'énergie-fantôme, c'est la mort mise au service de l'électroménager, c'est l'au-delà commandé par un interrupteur, le fleuve des morts qui court sur le filament d'une ampoule électrique, le carburant d'outre-tombe grâce auquel vous pourrez, demain, mettre un fantôme dans votre moteur ! Mais comme l'apprendra Georges, le médium-dépanneur qui guérit les téléviseurs par simple imposition des mains, l'énergie-fantôme, c'est aussi... l'enfer !"
C'est pas dit que je ne lui pique pas celui-ci !

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Et enfin, petit bonus pour moi côté couture avec l'achat de 4 patrons vintage qui font leur entrée dans mon atelier :

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Des pantalons esprit sarouel parfaits pour l'été, des blouses col Mao et deux robes ambiance Mad Men en vacances. J'adore ! En actualisant les tissus, ça peut donner des choses bien sympa. Allez hop, je m'y mets ! Je ne parle pas vraiment de couture ici mais si ça vous intéresse, sur IG, vous verrez que la lecture n'est pas ma seule passion. Bon, là j'ai conscience qu'il y a du challenge (les pantalons sont "super-easy" selon Burda alors je veux bien les croire) mais j'ai bien envie de tenter. Et puis rien que pour les patrons, mes yeux forment des coeurs infinis ! Merci l'abbé !

samedi 10 octobre 2015

Acquisitions automnales Nelfesques

Il y a 2 semaines, Mr K vous parlait de son craquage d'automne. Vous vous imaginez bien que moi non plus je n'ai pas su résister. J'ai été plus sage que lui mais je rajoute tout de même + 14 à ma PAL... Ben oui, c'est ça quand on tombe sur des romans forts intéressants à tout petit prix et que l'on a très envie de lire. Perso, j'ai du mal à résister ! Voyez plutôt :

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- "Une Place à prendre" de J. K. Rowling qui a fait beaucoup parlé de lui à sa sortie. Après Harry Potter, J. K. Rowling laisse de côté l'univers jeunesse et propose une comédie de moeurs teintée d'humour noir. J'ai eu envie d'essayer ! Espérons que j'accroche à ce roman de presque 700 pages...

- "Frankenstein" de Mary Shelley parce que c'est un classique que je n'ai pas encore lu.

- "Empereurs des ténèbres" de Ignacio Del Valle où il est question de seconde guerre mondiale à la mode thriller sur le front russe.

- "Complètement cramé" de Gilles Legardiner pour une lecture fun après un premier opus, "Demain j'arrête", que j'avais trouvé détente neurones.

- "Urkas !" de Nicolaï Lilin, le coup de poker du jour. Je ne connais ni l'ouvrage, ni l'auteur, mais la quatrième de couverture m'a fait frétiller les antennes ! Une plongée dans l'univers ultra-violent de la mafia sibérienne de Transnistrie, un récit de vie en forme de puzzle, un roman noir.

- "Bonjour chez vous !" de Nadine Monfils parce que "Les Vacances d'un serial killer" avait su me charmer.

- "Pike" de Benjamin Witmer, un roman noir comme je les aime et qui devrait bien me plaire. A suivre...

- "Fantasia chez les ploucs" de Charles Williams, un roman policier qui m'a l'air bien déjanté. Rien que le titre et la couv' posent l'ambiance !

- "Prenez soin du chien" de J. M. Erre qui était depuis longtemps dans ma wishlist. J'ai bien envie de faire rapidement connaissance avec ce microcosme ! "Entre l'érotomane scato du dessus, l'évaporé zoophile d'à côté et l'exhibitionniste d'en face, je commençais à me faire du soucis." Pas moi ! J'ai hâte !

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Petit tour dans le bac à partitions et je repars avec la Sonate n°27 de Beethoven et l'Intermezzi Opus 117 de Brahms. Pour ceux qui l'ignorent, je fais du piano depuis l'âge de 8 ans. J'ai toujours un oeil sur les partitions quand on va chez Emmaüs. Malheureusement, ils n'en ont pas souvent et après mon passage, les pianistes qui me suivent n'ont généralement plus rien à se mettre sous la dent.

Petit bonus du jour : Nous sommes allés faire innocemment un petit tour dans un magasin de seconde main et je suis revenue avec ENCORE des bouquins... Je suis incorrigible, je sais.

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- "Chroniques de l'asphalte" de Samuel Benchetrit, volumes 1, 2 et 3 : J'ai littéralement sauté au plafond en les trouvant ! Nous sommes allés voir hier soir au cinéma "Asphalte" de Benchetrit, librement adapté de deux nouvelles présentes dans ces chroniques. On a A-DO-RE ! On vous en reparle dans les prochains jours. De mon côté, je suis RAVIE de les avoir trouvées à 2.50€ pièce en broché (et Mr K est jaloux de ne pas les avoir trouvées avant moi mais faut pas le dire (la jalousie c'est mal... je ne sais pas si je vais les lui prêter...))

- "Spirales" et "Moka" de Tatiana de Rosnay, deux courts romans d'une auteure que j'aime beaucoup et qui a beaucoup de classe (oui je sais ça ça se voit pas dans ses pages mais dieu que c'est une belle femme !)

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Tesfa a l'air de bien apprécier Benchetrit elle aussi (elle a décidément fort bon goût) et donne sa bénédiction à l'entrée de ces petits nouveaux dans ma PAL. Me voilà rassurée !

N'hésitez pas à me donner votre avis sur tel ou tel titre dans les commentaires si vous les avez lu. Pour l'heure, j'ai envie de tous les lire en même temps mais comme ça me parait difficile, cela me permettra de choisir par lequel commencer !

lundi 17 novembre 2014

"Goat Mountain" de David Vann

0794-cover-goat-53635e7a01eb5L'histoire : Automne 1978, nord de la Californie. C'est l'ouverture de la chasse sur les 250 hectares du ranch de Goat Mountain où un garçon de onze ans, son père, son grand-père et un ami de la famille se retrouvent comme chaque année pour chasser sur les terres familiales. À leur arrivée, les quatre hommes aperçoivent au loin un braconnier qu'ils observent de la lunette de leur fusil. Le père invite son fils à tenir l'arme et à venir regarder. Et l'irréparable se produit. De cet instant figé découle l'éternité : les instincts primitifs se mesurent aux conséquences à vie, les croyances universelles se heurtent aux résonnances des tragédies. Et le parcours initiatique du jeune garçon se poursuivra pendant plusieurs jours, entre chasse au gibier et chasse à l'homme, abandonné à ses instincts sauvages, se poursuivra pendant plusieurs jours, entre chasse au gibier et chasse à l'homme.

La critique Nelfesque : Il y a des romans qui marquent profondément un lecteur et "Goat Mountain" en fait partie. Lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire, je ne savais pas vraiment où je mettais les pieds. Ayant "Sukkwan Island" dans ma PAL depuis déjà pas mal de temps, je me réjouis de retrouver bientôt la plume de David Vann. Mais pas avant d'avoir digéré totalement celui-ci...

Pourquoi cette réticence alors que je vous disais quelques lignes plus haut que j'avais été marquée par ce roman ? Tout simplement parce que l'univers de David Vann est noir, très noir et que ce roman procure un certain malaise à ses lecteurs. Son écriture fouille au plus profond de l'âme humaine et fait éprouver à qui la lit des émotions qui bien qu'intenses ne sont pas des plus agréables.

"Goat Mountain" est un huit clos des grands espaces. Etrange antinomie. Nous suivons une partie de chasse menée par une famille sur ses terres. Tom, 11 ans, s'apprête à tuer son premier cerf et cet évènement qui fera de lui un homme dans sa lignée enthousiasme déjà son père, le meilleur ami de celui-ci ainsi que son grand-père. Tous les quatre s'apprêtent à vivre un grand moment, un moment clé dans l'histoire de leur famille. En revanche, ils ne savent pas encore que celui-ci ne sera pas celui auquel ils s'attendaient...

Rien n'est caché sur la quatrième de couverture. Ce n'est pas un cerf que Tom va abattre mais un homme, un braconnier sur les terre de ses ancêtres qu'il va viser sciemment avant d'appuyer sur la gâchette. Ces secondes où ignorance de la conséquence de ses actes et folie du moment se sont côtoyées pour arriver à cette fin funeste vont semer le trouble dans les esprits de chacun et faire de cette partie de chasse, ce moment de joie vécu en famille, un enfer sur terre. Le roman prend alors une tournure poisseuse à l'image du sang qui va couler sur les terres de "Goat Mountain".

Comment réagir lorsqu'un enfant de 11 ans commet un tel acte ? Doivent-ils maquiller ce meurtre ou joindre la police ? Quelles répercussions découleront de tel ou tel choix ? David Vann nous livre ici une ode à la nature et aux grands espaces et une personnification de l'âme humaine sur fond de roman noir. Chaque description du paysage trouve sa justification et l'écriture sublime l'ensemble. Pour dire vrai, à la dernière page, au moment de fermer ce livre, on ne sait pas quoi penser de ce roman. Nous a-t-il plu ? Nous a-t-il dégoûté ? Pour ma part, il a fallu du temps pour rassembler mes pensées et arriver à la conclusion que cette lecture est un moment rare dans la vie d'un lecteur. Un moment où l'auteur met toute son âme dans une production, et la livre au monde avec une écriture léchée qui hypnotise le lecteur. Un petit bijou de littérature qui ne plaira pas à tout le monde de part son thème mais qui ne peut pas laisser indifférent.

Si vous aimez lire des romans qui vous font ressentir des choses peu communes, si les questionnements sur les remords et la folie ne vous font pas peur et si la qualité d'écriture est pour vous primordiale lors du choix de vos lectures, lisez "Goat Mountain". Cette lecture dérangeante laissera des traces dans votre esprit et vous fera voir le monde différemment.