mercredi 20 septembre 2017

"La Vénus anatomique" de Xavier Mauméjean

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L’histoire : 1752. L’Europe en dentelles est teintée de sang. Le philosophe-chirurgien Julien de la Mettrie, dont les ouvrages ont jadis été brûlés, mène une vie sans histoire derrière les remparts de la bonne ville de Saint-Malo. Repos troublé, un soir, par une convocation fort déplaisante : le Secret du Roi, ce cabinet obscur qui conduit la diplomatie souterraine de Louis XV, souhaite l’exposer aux feux de Versailles... Une telle invitation ne se refuse pas, amis qu’attend-on de lui ? Sur la route, les Mousquetaires noirs menacent le carrosse ; à Paris, la Chambre ardente, redoutable tribunal d’inquisition qui aime peu la science et la raison, entend bien faire respecter la justice de Dieu.

Du paradis à l’enfer, le chemin est tout droit... Ainsi bascule la vie de la Mettrie. Biomécaniciens et sculpteurs de chair, monarques cyniques, séducteurs emperruqués et femmes de tête se succèdent en des lieux que la morale réprouve – magasin d’enfants, mausolée des plaisirs ou Manufactures de cadavres -, tandis que plane en coulisse l’ombre mécanique des automates, anatomies mouvantes de chair et d’acier...

La critique de Mr K : C’est toujours avec un plaisir non feint que je me plonge dans un roman de Xavier Mauméjean. Celui-ci date déjà d’un petit bout de temps et je m’en étais porté acquéreur lors des dernières Utopiales de Nantes où nous avons l’habitude Nelfe et moi de nous rendre chaque année. C’est l’occasion entre autre de discuter avec cet écrivain au talent immense et à la gentillesse qui ne se dément jamais. Cet ouvrage lorgne vers l’uchronie et pourrait se résumer en un mix improbable (mais très réussi) de roman d’aventure de cape et d’épée et de récit fantastico-SF. Un mélange des genres étrange au départ mais fort bien maîtrisé, pour un plaisir de lecture optimal.

Julien de la Mettrie, un philosophe-chirurgien (si si à l’époque des Lumières c’est possible !) vit tranquillement à St-Malo derrière les remparts centenaires de la cité maritime. Il a déjà bien vécu entre des expériences parfois traumatisantes sur le Front en tant que médecin et les autodafés dont il a été victime par les autorités religieuses voyant d’un mauvais œil ses travaux scientifiques mettant à mal les certitudes théologiques en vogue dans les hautes sphères du pouvoir. Le siècle des Lumières est celui des idées nouvelles certes mais aussi celui de confrontations parfois rudes et la mise au placard de grands penseurs comme l’exemple de Diderot abordé au détour de l’histoire narrée ici. Tout au long du roman, Mauméjean y fait constamment référence en glissant ici et là quelques éléments véridiques qui contrebalancent l’uchronie ambiante.

Le récit de La Vénus anatomique bascule quand le cabinet secret du roi Louis XV convoque de force Julien de la Mettrie pour lui confier à lui et d’autres savants une mission de la plus haute importance : participer à un mystérieux concours scientifique où ils seront en concurrence avec les puissances allemandes et vénitiennes. Julien fera la connaissance de deux autres spécialistes qui avec son concours vont devoir construire une vie artificielle, n’en déplaise aux défenseurs de la Foi. C’est le début des ennuis avec une fuite en Allemagne pour pouvoir élaborer leur projet. Cependant, les fanatiques ont plus d‘un tour dans leur sac et de grands moyens pour combattre ceux qu’ils considèrent comme hérétiques : entre escarmouches, complots et intrigues, la mission de Julien n’est pas de tout repos pour le plus grand bonheur du lecteur qui se plaît à suivre les aventures tumultueuses des tenants de la Raison.

Le mélange des genres fonctionne quasi immédiatement avec un Xavier Mauméjean qui n’a pas son pareil pour reconstituer un passé glorieux, à savoir ici l’époque moderne et plus particulièrement un XVIIIème siècle à la croisée des chemins entre un Ancien Régime à bout de souffle et l’émergence de la bourgeoisie éclairée qui s’en remet de plus en plus à la science et la raison. Volontiers érudit, le récit est d’une densité incroyable, mêlant aventures palpitantes avec des scènes qui ne souffrent pas de la comparaison avec un Alexandre Dumas au sommet de sa forme (l’attaque du carrosse, la scène du duel, l’attaque de l’atelier) et passages plus intimistes donnant à lire les troubles et doutes qui habitent un narrateur un peu dépassé par les enjeux que sa mission implique. Lui et ses amis se révèlent être des apprentis sorciers qui jouent avec la nature et l’ordre des choses, actes qui déplaisent au plus haut point aux représentants de l’ordre ancien qui voient d’un mauvais œil le développement de la science.

Dans ce roman, on visite tour à tour les salons dorés de Versailles (avec une entrevue avec le roi bien rendue et tendue à souhait), les laboratoires secrets d’hommes de science émergents, les bas fonds des villes avec les premiers grognements d’une révolution à venir, les cachots obscurs où l’on enferme les grands esprits pour éviter la contamination de la modernité mais aussi des lieux interlopes où la vie d’un enfant est monnayable ou d’autres endroits où le vice est à la portée de toutes les bourses. Très réaliste, La Vénus anatomique est un miroir fidèle d'une époque emblématique de notre histoire. Mais le malicieux auteur s’en donne aussi à cœur joie en y introduisant des éléments purement uchroniques qui font basculer le récit dans l’irréel et le délirant. Quel plaisir pour le lecteur de démêler le vrai du faux, de séparer les éléments historiques des ajouts SF qui teintent le roman d’un fantastique de bon aloi, classique dans sa forme mais sacrément efficace.

Ainsi les savants s’apparentent en milieu d’ouvrage aux savants fous classiques de la littérature au premier rang desquels Victor Frankenstein qui plane au dessus de l’ouvrage. Les esprits s’échauffent, l’action s’accélère et l’histoire cède la place à une rétro-SF au charme indéniable qui fait mouche et hypnotise le lecteur prisonnier d’une histoire éternelle : celle du créateur, de sa créature et des oppositions qui vont en naître. Rajoutez là dessus, quelques rencontres avec des personnages devenus célèbres comme Casanova ou encore le chevalier d’Eon et la lecture devient jubilatoire. C’est bien simple, une fois bien avancé dans la lecture, il est impossible de reposer le volume tant on est happé par ce souffle si singulier qu’insuffle Mauméjean par son style à la fois érudit, joueur et si littéraire dans son approche des mots et de la langue. Ici, les phrases se goûtent, se savourent et se digèrent lentement entre finesse et traits d’esprit nombreux et bien pensés. Un pur bonheur de lecture.

Inutile d’en dire plus, au risque de lever trop le voile sur le contenu de ce récit décalé, Xavier Mauméjean signe une fois de plus un roman conjuguant à la fois exigence formelle, malice narrative et puissance du propos. Un bijou littéraire qui plaira à tous les amateurs d’Histoire uchronisée.

Lus, appréciés et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Kafka à Paris
Poids mort
Ganesha
American gothic
Lilliputia

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mardi 12 avril 2016

"Les Enfants de Lugheir" d'Isabelle Pernot

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L'histoire : Le trône de Lugheir a été autrefois conquis dans le sang par le tyran Hadrien, empereur de Thyr. Depuis, les sorciers de l’empire ont étendu leur noire emprise sur le continent. Trente années plus tard, la jeune bohémienne Caitlyn prend connaissance de son héritage : elle est la dernière descendante des princes de Lugheir. Accompagnée de Julian, le fils rebelle de l’empereur, elle part à la reconquête du royaume de ses ancêtres.

La critique de Mr K : Cela faisait un petit bout de temps que cette saga (4 romans réunis ici en deux volumes) me faisait les yeux doux dans ma PAL. Ayant une petite envie de fantasy, je me décidai enfin à la ressortir. Grand bien m'en a pris car Les Enfants de Lugheir d'Isabelle Pernot fait la part belle à l'aventure et la romance. La lecture fut plaisante à souhait malgré quelques légers défauts. Suivez moi pour ce voyage à rebondissements en terre imaginaire.

L'action commence quasi immédiatement lors de deux premiers chapitres trépidants qui installent les premiers ressorts de l'histoire. Un prince en fuite qui s'est rebellé contre son empereur de père, une jeune fille au mystérieux passé qui s'éveille à la magie et une tension déjà palpable. L'Empire de Thyr étend son influence sur une grande part des terres connues et son emprise totalitaire se fait de plus en plus forte. L'empereur Hadrien a bien changé et son penchant pour la magie noire l'ont fait sombrer. Il s'attire le ressentiment de sa progéniture et cherche par tous les moyens à faire taire toute forme de résistance. Cette dernière va alors s'organiser autour de Julian et de Caitlyn. Longue sera la route avant le dénouement.

Il faut avouer que le début est quelque peu décevant. La faute à une intrigue ultra-classique qui ne semble réserver aucune surprise, des révélations précoces et des personnages plutôt lisses. Les héros évoluent à la limite de la bleuette et les méchants sont… très très méchants. On ne s'ennuie pas mais on reste dans l'attendu et personnellement, je restais sur ma faim, la faute aussi à des descriptions peu immersives et relativement courtes (j'aime cet aspect de l'écriture dans le genre fantasy). C'est le risque quand on apprécie le style et que l'on tente de découvrir une nouvelle auteure surtout connue pour être la traductrice d'un certain Feist, écrivain à la renommée certaine dans le milieu de la fantasy.

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Heureusement, passées les deux cents premiers pages (environ 900 pour l'ensemble), l'histoire décolle enfin. Les personnages gagnent en profondeur, les fêlures apparaissent. On se rend compte alors que l'auteur soigne ses personnages, par petites touches elle leur donne une densité qu'on ne soupçonnait pas de prime abord. Le couple de héros se cherche, se confronte, se rapproche et s'éloigne au fil des événements nombreux qui peuplent l'histoire. Ces imperfections les rendent plus proches, plus humains rendant les passages initiatiques (superbe scène du rite de passage de Caitlyn) et les rebondissements saisissants. Les seconds rôles ne sont pas en reste, Isabelle Pernot se plaisant à décrire de manière fort intelligente les ressorts des drames familiaux, les jeux d'alliance et de pouvoir, les figures des mythologies et rites magiques créant un monde complet et cohérent. Les mécanismes bien que huilés et déjà lus fonctionnent, tenant en haleine un lecteur désormais convaincu.

Surtout que l'écriture en elle-même semble monter en niveau. Les descriptions se font plus denses et c'est parfois émerveillé que l'on visite une forêt abritant une drôle d'auberge, que l'on pénètre dans les brumes de l'au-delà, que l'on explore des tunnels sous-terrain, que l'on se balade dans des villes tantôt grouillantes d'activité ou au bord de l'implosion. On voyage beaucoup, le dépaysement est garanti et l'immersion durable. Le rythme reste lui très soutenu et de chapitre en chapitre, l'action ne désemplit pas, retransmise à travers le regard des différents camps en présence. Je garderai longtemps en mémoire, les aspects les plus sombres comme les nécromants de l'empereur ou les récriminations de ce dernier face à sa lente déchéance. Sans conteste, on retrouve nombre d'éléments scénaristiques et thématiques présents dans la trilogie originelle de Starwars. Pour parachever le tout, l'histoire d'amour prend elle aussi de l'ampleur et se révèle prenante. Tous les éléments se rejoignent sur une fin de lecture sous tension bien qu'un peu abrupte. Pour ma part, j'aurais rallonger la sauce d'une vingtaine de pages.

Au final, Les Enfants de Lugheir est une lecture intéressante et divertissante. On finit par se prendre au jeu et le livre capte vraiment l'attention. Certes, la nouveauté et la surprise ne sont pas au rendez-vous mais un bon amateur de fantasy y trouvera son compte. Alors, tenté(e) ?

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dimanche 29 juin 2014

Double craquage !

Bon ben... ma PAL a encore pris chère en deux jours! Nelfe a été plus raisonnable, il paraît que c'est normal vu que c'est une fille...

À l'occasion d'un passage éclair qui s'est prolongé chez Noz (magasion de déstockage), nous sommes tombés sur des bacs entiers de livres des éditions Picquier et Mnémos neufs à des prix imbattables (2.99€ le volume ça ne se refuse pas!). Et paf! Pastèque! 1er craquage intégral pour moi:

Noz

- "Les enfants de Lugheir" vol 1 et 2 d'Isabelle Pernot. Je disais justement à Nelfe que je n'avais pas de fantasy dans ma PAL pour l'été, comme cette série a plutôt bonne presse et que le prix défiait toute concurrence, je me suis laissé tenter.

- "Les dernières aventures de l'école des chats" de Kim Jin-Kyeong. C'est un pur coup de poker, ça parle de chat (j'adore ces bestiaux!), c'est coréen et pour les jeunes (j'avais adoré "Les petits pains de la pleine lune" de Gu Byeong-mo)... Vu les bonnes critiques au dos et l'association avec Harmonia Mundi, je me suis dit que je ne pouvais pas me tromper!

- "Chanson populaires de l'ère Showa" de Ryû Murakami. Un Murakami que ce soit un Ryû ou un Haruki impossible de résister, et comme la quatrième de couverture donne envie, j'ai foncé!

- "Pierrot-la-gravité" de Isaka Kôtarô m'a intrigué lui par sa quatrième de couverture qui mêle road movie de deux frères enquêtant sur d'étranges rébus. Le background a l'air bien strange donc... Bingo!

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Passée la joie de ces acquisition hier, aujourd'hui nous allons à un vide-grenier tout près de chez nous afin de chiner sans réelles arrières pensées (sic) et là patatra, double combo dans nos faces respectives... Et oui, Nelfe a aussi craqué même si elle l'a fait plutôt maladroitement!

Vide grenier

- "L'attrape-coeurs" de Salinger. Un classique que j'ai adoré ado quand je l'avais emprunté au CDI. L'occasion était trop belle pour la laisser passer!

- "Chagrin d'école" de Daniel Pennac qui a obtenu le prix Renaudot en 2007 et que je voulais lire lors de sa sortie et qui m'était sorti de l'esprit.

Et enfin pour Nelfe... Roulement de tambours...

- "L'ainé" et "Brisingr" de Christopher Paolini, c'est à dire les volumes 2 et 3 d'Éragon dont elle était sûre de posséder le volume 1 et qu'elle a laissé sur le stand pour le coup... mais voila, une fois rentrés chez nous, elle s'est rendue compte qu'elle ne l'avait pas! Solitude!

Au final, j'ai une fois de plus explosé ma PAL que je commençais à réduire peu à peu et Nelfe est une tête de linotte... On gagne beaucoup à chiner!