samedi 7 décembre 2013

"Moi, Lucifer" de Glen Duncan

moi lucifer

L'histoire: Prisonnier (par la volonté de Dieu) du corps d'un écrivain fraîchement suicidé et chichement membré, Moi, Lucifer, Ange Déchu, Porteur de Lumière, Prince des Ténèbres, de l'Enfer et de ce Monde, Seigneur des Mouches, Père du Mensonge, Suprême Apostat, Tentateur, Antique Serpent, Séducteur, Accusateur, Tourmenteur, Blasphémateur et, sans contestation possible, Meilleur Coup de l'Univers Visible et Invisible (demandez donc à Ève, cette petite garce), j'ai décidé – ta-daaah! - de tout dire.

Tout? Presque. Le funk. Le swing. Le boogie. Le rock.

C'est moi qui ai inventé le rock. Si vous saviez tout ce que j'ai inventé: la sodomie, bien sûr, la fumette, l'astrologie, l'argent... Bon, on va gagner du temps: tout, absolument tout ce qui vous empêche de penser à Dieu. C'est-à-dire à peu près tout ce qui existe.

La critique de Mr K: Voici un livre sur lequel je suis tombé complètement par hasard, sans même en connaître l'existence et qui m'a interpelé fortement quand je compulsai sa quatrième de couverture dans la grande librairie du festival des Utopiales de Nantes. Le Diable! Vaste sujet qui m'a toujours intéressé et charmé. L'attirance pour l'interdit, l'immoralité qu'il induit et son parcours mythologique des plus symbolique, l'Ange déchu porteur de Lumière (Lucifer en latin), préféré de Dieu qui par son orgueil a perdu sa place et s'est retrouvé exilé au royaume des Ténèbres dont il est devenu le régisseur, personnage emblématique de la culture judéo-chrétienne, inspirateur de la musique métal que j'apprécie au plus haut point... autant d'éléments qui nous sont ici présentés à travers sa vision, son esprit tentateur. Préparez-vous à un voyage hors du commun avec comme guide, le seigneur des mouches lui-même, un être torturé et rigolard à l'humour noir et dévastateur.

Dans "Moi, Lucifer", tout commence par une ultime chance donné par son père à Satan: prisonnier du corps d'un écrivain raté qui s'est suicidé, il va devoir pendant un mois tenir le coup, résister au pêché (un comble quand on y pense!) pour espérer regagner sa place initiale à côté du Créateur. Nous suivons donc cette épreuve qui, il faut bien l'avouer, se révèle difficile pour cet être sans scrupule et tourmenteur à souhait. Ce roman est surtout un portrait totalement déjanté, hilarant et remarquablement documenté sur le Diable qui prend un malin plaisir (sic!) à digresser sur lui même, la symbolique et ses rapports avec cette humanité qu'il adore. Et oui, nous sommes tellement perfectibles que notre espèce offre un terrain de choix à ses expériences et inventions de toutes sortes: sex, drugs and rock and roll! Ce qu'il en ressort finalement, c'est un profond amour du genre humain à travers ses défauts et ses aspirations. Papy (alias Dieu) s'est vite détourné de ses enfants, à lui Lucifer de lui faire profiter de ses créations et de ses velléités. Le libre arbitre étant ce qu'il est, je vous laisse imaginer le contenu des tentations!

Cela donne corps à un roman unique, extrêmement drôle. Le ton est proche de celui que l'on peut trouver dans les œuvres des Monty Python le tout mâtiné d'un humour noir des plus dense. Il faut avouer tout de même que ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains. Les références sont nombreuses et parfois très subtiles, un néophyte de la Bible et de la symbolique judéo-chrétienne ratera beaucoup de références et pourrait s'ennuyer durant les longs monologues que nous livre le prince des Ténèbres. Ton insolent, décalé, il faut donc s'accrocher pour le suivre mais cette confession (sic) vaut vraiment le détour pour tout lecteur courageux. Bien évidemment, il ne plaira pas à tout le monde notamment les personnes les plus pieuses et / ou dépourvues d'humour noir. Sachez enfin que malgré tout ce que le malin représente (souffrance, malheur, violence...), ce livre le rend très attachant, sans doute parce que le Diable derrière cet océan de débauche est avant tout un fils qui s'est fait viré du Paradis par son père. Étonnant sentiment donc qui personnellement m'a quelque peu ému malgré l'aspect drolatique de l'entreprise de Glen Duncan.

Au final, cette lecture s'est révélée être un plaisir de tous les instants que je ne peux que vous conseiller malgré les quelques mises en gardes évoquées plus haut. Pour le coup, le lecteur pourra chanter: "Please to meet you, hope you guess my name" (Sympathy for the devil, The Rolling Stones).

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mercredi 19 janvier 2011

"Evadés de l'Enfer!" d'Hal Duncan

duncanL'histoire: Eli est un clochard, brisé, au bout du rouleau, Belle une prostituée qui cherche à fuir son mac. Matthew est un jeune homosexuel, Seven un tueur à gages sans pitié. Ils ne se connaissent pas mais se retrouvent ensemble sur le même bateau... en partance pour l'Enfer. Un Enfer un peu particulier, qui pourrait être New York mais n'en est qu'une copie... franchement décalée. Tous quatre, armés de leurs seuls soucis et accompagnés par un étrange personnage, n'ont plus alors qu'une idée en tête : trouver un moyen de s'évader.

La critique Nelfesque: Mr K adore Hal Duncan et "Le livre de toutes les heures" avec notamment"Velum". De mon côté, je n'avais jamais lu de roman de cet auteur et c'est avec "Evadés de l'Enfer!" que j'ai fait le grand saut.

La première chose qui vient en tête c'est: "ça décoiffe!!!". Le rythme est endiablé (ha ha que je suis drôle), on ne s'ennuie pas une seconde, il se passe des choses à toutes les pages et on a fini le livre sans s'en rendre compte tant il n'y a pas de temps morts. Si on donnait l'adaptation à faire à un bon réalisateur, je suis sûre que ça ferait un très bon film d'action.

Oui mais voilà, c'est violent, c'est vulgaire, c'est crade, c'est gore, ça pue, c'est glauque. Ca tombe bien, nous sommes en enfer, et niveau descriptif, Hal Duncan n'y a pas été avec le dos de la cuillère. Pas de doute possible, on est bien dans un monde de pourris, où les "récemment décédés" passent de la surprise et de l'effarement à la colaboration. Ici la règle est simple, les morts arrivent par bateau, ils ne s'attendent pas à ce qui va leur arriver, ils ne savent même pas qu'ils sont en enfer (à peine, qu'ils sont morts) et après un petit passage à la case dépouillement, humiliation, viol et passage à tabac, ils atterrissent dans ce qui doit faire désormais leur quotidien: la représentation de leur "péché". Eli, ancien clochard, se retrouve à errer parmis les Oubliés; Belle, ancienne prostituée, se réveille dans un hôtel de passe où tous les hommes du coin viennent se vider 24h/24; Matthew, homosexuel, doit être guerri de sa "maladie" à l'hôpital et Seven, ex tueur à gages, est condamné à se faire tabasser sans discontinuer pendant l'éternité. Rajoutez à celà la TV qui hurle des infos live non stop afin d'exciter les troupes... De quoi devenir dingue! Seul susucre: si ils sont dociles et conciliants, ils pourront monter en grade et faire parti des tortionnaires. Sinon, pas d'autres choix que de s'évader pour tenter de gagner le Paradis.

L'évasion, c'est le choix que vont faire les 4 protagonistes de cette histoire et à partir de là des litres de sang vont être déversés, des boyaux vont défiler au mètre, des obtacles répugnants vont se dresser sur leur route. Trouveront-ils la sortie? Avec qui devront-ils pactiser? Par qui se feront-ils duper? Belzébuth? L'ange Gabriel? Si vous êtes catholiques, accrochez-vous à vos baskets car certaines visions du Bien et du Mal et de qui fait quoi peuvent s'avérer difficile à avaler... Mais tout comme pour "Le sang du Christ" de Frédéric Mars, il faut prendre "Evadés de l'Enfer!" pour ce qu'il est: un roman. D'autant plus que certaines descriptions bibliques, notamment celle des limbes ou encore du passage du Styx, sont très justes et superbement rendues sous la plume d'Hal Duncan... Ce roman est donc dérangeant mais en même temps fascinant sous certains aspects.

Au final, je vous conseille cette lecture mais soyez avertis, on est loin des bisounours et des simples flammes de l'enfer...

Posté par Nelfe à 19:14 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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