mardi 11 avril 2017

"Êtes-vous psychopathe ?" de Jon Ronson

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L’histoire : Jon Ronson, l'auteur reconnu des Chèvres du Pentagone s’aventure dans un voyage rocambolesque au pays des désordres mentaux pour essayer de savoir si notre société n'est pas animée au final, plus par la folie que par la raison, par les névroses que par l'intelligence.

Pour ce faire, il rencontre des psychopathes remarquables, des psychiatres un peu cinglés, des hommes d’affaires qui, du narcissisme à l’asociabilité, doivent leur réussite à leurs névroses. Cette épopée aussi loufoque qu’éclairante le conduit chez le célèbre psychologue canadien Robert D. Hare, l’inventeur du test du psychopathe, moyen infaillible de mesurer notre degré de folie.

Entre Woody Allen et Hunter S. Thompson, Jon Ronson se promène dans l’antichambre de la démence avec une autodérision et un humour caustique et pose des questions dérangeantes sur nos désordres. Pouvons-nous échapper à l’un des 374 types de troubles mentaux répertoriés ? Sommes-nous tous fous ?

La critique de Mr K : Drôle et intéressante lecture que cet ouvrage de Jon Ronson dont je parcours l’œuvre pour la première fois. Du moins sur papier car Nelfe et moi étions allés au cinéma voir l’adaptation des Chèvres du Pentagone que nous avions beaucoup aimé à l’époque. Au programme ici, une exploration des âmes torturées de personnes sujettes à la psychopathie. Que se cache-t-il derrière ce thème si galvaudé ? Comment reconnaître un psychopathe du troupeau d’individus lambda ? Voici les deux fils conducteurs de l’ouvrage que l’auteur propose de suivre entre roman, enquête journalistique et témoignages sous le sceau de l’érudition et de l’humour corrosif.

Suite à une manipulation de grande échelle, l’auteur-narrateur décide à partir du travail d’un praticien émérite (dont le fameux Robert D. Hare) de partir à la chasse au psychopathe. Le grand béotien qu’il est en matière de pulsions criminelles déviantes va être confronté à la réalité brute, des faits incroyables souvent effroyables et des réponses parfois parcellaires malgré une science en constant progrès. Chaque chapitre correspond donc plus ou moins à un cas et l’on se rend vite compte que cette pathologie est plus complexe qu’on ne le croit et que finalement elle est plus répandue qu’on ne le pense et ceci dans les différentes strates de la société allant des hautes sphères de la finance (niveau empathie, je crois qu’on atteint zéro dans ce milieu là) au marginal ostracisé par nos sociétés occidentales et leur discours unique sur la réussite.

N’en déduisez pas par ces propos liminaires que le livre va vous plonger dans une angoisse sans borne entre paranoïa et suspicion. Ne vous inquiétez pas, je n’ai pas déménagé dans une cabane au fin fond de la cambrousse pour m’isoler loin du monde avec Nelfe et Tesfa ! Bien que parfois déroutant, le livre a le mérite de posséder une assise scientifique solide (et tout à fait digeste soit dit en passant) et un ton volontiers impertinent et décalé. Cela donne à l’ensemble une homogénéité étonnante et différente. On se laisse prendre facilement par les quelques cas étudiés qui révèlent bien des choses sur cette maladie mais aussi sur les sociétés qui créent parfois leurs propres monstres, variation universelle autour du thème de Frankenstein dont la Créature se retourne contre lui.

On rentre grâce à des entretiens directs saisissants et des recherches plus approfondies dans des quotidiens très différents, des existences disparates avec un point commun nœud de la psychopathie : l’absence d’empathie qui détruit toute forme de barrière morale et parfois libère une force de destruction que l’on pourrait facilement rapprocher de la notion de Mal absolu, aveugle, frappant au hasard ou échafaudant des plans tortueux. Le lecteur se retrouve souvent sous le choc d’une manière de se comporter, de penser totalement différente et dérangeante. Chaque page qui se tourne, chaque phrase peut amener un décrochage total et livrer une révélation, un ressort dramatique qui a bouleversé une ou des existences. Il faut encaisser, accepter l’information et en même temps s’en détacher. Le style vif, incisif, très nuancé et suintant de second degré de l’auteur permet une distanciation en douceur entre réflexion et sourire. C’est étonnant à écrire mais c’est exactement le processus que j’ai pu observer chez moi.

Êtes-vous psychopathe ? se lit finalement très bien malgré un sujet dur et on se surprend à en redemander, à pousser le voyage plus loin, à en savoir plus. On ressort satisfait, conscient du monde étrange que peut se révéler être nos communautés humaines et rassuré quand on se rend compte que nous-même ne sommes pas psychopathe. Nelfe et Tesfa peuvent être rassurées ! Quant à vous autre, je ne peux que vous conseiller de passer le test à votre tour et de rencontrer les êtres qui peuplent ces pages. C’est à la fois enrichissant et divertissant. Tout simplement différent.

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mercredi 8 février 2017

"Terre-Neuvas" de Chabouté

 

Terre neuvas BD

L’histoire : Ici on n’a droit qu’à la mer et ses dangers,
On danse tous les jours avec la mort,
On est les laissés-pour-compte...
Ici on meurt, c’est tout !
Noyade, naufrage, phtisie, scorbut...
... plus rarement poignardé dans son sommeil !

La critique de Mr K : C’est sous les conseils de ma documentaliste qui m’en faisait l’article ardemment que j’empruntai le présent ouvrage de Chabouté au lycée. Il ne m'a pas fallu plus d’une heure pour le dévorer (c’est le défaut majeur des BD soit dit en passant...) et grandement l’apprécier entre œuvre documentaire traitant du quotidien épouvantable des pêcheurs à la morue malouins en début de XXème siècle et récit policier bien mené dans le vase clos d’un navire loin de sa terre d’attache. Ambiance garantie !

Le 26 février 1913, la Marie-jeanne quitte le port direction Terre-Neuve au large du Canada pour une saison de trois mois de pêche à la morue. À son bord, un capitaine et son équipage rodés à l’exercice, résumé d’une humanité pieds et mains liés à un travail harassant et usant. Ambiance virile, bourrades et bagarres, réflexions et tensions sont leur quotidien de traversée, la fatigue et l’usure atteignant son paroxysme lorsque la campagne de pêche en elle-même démarre. Le pêcheur n’étant ni plus ni moins qu’un galérien doublé d’un forçat tant le travail est pénible. Nouveauté de cette expédition, l'équipage remarque la présence d'un jeune homme que rien ne semble rattacher en terme de goût à cette activité, mais il est pourtant là et cela dérange les uns et les autres qui voient en lui un terrien, un paysan.

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Très vite, l’ambiance devient délétère avec la découverte d’un corps puis de deux. Le second du capitaine et un pêcheur expérimenté meurent dans des circonstances troubles et surtout, tout sauf accidentelles. En mer, on meurt de froid, de noyade, d’accident de travail mais rarement poignardé en plein cœur par un coutelas ou par pendaison provoquée ! La méfiance s’installe, chacun espionne les autres et les soupçons se portent alternativement sur le nouveau (ben oui, c’est qui celui-là, on ne le connaît pas !), sur les autorités du navire (pour économiser des parts et rendre l’ensemble plus rentable) ou encore le sort ou le mauvais œil car quand on est marin, on porte attention aux fortunes de mer. Pourtant malgré la menace, l’activité perdure et continue comme si rien n’était, le capitaine y veille sévèrement et ce n’est pas quelques morts suspectes qui vont empêcher l’activité surtout qu’il doit rendre des comptes à l’armateur et chaque morue pêchée compte.

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L’aspect documentaire de Terre-Neuvas est remarquable et m’a fait repenser à un cours universitaire que j’avais suivi en Maîtrise sur l’histoire bretonne. Notre professeur de l’époque (Roger Le Prohon, un professeur passionnant à l’érudition incroyable) nous avait dressé un portrait éloquent de la pêche à la morue qui permettait à travers cette activité d'entr'apercevoir certains impondérables de l’espèce humaine : l’avidité du gain au détriment de l’individu, cette course au profit qui menait des hommes loin de chez eux dans des eaux glacées où la mort vous guettait au moindre faux pas. Le passage sur les doris (frêles esquifs qu’on utilisait pour poser et relever les lignes) est dans le domaine très bien retranscrit. Très bien rendue aussi, la vie à bord avec une hiérarchie forte allant d’un capitaine quasi déifié au mousse qui réalise toutes les basses besognes et essuie régulièrement coups et quolibets. Ce microcosme sauvage donne à voir une réalité éprouvante qui prend à la gorge.

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Le récit policier est lui plus classique et la solution apparaît finalement assez vite dans l’esprit du lecteur, s’il est habitué à ce genre de littérature. Pour autant, il ne faut pas en prendre ombrage, le plaisir est intact et les révélations finales rendent l’ensemble crédible et efficace. Passé et présent, croyances et codes de l’honneur se mêlent et orientent le récit vers une fin logique pour le lecteur, plus révolutionnaire pour l’historien tant on remet en cause le système décrit pendant tout l’ouvrage. Les personnages nourrissent parfaitement le récit entre le mystérieux nouveau membre d’équipage, le vieux de la vieille à la sagesse zen et empirique et les forts en gueule qui cachent leur jeu. On embarque avec eux dans la Marie-Jeanne et on éprouve leur angoisse et leurs espoirs au fil du déroulé d’une histoire finalement tragique et banale.

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En terme esthétique, cette bande dessinée est aussi une belle réussite avec le choix d’un noir et blanc très contrasté, brillant miroir à une réalité très difficile où les cœurs sont âpres, les épreuves nombreuses. Les pages défilent toutes seules mettant en scène la banalité avec simplicité mais néanmoins avec un souci du détail poussé et des scènes plus impressionnantes où l’on sentirait presque le bateau tanguer sous nos pieds. Une très belle expérience que je vous encourage à tenter au plus vite, vous ne serez pas déçus !

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mercredi 9 décembre 2015

"En France" de Florence Aubenas

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Le contenu : Loin des beaux quartiers, Florence Aubenas arpente les plages du Sud-Est, les villes et les banlieues du Nord, à la rencontre de ces gens délaissés par le monde politique et médiatique. Petits commerçants, jeunes intérimaires, maires de villages oubliés, ouvriers menacés de chômage... Autant de vies que la journaliste décide de mettre en lumière et qui dessinent le visage de la France.

La critique de Mr K : Chronique un peu spéciale aujourd'hui avec cet ouvrage documentaire, En France, que j'ai eu l'occasion de découvrir il y a peu. Je fais étudier régulièrement en cours des extraits de Quai de Ouistreham où Florence Aubenas avait réalisé une expérience intéressante en se mêlant à la troupe des demandeurs d'emploi dans une ville du nord de la France. Poursuivant sur cette thématique et en l'élargissant à d'autres, elle propose à travers ses chroniques écrites pour le journal Le Monde de partager brièvement le quotidien et les aspirations de populations trop souvent oubliées par les médias. La plongée est saisissante pour ne pas dire inquiétante. On ressort profondément bouleversé de cette lecture surtout à la vue des résultats récemment sortis des urnes…

La journaliste a donc beaucoup voyagé et elle se concentre dans cet ouvrage sur trois sujets qui lui tiennent à cœur: la France des oubliés et la politique, le cas du dernier camping sauvage de Méditerranée sur la plage de Piémanson et la jeunesse française. Pour concentrer au mieux la teneur de ces rencontres, de ces scènes de vies croquées sur l'instant, le format est court. Florence Aubenas n'excède jamais les 8 pages pour présenter un lieu, une situation. Il se dégage une certaine urgence et une concision bienvenue et non réductrice qui permet de faire le point sur un aspect de notre société sans enrobage inutile ni ciblage particulier. On est bien loin donc des reportages à charge ou lénifiants tels qu'ils pullulent dans la boîte à connerie (B-FN et consorts s'amusant à distiller peur et ressentiments à longueur de courts et longs documentaires sur la délinquance, les trafics divers et variés). Le but ici est de faire le portrait d'une certaine France sans arrière-pensée et sans volonté de faire la morale.

Le moins que l'on puisse dire c'est qu'on en prend plein la figure quand on est soi-même un républicain convaincu, adepte du consensus et du dialogue. Au détour d'une usine qui ferme, d'une sortie des classes, au beau milieu d'une exploitation agricole, dans un foyer français d'origine maghrébine, dans les rues de Lille et tout un tas d'autres lieux, c'est l'inquiétude qui ressort à quelques exceptions prêt. Peur de l'autre tout d'abord avec cette montée irrépressible du FN et sa démagogie qui fait mouche chez les oubliés de la politique. Ce parfum des années 30 qui sent bien mauvais depuis quelques années avec notamment le relais d'idées nauséabondes par un certain Tsar Cosy et une gauche molle et sans réelle ambition sociale qui a abandonnée les masses laborieuses depuis trop longtemps. Dans la patrie des droits de l'homme, ça fait un peu tâche non? 30% de voix pour l'extrême droite! Loin d'être tous des racistes bornés, ce vote trouve son origine chez des personnes qui se considèrent comme totalement hors course économiquement, socialement. Cela donne lieu a des témoignages bruts de décoffrage mais reflets de cette colère et de ce désarroi qui monte.

Peur du changement aussi qui donne raison à un certain Louis XIV ou encore au général De Gaulle qui avaient dit en leur temps que la France était un pays ingouvernable, impossible ou presque à reformer. Certaines histoires comptées ici font directement échos à ces propos pourtant lointain. On veut bénéficier de la modernité, consommer mais pour autant garder une certaine identité, se replier sur soi et sur le fameux bon vieux temps qui n'existe que dans des souvenirs figés et subjectifs. Une mélancolie s'installe dans ces pages, jadis est regretté et demain fait peur. Personnellement, travaillant avec des jeunes adolescents déboussolés (je sais c'est un pléonasme), je ne peux penser ainsi et l'idée que l'on puisse revenir en arrière notamment sur des grandes avancées sociales me fait peur (je pense notamment à la possible arrivée d'une Le Pen en PACA qui couperait les vannes financières au planning familial).

Quelques éclaircies traversent cependant cet ouvrage avec des français tout de même heureux de l'être. J'ai aimé cette femme aubergiste venue s'installer en pleine cambrousse et qui va épouser sa compagne malgré les commérages et les mauvaises langues. Au final, sa joie de vivre finit par vaincre les préjugés. J'ai été touché par ses immigrés de la deuxième génération qui remercient encore et toujours ce pays qui les a accueillis mais dont certains habitants réclament le départ et qui ne comprennent pas ce qui arrive dans leur terre d'accueil. Par petite touche et à travers une langue très simple d'accès, sans fioriture, Florence Aubenas donne à voir une France plurielle, anxiogène parfois, mais aussi riche en possibilité malgré la crise. À la vue des derniers résultats, mon inquiétude est grande, mais relâcher nos combats serait la pire des solutions.

Cet ouvrage fut donc à la fois instructif et source d'inspiration. On pense à des questions, des problématiques que l'on oublie trop souvent. Malheureusement, certains en font leur fond de commerce, dévient les soucis ici exprimés et proposent de fausses solutions qui au lieu de régler les choses les empireront. En France de Florence Aubenas est un constat. Il est amer, parfois dur à lire, mais il a pour lui son authenticité. À lire en toute connaissance de cause pour espérer un jour faire renaître un espoir fondé non pas sur la différence et le rejet mais sur la coexistence et l'intelligence. Purée, c'est mal parti...

lundi 9 septembre 2013

"Room 237" de Rodney Ascher

room237-afficheL'histoire: En 1980, Stanley Kubrick signe Shining, qui deviendra un classique du cinéma d'horreur. A la fois admiré et vilipendé, le film est considéré comme une oeuvre marquante du genre par de nombreux experts, tandis que d'autres estiment qu'il est le résultat du travail bâclé d'un cinéaste de légende se fourvoyant totalement. Entre ces deux extrêmes, on trouve cependant les théories du complot de fans acharnés du film, convaincus d'avoir décrypté les messages secrets de Shining.
ROOM 237 mêle les faits et la fiction à travers les interviews des fans et des experts qui adhèrent à ce type de théories, et propose sa relecture du film grâce à un montage très personnel. ROOM 237 ne parle pas seulement de fans d'un film mythique – il évoque les intentions de départ du réalisateur, l'analyse et la critique du film.

La critique Nelfesque: Sorti en juin dernier, j'ai pesté de ne pas le retrouver à l'affiche dans les cinémas de notre région tant je voulais voir ce documentaire! Miracle, fin août, il a fait son apparition dans notre ciné préféré. On ne réfléchit pas... On y va!

Et bien, on aurait dû réfléchir...
Ou plutôt, J'aurais dû réfléchir...

Dès les premières minutes du documentaire, le ton est donné. Les différents protagonistes, fana de la première heure du célèbre "Shining" de Kubrick, vont disséquer ce film et nous donner les clés pour voir "de l'autre côté du miroir", la face cachée de ce long métrage. Sur le papier, ce documentaire a tout pour me plaire. Oui, sur le papier seulement... Les 15 premières minutes passées, je me demandais clairement ce que je faisais là, dans cette salle de cinéma, à écouter des inepties et voir un doc qui semble sortir tout droit des années 80! Tour à tour, on enfonce des portes ouvertes ou on hallucine sans avoir pris la moindre drogue (enfin, vous me direz, ça coûte moins cher comme ça!).

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Kubrick dans "Shining" met tout en place pour créer un sentiment de malaise et faire perdre ses repères aux spectateurs. Si vous ne l'aviez pas remarqué par vous-même, il y a de nombreuses incohérences dans les plans de l'hôtel Overlook. On ne peut clairement pas se retrouver dans telle pièce en sortant de tel couloir, le rez-de-chaussée et le premier étage se confondent lors de la balade en tricycle de Danny... Dans "Room 237" tout est expliqué en long et en large... oui mais à base de plans immondes. N'espérez donc pas vous y retrouver! Moi qui suis une habituée des plans, j'ai fait des bonds dans mon siège. On est quand même à une époque où on peut faire nettement mieux et plus compréhensif que ça non!?:

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Certains voient en "Shining" une dénonciation du massacre des indiens d'Amérique et effectivement de nombreux clins d'oeil sont semés tout le long du film, autant dans les dialogues que dans les détails de décors. D'autres font un parallèle avec la Seconde Guerre mondiale et voient en "Shining" une représentation de la Shoah. Si cet évènement historique ne me touchait pas autant, je crois que je me serai étouffée avec mon pop-corn (alors que je ne mange même pas de pop-corn (c'est dire!)). Vraiment à partir de ce moment là, j'ai pris en grippe ce documentaire et j'ai bien eu envie de quitter la salle. Tout à fait sérieusement, on nous démontre par a+b que oui Kubrick a voulu ici parler de l'extermination des juifs. D'ailleurs, ayez cela en tête la prochaine fois que vous verrez le film, il parait que c'est une évidence! Mais oui bien sûr, pourquoi n'ai-je jamais eu l'idée de débattre de cela avec ma grand-mère en lui faisant visionner "Shining"!? Peut être aurait-elle revécu des évènements passés!? A mon sens, ici, on est en plein délire et surtout dans un manque de respect total. Gerbant...

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J'ai commencé à donner mon avis sur "Room 237" avec ces deux points qui m'ont fait hérisser le poil mais d'autres détails m'ont amusée, plus qu'énervée. C'est le cas du fan ultime qui a visionné le film en superposant le visionnage classique à celui inversé. Cela donne des scènes troublantes mais de là à y voir une volonté quelconque... Idem pour celui qui nous décortique une scène image par image, nous laissant présager une révélation de ouf-malade-guedin et qui au final nous offre un pétard mouillé, une hallu que lui seul peut comprendre... Mention spéciale pour le visage de Kubrick dans les nuages... Bon après, je ne critique pas, chacun ses hobbies hein mais là on nage en plein délire.

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Enfin, tout n'est pas à jeter dans "Room 237". Non, non, il y a tout de même quelques infos intéressantes, surtout sur la perception. J'ai commencé par parler de cela dans ma critique, évoquant les plans dégueux, mais il y a des points de détails comme Danny jouant sur la célèbre moquette du couloir à la géométrie changeante qui m'ont fait ouvrir de grands yeux comme une gamine. Idem lors de l'explication de la cassure entre le Shining du King et le Shining de Kubrick. Je pensais naïvement qu'il en serait ainsi tout le long de ce docu et ce ne fut vraiment pas le cas. D'où ma déception...

Je crois que vous avez compris que l'on ne puisse pas dire que j'ai aimé ce documentaire. Je préfère rester sur ma propre vision du chef d'oeuvre de Kubrick. Je ne vais donc pas en rajouter et laisser la place à Mr K qui, lui, à un autre avis sur cette "épreuve" que fut "Room 237"

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La critique de Mr K: 4/6. Belle expérience pour ma part même si ce métrage s'est plutôt révélé être une épreuve pour ma douce et calme compagne... Disons-le tout de go, ici on a affaire à des acharnés, des furieux de Shining à qui l'on donne la parole durant deux heures. Ayant revu ce film mythique récemment deux fois au cinéma pour une action culturelle avec mes CAP menuisiers, je peux me targuer de bien le connaître et voir l'avis exposé dans une salle obscure par de gros geeks, fans du film m'enthousiasmait au plus haut point. Dans l'ensemble ce fut une bon moment de délire et de réflexion sur l'image et le sens que l'on donne à une oeuvre d'art de façon générale.

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Clairement, on est face à une oeuvre totalement subjective. Tout n'est pas à prendre au sens propre et comme une vérité absolue. Certes il y a des révélations sympathiques que l'on connaissait déjà si l'on s'est un peu documenté (les changements et détails irréels de l'hôtel, notamment la fenêtre du bureau du directeur qui ne peut physiquement exister), le changement de machine à écrire, une chaise qui disparaît, un tricycle qui change d'étage sans prendre l'ascenseur ou l'escalier... Mais on a aussi des théories beaucoup plus fumeuses ayant trait à l'histoire des Etats Unis et du monde (génocide des amérindiens -théorie plutôt crédible pour moi- et génocide juif -là je trouve qu'on frise la démence-). La mythologie avec une affiche de skieur censé représenter le minotaure du labyrinthe de Knossos! On a même une résurgence de théorie du complot avec les liens obscures que Kubrick auraient avec la Nasa et les fameuses images faussées des premiers pas sur la Lune... On nage dans des délires parfois presque paranoiäques mais comme Kubrick l'était légèrement sur les bords... Je n'ai pas été choqué mais plutôt amusé.

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Ce que j'ai préféré, c'est le règlement de compte entre Kubrick et Stephen King avec l'épisode sur la voiture des héros. Cela donne lieu à un jeu sur la couleur et un pseudo accident qui en dit long sur les rapports tendus entre l'écrivain et son réalisateur-traitre. Assez jouissif, c'est beau de voir des égos surdimentionnés se rentrer dedans avec une telle force. J'ai aussi aimé l'approche freudienne avancée par une fan et qui fait le rapprochement entre les différents membres de la famille et les apparitions. On savait Kubrick amateur de psychanalyse (Eyes Wide Shut est aussi énorme sur cet aspect des choses) mais là, le film prend tout un autre éclairage que j'ai trouvé enrichissant et intéressant. L'expérience sur le passage du film dans les deux sens de visionnage en même temps bien que ne prouvant strictement rien est assez bluffante quant on voit le résultat. Mention spéciale pour la musique qui est vraiment hypnotisante et angoissante à souhait, on y retrouve des sonorités du type de celles du mythique groupe Goblin qui avait notamment signé les magistrales BO de Suspiria de Dario Argento et de Zombie de Romero. Génial!

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Au final, je dirai que ce film est vraiment à conseiller aux gros fans du métrage originel et qu'il faut vraiment l'avoir bien en tête pour en dégager la substantifique moëlle. Ma note n'est pas optimale car toute une partie du documentaire ressemble à de la simple masturbation intellectuelle sous acide (images subliminales notamment) et je trouve qu'on n'insiste pas assez sur l'étude des personnages et la destruction de la cellule familiale et des apparences par un réalisateur complètement borderline. Car ce film avant tout parle de la destruction de l'esprit humain, de pulsions incontrôlables et de la fin de toute chose (ici l'amour marital et l'enfance de Danny).

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Un bon trip en quelque sorte qui a le mérite aussi de nous faire réfléchir sur l'art de la critique et de la vision dans l'art. Quel dommage que Kubrick ait été si discret sur ses intentions de son vivant, je pense qu'il y aurait eu matière à faire un "making of" et un essai psychanalytique et philosophique sur ce film intemporel et indépassable que s'est révélé être Shining.

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