jeudi 22 janvier 2015

"Baise-moi" de Virginie Despentes

baise-moi

L'histoire: Elle est surprise d'être aussi vulnérable, encore capable de douleur. Au début, on croit mourir à chaque blessure. On met un point d'honneur à souffrir tout son soûl. Et puis on s'habitue à endurer n'importe quoi et à survivre à tout prix. On se croit endurcie, souillée de bout en bout. L'âme en acier trempé.
Nadine et Manu sont deux filles de leur époque, à une nuance près: elles refusent de subir la vie, ses frustrations et ses défaites. Alors, elles forcent le destin à accomplir leur volonté, persuadées que tout ce qui ne les tuera pas les rendra plus fortes.
De casses de supermarché en revanches sanglantes, elles deviennent des prédatrices insatiables et sans scrupules, parsemant leur sale balade de sentences bien brutales, syncopées et implacables.

La critique de Mr K: Aujourd'hui, chronique d'un livre pas comme les autres, érigé selon les goûts de chacun au statut d’œuvre culte ou de montagne d'immondices. Pour ma part, à part un livre très moyen (Les Chiennes savantes), j'ai toujours beaucoup apprécié mes incursions chez Virginie Despentes. Étonnamment, Baise-moi m'avait échappé, pour autant l'histoire ne m'est pas inconnue ayant été voir le métrage au cinéma lors des tous premiers jours de sa sortie cinématographique avant qu'il ne soit classé X et remisé dans les salles obscures interlopes spécialisées dans le porno. J'avais vraiment aimé ce brûlot anarchiste ne ressemblant à rien d'autre malgré une technique plus que limite... Lu pendant la période de Noël, on ne peut pas vraiment dire que l'esprit du 25 décembre souffle sur ce livre vraiment hors norme et qui m'a bien bousculé!

Dans une première partie, on suit les destins séparés de deux jeunes femmes plus que borderline. Passées maîtresses dans l'art de l'autodestruction, leur vie sur Terre s'apparente à un Enfer quotidien auquel elles se sont habituées. Alcool, sexe, addiction, machisme ambiant de la banlieue, déchéance morale et physique... Elles touchent le fond et survivent comme elles peuvent. Un élément déclencheur effroyable (un viol particulièrement éprouvant à lire dans la pure mouvance de la scène choc d'Irréversible de Gaspard Noë) va provoquer la réunion de ces deux âmes perdues qui vont partir en croisade contre le monde et les hommes. Elles vont suivre alors une route extrême, semer la mort et la désolation derrière elle pour un dernier baroud d'honneur, un ultime kiff destructeur et chaotique.

Ce qu'il y a de plus marquant dans cet ouvrage, ce sont les deux personnages principaux. Manu et Nadine sont typiquement des figures despentiennes. Nadine se prostitue, est adepte de rock et de films pornographiques. Un esprit sans relief, elle se laisse dominer par les situations et les hommes, vit sa vie par procuration, traîne sa mollesse et une espèce de non-prise sur son existence. Ça contraste avec Manu, jeune tête-brûlée, qui brûle la chandelle par les deux bouts et qui vit à cent à l'heure sans se préoccuper de l'avenir. La rencontre des deux va provoquer une fusion des plus destructrices et une espèce de révélation personnelle chez les deux jeunes femmes qui vont brusquement partir en live. Gare à tous ceux qui vont croiser leur route, nul n'est épargné: hommes, enfants, femmes... personne n'est à l'abri de leur folie et attendez-vous à des passages bien salés!

Clairement, les âmes sensibles ne doivent surtout pas s'attarder sur cet ouvrage. On explore ici le pire du pire avec des descriptions pornographiques réalistes et ragoûtantes au possible, des comportements déviants extrêmes, l'absence de toute morale avec la négation régulière des frontières entre le bien et le mal, des meurtres sadiques / gratuits qui provoquent horreur et incompréhension... autant d'éléments glauques qui accompagnent la course en avant infernale des deux furies. Honnêtement, ça prend à la gorge et on sort écœuré de cette lecture. Surtout qu'on n'a pas l'habitude de lire / voir des femmes commettre de telles atrocités. Cependant, on est fasciné par ces trajectoires brisées, déshumanisées qui témoignent d'une grande solitude, d'une rupture des liens sociaux dans la grande couronne parisienne et les pulsions de mort qui régissent la vie de certaines personnes.

La grande question reste posée: Ai-je aimé ce livre? Il m'a littéralement fasciné, j'aime le soufre en littérature et on peut dire que Despentes nous sert et nous ressert bien dans le domaine! Mais, il y a un trop plein à mes yeux d’éléments tape à l’œil, on entr'aperçoit au détour de certaines pages des passages plus introspectifs / réflectifs qui auraient mérités d'être davantage développés pour élargir le champs de réflexion et comprendre encore mieux les pulsions qui meuvent Nadine et Manu. Je crois qu'avec ce livre, on peut vraiment parler d'expérience unique et ultime.

À chacun de trouver le courage ou non de pénétrer dans cet ouvrage...

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- Les jolies choses
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé
- Bye bye Blondie

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mercredi 8 août 2012

"Bye bye Blondie" de Virginie Despentes

BBBVDL'histoire: Une fille qu'on rencontre en HP n'est pas une fille qui rend heureux. Il voulait jouer contre le reste du monde, avoir raison contre toutes les évidences, il pensait que c'était ça l'amour. Il voulait prendre ce risque, avec elle, et qu'ils arrivent sur l'autre rive, sains et saufs. Mais ils réussissent juste à s'entraîner au fond. Il est temps de renoncer...

Gloria a été internée en hôpital psychiatrique. Contre toute attente, la punkette «prolo» y a rencontré Éric, un fils de bourgeois aussi infréquentable qu'elle; ils se sont aimés comme on s'aime à seize ans. Puis la vie, autant que les contraintes sociales, les a séparés. Vingt ans après, à nouveau, leurs chemins se croisent.

La critique de Mr K: Une sacrée claque à mettre une fois de plus au crédit de Virginie Despentes avec ce Bye Bye Blondie, romance amoureuse crépusculaire mettant en scène une héroïne déglinguée qui survit comme elle peut. Gloria est despentienne à souhait: punk rockeuse tant au niveau vestimentaire que dans l'esprit (elle rentre dans tout ce qui bouge), en marge avec sa famille, elle vivote et se défonce. Suite à un dérapage de trop, elle se retrouve internée et c'est là qu'elle va rencontrer Éric, le premier être qui l'attire vraiment et l'apprécie malgré ses défauts (bavarde, agressive et forte en gueule). Mais l'idylle est de courte durée et ce n'est que quinze ans plus tard que les amants vont se retrouver, mais beaucoup de choses ont changé depuis...

Le roman est court mais d'une densité incroyable. Les personnages sont très fouillés, l'écriture à fleur de peau (marque de fabrique de cette auteur) dresse d'un trait juste et direct une jeune femme sans réels repères, très attachante et un homme épris d'amour ne sachant plus comment dompter sa maîtresse endiablée (aucune connotation SM dans cette dernière expression!). Gloria illumine de son fiel et de sa fougue les pages de ce livre. Éric est attiré vers elle comme un papillon de nuit sur une ampoule, leur relation embrase les pages et emporte avec lui le lecteur non prévenu. Il faut s'y attendre avec Virginie Despentes c'est tout ou rien... Ici c'est un grand tout avec un grand A comme Amour, l'histoire de ce couple est d'une rare intensité et d'une beauté crue, les étreintes sont décrites avec sensualité et force sans jamais tomber dans le vulgaire. On ressent pleinement l'osmose qui peut exister entre deux êtres au début d'une relation passionnée. On est chamboulé, retourné, plein d'espérance et l'auteur se joue de nous en autopsiant les réactions de l'héroïne et en la suivant au quotidien. Petites pierres par petites pierres, Despentes construit une bien belle et bien sombre histoire.

Quitte à me répéter, on ne sort pas indemne d'une lecture de Despentes. On aime ou on n'aime pas, pour ma part j'ai déjà eu l'occasion dans ce blog de dire tout le bien que je pense d'elle. Que dire? Ce roman est un de ses meilleurs, elle a su me bousculer tout d'abord en m'invitant à pénétrer l'esprit d'une femme, à en percer les secrets et à comprendre ses motivations. Elle a su aussi séduire mon côté fleur bleue avec cette romance à la fois désespérée et lumineuse. Tout va vite et fort, on est dans l'extrême, il ne faut perdre une seconde, le bonheur est si fragile nous semble nous dire les personnages... Love, sex, drugs, punk rock and jet set sont les éléments de ce cocktail explosif que je vous invite à tester au plus vite!

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- Les jolies choses
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé

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mardi 24 mai 2011

"Les jolies choses" de Virginie Despentes

lesjolieschosesL'histoire: Il y a eu ce jour-là: il l'a ramenée devant sa porte et, assis sur le capot de sa caisse, s'est mis à lui dire des blagues. Claudine est arrivée, elle lui a fait son numéro. Et quand elle s'est éloignée, Seb a juste décrété: «Elle est drôlement jolie ta soeur. Mais elle n'a pas ce que t'as».

Pauline et Claudine sont soeurs jumelles, et pourtant tout les sépare. La première, rebelle et fidèle, refuse le compromis. La seconde, fonceuse et paumée, aime séduire et plaire. Mais quand cette dernière se suicide, Pauline prend sa place et bascule dans un monde factice et frelaté.

La critique de Mr K: Voilà un Despentes fort réussi qui m'avait pour le moment échappé. Je suis tombé dessus par hasard dans une brocante à Périgueux, il me tendait ses petits bras, je n'ai pas pu résister, je l'ai adopté! Je l'ai lu en une nuit tant je n'ai pas pu le lâcher, happé que j'ai été par cette histoire.

Le postulat est simple: deux soeurs jumelles bien différentes, l'une se suicide et l'autre prend sa place usurpant son identité et peu à peu sa vie... et quelle vie! On rentre avec Pauline dans l'intimité et l'existence de Claudine, être thrash par excellence qui côtoie des gens peu recommandables. Le milieu de la musique y est décrit de façon non complaisante: le fric mène la danse et pour y arriver la position horizontale est assez prisée des patrons de labels surtout si la jeune fille est attirante. Quelques passages dans certaines party très jet-set dévoilent aussi ce qu'il y a derrière le rideau de strass et de paillettes, un monde de manipulation, de rencontre et de drogue. A l'heure où certains «people» et médias banalisent des objets comme une «sex-tape», Virginie Despentes décrit ici sans pudeur le contenu de l'une d'entre elle « tournée» par la sœur disparue et les conséquences qu'une telle vidéo peut avoir sur un individu et son image (à 10 000 lieues des âneries que l'on peut lire ou voir sur le sujet). Assez effrayant par moment, très crû aussi, on a bien affaire à un Virginie D. pur jus!

Ce que j'ai préféré et qui est admirablement bien rendu dans cet ouvrage, c'est l'effet de mimétisme qui s'opère entre la sœur vivante et le souvenir de cette sœur haïe. Car c'est une histoire de haine et de répulsion qui peu à peu se transforme en une sorte de fascination, d'auto-destruction à laquelle on assiste impuissant et qui provoque irrémédiablement une boule à l'estomac. Entre flashback sur leur enfance difficile (relations troubles entre elles, père autoritaire et mère démissionnaire) et le présent, peu à peu l'auteur cerne de plus en plus ses personnages qui en deviennent profonds, humains et finalement attachants. On comprend au fur et à mesure où Despentes veut nous emmener. A cet égard, le procédé littéraire que l'on retrouve au tout début et à la toute fin est un modèle du genre et rend compte de l'absurdité de l'existence humaine sans pathos et autres lourdeurs. On peut signaler aussi que, Despentes oblige, ce roman est un vecteur pour l'auteur afin d'exprimer son ressentiment et sa profonde méfiance envers les hommes qui s'avèrent être tous soit des pervers, soit des faibles, soit des manipulateurs. On est souvent plus dans la caricature que dans la peinture réaliste mais c'est aussi ce qui fait le charme de cette auteur que j'affectionne tout particulièrement.

Pour ceux qui suivent notre blog, vous savez que Despentes est une de mes auteurs fétiches. Ce livre ne me fera pas changer d'avis tant j'ai pris du plaisir à le dévorer entre fascination-répulsion et le bonheur de retrouver l'écriture si directe et fraîche de l'auteur. Un p'tit plaisir bien déviant dont il serait dommage de se priver! A bon entendeur...

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé

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mardi 12 octobre 2010

"Apocalypse bébé" de Virginie Despentes

virginie_despentes_apocalypse_bebeL'histoire: Apocalypse Bébé est un road movie électrique entre Paris et Barcelone où deux détectives aux personnalités diamétralement opposées se lancent sur les traces d'une adolescence déstructurée Valentine Gatlan, « adolescente nymphomane, défoncée à la coke et hyper active». Lucie, trentenaire, détective un peu désabusée, empotée et malgrè tout spécialisée dans les filatures d'adolescents,  est chargée par la famille Gatlan de surveiller Valentine, adolescente fragile, au comportement autodestructeur et à la sexualité très débridée. La perdant de vue  au cours d'une de ses filatures, elle se doit de la retrouver au plus vite. Manquant d'assurance et d'expérience, elle fait appel à une détective free-lance dit la « la hyène » lesbienne sulfureuse, violente,  manipulatrice, habituée aux méthodes radicales. Toutes deux se plongent à corps perdu  dans l'histoire tourmentée de l'adolescente.

La critique de Mr K: I love you Virginie! Tels avaient été mes derniers mots lors de ma critique de King Kong théorie, il y a quelques mois de cela. Ce livre le confirme, j'aime toujours autant cet auteur qui ici passe encore au cran supérieur nous livrant un livre aussi sulfureux qu'addictif. Le noir et le polar sied parfaitement à notre cherry bomb nationale. Ça fouette, ça "uppercute" et on en redemande! Mon côté maso est comblé et en redemande encore: vous l'avez compris, j'ai méchamment pris une claque avec cette lecture qui n'a eu qu'un défaut... trop courte!

Tout d'abord le genre. On a affaire à un polar drôlement bien ficelé avec sa dose de suspense et de personnages bien trempés. Le choix narratif est très efficace, on a un chapitre sur deux le point de vue de personnages secondaires à l'enquête principale: le père, la belle-doche, le cousin rebeu des quartiers, les potes d'extrême gauche... Tout pour que les pièces du puzzle (Valentine et sa psyché torturée) se révèlent petit à petit, mettant à jour peu à peu le parcours de cette gamine perdue. Les deux personnages principaux antinomiques à souhait se renvoient la balle continuellement créant un lien étrange, non dénoué d'humour (grande nouveauté despentienne!). On s'attache à la hyène, on trépigne face à la vacuité qui se dégage de Lucie... puis les repères deviennent flous et on se rend compte qu'on est balladé joyeusement par Despentes... la fin est effroyable! Pour soupoudrer le tout, rajoutez là dessus un petit air de romance lesbienne avec la découverte de l'amour avec une personne du même sexe (ça sent l'autobiographie), le tout sans en faire trop avec juste ce qu'il faut de beauté pour ne pas tomber dans la sensiblerie bon marché dont on nous abreuve à longueur de temps et vous obtenez un mélange détonnant!

Le style est une fois de plus frontal, hargneux, ironique et direct.DESPENTEScbertini_3 Tout ce que j'aime chez l'auteur. Jamais prétentieux, le but est de cerner vite et clairement les protagonistes, les lieux et l'action. J'ai lu chez d'autres blogueurs que la vulgarité est de mise tout au long de l'oeuvre. Je m'inscris en faux face à cette assertion: certes on est dans le familier mais vulgarité rime souvent avec facilité. Ici ce n'est pas le cas, ce roman est un pur reflet de notre époque et l'on voit mal des gosses de cité ou des malfrats parler comme dans le XVIème arrondissement. Alors, sûr, c'est brut de décoffrage mais ça ancre cette oeuvre dans une réalité (peu reluisante je vous l'accorde). Pour résumer, ça se lit comme du petit lait et il est vraiment très difficile de décrocher.

Mais on n'est pas seulement face à un roman classique. Au détour des pages, c'est un portrait de notre société qui nous est révélé. Une fois de plus, c'est la femme, sa féminité, sa sexualité et son rapport à l'homme qui au coeur de l'oeuvre. On retrouve dans Apocalypse bébé les questions qui taraudent l'auteur. Les piques sont nombreuses et les réflexions à l'avenant, on retrouve le féminisme punk propre à l'auteur et son dégoût-déception des hommes. Mais derrière ces éclairs thrash jubilatoires et cyniques se cache une tendresse profonde qui n'échappera à personne. C'est aussi une critique féroce de la bonne société bourgeoise avec notamment le père (François)  qui "laisse couler" face à une jeune fille en déséquilibre profond et finalement une gamine que personne ne recherche vraiment.

Une lecture enthousiasmante, un pied intégral, un souvenir littéraire vivace: un grand livre! Je persiste: I love you Virginie!

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mardi 9 mars 2010

"King kong theorie" de Virginie Despentes

kktRésumé?

"J'écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n'ont pas envie d'être protecteurs, ceux qui voudraient l'être mais ne savent pas s'y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l'idéal de la femme blanche séduisante qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu'il n'existe pas" V.D.

La critique de Mr K:

Hasard du calendrier, je chronique le présent ouvrage le lendemain de la journée de la femme. On ne pouvait mieux faire! Certes Virginie Despentes est dérangeante, déroutante... mais en voilà une qui écrit avec ses tripes et ne mâche pas ses mots. C'est sa qualité première et c'est ce que j'aime! De sa bibliographie inégale, je n'avais pour l'instant retenu comme essentiels que "Baise moi" et "Mordre à travers"... j'y rajouterais celui-ci!

Dans cet essai, l'auteur aborde un thème qui lui est cher: le féminisme. Nous sommes tous touchés par ce thème, hommes autant que femmes, puisque le féminisme parle du rapport entre les deux. King Kong Théorie parle donc des femmes, de toutes celles qui ne trouvent pas leur place, mais aussi des hommes qui refusent celle qu’on leur réserve habituellement. Il n'est donc pas question d'opposer les deux sexes (comme cela a déjà pu être fait) mais bien de réfléchir aux tenants et aux aboutissements des relations hommes-femmes de l'intimité du couple au corps social tout entier.

C'est à travers le prisme de trois réalités qu'elle a vécu ou connu que Despentes écrit ce "manifeste pour un nouveau féminisme" comme le proclame certains et certaines: le viol, la prostitution et la pornographie. À travers ces trois exemples, elle essaie de montrer que la perception traditionnelle de ces trois sujets est profondément ancrée dans nos sociétés et vise à perpétuer la domination du mâle (le dictat de l'apparence, la féminité-putasserie, la morale ambiante machiste, la jouissance sadique du violeur...).

Et le tout... au chalumeau! La langue est malmenée, directe, vulgaire mais oh combien vivante, provocatrice et donc réflective. Personnellement, j'ai trouvé par moment que ce livre ressemblait davantage à une espèce de thérapie dans laquelle veut nous entraîner l'auteur. On la sent bourrée de complexes (elle ne s'aime pas, c'est sûr) et revancharde (violée à 17 ans et prostituée occasionnelle par la suite) mais comme elle le dit si bien au dos: elle écrit pour les laisser pour compte et elle a le sentiment d'appartenir à leur clan. Je n'ai pas été séduit par l'ensemble de l'argumentaire (notamment en ce qui concerne le porno) mais dans les jours qui suivirent je n'ai pu m'empêcher d'analyser les différents programmes que nous avons pu suivre Nelfe et moi sur la boîte à connerie. Bien que conscient du machisme ambiant, j'ai pu mesurer l'étendue des dégâts à sa juste valeur! C'est super d'être un mec et je ne changerais pour rien au monde! Le pire exemple était une émission appelée "Nouveau look pour une nouvelle vie" en deuxième partie de soirée où deux filles de 9 et 14 ans avaient inscrit leur mère qu'elles ne trouvaient plus belle! Grâce à son relooking (comme disent les cakes!), elle allait retrouver sa place dans la société et dans le coeur de ses filles! À vomir! La mère consent et là... j'ai éteint la télé me sentant près à commettre un geste pourtant salutaire pour mon esprit: la balancer dehors!

Mais là, je m'égare... Qu’on soit d’accord ou non avec son propos, King Kong Théorie fait réfléchir et aborde des sujets de société importants sous des angles nouveaux. Il s'apparente à un cri (ou plutôt une bonne gueulante) brisant la démocratie et la pensée molle. C’est surtout avant tout, "un manifeste pour que les femmes soient enfin libres et que les hommes vivent leur masculinité d’une autre manière que celle imposée par la société traditionnelle", et là... y'a du boulot!

I love you Virginie...

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mercredi 24 septembre 2008

"Les chiennes savantes" de Virginie Despentes

virginieCandidate libre au bac, Virginie  fait tous les métiers : femme de ménage à Longwy, hôtesse dans un salon de massage à Lyon, pigiste pour des journaux rock et porno ou vendeuse au rayon librairie du Virgin Megastore à Paris. Fille unique de fonctionnaires, elle brave les interdits familiaux en devenant une véritable égérie 'underground’. Auteur d'ouvrages sulfureux et décriés, elle dépeint un monde malsain et vil qu'elle n'a que trop côtoyé. Ses romans au style littéraire innovant, alliant vulgarité et réalité, font d'elle une madone de la littérature 'trash'. Après une retentissante adaptation cinématographique de son livre "Baise moi", Virginie Despentes, lassée des étiquettes qu'on lui attribue, décide d'aborder des thèmes optimistes avec "Teen Spirit", son quatrième roman qui traite outre de la paternité, de réussite sociale... changement radical ! Enfin, en 2006, elle tombe le masque et raconte dans 'King Kong Théorie' comment elle est devenue ce personnage controversé.

chiennes"Les chiennes savantes" est le troisième opus que je lis de cette écrivaine hors norme. En parcourant le web à la recherche d'avis sur son oeuvre, on ne peut qu'être frappé par ce que l'on peut y trouver. Peu d'avis mesurés, c'est soit on aime soit on déteste.

Pour ma part, je l'ai découverte au cinéma durant les deux ou trois jours où "Baise-moi" était resté à l'affiche avant son interdiction. J'étais sorti impressionné (impossible de dire sur le coup si j'avais aimé ou détesté le film!) et m'étais rué chez mon libraire pour y acheter le livre que j'avais pour le coup adoré. Sens inné de l'écrire, une approche simple et sans concession d'un road movie bien thrash. J'avais enchaîné ensuite sur son recueil de nouvelles "mordre à travers" que j'avais bien aimé même si les textes étaient inégaux.

V'là-t-il pas que ma frangine me prête "les chiennes savantes" à la mi-août. Après un été dédié aux plaisirs vidéos-ludiques, il me fallait quelque chose de frais pour reprendre mon année de lecteur. Un bon Despentes semblait faire l'affaire... Voyez le temps que j'ai mis à le lire...

Franchement, c'est la première fois que je bloque autant sur un livre (à part les oeuvres imposées de Molière au collège!). Inutile de préciser que j'ai été grandement déçu. L'histoire est peu intéressante et parfois décousue. On peut faire du thrash mais on ne peut sacrifier un bon fil conducteur, et là malheureusement j'ai décroché. L'héroïne est détestable au possible et complètement c.... (excusez-moi); elle sombre c'est sûr, mais de là à se faire manipuler par un mysogine qu'on voit arriver gros comme un camion... Non, vraiment rien à sauver, si ce n'est quelques personnages secondaires bien mis en valeur comme "la reine mère" ou "Saïd". Le reste n'est qu' errances hypnotiques, roulage de joint, re-errance, re-roulage de joint... Finalement, pas si thrash que ça. La machine semble tourner à vide, j'en suis le premier contrit.

Cette mauvaise expérience littéraire ne m'empêchera cependant pas de penser que Virginie Despente reste une des meilleures écrivaines de sa génération. Prochainement, ma sœur me prêtera "King Kong Théory" qu'elle m'a assuré bien meilleur. En attendant, je me replonge dans une valeur sûre que je vous commenterai prochainement.

 

 

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