mardi 18 avril 2017

"S'enfuir : Récit d'un otage" de Guy Delisle

S'enfuirL'histoire : "Etre otage, c'est pire qu'être en prison. En prison, tu sais pourquoi tu es là et à quelle date tu vas sortir. Quand tu es otage, tu n'as même pas ce genre de repères. Tu n'as rien."

La critique Nelfesque : De Guy Delisle, j'avais lu "Les Chroniques birmanes" il y a 7 ans. Ça date... Je gardais de cette BD un souvenir entre rires et larmes et quand est sorti "S'enfuir : Récit d'un otage" en septembre dernier, ma curiosité a été une nouvelle fois titillée.

Ici point de rires. La situation ne s'y prête pas et même pour quelqu'un qui voit une part de lumière en tout, l'optimisme est difficile lorsque l'on se retrouve dans la situation de Christophe dans cette bande dessinée. Guy Delisle nous relate ici l'histoire vraie de Christophe André, membre d'une ONG médicale dans la région du Caucase, qui en 1997 se fait kidnapper lors de sa première mission humanitaire.

L'auteur l'a rencontré plusieurs fois et décide de raconter son expérience. Un challenge puisqu'en 4 mois de captivité, il ne s'est pas passé grand chose et que Guy Delisle tente plutôt ici de faire ressentir au lecteur le vide des journées de Christophe.

S'enfuir planche 1

Entre angoisse, résignation et appréhension mais avec beaucoup de lucidité, de self-control et de mesure, Christophe traverse ses journées de rétention avec un flegme qui l'a sans doute sauvé. Alors qu'il est retenu par des hommes dont il ignore tout, qu'il est déplacé de chambre spartiate en grenier pour ne pas être localisé et qu'il est menotté nuit et jour à un radiateur, Christophe continue d'avoir foi en l'avenir. Même si il passe par des moments d'abattement, il continue d'espérer et se vide l'esprit pour ne pas cogiter. Avec pour seule obsession de garder le fil des jours qui passent pour ne pas devenir fou, il laisse vagabonder son esprit entre jeux mentaux et rêves d'évasion.

S'enfuir planche 2

Guy Delisle a pris le parti ici de ne rien édulcorer. Il nous livre sans fioritures les journées interminables, la chaleur d'un lieu clos, les heures qui s'égrènent et ne ressemblent à rien moins que les heures de la veille. Les cases se ressemblent, le dessin est simple. Il ne se passe rien... Le choix des couleurs, dégradé de gris bleu, accentue cette impression de vide et d'absence. Loin de s'ennuyer avec un tel ouvrage entre les mains, le lecteur prend conscience de la condition d'otage et reste au plus prêt du personnage, vivant avec lui cette rétention.

"S'enfuir : Récit d'un otage" est un pavé de 428 planches. 428 planches de silences, d'incompréhension, de rêves, d'espoir. La répétition, l'attente, la peur... Un très bel hommage aux hommes et aux femmes risquant leur vie chaque jour dans des zones sinistrées et dangereuses où leur humanité et leur ténacité sauvent nos semblables.

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samedi 17 juillet 2010

"Chroniques birmanes" de Guy Delisle

ChroniquesBirmanesL'histoire: Guy Delisle a suivi sa compagne durant 14 mois en Birmanie alors qu’elle y collaborait avec Médecins sans Frontières. Il raconte son expérience du pays, comment il a fini par apprivoiser son environnement, et petit à petit, comment il a découvert la réalité politique, sanitaire et sociale de ce pays dominé par une junte militaire, soutenue elle-même par de puissants groupes industriels.

La critique Nelfesque: Très sympa cette BD. Sympa dans le sens où j'ai appris une tonne de choses sur la Birmanie. Notamment, pourquoi certains pays l'appelent Birmanie alors que d'autres l'appelent Myanmar. C'est le B.A-BA mais je l'ignorais. "Chroniques birmanes" est un puits d'informations distillées avec simplicité et quasi naïveté. Le héros ordinaire, Guy Delisle, ne connait rien de la Birmanie quand il atterrit sur cette terre, accompagné de sa femme et de leur bébé. Bien sûr il a conscience de certains faits, il ne sort pas de sa grotte et connait "La Birmanie pour les nuls" mais tout au long de son séjour il va aller de découverte en découverte: le quotidien des birmans, leurs attitudes, les us et coutumes des moines, les "clubs privés" pour expatriés, la méditation, le climat...

Pour tous ces petits détails j'ai aimé ces "Chroniques birmanes". Ce n'est pas la BD du siècle de part son histoire, il ne se passe rien de spécial, rien de spectaculaire... juste la vie quotidienne du héros et des ONG.

La femme de Guy bosse dans une ONG, Mèdecins sans Frontières, et de part son travail nous est montré toute l'horreur de la vie en Birmanie: la dictature, la peur, la maladie, la drogue, la corruption, l'abus de pouvoir...

Là réside toute la force de cette BD. Avoir la capacité de passer du plus banal quotidien (problème de clim ou tendinite du coude) à des sujets politiques pesants (déménagement soudain de la capitale passant de Rangoon à Naypyidaw sans raison par exemple). L'auteur nous relate tout ce qui l'entoure avec respect, curiosité et pudeur tout en mettant le doigt sur des sujets épineux: les problèmes de drogue dans le nord du pays, les soucis que rencontrent les ONG, Total présent dans le pays avec sa plateforme et s'achetant une conscience en finançant des programmes sociaux et médicaux, le prix nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, assigné à résidence depuis des années par la junte...

Quelques épisodes ont plus attiré mon attention puisqu'il est question des camps de réfugiers Karens, près de Mae Sot en Thaïlande, à quelques kilomètres de Sangkhlaburi où nous serons en fin de voyage. Episode très dur...

C'est ça "Chroniques birmanes", des rires et des larmes. Une envie de visiter ce pays et découvrir la population mais en même temps un dégout pour le pouvoir en place. Difficile choix. A lire!

Posté par Nelfe à 20:04 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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