jeudi 4 décembre 2014

"Fables nautiques" de Marine Blandin

fables-nautiques couvertureL'histoire: Construit sur un ancien cimetière animalier, un espace nautique à l'architecture surréaliste devient le théâtre de phénomènes et situations pour le moins étranges. Une baleine mystérieuse, des disparus inexpliqués, une clé de casier jetée il y a bien longtemps dans la fosse à plongée réputée pour ne pas avoir de fond... Cette piscine renferme décidément bien des secrets!

La critique de Mr K: Je vous convie à un voyage au fin fond de l'étrange aujourd'hui avec ces Fables nautiques de Marine Blandin. J'avais offert ce volume il y a déjà quelques temps à Nelfe qui ne l'a guère apprécié. J'ai voulu tenter l'expérience à la vue des dessins délirants que j'avais pu entre-apercevoir et les avis positifs que j'avais pu lire ici ou là. Belle inspiration de ma part tant j'ai été conquis par cette œuvre vraiment originale!

Tout commence dans un cimetière pour animaux où une petite fille inconsolable vient déposer une carotte sur la tombe de son lapin. Moment émouvant, la menace pèse que ce lieu de recueillement disparaisse au profit d'une infrastructure de loisir nautique. Bingo! Quelques planches après, l'action est transportée dans une piscine gigantesque à la forme digne de l'imaginaire des architectes les plus fous! Multiples bassins aux formes étranges et au fond indiscernable, personnages plus ou moins délirants vacants à des activités diverses et variées, nature foisonnante et un dehors à priori inaccessible! Tout cet équilibre précaire va être bousculé par la recherche d'une clef de casier introuvable et une course-poursuite haletante entre un maître nageur et une petite vieille têtue!

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Après lecture, je comprends mieux pourquoi Nelfe n'a pas trop aimé cette BD. Elle est complètement délirante et il est impossible de se raccrocher à quoique ce soit de connu pour essayer d'y trouver du sens. En fait, le mieux est de se laisser emporter au gré des images et des quelques paroles échangées. La grosse particularité des Fables nautiques tient au fait que les bulles sont réduites au minimum, le parcours de lecture s'apparentant davantage à une divagation dans l'imaginaire débridée de l'auteur. Cette dernière nous ballade entre relations et activités absurdes, symbolisme ésotérique et quête insensée. Mais si on persévère et que l'on se laisse manipuler jusqu'au bout, c'est à un très voyage du style Alice au pays des merveilles que nous sommes conviés!

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Vous croiserez nombre de personnages hors norme dans ce récit. Un maître nageur prénommé Moutte qui poursuit une petite vieille venant régulièrement rendre hommage à son lapin mort depuis fort longtemps, une meute de nageurs à tuba que rien ne peut détourner de son couloir de nage, une troupe de nageuses synchronisées complètement barrées dont la meneuse souhaite plus que tout quitter ce monde clos, trois baigneuses de jacuzzi semblant diriger à la baguette tout ce petit monde (elles m'ont fait penser aux sorcières de Macbeth de Shakespeare), les fantômes des animaux morts qui semblent chercher le repos, une baleine apparaissant à l'improviste et au rôle nébuleux... Autant de figures improbables qui contribuent à l'étrangeté de l'entreprise de Marine Blandin. Très vite, on se questionne sur le pourquoi et c'est en grande partie grâce à l'exploration des fosses sous-marines de cette piscine que les clefs de la compréhension globale nous seront données.

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Économie de mots donc mais pas de talent! Les dessins d'apparence simple sont d'une profondeur réelle à l'image de cet univers clos mais disproportionné où l'insolite cache un lourd secret révélé dans les ultimes planches. On navigue dans un univers où la logique n'est plus la même, un monde curieux, singulier parfois effrayant souvent rigolo. Une grande part de l'enfance transparaît dans les dessins et les relations entretenues entre les personnages mais on sent bien que l'on dépasse le simple récit plaisant. Derrière se cache une réflexion sur la réalité, la convergence des points de vue et finalement l'humain et ce qu'il est capable de faire subir à la nature.

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Ce fut donc une lecture vraiment rafraîchissante, originale au possible et à tenter si le cœur vous en dit. Ce n'est pas tous les jours que l'on peut être ébranlé et surpris!


lundi 29 avril 2013

"La première chose qu'on regarde" de Grégoire Delacourt

lapremierechoseL'histoire: Le 15 septembre 2010, Arthur Dreyfuss, en marcel et caleçon Schtroumpfs, regarde un épisode des Soprano quand on frappe à sa porte.
Face à lui : Scarlett Johansson.
Il a vingt ans, il est garagiste.
Elle en a vingt-six, et elle a quelque chose de cassé.

La critique Nelfesque: Après la très chouette expérience du Comité de lecture pour l'élection des Coups de coeur des Lecteurs d'Entrée Livre pour laquel j'ai lu quelques romans de la dernière Rentrée Littéraire, Entrée Livre, site de communauté de lecteurs que j'affectionne tout particulièrement, m'a de nouveau contactée pour donner mon avis sur des romans du printemps 2013. Vous connaissez mon amour pour la littérature. Je ne pouvais pas refuser!

Ma première lecture concerne donc "La première chose qu'on regarde" de Grégoire Delacourt. LE Grégoire Delacourt qui a fait beaucoup parlé de lui avec son précédent roman "La liste de mes envies" qui a eu de nombreuses critiques positives. Je n'ai pas lu ce précédent ouvrage mais c'est enthousiaste que j'ai commencé celui ci.

La quatrième de couverture est alléchante et laisse entrevoir une histoire cocasse et émouvante. Autant vous le dire tout de suite, j'ai un avis assez mitigé sur ce roman quelque peu déroutant. On retrouve bien le côté cocasse en première partie de lecture puis les émotions prennent le pas dans les 100 dernières pages. Ce sont celles ci que j'ai préféré et qui font que mon avis n'est pas complètement négatif.

Scarlett Johansson frappe à la porte d'Arthur Dreyfuss un soir d'automne ordinaire. Pour lui c'est le choc (et on le comprend!). Pour le lecteur également puisque Grégoire Delacourt retranscrit très bien l'effet de surprise et nous entraîne avec Arthur dans une sorte de monde parallèle (une bonne grosse hallu en somme). Autant j'ai aimé cet effet de surprise et les situations qui en découlent, autant après quelques dizaines de pages j'ai commencé à me lasser du procédé d'écriture choisi par l'auteur. Nous avons ici droit à la bio complète de Scarlett Johansson (moui bon... soit...) mais aussi à bons nombres d'anecdotes sans grand intérêt pour l'histoire concernant l'actrice et ses collègues acteurs. Il faudrait demander aux vrais fans de Scarlett Johansson si cela leur sied mais en tant que simple amatrice j'ai trouvé cela très rébarbatif.

J'ai poursuivi ma lecture et j'ai bien fait car comme je l'ai dit précédemment, à la moitié du roman, l'histoire prend une autre tournure (et heureusement!). Si Grégoire Delacourt avait continué dans cette voie, j'aurai pensé que "La première chose qu'on regarde" était un "sous Beigbeder". L'accumulation sans la folie qui le caractérise. Un amas de détails sans intérêt et sans saveur. Peu à peu, l'auteur laisse de côté ces détails superficiels pour faire place à quelque chose de plus profond, plus centré sur le ressenti et les sentiments de "Scarlett" et Arthur.

A partir de là, le lecteur est emporté dans l'histoire d'amour pure et simple des deux personnages principaux jusqu'ici en souffrance. Ils se découvrent, se dévoilent et commencent à s'aimer. Pas besoin d'en faire des tonnes, des petits détails du quotidien scellent leur lien. Quelle est finalement la première chose qu'on regarde? La regarde-t-on avec les yeux ou avec le coeur? Une bien jolie histoire qui laisse un pincement au coeur une fois le roman terminé.

Les critiques de mes compagnons de Comité de Lecture ainsi que d'autres avis sur la fiche consacrée sur Entrée Livre.

Posté par Nelfe à 11:56 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
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