lundi 14 mars 2016

"Saint Amour" de Benoît Delépine et Gustave Kervern

saint amour afficheL'histoire : Tous les ans, Bruno fait la route des vins... sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui. Et s’ils trinquent au Saint-Amour, ils trinqueront bien vite aussi à l’amour tout court en compagnie de Mike, le jeune chauffeur de taxi embarqué à l’improviste dans cette tournée à hauts risques entre belles cuvées et toutes les femmes rencontrées au cours de leur périple...

La critique Nelfesque : Je laisse rarement passer un film avec Benoît Poelvoorde à l'affiche. Rajoutez à cela les deux acolytes grolandais, Benoît Delépine et Gustave Kervern, à la réalisation et cela donne un long métrage que l'on attend avec impatience et que l'on a hâte de découvrir.

Depuis longtemps déjà, les réalisateurs font dans le cinéma social. Avec une dose de second degré, un regard décalé à la fois sensible et avec beaucoup d'amour, ils croquent les "petites gens", les laissés-pour-compte, à la ville comme à la campagne. "Saint Amour" ne déroge pas à la règle et ici, nous suivons Bruno, agriculteur à la dérive entre crise existentielle professionnelle et vie privée proche du néant.

Poelvoorde crève l'écran. Touchant par ses fêlures et ses maladresses, il incarne parfaitement le rôle de Bruno. Le spectateur ressent ses peurs et son mal de vivre. Si il ne fallait en garder qu'un dans le casting de ce film ce serait lui. Indéniablement. Poelvoorde est un grand acteur de la scène francophone.

saint amour

Autre monstre sacré, Depardieu, qui se faisait rare au cinéma depuis sa délocalisation en Russie mais qui semble toutefois revenir en force en ce moment, est ici le père de Bruno. Jean souhaite prendre sa retraite et laisser sa ferme aux soins exclusifs de son fils mais il le sent en perdition et le voyage qu'ils entreprennent ensemble sera le moyen de faire revenir Bruno à la vie en laissant de côté sa passion excessive pour le rouge.

C'est un petit road movie viticole que nous proposent Delépine et Kervern. 3 hommes, 3 générations, une route, des coeurs à ouvrir aux autres. Il n'y a plus de réelle surprise tant ces deux là usent et abusent de ces codes mais c'est toujours avec une pointe de tendresse qu'il me plaît de voir leurs films. Petit bémol toutefois cette fois ci pour la fin que je trouve trop attendue, bisounours et quelque peu idéaliste sous certains aspects mais le traitement au plus près des hommes et de leurs faiblesses est toujours aussi bien senti tout du long.

"Saint Amour" est un film sensible et attachant qui prend le parti de mettre en lumière le métier d'agriculteur d'aujourd'hui dans le contexte que l'on connaît actuellement. C'est bien vu, ça tombe pile poil dans l'actualité mais ça manque d'objectivité. Pour le jeu d'acteur de Poelvoorde cependant, je vous conseille de vous laisser tenter. Quand on a des acteurs de telle qualité, on ne peut que savourer son plaisir. Avec un petit verre de vin pour l'occasion !

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La critique de Mr K : 3,5/6. Petite déception aujourd'hui avec le dernier film des comparses grolandais Kervern et Delépine. Chacun de leurs films précédents s'est révélé une belle réussite entre constat accablant sur notre époque et humour décalé mêlé de tendresse. On retrouve tous ces éléments ici mais un brio et un mordant moindre, la faute à un manque de surprise dans le développement des personnages et un étalage final des sentiments que j'ai trouvé trop appuyé, too much.

Derrière ce road movie arrosé, c'est l'histoire d'un père et de son fils qui ne se comprennent plus, l'un étant obsédé par la reprise de l'entreprise familiale par sa progéniture et l'autre lorgnant avec les rivages poisseux de l'alcoolisme et passant à côté de sa vie. La mère est décédée depuis déjà un petit bout de temps et le poids de cette disparition prématurée pèse en filigrane pendant tout le film. Petit à petit, les deux hommes vont se rapprocher à la faveur de rencontres hautes en couleur et de discussions à bâton rompu.

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Poelvoorde est une fois de plus extraordinaire dans ce rôle de ce quadra en perte de repères passant de l'ébriété joyeuse aux périodes de doute profond. Un regard, un sourire à la commissure des lèvres, une présence physique indéniable et juste donne une profondeur incroyable à la figure de ce fils désemparé. Il est bien soutenu par un Depardieu solide et sensible dans le rôle du père bourru et blessé au plus profond de lui. Pas de réelle révélation à ce niveau là, Mammuth est déjà passé par là. Le troisième lascar (un chauffeur de taxi mythomane campé par Vincent Lacoste) complète le trio avec toute une galeries de contradictions touchantes qui relèvent l'ensemble et donne une tonalité douce amère à un film qui touche la corde sensible du spectateur.

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J'ai adoré aussi les apparitions de guest complètement borderlines et qui bonifient ce film par leur présence. La palme revient à Michel Houellebecque que j'ai trouvé incroyable d'étrangeté et de mélancolie dans son rôle de père de famille obligé de louer sa maison pour subvenir aux besoins de sa famille. Personnage pitoyable, totalement branque, on ne le voit qu'une dizaine de minutes mais cela suffit pour marquer le spectateur. J'ai aussi aimé la prestation d'Ovidie en agent immobilier retorse qui cherche à se venger de sa compagne négligente ou encore, Chiara Mastroianni en tenancière de foodtruck en bord de route (quel changement de registre pour le coup!). Il se dégage de l'ensemble des scénettes parfois d'anthologie qui font progresser une histoire plutôt classique en elle-même.

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C'est là que le bas blesse avec un rythme progressif mais finalement très codifié. Pas de réelle surprise si ce n'est un aspect "guimauve" qui ne ressemble pourtant pas aux deux réalisateurs. J'ai trouvé qu'à partir du moment où le trio rencontre le personnage de Céline Sallette (une femme des bois qui cherche un homme pour faire un enfant), on tombait dans la facilité, le "dégoulinage". Pourtant l'idée de départ est bonne, la conclusion plutôt osée mais mal traitée et ne remplissant du coup pas son office première. De plus, les conditions de visionnage n'étaient pas optimales, la faute à une spectatrice bruyante, riant de tout et de rien (même quand la scène est dramatique) gâchant mon expérience. À noter qu'il s'agissait d'une senior et qu'elle n'avait rien à envier à des plus jeunes bordelisant une séance. Elle m'a littéralement saoulé ce qui, je vous l'accorde, était au diapason des verres consommés dans le métrage!

Au final, le film reste sympathique et doucement décalé. Des passages sont vraiment géniaux (Houellebecque, les dix stades de l'ébriété) et vous passerez sans doute un bon moment, terni seulement par un ensemble plutôt convenu ce qui est un comble quand on goûte à Groland depuis sa création. Ce n'est pas forcément un film à absolument aller voir en salle obscure mais un petit moment de plaisir sans prétention à découvrir pour tous les amateurs du genre.


samedi 23 juin 2012

"Le Grand soir" de Benoît Delépine et Gustave Kervern

le grand soir affiche

L'histoire: Les Bonzini tiennent le restaurant "La Pataterie" dans une zone commerciale. Leur fils ainé, Not, est le plus vieux punk à chien d'Europe. Son frère, Jean-Pierre, est vendeur dans un magasin de literie. Quand ce dernier est licencié, les 2 frères se retrouvent et décident de faire la révolution... à leur manière.

La critique Nelfesque: Depuis son passage à Cannes dans la sélection officielle "Un certain regard", j'avais fortement envie de découvrir au cinéma ce "Grand soir" des excellents Delépine et Kernen. Rajoutez à celà Poelvoorde et Dupontel, deux acteurs que j'aime beaucoup, au casting et je ne tiens plus.

A la vue de la bande annonce de ce film, on s'attend à passer un très bon moment et c'est le cas. Certaines situations sont à mourir de rire et Poelvoorde est on ne peut plus crédible en punk à chien quarantenaire. Ce dernier est un de mes acteurs favoris, excellent dans la comédie et tellement étonnant et émouvant dans des rôles plus intimistes et dramatiques. Une crête sur la tête, une paire de rangeos aux pieds, une envie de ne jamais se soumettre, on est loin de ses rôles habituels et pourtant on a l'impression qu'avec le personnage de Not, on n'a jamais été aussi proche de ce qu'il est vraiment. Je ne suis pas loin de dire que son rôle dans "Le Grand soir" est le meilleur de sa carrière (et pourtant je suis une droguée de Bernard Frédéric!). La scène du micro de la caisse centrale du supermarché est une vraie réussite.

"Le Grand soir" n'est pas une simple comédie. On n'en attendait pas moins venant de grolandais qui ont l'humour en étendard mais toujours avec une critique sociale sous-jacente qui fait que l'on rit la larme à l'oeil. Ici, il est question de la recherche de son identité, d'un choix de vie en marge de la société, de valeurs familiales et d'entraide, de superficialité... avec un poids supplémentaire: celui du regard des autres. Je parle de "poids" vue de l'extérieur puisque pour les punks il n'en est finalement pas vraiment un. C'est le genre de choses auxquelles ils ne prêtent pas attention. Et en y réfléchissant bien ils ont bien raison!

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Not et Jean-Pierre sont au départ complètement opposés. Bien que frères de sang, ils ne vivent pas de la même façon et n'ont fait que passer l'un à côté de l'autre tout le long de leurs vies. Leurs parents (mention spéciale à Brigitte Fontaine qui tient son "rôle" (sur mesure) de maman punk/barrée à la perfection), propriétaires d'une Pataterie de zone commerciale de province sont à la fois beaufs et pathétiques. Ils n'ont pas vraiment aidé leurs enfants mais les aiment tout de même à leur manière, égoïstement, partant du principe qu'ils s'aideront eux-même. Au final ces deux hommes, de deux mondes différents, sont un peu paumés et se retrouvent à l'occasion du licenciement de Jean-Pierre, un beau pétage de tubes qui vaut le détour. Jusqu'auboutiste, Jean-Pierre va basarder sa vie en quelques jours et accompagné de Not, il va zoner entre Conforama, Carrefour et autres Darty.

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Littéralement agressé par tant de publicité, le spectateur nage dans cet univers de consommation et de conformisme commercial jusqu'à l'écoeurement. La révolution de Not et Jean-Pierre, on la comprend, on la soutient et on voudrait bien finalement la faire avec eux. Pari gagné pour les réalisateurs qui signent là un long métrage sur le fil du rasoir qui émeut sans tomber dans le pathos et fait rire sans en oublier pour autant son cerveau avec des phrases chocs et des situations mettant en scène l'indifférence et l'absurdité de notre époque.

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La critique de Mr K: 5/6, un très bon film que j'ai hautement apprécié. Mélange savoureux d'humour, de film social et de drame (certains passages sont assez poignants), on ne voit pas le temps passer dans cette zone commerciale du trou du cul de la France. Deux frangins que tout sépare vont partager leur vie et là, où la descente fait mal pour le personnage de Dupontel (perte de son emploi, de sa femme), le personnage de Poelvoorde a l'occasion de se rapprocher de ce frère si différent de lui. On assiste à l'alliance improbable du plus vieux punk à chien d'Europe et d'un commercial de seconde zone spécialiste en literie, ce qui donne lieu à des scènes bien réussie comme par exemple lorsque Not fait du porte à porte pour chercher du taf pour son frère.

Le film regorge de personnages secondaires aussi incongrus que touchant. Au premier rang, notre Brigitte Fontaine nationale qui fait "du Brigitte Fontaine" et se révèle à la fois décalée et touchante dans le rôle de cette maman perchée mais néanmoins inquiète pour ces deux grands couillons d'enfants. Le père marque forcément moins l'esprit du spectateur mais la composition tout en nuance de l'acteur est néanmoins impressionnante et le personnage très émouvant. Mais qui reprendra la Pataterie familiale? Parlons enfin, du chien de Not qui est mignon à croquer et attendrira la plupart d'entre vous.

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Le film dans son aspect technique se rapproche du documentaire ce qui peut rebuter un certain nombre de personnes. Mais l'histoire se suit bien, pas de digression, les deux cinéastes grolandais vont à l'essentiel. Cette fulgurance est en parfaite adéquation avec l'esprit punk qui se dégage du film. Bref, un micro-ovni dans le paysage cinématographique français, un vent de fraîcheur et d'authenticité qui fait du bien et éclaire à sa manière notre époque plongée dans la sinistrose causée par la crise. Du bon et du beau cinéma.

Posté par Nelfe à 20:05 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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