samedi 31 octobre 2015

"Crimson Peak" de Guillermo del Toro

crimson peak afficheL'histoire : Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : "Prends garde à Crimson Peak". Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse "imagination", Edith est tiraillée entre deux prétendants : son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael.

La critique Nelfesque : Guillermo Del Toro est un réalisateur que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé pour son Labyrinthe de Pan. Ses films ont une esthétique particulièrement bien léchée et "Crimson Peak" ne déroge pas à la règle.

Nous ne sommes pas ici dans le film d'horreur à la mode et si vous êtes adeptes des longs métrages à sensations en vogue en ce moment pour leur effet "sursaut" mais souvent dépourvus de charme, vous pouvez passer votre tour. Dans "Crimson Peak", on ne sursaute pas vraiment, l'histoire se met en place tout doucement et on se rapproche plus ici du conte horrifique et de la romance tragique que du film à sensations. "Crimson Peak", c'est un retour au film de genre classique avec une esthétique gothique aux décors sublimes, à l'ambiance glaçante et à la photographie maîtrisée. Une vraie réussite pour les amoureux du genre.

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Dans ce long métrage, Del Toro nous transpose dans l'Amérique et l'Angleterre des premières années 1900. Edith est une jeune fille moderne pour son époque. Elevée par un père aimant et ouvert, elle souhaite faire éditer son premier roman faisant la part belle aux esprits auxquels elle croit et avec lesquels elle peut entrer en communication. Succombant aux charmes de Sir Thomas Sharpe, elle va s'installer avec lui en Angleterre, à Allerdale Hall, vieux manoir à l'architecture saisissante mais à l'isolation douteuse. Le domaine tombe en décrépitude et la vie au manoir est aussi froide par son apparence que par ses habitants.

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La demeure est un personnage à part entière dans ce film. A l'image du frère et de la soeur Sharpe qui occupent les lieux, la bâtisse à un charme ancien, vestige d'une gloire passée, mais apparaît comme souffrante, agonisante et par là même inquiétante. Avec ses carrières d'argile rouge en sous-sol, la terre du domaine suinte du sang sur cette vaste étendue enneigée l'hiver et, telle des sables mouvants, attire peu à peu le manoir dans ses profondeurs. Avec un budget de 50.000.000 $ (non je n'ai pas rajouté de zéros), Guillermo del Toro avait de quoi faire un truc bien et c'est exactement ce qu'il a fait ! Visuellement, ce film est une claque !

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Avec un scénario très classique, "Crimson Peak" est clairement un hommage aux films d'horreur d'autrefois. Une histoire d'amour compliquée, une rivalité larvée et des esprits égarés. Voici en quelques mots le résumé de ce long métrage. Le reste est un magnifique paquet cadeau où chaque plan est d'une beauté à couper le souffle et où chaque détail du décor, chaque tache sur la robe de l'héroïne, sont exactement au bon endroit. Un beau film, comme on aimerait en voir plus souvent. L'amour de Guillermo del Toro pour l'univers romantico-gothique crève l'écran.

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La critique de Mr K : 5/6, un très beau moment de cinéma que le dernier film de Del Toro qui remonte dans mon estime avec cette histoire mêlant subtilement chronique sociale du XIXème siècle, romance et un soupçon de fantastique-épouvante. Je n'avais guère goûter à son Pacific Rim (les robots géants ce n'est pas trop mon truc) mais Crimson Peak est une vraie bombe visuelle qui m'a rabiboché de suite avec le bonhomme.

Edith, fille d'une bonne famille américaine, aspirante écrivaine fascinée par les fantômes depuis une visite qu'elle a reçu de sa mère décédée, ne se sent pas à sa place dans la société huppée de son époque. Trop d'imagination, trop de liberté avec les convenances lui fait-on remarquer régulièrement sauf son père qui l'aime tendrement et souhaite ce qu'il y a de mieux pour elle. Son destin bascule quand elle fait la rencontre de Sir Sharpe, un jeune noble désargenté venu d'Angleterre pour trouver les fonds nécessaires pour la poursuite de ses travaux d'ingénierie et la remise en état du manoir familial de Crimson Peak. Une romance s'esquisse entre les deux jeunes gens mais une ombre semble errer autour d'eux: une sœur distante et froide, la mort mystérieuse du papa de la mariée et l'installation dans le manoir de Crimson Peak vont faire basculer le destin d'Edith.

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Ce qui frappe en premier lieu, c'est la beauté de ce film. On frise la perfection tant costumes, décors, paysages sont travaillés entre reconstitution plutôt fidèle de l'époque et envolées plus fantastiques comme les spectres et certains aspects de décoration intérieure. Del Toro joue beaucoup sur le contraste et sur les couleurs qui s'opposent allant du plus vif au plus sombre. Magnifique pour les yeux, le film émerveille par la virtuosité de tous les petits travailleurs de l'ombre qui contribuent à produire un spectacle d'une rare beauté seulement dépassé ces dernières années par Tales of tales que j'ai trouvé plus poétique à ce niveau là. Crimson Peak évolue dans un autre style plus ostentatoire et plus grand public, d'où sans doute cette débauche d'effets de style (y compris dans les cadrages parfois sublimes). Et puis, quoiqu'on pense de lui, Del Toro a toujours été très généreux avec son public qui ici trouvera tout ce qu'il attend.

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Les acteurs assurent bien leur rôle notamment Tom Hiddleton qui sort du personnage caricatural de Loki dans la série de films Marvel (je suis loin d'être fan!) pour camper un Sir Sharpe qui tour à tour nous séduit, nous inquiète et inspire la compassion. Personnage non lisse par excellence, l'acteur fait montre d'un grand talent d'interprétation et nous livre un personnage ambigu et fascinant. J'ai aussi beaucoup apprécié l'actrice d'Alice (Mia Wasikowska) qui apporte une douceur et un charme un peu désuet, sensible et non tapageur, une touche de grâce et de légèreté qui détonne avec le reste du film. La romance des deux tourtereaux est rondement menée entre pas en avant et reculs successifs, deux êtres qui se cherchent, se trouvent et se perdent. Loin d'être une histoire gnangnan, on rentre ici dans l'amour viscéral et romantique, le ton faisant penser au grandiose Dracula de Coppola ("Mina, vous êtes si proche"). L'amour est ce qui se dégage le plus de film, peu ou pas de passages d'épouvante. Pas de sursauts pour ma part, n'y allez pas pour cela vous seriez déçu!

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Deux raisons me font mettre seulement un 5/6 à cette belle entreprise. Le scénario tout d'abord, qui même s'il se révèle plus complexe qu'on ne le pense, reste plutôt classique et prévisible. Aucune surprise et j'ai eu plus l'impression de voir différents films plus vieux compilés (films de maison hantée avec des esprits en souffrance, romance à la Tim Burton et suspens hitchkokien entre le frère et la sœur). Beau produit mais pas de réelle imagination dans le contenu, c'est ballot. Puis pour moi, il y a le cas Jessica Chastain qui ici livre une prestation juste sympathique. Dommage car cela amoindrit, je trouve, la révélation finale pas piquée des hannetons.

Mais ne restons pas sur ces deux remarques négatives, Crimson Peak est de l'étoffe de ce qui se fait de mieux en terme d'évasion en ce moment. Vous vous émerveillerez devant la beauté du métrage et frémirez à l'occasion des mésaventures d'Edith. À voir absolument au cinéma pour en profiter au maximum.

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dimanche 25 mars 2012

"La Nuit éternelle" de Guillermo Del Toro et Chuck Hogan

la-nuit-eternelle-coverL'histoire: Une nuit sans fin s'est abattue sur la Terre depuis l'apocalypse nucléaire déclenchée par le maître. Les vampires, qui ont proliféré à un rythme vertigineux, ont réduit les humains à l'état de bétail, car, à leurs yeux, seul leur sang a encore de la valeur.

Un groupe de survivants résiste encore. Mais Ephraïm Goodweather, leur leader, n'est plus que l'ombre de lui-même: il ne s'est jamais remis de l'enlèvement de son fils et de la liaison entre sa petite amie, Nora, et son allié, Fet. Profitant de son désespoir, le maître lui propose d'épargner son fils en échange de l'Occido Lumen. Dans ce très ancien manuscrit, préservé au prix du sacrifice du professeur Setrakian, se trouve la clef pour détruire le Maître.

Ephraïm fera-t-il passer la vie de son fils avant le salut de l'humanité?

La critique de Mr K: Après quelques mois d'attente, j'ai pu finalement lire la fin de la trilogie de Del Toro et Hogan commencée par La Lignée et poursuivie par La Chute. Je vous avais fait part de la grande attente qui était la mienne à la fin de la lecture du tome 2. Et ben, ça a fait pshiiit comme l'a dit avant moi un grand amateur de croupes de ruminantes. Et encore, je reste poli car vous n'avez qu'à demander à Nelfe, je suis passé par tous les états au fil de cette lecture, le tout aboutissant à une grande déception doublée d'une colère que je n'avais pas ressenti depuis les épisodes 2 et 3 de Matrix ou l'épisode I de Star Wars (j'avais failli arracher les sièges du cinéma de Nanterre!). Bref, dégouté le Mr K!

Et pourtant, il ne manque pas de qualités ce livre! Les chapitres s'enchainent rapidement, la mayonnaise prend, les vampires sont bien thrash à la sauce Templesmith (30 jours de nuit) et franchement, je n'ai pas pu décrocher avant d'avoir fini. Certes la qualité littéraire est maigre mais les deux compères s'y connaissent en matière de suspens et de rebondissements... mais malheureusement pour eux ça ne veut pas dire pour autant qu'on puisse prendre ses lecteurs pour des cons! Moi le premier, j'en suis un... d'avoir banqué 21,50 euros pour cette bouse me retourne encore le bide...

Tout d'abord un postulat: j'adore le cinéaste Guillermo Del Toro. Le Labyrinthe de Pan est pour moi un classique et j'ai apprécié les Hellboy. Du coup, j'attendais de sa part le même génie au niveau littéraire. Grand mal m'en a pris vu que je me retrouve, dans ce volume trois, face à une "production" américaine bas de gamme, limite gerbante. Tout d'abord, nous n'avons plus vraiment de personnages devant les yeux mais des caricatures outrancières ce qui fait qu'on voit les choses arriver à 10 000 lieues à la ronde, la psychologie est réduite à son strict minimum et la beaufitude est érigée au sommet des qualités humaines (voir le personnage de Gus qui se révèle épouvantable et qu'on a envie de tuer tout au long du livre, ça finit par arriver et tant mieux!). Dieu est désormais omniprésent. D'ailleurs les vampires sont ses rejetons ou plus précisément les restes du cadavre d'un ange déchu!!! Oui, vous avez bien lu! D'un mythe païen mélangeant violence et sexe (Aaah! Bram Stocker me manque énormément d'un coup!), il faut que des bondieuseries viennent gâcher l'ensemble! Le héros a des visions qui lui disent quoi faire, il finit par se sacrifier... ça ne vous rappelle rien?! À la fin de ma lecture, je ne savais plus s'il fallait que j'en rie ou que j'en pleure! Rajoutez à cela un chapitre sur deux dédié à des scènes de baston à la Vandamme et vous obtenez ce livre que je qualifierai de bel étron littéraire!

Ouf! Ça fait du bien quand c'est dit! Vous l'avez compris, ma déception est immense face à ce que je considère comme un gros gâchis. Certes les deux premiers volumes n'étaient pas exceptionnels mais franchement il faut savoir s'arrêter avant de pourrir son travail. À lire seulement si vous n'avez jamais rien lu sur les sujets suivants: vampire et fin du monde. À lire aussi pour tous les amateurs de la série 7 à la maison car ils y retrouveront le manichéisme bien rétrograde et une coulée de bons sentiments factices à la mode Camdel. Pour les autres, franchement à part si vous avez lu les deux premiers tomes, passez votre chemin pour éviter toute perte de temps car franchement vous trouverez dix fois mieux sur les mêmes thèmes! Guillermo contente toi de faire des films!!!

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mardi 23 août 2011

"La chute" de Guillermo Del Toro et Chuck Hogan

La-ChuteL'histoire: Tandis que les vampires envahissent les rues de New York, l'épidémiologiste Ephraïm Goodweather, le professeur Abraham Setrakian et un petit groupe de rescapés tentent de s'organiser au milieu du chaos. Car, partout dans la ville et dans le monde, des émeutes éclatent, des milices se mettent en place et les êtres humains se retrouvent impuissants face à leurs prédateurs, les vampires.

Ephraïm et ses amis pourront-ils faire échouer le plan diabolique du Maître qui menace de plonger l'humanité dans la nuit éternelle?

La critique de Mr K: Finalement, j'ai pu lire le deuxième volume de cette trilogie très vite. Nelfe voyant mon désarroi à l'idée de ne pouvoir le lire avant fin août est passée me le prendre sur Lorient juste avant notre départ pour le Sud-Ouest. Il faut dire que le précédent volume m'avait laissé haletant et ma frustration était grande à l'idée de l'attente forcée qui s'annonçait...

On retrouve dans "La Chute" toutes les qualités de "La Lignée". Un scénario plus complexe qu'il en a l'air avec dans cette suite une ramification encore plus dense des relations entre les personnages. Ainsi, on en apprend encore plus sur la nature exacte des vampires et du lien qui les unit entre eux. Le plan du Maître est lui aussi plus clair même si des zones d'ombre perdurent (faut bien que les auteurs écrivent le troisième volume!). Les héros-résistants s'épaississent, des petits nouveaux apparaissent mais des personnages clefs vont quant à eux disparaître à jamais (dont un que j'affectionnais tout particulièrement). De ci de là, des passages font écho aux défauts du monde actuel et la marche forcée de l'humanité vers sa propre perte, exemple avec le passage ci-dessous (page 228-229) où un puissant homme d'affaire explique son rôle et son ambition pour le nouveau monde à venir: Nous, la caste supérieure, exploitons les besoins basiques de l'homme pour bâtir nos fortunes. Nous avons monétisé les envies de consommation de l'humain, manipulé la morale et les lois pour diriger les masses grâce à la peur ou la haine, et, ce faisant, réussi à créer un système qui concentre la majorité des richesses mondiales entre les mains d'une poignée de privilégiés. Pendant deux mille ans, cette organisation a plutôt bien fonctionné, je crois, mais toutes les bonnes choses ont une fin. Vous avez pu constater, lors de la récente crise des marchés, que nous fonçons droit dans le mur. De l'argent issu d'argent issu d'argent. Ne reste qu'une alternative: l'effondrement total […]. Ça fait froid dans le dos tant le réalisme colle alors à une œuvre avant tout fantastique et délirante. L'écriture reste agréable et simple, pas de souci pour rentrer dans le récit cette fois-ci! On retrouve aussi des passages gores et des descriptions hallucinantes. L'atmosphère apocalyptique est bien rendue et rarement un livre n'a aussi bien porté son titre.

On n'est pas pour autant devant un authentique chef d'œuvre malgré des qualités indéniables. A mes yeux, on ne peut reprocher à cette entreprise qu'un seul écueil: le manque d'originalité. Certes ça se lit bien, on prend son pied et on veut savoir la suite... mais on est trop peu surpris au cours de cette lecture. Beaucoup de situations ont déjà été traitées, les rapports entre personnages sont parfois caricaturaux et nous avons devant nous une vision bien centrée sur l'Amérique (au contraire d'un bon bouquin comme World War Z de Max Brooks).

Mais bon, je ne vais pas bouder mon plaisir pour autant. J'ai vraiment aimé ce second volume et j'attends avec impatience l'ultime tome de la trilogie tant mon attente est forte pour savoir ce qui va arriver aux survivants et assister peut-être au renouveau de l'humanité. Une bonne lecture distrayante à souhait, idéale pour les vacances d'été.

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vendredi 19 août 2011

"La lignée" de Guillermo del Toro et Chuck Hogan

la ligneeL'histoire: Depuis son atterrissage à l'aéroport de JFK à New York, un avion en provenance de berlin ne répond plus à la tour de contrôle. Le spectacle qu'Ephraïm et son équipe d'épidémiologistes découvrent à bord a de quoi placer le sang: tous les passagers, sauf quatre, sont morts, en apparence paisiblement. Ont-ils été victimes d'un attentat au gaz? D'une bactérie foudroyante?

Lorsque, le soir même, deux cents cadavres disparaissent des morgues de la ville, Ephraïm comprend qu'une menace sans précédent plane sur New York. Lui et un petit groupe décident de s'organiser. Et pas seulement pour sauver leurs proches, car c'est la survie de l'humanité tout entière qui est en jeu...

La critique de Mr K: Tentation quand tu nous tiens! Je me baladais innocemment dans un rayon librairie quand le présent volume m'a fait de l'œil. J'en avais entendu parlé, il s'est pas mal vendu à ce que j'ai pu comprendre et Nelfe l'avait dans sa wishlist. Résultat des courses: une bonne claque et une immense envie de lire la suite! Et pourtant ce n'était pas gagné...

Fuyant la mode en général comme la souris raisonnable face à Speedou (le chat du voisin), je n'ai rien suivi de la percée vampirique dans les livres dit "in". Je suis un fan inconditionnel du Dracula de Bram Stocker et quand j'ai vu une déferlante de vampires poudrés et romantiques gnangnans, je me suis dit "Le monde part à volo, on ne respecte plus rien!". Certes Dracula est un être romantique mais c'est aussi une bête sauvage, assoiffée de sang et loin d'être des plus séduisante (selon les conventions morales admises du moins). J'avais retrouvé cela dans le 30 jours de nuit de Templesmith. Aujourd'hui, je l'ai apprécié de nouveau dans La Lignée qui après un temps d'adaptation s'est révélé trépidant, ingénieux et puissant.

Vous avez bien lu, cette lecture s'est révélée décevante sur les 50 premières pages. J'ai trouvé que ça manquait d'accroche, l'écriture me semblait décevante et l'histoire tardait à s'installer. Et puis les éléments se recoupent, les pièces du puzzle commencent à s'assembler et on entraperçoit les mécanismes mis en place par les auteurs. Une gigantesque toile d'araignée où se débattent tous les protagonistes de ce premier volume d'une trilogie. Les points de vue sont multiples et on passe de personnage en personnage, d'existence en existence en l'espace de trois pages le plus souvent. Les chapitres sont courts et incisifs et sont autant de pierres posées les unes aux côtés des autres pour arriver à un grand tout, plein de promesses. Un style intéressant et fort bien utilisé qui m'a rappelé un autre très bon moment de littérature: World War Z de Max Brooks.

Plus on avance dans sa lecture plus les personnages s'épaississent et les liens apparaissent. On s'attache très vite à un certain nombre d'entre eux. Les créatures tiennent toutes leurs promesses mais sachez que la mythologie du vampire est ici ébranlée même si des fondamentaux demeurent. Attendez-vous à un savant mélange entre fantastique et cours de biologie moléculaire. L'ambiance qui se dégage m'a fait pensé à celle ressentie lors du visionnage de 28 jours plus tard et 28 semaines plus tard: un mélange entre paranoïa, confrontations et quelques péquins qui essaient de s'en sortir comme ils peuvent. Mention spéciale au personnage d'Abraham Setrakian, vieux rescapé des camps de la mort, chasseur de Strigoï (vampire) aussi attachant que décalé dans un univers marqué par la modernité. Del Toro connaissant ses classiques, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a ici un hommage à peine dissimulé à Peter Cushing et autres chasseurs de Nosferatu rentrés dans le panthéon du cinéma de genre.

Ce fut une excellente lecture, très addictive et on ressort de là avec une envie furieuse de lire la suite. Parce qu'il y a une suite... pas encore sortie en poche mais que je vais me dépêcher de dégoter pour la lire pendant notre périple de l'été. Ce premier tome de cette trilogie est une vraie réussite entre respect des codes et innovations intéressantes. L'écriture est brut de décoffrage, le background bien cerné et l'intérêt constant dès que l'histoire est vraiment lancée. Vivement la suite!