samedi 9 septembre 2017

"La Grand-mère de Jade" de Frédérique Deghelt

La-grand-mere-de-JadeL'histoire : Quand Jade, une jeune femme moderne, "enlève" sa grand-mère pour lui éviter la maison de retraite et fait habiter à Paris celle qui n'a jamais quitté la campagne, beaucoup de choses en sont bouleversées. A commencer par l'image que Jade avait de sa Mamoune, si bonne, si discrète...
Une histoire d'amour entre deux femmes, deux générations, au dénouement troublant...

La critique Nelfesque : Voici un livre que j'ai traîné dans ma PAL des années. Repéré lors de sa sortie en broché chez Actes Sud en 2009, pour tout dire, il me faisait peur. Je suis tombée dessus en version poche quelques années plus tard, je l'ai acquis mais je l'ai laissé prendre la poussière. Et puis cet été je me suis dit que c'était le bon moment. Il y a des romans comme "La Grand-mère de Jade" que l'on sacralise. Ici, j'appréhendais l'émotion qu'il pouvait susciter en moi. Tout ce qui touche à la vieillesse me touche beaucoup et lorsqu'il s'agit de rapport grand-mère / petite fille, je n'arrive pas à mettre de filtre et m'identifie très (trop ?) facilement.

Dès les premières pages, je sens bien la boule qui se forme dans ma gorge. Je connais cet amour qui lie une jeune fille à une femme plus âgée de sa famille. J'ai la chance de l'avoir vécu. Je sais que l'histoire ne peut se terminer autrement qu'avec le décès de cette femme et j'en ai déjà le coeur retourné. Puis peu à peu, se dégage de ce roman un ton que je n'avais pas envisagé. La légèreté.

"La Grand-mère de Jade" est un roman sur la vie, sur la vieillesse, sur les liens familiaux. Mais c'est aussi une magnifique déclaration d'amour à la lecture. Jeanne est une femme que ses petits-enfants surnomment Mamoune. Qui est vraiment Mamoune, si ce n'est cette mamie gâteau aimante et protectrice ? Personne ne se pose réellement la question. Mamoune a toujours été Mamoune. Frédérique Deghelt va peu à peu lever le voile sur ce personnage qui, bien plus qu'une grand-mère, est une femme avec ses secrets.

Pour lui éviter la maison de retraite, Jade décide sur un coup de tête d'aller la chercher et l'emmener vivre avec elle dans son petit appartement parisien. Sans demander l'avis de ses parents, de ses tantes, de sa famille. Comme un cri du coeur, cette solution est la seule qui s'impose à l'esprit de Jade. La grand-mère se laisse prendre au jeu et suit, non sans appréhension mais prête à vivre une nouvelle vie, sa petite-fille. Ensemble, elles vont affronter le quotidien, veiller l'une sur l'autre, s'entraider, se conseiller. Quand l'une veut écrire un roman, l'autre la corrige et lui cherche un éditeur, quand l'autre se livre sur son passé, la seconde l'écoute avec curiosité et surprise. Toutes deux vont se découvrir mutuellement, se donner du courage et s'aimer d'autant plus.

"La Grand-mère de Jade" ne m'a pas bouleversée autant que j'aurais pu le penser mais j'y ai trouvé une très belle relation intergénérationnelle et une ode à la lecture fine et respectueuse. Le genre de roman qui fait du bien, qui redonne foi en l'être humain. Jusqu'à l'ultime révélation finale qui tombe comme un couperet. Frédérique Deghelt surprend et fait réfléchir. Une belle découverte !

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Vie d'une autre"
- "L'oeil du prince"

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lundi 31 octobre 2016

"La Vie d'une autre" de Frédérique Deghelt

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L'histoire : Marie a vingt-cinq ans. Un soir de fête, coup de foudre pour le beau Pablo, nuit d'amour et le lendemain... Elle se réveille à ses côtés, douze ans plus tard, mariée, mère de trois enfants, sans un seul souvenir de ces années écoulées. Comment faire pour donner le change à son entourage ? Et comment retrouver sa propre vie ?

La chronique de Mr K : C'est une belle lecture que je vais vous présenter aujourd'hui avec un ouvrage de Frédérique Deghelt dont la quatrième de couverture m'a de suite interloqué lors d'une quête effrénée d'une galette saucisse digne de ce nom (si si, rappelez-vous, la journée avait mal commencé à l'époque). Franchement, impossible de résister surtout que cette auteur m'avait séduit lors d'une lecture précédente : L'Oeil du prince. Grand bien m'a pris de me porter acquéreur de La Vie d'une autre qui s'est révélé aussi étrange que son résumé, maîtrisé de bout en bout et diablement enrichissant.

Le postulat est simple : Anna se réveille un jour avec un vide de 12 ans. Pour elle, son mari est le jeune homme avec qui elle a passé une folle nuit le soir précédent ! Sans aucun repère, complètement larguée, la voilà confrontée à sa vie de couple, ses enfants, ses amis et sa famille. Difficile de s'y retrouver quand on n'a aucun repère de la vie qu'on est censé avoir vécu. De tâtonnements en surprises, elle va tenter de retrouver sa mémoire et va se redécouvrir elle et sa vie avec son lot de choix et de fuites en avant.

Dans ce genre d'histoire, il faut absolument que le personnage central soit réussi. Le moins que l'on puisse dire est qu'ici c'est le cas avec une héroïne décortiquée et ciselée à souhait. Écrit à la première personne, ce roman permet de rentrer dans son esprit embrumé et de suivre son processus de renaissance. Le mot n'est pas trop fort pour désigner le phénomène qu'elle affronte et qu'elle va devoir dépasser. Elle se retrouve dans le corps d'une femme ayant construit sa vie alors que son esprit reste celui d'une fille rentrant dans la vie active. Le choc est puissant et désarçonnant dans un premier temps. Elle doit se confronter aux choix qu'elle a du faire et au temps qui a passé, semant espoirs et déceptions sur son chemin.

Autour d'elle gravitent du coup de parfaits inconnus (à part ceux dont elle a gardé le souvenir de sa vie d'avant) qu'elle va devoir réapprendre à connaître, certains se révélant des épaules solides sur lesquelles s'appuyer. Mais difficile de se confier à son proche entourage (maris et enfants en première ligne) quand on ne sait pas dans quoi on met les pieds. Cela donne des ambiguïtés, des quiproquos, des jeux du chat et de la souris totalement surréalistes par moment mais tellement émouvants. Les émotions perlent des mots de ce recueil et cette femme qui nous est livrée nue et sans parage, seulement livrée à elle-même est touchante au possible.

Surtout qu'au bout d'un moment, on se rend compte que cette amnésie partielle cache un traumatisme psychologique profond, une fêlure que l'image de mariage modèle véhiculée par les proches et les amis masque totalement. Peu à peu, l'héroïne va se rapprocher d'une vérité qui va tout changer, lui révéler qui elle est vraiment et surtout l'aiguiller vers la direction qu'elle doit prendre ensuite. Beau parcours de vie finalement malgré l'étrangeté du ressort principal, on peut se reconnaître dans les épreuves et interrogations que l'héroïne affronte pendant les quelques 250 pages de ce roman aussi court que puissant.

L'écriture de Frédérique Deghelt reste toujours aussi séduisante, accessible mais très dense, les pages se tournent toutes seules et le plaisir est renouvelé à chaque paragraphe. L'addiction est assez immédiate et l'on ne peut s'empêcher de se projeter sur l'après, l'ailleurs où se dirige tout droit Anna. L'auteur explore à merveille les abysses de l'âme humaine, sans artifices et sans fard, en nous présentant juste la clarté et les contradictions d'une existence. Un petit bijou de lecture.

Posté par Mr K à 16:47 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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jeudi 30 juin 2016

Puces de Doëlan (29)

En pleine saison des vide-greniers et autres brocantes, dimanche dernier nous sommes allés à celui organisé dans notre commune. Cadre très sympa, en bord de Scorff, c'est toujours un plaisir d'aller fouiner par là-bas chaque année. Oui mais voilà, cette fois-ci, c'est le drame ! Mr K tombe sur une galette-saucisse immangeable ! Galette cartonneuse et cassante et saucisse à peine cuite. Pour Mr K, on touche là à quelque chose de sacré (alléluia) et ce problème de cuisson est vu comme un blasphème (amen) ! Vite, il faut trouver une solution, détourner son attention ! Viiiiite !

Le matin même, j'avais remarqué que se tenaient le même jour les Puces de Doëlan. Il est à peine midi passé, Doëlan est à quelques kilomètres et j'adore ce petit port été comme hiver. Hop, tout le monde dans la voiture, c'est parti pour la découverte de cet événement. Je m'attends à une sortie des plus agréables et c'est une excellente idée pour changer les idées de mon glouton de mari... Qui sait, en plus, il y aura peut-être un autre stand de crêpes là-bas (héhé)...

Puces Doëlan 4

Le soleil est là (je suis même revenue rouge écrevisse sur une épaule, je suis maintenant bi-goût, youpi !), le cadre est parfait. On fouille dans les bacs, on découvre avec plaisir les stands de particuliers et de professionnels. Un savant mélange bien dosé.

Puces Doëlan 6

Benoîte Groult étant décédée il y a quelques jours, cette promenade à Doëlan a une saveur particulière. Nous sommes triste à la vue de sa maison, on y pensera forcément à chaque passage sur ce port...

Puces Doëlan 5

Nous nous sommes concentrés sur les bouquins, Mr K étant à la recherche de certains classiques, il a fait de belles trouvailles. De mon côté, je ne me suis contentée du paysage. Je n'ai pas craqué et je vous laisserai découvrir les acquisitions de Mr K dans la seconde partie de cet article. Pour l'heure, je vous offre quelques vues supplémentaires du cadre dans lequel nous avons évolué dimanche dernier (avouez que nous sommes à plaindre !) et je laisse maintenant la parole à Mr K qui va vous présenter ses trouvailles.

Puces Doëlan 2

Puces Doëlan 3

Puces Doëlan 7

Puces Doëlan 1

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A défaut de trouver une galette-saucisse digne de ce nom, le hasard a mis sur mon chemin un certain nombre d'ouvrages à des prix vraiment modiques (0.5€ la pièce en général). Comme dans le domaine des acquisitions livresques, je n'ai aucune volonté... Voici le résultat !

Acquisitions ensemble

Neuf ouvrages de plus dans la PAL ! Quelques classiques pas encore lus, des auteurs plus contemporains que j'affectionne et un saut dans l'inconnu ! En bonus, Nelfe et moi avons même mis la main sur un jeu de société pour deux autour du Seigneur des anneaux. Beau butin pour un début d'après-midi enchanteur entre site magnifique et brocante à ciel ouvert. Suivez le guide des acquisitions du week-end dernier !

Acquisitions

- L'Arbre de santal de Tarjei Vesaas. Un Actes sud de plus à mon actif avec cette histoire d'une famille partant sur les routes pour fuir une mystérieuse menace. S'apparentant à un récit initiatique (tout ce que j'aime !), je vais découvrir un nouvel auteur qui nous convie à priori à un voyage de l'autre côté des choses, de l'autre côté de la nuit... Tout un programme !

- Le Procès de Kafka. En lisant l'excellent ouvrage que lui consacre Xavier Mauméjean, j'avais très envie de relire du Kafka. Le Procès est sans doute son oeuvre la plus connue, je l'ai lu à 16 ans et j'avais adoré. Le temps a passé, l'heure est venue pour moi de le relire et de confronter cette lecture avec mon vécu et mon expérience. En plus, le héros porte le même patronyme que moi ! L'occasion fait le larron.

Acquisitions 4

- L'Adieu aux armes d'Ernest Hemingway. Un des livres préférés des français selon divers classement, bizarrement j'étais passé au travers depuis tout ce temps ! Et pourtant, j'aime Hemingway et son écriture d'une densité incroyable, son universalisme et son humanisme sans fard. J'ai bien hâte de m'y remettre avec ce récit se déroulant durant la Première Guerre mondiale mêlant histoire d'amour et réflexion sur la barbarie.

- En un combat douteux... de John Steinbeck. Pour ceux qui nous suivent, vous connaissez mon profond attachement à ce géant de la littérature. Steinbeck a un don incroyable, celui de conjuguer universalité de ses récits et personnages au charisme fort. Il est ici question d'une grève pendant la grande dépression, Steinbeck s'attachant à suivre les pas de deux ouvriers syndiqués. Toujours d'actualité, ce titre a lui aussi bonne presse dans l'oeuvre du maître. Encore une lecture prometteuse en vue !

Acquisitions 2

- Les Quarante cinq d'Alexandre Dumas. Encore un auteur que j'aime et qui s'offre à moi au détour d'un stand. J'avais bien envie de me remettre au roman historique, c'est l'occasion rêvée avec ce double volume se situant après l'action se déroulant dans La Reine Margot sous le règne d'Henri III. Gageons qu'aventures, conspirations et grands moments historiques se succèdent pour mon plus grand plaisir !

Acquisitions 3

- Eldorado de Laurent Gaudé. Voila un livre de cet auteur qui m'avait jusque là échappé. Le tort est désormais réparé ! Le thème est d'actualité avec un roman traitant des émigrants risquant leur vie sur des bateaux de fortune en mer Méditerranée. On nous promet un voyage initiatique, du sacrifice, de la vengeance et de la rédemption. Tout pour plaire, non ?

- Magnus de Sylvie Germain. Dans ma chronique de À la table des hommes, je concluais en disant que cette auteure méritait une deuxième chance tant j'avais été partagé entre deux sentiments contradictoires vis-à-vis de son dernier roman en date. Le destin a tranché, ce sera Magnus qui me permettra de me faire un avis plus sûr sur Sylvie Germain. Prix Goncourt des lycéens en 2005, ce livre raconte la recherche de son passé par un homme amputé de ses souvenirs. Là encore, le résumé est alléchant, il ne reste plus qu'à tenter l'aventure !

- La Vie d'une autre de Frédérique Deghelt. J'avais adoré L'Oeil du prince lors de sa sortie et il me tardait de retomber sur une auteur qui m'avait séduit par sa science de la narration alambiquée et son écriture immersive au possible. Ici, on change de registre avec une femme qui se réveille un beau matin avec un mari et trois enfants ! 12 ans de sa vie se sont envolés depuis un soir de fête bien arrosé en compagnie d'un bel inconnu... Si ça, ce n'est pas un pitch séduisant, je ne m'y connais pas ! D'ailleurs ce sera ma prochaine lecture ! Verdict dans quelques semaines sur le blog... Pas mal de chroniques en attente au moment où j'écris.

Acquisitions 1

- Le Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier. Voici le fameux saut dans l'inconnu dont je vous parlais plus haut. Essai venu d'ailleurs qui a fait grand bruit lors de sa sortie, il est question d'ésotérisme, d'alchimie, de sociétés secrètes, d'irrationnel. L'ombre de Fox Mulder plane au dessus de ce titre bien épais et à la réputation sulfureuse. Wait and see !

Acquisition jeu

Enfin, voici le fameux jeu de société se déroulant dans l'univers de Tolkien. Nous avons hâte de l'essayer avec Nelfe étant des inconditionnels des Colons de Catane et autres jeux du même type. Chacun ici jouera un des deux hobbits principaux (Frodon et Sam en l'occurence, désolé Pipin et Merry on vous aime aussi !) pour aller détruire l'anneau unique en triomphant de différents obstacles. Cela promet des heures de jeu endiablées ! Sauron n'a qu'à bien se tenir !

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Et voilà pour cette fois ! Quitte à me transformer en mamie qui ne parle que de la météo, je dois dire que je ne suis pas mécontente d'avoir une PAL fournie et un nouveau jeu à tester dans les prochains jours... En attendant de pouvoir aller à la plage avec les bouquins et les jeux ! Héhé !

jeudi 9 octobre 2014

"L'oeil du prince" de Frédérique Deghelt

l'oeil du princeL'histoire: Années 1980: Mélodie, une jeune cannoise, commence son journal intime.
1964: Yann, un Français habitant New York, semble avoir laissé sa vie derrière lui. Vingt ans plus tard à San Francisco, Benoît voit son couple se déliter alors même que sa carrière de pianiste connaît une envolée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, deux résistants, Alceste et Agnès se découvrent amoureux grâce à leur correspondance. Celle-ci sera ouverte, un demi-siècle plus tard, par une vieille dame aux pensées habitées par les hommes qu'elle a aimés.

La critique de Mr K: Ce livre est ma première lecture de cette auteure connue notamment pour La grand mère de Jade, roman qui a fait sensation et qui pour le moment est coincé dans la PAL de Nelfe. L'occasion m'a été donnée de lire celui-ci et m'est avis que ce ne sera pas le dernier vu le grand plaisir qu'il m'a procuré entre trame complexe, émotions à fleur de mots et une écriture d'une beauté marquante.

L'œil du prince est un terme technique venu tout droit de l'univers théâtral qui désigne un angle de vue permettant de visualiser la perspective du décor sans déformation. C'est aussi la place d'où l'on voit le mieux le spectacle, autrefois réservée au souverain. C'est justement ce qui a poussé l'auteur à diviser son livre en cinq parties égales présentant cinq trames différentes mais qui, vous l'avez compris, vont se rejoindre et interagir entre elles. Il y est essentiellement question d'amour (ceci sous toutes ses formes) à travers de multiples époques et espaces. En fait, c'est l'humanité dans ses relations à l'autre notamment dans le cadre de la famille qui est ici décortiquée et livrée sans complaisance ni fard au lecteur.

Dans sa construction tout d'abord, ce livre est remarquable. Je n'en dirai pas beaucoup plus pour éviter les spoilers mais sachez qu'il y a un petit organigramme en début d'ouvrage qui met très vite le lecteur sur la voie sans pour autant livrer toutes les clefs de lecture et il y en a! Les interactions sont nombreuses (un peu à la manière d'un Cloud Atlas en simplifié) et les retours en arrière s'avèrent parfois essentiels pour bien capter l'ensemble de l'œuvre. On nage constamment entre histoire plutôt banale en apparence et relations complexes traversant les générations. Des bonds et rebonds ont lieu dans toutes les vies ici exposées dans leur pureté et nudité, la comédie humaine fait le reste. Jeune fille fragile à la découverte d'elle-même, mari narcissique et possessif, retrouvailles entre vieux amis, correspondance de guerre amoureuse et fatale, souvenirs d'une vieille dame, autant d'âmes torturées mais tellement humaines qui plongent avec délice le lecteur captivé dans un récit profond.

Quelle maestria en effet dans la description des sentiments humains! On ne tombe jamais dans le pathos ou l'exagération, la justesse est de mise de la première à la dernière page. Je vous préviens, on ne baigne pas dans le bonheur et c'est une certaine mélancolie qui règne sur ces quelques 380 pages. Pour autant, ce spleen ambiant n'est pas désespérant, ces hommes et ces femmes qui se débattent avec la vie nous touchent, nous émeuvent profondément jusqu'au plus profond de nos entrailles. Il y a un peu de chacun de nous chez eux, des joies, des peines, des processus mentaux, des actes manqués, des comportements induits par un passé parfois trouble. On se reconnaît complètement là dedans et c'est la grande force de ce livre à la puissance évocatrice vraiment hors du commun. On en jubilerait presque si ce n'était pas aussi triste par moment!

L'écriture est de toute beauté. Légère et accrocheuse, on baigne dans des phrasés ouatés et les pages se tournent toutes seules. Les personnages sont ciselés de main de maître, la trame est d 'une redoutable efficacité ménageant un suspens terrible entre trahisons, frustrations et révélations chocs. L'auteur ne lésine pas et fait montre d'un talent certain pour proposer du neuf dans un genre plutôt codifié ne réservant que rarement des surprises. Ici, on est surpris et émerveillé par la même occasion à chaque chapitre sans tomber dans la surenchère et l'artificiel. Je n'irai pas par quatre chemin, ce fut une merveilleuse lecture et une belle découverte d'auteur pour moi. Tentez l'aventure, vous ne le regretterez pas!