dimanche 19 septembre 2010

"Thornytorinx" de Camille de Peretti

thornitorinxL'histoire: Depuis toujours, Camille est une princesse.
Elle doit donc avoir de jolies robes (traduisez: faire du shopping), être intelligente (comprenez intégrer une grande école de commerce) et être toujours la plus belle (en d'autres termes être mince). Elle s'attelle consciencieusement à la tâche et, à vingt ans, c'est une élève brillante, élégante, et une véritable brindille de 50 kilos pour 1 mètre 70. Mais lorsque ses études l'éloignent de ses rêves, que son coeur s'enflamme pour un beau ténébreux et que son poids commence à fluctuer, rien ne va plus.
Son recours? Se faire vomir, systématiquement, jusqu'à l'obsession: Camille est devenue une boulimique anorexique. Seulement, les princesses ne sont pas malades, et pour l'ex-petite fille modèle va alors commencer un long et tortueux combat...

La critique Nelfesque: "Thornytorinx" est un livre très court, 152 pages seulement, mais c'est bien assez pour ressentir le mal être de Camille. Cette jeune fille, élève d'une haute école de commerce, a des problèmes psychologiques concernant son poids depuis plusieurs années. Le long de ces 152 pages, on assiste à son premier vomissement, sa première délivrance, sa première purge. On comprend ce qui se passe dans la tête d'une anorexique boulimique et on la comprend.

Ce livre de Camille de Peretti est un roman à consonance autobiographique. Oui, cette très jolie fille, dont la plastique ferait pâlir de jalousie 80% de la gente féminine, s'est trouvée moche, grosse, n'était pas sûre d'elle et a sombré dans la maladie. Elle sait donc bien de quoi elle parle et quand le personnage principal, Camille, nous expose son malaise, cela sonne horriblement vrai.

Dans ce roman, non content d'être mal dans sa peau et d'avoir besoin de se faire vomir pour se sentir bien, Camille oscille entre bien-être et sentiment de honte, honte d'être comme elle est, honte de devoir mentir et de dissimuler ses agissements à ses proches, ses amis, sa famille. Le ton se veut alors agressif et interpelle le lecteur. On se prend alors en pleine face, tels des uppercuts, les pensées de Camille avec des mots durs et crus. Il faut bien appeller un chat un chat quand on veut guérir! Le début du roman donne le ton: "J'ai vomi partout. Partout où j'ai pu. Autant que j'ai pu. N'importe où, n'importe quoi, n'importe quand. J'ai vomi avec mon index et mon majeur agrippés au fond de ma gorge. J'ai vomi à Paris et à Londres, j'ai vomi à Tokyo. J'ai vomi au réveil, sous le soleil et sous la pluie. En plein jour. Je me suis relevée jusque tard dans la nuit pour vomir. J'ai vomi dans les toilettes de la maison de ma mère, dans les toilettes des appartements de mes copines, dans celles de mon école et dans celles des boîtes de nuit. Puis les toilettes elles-mêmes sont devenues obsolètes. Alors j'ai vomi partout. Dans les rues." Mieux vaut donc avoir le coeur bien accroché ou ne pas être une petite nature...

Camille n'aime pas sa vie mais ne fait rien pour arranger les choses. Elle se laisse porter par l'existence, spectatrice de son destin. Elle n'aime pas les chiffres mais fait une haute école de commerce. Elle n'aime pas être enfermée dans un bureau à lire des journaux spécialisés dans les finances mais choisi de faire son stage dans une très grande banque parisienne. On a alors envie de la secouer, de lui mettre des baffes, de lui dire de vivre sa vie, d'arrêter de se prendre pour une princesse qui doit paraître et d'enfin être ce qu'elle veut être! Quand elle ne pèse plus que 39kg, on s'inquiète pour elle. Oui, je me suis inquiétée pour cette fille qui sous certains aspects ressemble à beaucoup de femmes. Jeune, belle, tonique, elle n'a pas le droit à l'erreur, elle se met la pression toute seule. Rajoutez à cela une mère qui toute sa vie a été focalisé sur son poids et vous aurez le cocktail détonnant d'une jeune adulte paumée.

Comment se termine l'histoire? Je vous invite à le découvrir avec ce livre court mais intense. Au final ce n'est pas de la pitié que l'on ressent pour Camille mais une très grande empathie. Les bien-pensants adeptes du "quand on veut, on peut" ne s'en remettront pas.

Posté par Nelfe à 17:28 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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