samedi 20 août 2016

"Contes du lundi" d'Alphonse Daudet

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Le contenu : Daudet écrit ce recueil de nouvelles sous le coup de la guerre de 1870. Dans la première partie, ''La Fantaisie et l'histoire'', son propos est moins de s'attarder à des faits militaires hauts en couleur que de décrire le quotidien d'une guerre vécue au jour le jour par de petites gens. La seconde partie, ''Caprices et souvenirs'', évoque plutôt ses mémoires personnelles.

La critique de Mr K : Retour à un auteur qui a enchanté mes jeunes années avec ce recueil de nouvelles dégoté à prix d'or au détour d'un étal de brocante. J'avais dévoré à l'époque les fameuses Lettres de mon moulin et plus proche d'aujourd'hui j'avais apprécié de replonger dans Le Petit chose. Cette nouvelle lecture n'a fait que confirmer tout le bien que je pense de Daudet qui se révèle intemporel et toujours aussi moderne dans son écriture.

Comme précisé en quatrième de couverture, la première partie du recueil est consacrée à la guerre de 1870, injustement méconnue par nos compatriotes à cause bien souvent des programmes surchargés des classes de quatrième qui font la part belle à Louis XIV, la Révolution Française et Napoléon. Rappelons juste qu'en 1870, on s'est tout de même pris une sacré rouste face à la Prusse de Bismarck et que nos adversaires étaient rentrés dans Paris. Contemporain des faits, Daudet a été marqué par cette défaite et à travers de micro-récits n'excédant jamais les 5 à 6 pages, il appréhende la déroute à travers les faits et gestes des petites gens et de manière générale par le quotidien chamboulé de certains français.

Ainsi, on débute par un excellent texte mettant en scène le dernier jour de classe d'un instituteur dans un village alsacien devenu allemand (perte de l'Alsace-Lorraine oblige) qui va professer son dernier cours en français et marquer sa résistance par la même occasion. On suit aussi l'exode de certaines familles qui fuient les prussiens, l'espérance de mères de soldats qui attendent le retour de leur fils prodigue, on parcourent les rues de Paris en pleine insurrection face à l'imminence du péril. Daudet nous conte aussi la guerre vécue par la ville de Tarascon (pas de Tartarin en vue par contre), les atermoiements d'un maréchal plus préoccupé par sa victoire au billard que par les bombardements d'artillerie qui s'intensifient aux alentours ou encore, l'exil forcé de paysans en ville et leur nécessaire adaptation à la vie citadine. Bien d'autres récits peuplent cette première partie, ils sont tous plein de vie, soufflent un parfum de réalisme et d'humanisme, n'exagérant en rien une réalité pénible mais trop souvent oubliée. Le ton est sobre, les récits parfois âpres tant on côtoie la misère, le désespoir et l'aspect sombre de la nature humaine.

Pour contre-balancer cela, la deuxième partie nous propose toute une série de courts récits (nommés "caprices" par l'auteur) aux sujets variés allant de l'humour noir, au fantastique, en passant par du naturalisme et du récit de vie mélancolique et nostalgique. Au sommet, on retrouve les fameuses Trois messes basses, dont la version racontée par Fernandel m'avait bien plu le dernier jour d'école avant les vacances de Noël en CE2. Oui je sais, c'est du sacré souvenir mais que voulez-vous, il y a des expériences qui marquent ! On retrouve aussi de beaux textes évoquant la Commune de Paris et les massacres perpétrés au nom de l'Ordre, des déambulations en ville, une vieille maison en vente, un gamin qui fait l'école buissonnière à court d'excuse recevable, une série de paraboles entre gastronomie et paysages (texte très étonnant s'il en est !), le destin tragique d'une belle créole et toute une pléthore de textes à la fois touchants, quasi documentaires et parfois très déroutants. Plus d'une fois, l'auteur m'a surpris et par la même occasion ravi.

L'intérêt en effet ne se dément pas durant toute la lecture. Certes certains textes sont plus fragiles, mais l'ensemble se lit bien grâce notamment à la merveilleuse plume de Daudet à la fois alerte et précise, très accessible et franchement moderne pour l'époque. Pas de sclérose ou de lourdeurs ici mais le goût du récit et du conte qui reste immaculé et procure toujours autant de plaisir. Une belle expérience, idéale par un beau soleil d'été. M'est avis que je reviendrai faire un tour du côté de chez Daudet dans les mois à venir, je crois bien en avoir un dans ma PAL.

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samedi 24 janvier 2015

"La dimension fantastique" volume 1, Anthologie présentée par Barbara Sadoul

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L'histoire: Fantômes, revenants, monstres, automates grinçants, objets menaçants, personnages aux pouvoirs surnaturels... Ils sont tous là! Ils approchent! Ce sont nos peurs qui se réveillent et prennent forme, grouillent et rampent à nos pieds... Entendez-vous les loups! Surgis de l'imagination des plus grands écrivains classiques et modernes, ces personnages sont éternels. Ils raniment, le temps d'une lecture, la magie mais aussi les terreurs de l'enfance.

La critique de Mr K: Cette anthologie parue aux éditions Librio est le premier tome d'une série de trois consacrée au genre très particulier de la nouvelle fantastique. Une fois de plus, c'est au cours d'une errance toute innocente chez l'abbé que je dégotai ce volume et ses deux petits frères, je me propose aujourd'hui de parler de l'aîné. Dans les semaines à venir viendront les deux suivants.

Auteur jeunesse, spécialiste du fantastique, comédienne et professeur de théâtre, Barbara Sadoul nous convie ici à un voyage fort en émotion dans les domaines du fantastique et ceci en terres littéraires françaises, allemandes et américaines notamment. Elle couvre donc un espace géographique large mais aussi une temporalité étendue depuis le XIXème siècle (âge d'or dans le domaine) au début du XXème siècle. À travers une préface courte et enlevée, elle plante le décor avec un mini-historique du genre et quelques références bien senties. Je ne suis pas forcément adepte de préfaces que je lis ou non selon l'humeur mais celle-ci a le mérite de bien nous préparer à la suite sans atermoiements inutiles.

L'ouvrage commence par la nouvelle L'Homme de sable de Hoffmann. Un échange épistolaire nous fait part d'une peur irraisonnée envers un croquemitaine qui erre dans la maison d'un des deux protagonistes. Rajoutez à cela un mystérieux horloger au sourire rapace et la folie qui gagne peu à peu un des personnages et vous obtenez un petit classique du genre quelques peu ampoulé dans le style mais diablement efficace dans sa phase finale. On enchaîne ensuite avec le texte culte de La Cafetière de Théophile Gautier d'ailleurs tombé à l'épreuve de français du DNB professionnel il y a deux ans. Un invité se retrouve plongé dans un univers fantasmagorique dans la chambre où il passe la nuit. Le style de Gautier se fait ici léger et inquiétant à souhait à travers une histoire allant crescendo. Un vrai bijou d'angoisse et d'immersion dans un quotidien devenant mystérieux.

On passe à l'inénarrable Edgar Allan Poe avec la nouvelle Le portrait ovale avec cette histoire de fascination poussée à l'extrême entre un jeune homme et un tableau bien étrange. Quelle idée lui a pris de se réfugier en pleine nuit d'orage dans ce château inhabité? Il y en a qui cherchent vraiment les ennuis! Très court, ce texte est d'une redoutable grâce mortifère et quand le passé ressurgit, le lecteur est littéralement cueilli. Une merveille de plus au chapelet de cette anthologie! Plus légère est l'histoire suivante Le Monstre vert de Gérard de Nerval où il est question d'une sarabande fantomatique de bouteilles et d'une engeance particulièrement monstrueuse. Pour ma part, je suis resté sur ma faim tant je n'ai pas été renversé par le style et l'histoire. Correct mais sans plus. On revient à du plus efficace avec La montre du doyen de Erckmann-Chatrian qui nous met aux prises avec une ville plongée dans la terreur par un mystérieux assassin qui frappe sans être inquiété. Une troupe de musiciens errants sert de bouc émissaire, le héros doit agir vite pour trouver le vrai coupable. On alterne ici scènes de vie et enquête policière, la peur n'apparait qu'en filigrane mais se révèle bien sentie au moment opportun. Un très beau texte qui m'a marqué et emporté.

Lu dans ma prime jeunesse, L'homme à la cervelle d'or d'Alphonse Daudet (elle fait partie des Lettres de mon moulin) a gardé tout son charme et sa poésie. Belle parabole sur le temps qui passe et sur l'avidité du genre humain, on a affaire ici à un fantastique plus merveilleux qu'effrayant et permet de faire une pause entre tueurs, spectres et créatures diverses qui peuplent l'ouvrage. Une très belle relecture qui me donne bien envie de relire l'ouvrage originel dont elle est issue. On embraye sur L'orgue du titan de George Sand. Lors d'un séjour en Auvergne, un organiste et son jeune apprenti vont vivre une expérience mystique près des roches Tuillières (que nous avons vu avec Nelfe lors d'un séjour estival il y a quelques années). J'ai été quelque peu déçu par le style de l'auteur que j'ai trouvé lourdaud et lent, sans pour autant densifier les tenants et aboutissants de l'histoire. Une mini-déception en somme! Dans Véra, Auguste Villiers de l'isle-Adam nous fait vivre l'effroi du veuvage, le héros n'arrive pas à surmonter la mort de sa tendre femme et vit dans l'illusion. Une très belle nouvelle qui mêle souffrance et folie de fort belle manière. Un beau coup de cœur pour ma part!

S'ensuit un classique de plus avec l'archi-connu La chevelure de Guy de Maupassant où un homme tombe sous la coupe d'une mystérieuse chevelure trouvée dans un meuble ancien. Plongée sans concession dans la folie tel que peut le faire le maître du genre, on a beau connaître l'histoire, le résultat est toujours là: un trésor de narration et d'intérêt. Un must dans le genre! On passe ensuite à Je suis d'ailleurs de mon chouchou américain H.P Lovecraft, histoire bien tordue d'un être non défini prisonnier d'un château et qui tente de découvrir un ailleurs plein de promesses en grimpant en haut d'une tour délabrée. Gare à la chute en fin de texte qui plonge le lecteur dans des interrogations sans fin! Sans doute, la plus belle claque de cet ouvrage malgré le fait que ce soit une fois de plus une relecture! Je le dis et je le répète, tout amateur de fantastique doit lire Lovecraft! On revient avec du plus classique dans son déroulé avec La Choucroute (mon plat préféré! Sic!) de Jean Ray, où le narrateur descend à un arrêt de gare mystérieux où il va être confronté à une ville fantôme où les choucroutes prennent feu! Dis comme cela, ça a l'air bien ringard mais l'effet est ici garanti avec une angoisse suintante à souhait et un final échevelé. Une belle surprise!

Seule incursion dans le fantastique faisant référence aux légendes locales, dans Le Meneur de loups, Claude Seignolle (un spécialiste du genre) nous entraîne dans un hiver bien rigoureux et dans une famille de pauvres paysans qui va recevoir la visite d'un mystérieux berger dont le troupeau est peu recommandable. Cette nouvelle est un petit bonheur de rusticité, de peurs ancestrales, de rencontre mystérieuse avec un final surprenant et très humain. Pour clôturer ce premier volume, Richard Matheson et sa nouvelle Escamotage est idéale. Un homme voit peu à peu son univers familier disparaître. Belle ambiance schizophrénique avec un texte qui fait la part belle à l'incompréhension et la paranoïa. Sans doute la plus flippante des nouvelles, servie par un style toujours aussi économique en mot mais très efficace.

Vous l'avez compris, ce fut une très agréable lecture qui fait la part belle à la redécouverte de textes essentiels. Très peu de déceptions (deux petites) et une atmosphère qui baigne le lecteur bien après avoir refermé cet ouvrage. Il propose un très bon premier contact avec un genre toujours aussi fascinant et apprécié des jeunes. Il conviendra très bien aussi aux néo-lecteurs et aux fans absolus du genre qui veulent se replonger avec délice dans leurs souvenirs! J'ai déjà lu le volume deux et je peux déjà vous dire qu'il est du même acabit. Chronique à suivre!