mardi 18 avril 2017

"S'enfuir : Récit d'un otage" de Guy Delisle

S'enfuirL'histoire : "Etre otage, c'est pire qu'être en prison. En prison, tu sais pourquoi tu es là et à quelle date tu vas sortir. Quand tu es otage, tu n'as même pas ce genre de repères. Tu n'as rien."

La critique Nelfesque : De Guy Delisle, j'avais lu "Les Chroniques birmanes" il y a 7 ans. Ça date... Je gardais de cette BD un souvenir entre rires et larmes et quand est sorti "S'enfuir : Récit d'un otage" en septembre dernier, ma curiosité a été une nouvelle fois titillée.

Ici point de rires. La situation ne s'y prête pas et même pour quelqu'un qui voit une part de lumière en tout, l'optimisme est difficile lorsque l'on se retrouve dans la situation de Christophe dans cette bande dessinée. Guy Delisle nous relate ici l'histoire vraie de Christophe André, membre d'une ONG médicale dans la région du Caucase, qui en 1997 se fait kidnapper lors de sa première mission humanitaire.

L'auteur l'a rencontré plusieurs fois et décide de raconter son expérience. Un challenge puisqu'en 4 mois de captivité, il ne s'est pas passé grand chose et que Guy Delisle tente plutôt ici de faire ressentir au lecteur le vide des journées de Christophe.

S'enfuir planche 1

Entre angoisse, résignation et appréhension mais avec beaucoup de lucidité, de self-control et de mesure, Christophe traverse ses journées de rétention avec un flegme qui l'a sans doute sauvé. Alors qu'il est retenu par des hommes dont il ignore tout, qu'il est déplacé de chambre spartiate en grenier pour ne pas être localisé et qu'il est menotté nuit et jour à un radiateur, Christophe continue d'avoir foi en l'avenir. Même si il passe par des moments d'abattement, il continue d'espérer et se vide l'esprit pour ne pas cogiter. Avec pour seule obsession de garder le fil des jours qui passent pour ne pas devenir fou, il laisse vagabonder son esprit entre jeux mentaux et rêves d'évasion.

S'enfuir planche 2

Guy Delisle a pris le parti ici de ne rien édulcorer. Il nous livre sans fioritures les journées interminables, la chaleur d'un lieu clos, les heures qui s'égrènent et ne ressemblent à rien moins que les heures de la veille. Les cases se ressemblent, le dessin est simple. Il ne se passe rien... Le choix des couleurs, dégradé de gris bleu, accentue cette impression de vide et d'absence. Loin de s'ennuyer avec un tel ouvrage entre les mains, le lecteur prend conscience de la condition d'otage et reste au plus prêt du personnage, vivant avec lui cette rétention.

"S'enfuir : Récit d'un otage" est un pavé de 428 planches. 428 planches de silences, d'incompréhension, de rêves, d'espoir. La répétition, l'attente, la peur... Un très bel hommage aux hommes et aux femmes risquant leur vie chaque jour dans des zones sinistrées et dangereuses où leur humanité et leur ténacité sauvent nos semblables.

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lundi 27 mars 2017

"La Quête de l'Oiseau du Temps" de Le Tendre et Loisel

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L'histoire : Le légendaire chevalier Bragon pense en avoir fini avec sa vie aventureuse dont les exploits ont fait les heures les plus riches des conteurs d'Akbar. À présent qu'il est vieux, il n'aspire plus qu'au repos, retiré qu'il est dans sa ferme des hauts plateaux du Médir. Mais la tranquillité n'est pas de mise pour les héros.

Un jour vient à lui Pélisse, jeune vierge sauvage et rousse aux formes généreuses, accompagnée de son Fourreux, animal étrange aux mystérieux pouvoirs. Elle lui apporte un message de sa mère, la princesse-sorcière Mara, elle-même ancienne maîtresse de Bragon. La situation est grave : Ramor, le dieu maudit, va bientôt sortir de la conque où les dieux l'avaient enfermé pour contenir sa soif de pouvoir. La destruction et la mort s'étendraient alors sur Akbar sans que quiconque puisse s'y opposer.

Il ne reste que huit jours avant la "Nuit de la saison changeante" où s'achèvera l'enchantement qui retient Ramor prisonnier. Mara a besoin de l'Oiseau du Temps, car il est le seul capable d'arrêter le temps, ce qui lui permettrait d'achever, avant la fin des huit jours, la trop longue incantation qui lie Ramor à la conque. Mais la première épreuve de la quête sera d'aller récupérer la Conque de Ramor, jalousement gardée par Shan-Thung, le prince-sorcier de la Marche des Terres Éclatées.

Sollicité par son ancien amour, agacé par la fougue et l'insolence de Pélisse qui prétend être sa fille, Bragon sort sa fidèle faucheuse de son étui et s'embarque sans plus d'hésitation dans ce qui sera la plus hasardeuse des entreprises jamais vues sur Akbar : La Quête de l'Oiseau du Temps !...

La critique de Mr K : Nouvel emprunt au CDI de mon bahut : l’intégrale de La Quête de l’Oiseau du Temps de Le Tendre et Loisel. Il s’agit d’une relecture pour enfin savoir le fin de mot l’histoire m’étant arrêté au volume 3 à l’époque. Mieux vaut tard que jamais me direz-vous, à la vue de l’œuvre dans son entier, j’avais bien trop attendu tant cette bande dessinée est une merveille d’intelligence, d’humour et d’esthétisme.

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La trame est plutôt classique : le monde d’Akbar est en grand danger, dans huit jours un dieu vengeur emprisonné dans une conque va se libérer et asservir le monde, rien de moins ! La princesse-sorcière Mara va rassembler une petite troupe et l’envoyer en quête du mystérieux oiseau qui donne son nom aux albums pour pouvoir arrêter le flux du temps et réaliser l’incantation qui convient pour éviter l’apocalypse. Mais vous imaginez bien que cette quête se révélera ardue, riche en rebondissements et le final laissera des traces (y compris sur le lecteur !). On retrouve ici tous les ingrédients qui font une bonne BD de fantasy.

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En premier lieu, une joyeuse bande constituant un groupe disparate où chacun est complémentaire. Une jolie fille gouailleuse accompagnée d’une mystérieuse créature toute mignonne (Kawaï comme on dit maintenant), un vieux chevalier grognon au cœur gros comme ça qui passe son temps à râler (j’adore ce personnage), un mystérieux inconnu masqué aussi couard qu’obsédé par les formes généreuses de l’héroïne et toute une galerie de personnages secondaires tous plus farfelus et délirants les uns que les autres avec notamment un ancien écuyer revanchard, une sorcière obnubilée par sa mission de sauveuse du monde, un chasseur solitaire reclus dans un territoire perdu... L’ensemble forme une communauté imaginaire crédible, originale et très engageante pour un lecteur conquis par ce microcosme crée de toute pièce.

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Ce qu’il y a de génial dans cette série, c’est son aspect drolatique. Bien que n’épargnant par leurs personnages de moments de bravoure intense (on a parfois le souffle coupé au détour d’une ou deux mésaventures), les auteurs n’ont pas voulu fournir une BD qui se prenne trop au sérieux. L’aventure est belle mais l’humour omniprésent lui donne un cachet sympathique qui empêche le sourire esquissé en début de lecture de s’effacer du visage ravi du lecteur. Réparties truculentes, situations ubuesques s’enchaînent pour notre plus grand plaisir empêchant cette histoire de tomber dans les clichés d’une fantasy sans finesse sombrant dans des situations déjà vues et ennuyeuses aux yeux du fan que je suis. Les nanas ont ici de la répartie, les gros bras souvent mis en porte-à-faux voir pire (j’adore Bulrog) et les créatures croisées sont souvent attendrissantes et totalement barrées. Et même si parfois, elles n’apparaissent que sur une case ou deux d’une planche, le souvenir perdure et on rigole encore en y repensant.

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Les deux auteurs nous proposent vraiment une immersion totale avec des planches parfois de toute beauté. Bien que le style ait changé légèrement entre le premier et le quatrième tome, on prend quelques claques esthétiques qui se combinent entre elles pour fournir un scénario intéressant bien que plutôt convenu. Heureusement, le quatrième et ultime tome réserve son lot de surprises et c’est avec une certaine émotion qu’on le referme. J’en avais même les yeux tout humide, chose très rare pour moi en matière de lecture de BD de ce style.

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Rien à reprocher donc à cette tétralogie à la fois immersive en terme d’aventure et comique dans les rapports tissés entre les personnages. Dessins et textes sont au diapason pour fournir un excellent moment de détente dont on se souvient bien longtemps après notre lecture. Cette œuvre est absolument à découvrir si vous êtes amateur de ce type d’univers car dans le domaine on ne fait pas mieux !

jeudi 18 août 2016

"Le Caillou rouge et autres contes" de Caza et Bazzoli

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Le contenu : Recueil d'oeuvres de jeunesse de Caza, rééditées en 1985.

La critique de Mr K : C'est béni des dieux que nous sommes revenus d'une expédition chinage à Périgueux cet été, rappelez-vous mon poste enthousiaste en retour de vacances. Parmi ces très belles trouvailles, il y avait cette BD de Caza et Bazzoli proposée à un prix défiant toute concurrence et dans un état de conservation plus qu'honorable. Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour me plonger dedans et le moins que l'on puisse dire, c'est que j'ai été bien inspiré de me porter acquéreur de ce Caillou rouge et autres contes. Bon, je ne partais pas vraiment dans l'inconnu vu mon admiration pour Caza et son travail... Cet ouvrage propose une compilation de micro-récits parus dans Pilote ou totalement inédits. Pour l'inspiration, Caza a demandé à un ami de lui fournir des idées mais aussi quelques phrases en adéquation avec ses dessins. C'est François Bazzoli qui s'y colle avec un rare bonheur comme je vais vous l'expliquer.

On retrouve tout d'abord une série de cinq histoires numérotées portant le titre loufoque de Quand les costumes avaient des dents. Si vous ne le saviez pas, longtemps avant l'apparition des êtres humains, les costumes vivaient en paix et se retrouvaient confrontés à de sacrés problèmes comme des ceintures venimeuses, la nécessaire survie en milieu hostile, l'apparition d'une mystérieuse main constituée d'ombre, des concours de jeux de mots idiots (un de mes récits préférés) et même le pêché originel revisité par un Caza totalement branque pour le coup (superbe variation autour de la fable Les animaux malades de la peste de La Fontaine). Ces historiettes se rapprochent esthétiquement du film Yellow Submarine des Beatles (cultissime et à voir absolument !) et des animations de Terry Gilliams pour les Monty Python. On vire donc dans le psychédélisme le plus pur avec une beauté de toutes les cases et de toutes les pages qui nous font basculer définitivement dans une autre dimension. J'ai adoré les références et l'humour qui pullulent dans les dessins et mots composant cette hagiographie des costumes. Un pur délire qui fait mouche !

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S'ensuivent trois contes hystériques comme les auteurs se plaisent à les appeler. Tour à tour, on suit l'histoire d'une princesse très laide à la recherche de la beauté, d'une autre fille de roi enfermée car menacée par une funeste prédiction et un roi qui possède une poule pondant des romans à succès. On retrouve des éléments de contes bien connus que les auteurs s'amusent à détourner sans vergogne. N'escomptez pas de happy-end mais plutôt un sadisme hors pair pour maltraiter des personnages en mal de reconnaissance que le malheur et le destin rattrapent assez tôt. Le trait est ici plus léger (plus propre au Caza que je connais déjà) pour des récits aussi brefs que drôles pour tout amateur de bons pastiches mêlant références cultes et petites blagues bien senties. On passe là encore un bon moment !

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Vient ensuite un aparté littéraire avec une courte nouvelle de Bazzoli illustrée par Caza. Une dame âgée trouve une étrange créature qu'elle va adopter et ramener à son logis. Le temps va passer et le protégé ne fait que grandir. Les illustrations sont tops et la nouvelle bien menée quoique plutôt classique dans son déroulé. Une belle incartade qui n'est pas pour autant mémorable. On retrouve ensuite la BD pure avec l'histoire éponyme du recueil mettant en scène Caza lui-même trouvant un jour sur son chemin lors d'une ballade une étrange pierre rouge. Les jours s'enchainent et il faut se rendre à l'évidence, tout se teinte en rouge autour de lui. Mais quel est ce mystère ? La révélation finale est assez bluffante et drolatique. Les textes sont toujours aussi incisifs et évocateurs et les dessins très réussis. Une des meilleures historiettes du volume. Pour finir, deux pages d'un projet avorté par Caza autour d'un robot amoureux. Sa présence est plutôt anecdotique et ne ravira que les grands amateurs du maître...

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Au final, on passe un très bon moment quoiqu'un peu cours devant ce recueil d'oeuvres oubliées de Caza qui avec son compère propose des récits amusants, parfois philosophiques et d'une grande beauté formelle. Un incontournable pour tous les amateurs du dessinateur, de l'époque et de l'art psyché qu'elle a diffusé. Un petit bijou !

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vendredi 5 août 2016

Acquisitions estivales

À la faveur d'un séjour au sein de ma belle-famille du Périgord (Ouais, je sais... j'ai carrément de la chance !), j'ai de nouveau craqué... Nelfe nettement moins, mais vous connaissez bien désormais son côté raisonnable. Comme à chaque fois que nous séjournons à Périgueux, il y a des étapes incontournables par lesquelles nous devons passer. D'abord, la Démothèque de Bernard, caverne d'Ali Baba pour tous les amoureux de musique. J'ai pour ma part adopté le fabuleux CD Pet Sounds des Beach Boys (enfin surtout l'oeuvre de Brian Wilson, voir le très beau film Love and mercy qui nous a scotché récemment). Et puis, place à une brocante bien fournie en livres en général et parfois en titres de qualité... Voyez le résultat !

Acquisitions ensemble

11 livres de poche et une BD pour moi, et un livre pour Nelfe. Bonne pioche, non ? J'ai eu la joie de pouvoir trouver des titres d'auteurs hautement appréciés et compléter des séries en cours mais il y a aussi dans ces trouvailles de belles promesses de lecture avec des coups de coeur et des coups de poker. Suivez le guide pour la traditionnelle présentation des nouveaux adoptés !

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- L'Ombre du tueur et Exit music de Ian Rankin. Oh joie ! Deux Ian Rankin que je n'ai pas encore lus ! Mes précieux ! J'adore son héros John Rebus dont j'ai d'ailleurs lu une des enquêtes durant ce séjour dans le sud-ouest (chronique à venir dans les prochaines semaines). C'est la promesse de retrouver l'Écosse crépusculaire, la ville d'Edimbourg et des personnages aimés, appréciés à qui il arrive toujours un nombre incroyable de choses. Il ne doit plus me manquer beaucoup de titres de la série.

- Histoires à mourir debout, collectif d'auteurs de la Série noire de Gallimard. Belle initiative que ce recueil de nouvelles noires datant déjà de 1989... Peu importe, ce sera l'occasion de retrouver certains auteurs déjà lus et appréciés et découvrir de nouvelles plumes. Je suis adepte à mes heures perdues de nouvelles sanglantes et implacables. Je crois que je ne serai pas déçu !

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- Jusqu'à ce que la mort nous sépare de Lisa Gardner. Là encore, la chance m'a souri en mettant sur ma route ce titre de Lisa Gardner que je n'ai pas lu. Encore une auteure que j'aime tout particulièrement et qui ici va mettre à mal l'institution du mariage avec un mari en apparence sans défauts qui va se révéler être légèrement dérangé... Suspens et page-turner en vue !

- Kraken de China Miéville. C'est tout d'abord la couverture qui m'a attiré l'oeil, car oui, j'aime les tentacules ! Et puis, à la lecture de la quatrième de couverture, on nous promet un Londres interlope, des personnages totalement allumés et un auteur à l'imagination débordante dans la lignée d'un American Gods de Gaïman. Tout part de la disparition improbable d'un calmar géant de huit mètres du muséum d'histoire naturelle de Londres... Pas besoin de m'en dire plus pour me convaincre, j'ai hâte de m'y mettre !

- L'Enfant des cimetières de Sire Cédric. Je vais tenter d'appréhender le "phénomène" par ce premier titre. Entr'aperçu au Hellfest il y a quelques années derrière la horde de jeunes filles en fleur prenant d'assaut son stand pour obtenir une dedicace, l'auteur jouit d'une certaine réputation et je m'étais dit à plusieurs occasions que j'essaierai bien de le lire. L'occasion fait le larron et L'enfant des cimetières promet beaucoup entre vague de meurtres sordides et de suicides et une enquête aux confins du réel. Wait and read !

- La Maison interdite de Dean R. Koontz. Un homme se réveille tous les matins dans un lieu différent, couvert de sang et de dollars, totalement amnésique. Pourquoi et comment ? C'est à la découverte de ces vérités que Koontz nous convie avec pour ma part ma première lecture de cet auteur qui bizarrement n'a jamais retenu mon attention malgré une propension à susciter la peur selon divers avis d'amis. Il est plus que temps que je rattrape le temps perdu avec ce titre qui me donnera envie ou non de poursuivre l'exploration de l'oeuvre de cet auteur.

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- Le Ventre de l'Atlantique de Fatou Diome. Une lecture d'actualité avec cette histoire centrée sur les destins d'immigrés aux fortunes diverses et qui naviguent constamment entre espoirs et déceptions. Le sujet m'intéresse et je pense qu'on sera à 10000 lieues des clichés et réactions nationalistes dont on nous abreuve à longueur de temps jusqu'à la nausée. De plus l'auteur m'a été fortement recommandée par des collègues qui s'en servent régulièrement pour parler avec les jeunes dont ils ont la charge. Je crois que je peux plus reculer là... Sans doute, une de mes prochaines lectures.

- Les Nuits blanches et Le Sous-sol de Fiodor Dostoïevski. Que de plaisir partagé avec les lectures de cet immortel de la littérature russe, j'ai notamment adoré L'Idiot (un livre culte à mon avis !) et Crime et châtiment (même chose !) qui m'ont laissé un souvenir incroyable entre reflet sans concession de l'âme humaine et écriture incroyable. Ici, il s'agit de deux courts récits réunis en un seul volume avec une histoire d'amour qui finit mal et un maniaco-dépressif en proie à ses démons. Tout un programme !

- Bord de mer de Véronique Olmi. J'avais apprécié de la même auteur Un autre que moi sorti en début d'année. Le hasard me propose de revenir à Véronique Olmi par le biais de cette histoire âprement simple d'une femme qui emmène ses deux petits garçons en vacances pour la première fois et ceci en pleine nuit, sous la pluie et en dehors des périodes scolaires. Les petits sont inquiets, personnellement moi aussi ! Les éditeurs parlent d'un cri dérangeant, terrifiant et déchirant rien que ça ! Je suis bien curieux de lire ce qu'il en retourne !

- Pauline d'Alexandre Dumas. Impossible de dire non à cet ogre de la littérature qui m'a toujours enthousiasmé par son sens du récit et son érudition contagieuse. On flirte ici avec l'aventure, l'amour et le roman noir à l'anglaise avec la jeune Pauline mariée à un homme diabolique. Je sens que ça va valser sous la couette. Chouette !

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- Le Caillou rouge et autres contes de Bazzoli et Caza. Pour tout vous avouer, je n'ai même pas regardé l'intérieur avant de l'acheter, je ne savais pas à quoi ça ressemblait et ce que ça racontait. Mais que voulez-vous, on est fan de Caza ou on ne l'est pas. Les oeuvres du maître restent onéreuses avec le temps et quand une occasion comme celle-ci se présente, on ne passe pas son tour. On se précipite et on défend son acquisition corps et âme. Vous vous dîtes que j'exagère ? Vous vous trompez, je suis bien pire que cela ! 

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- Nulle et grande gueule de Joyce Carol Oates. Et voila, la seule et unique acquisition de Miss Nelfe qui pour l'occasion s'est laissée tentée par une de ses auteurs fétiches qui à priori est très douée pour explorer la noirceur de l'âme humaine. Ce roman est placé sous le sceau du soupçon et de la rumeur dans une société en butte au conformisme et à l'hypocrisie. Le genre d'histoire qui ravira j'en suis sûr Nelfe.

Bon ben voila, l'étendue des dégâts ! Et encore, sous les injonctions insistantes (et fondées) de ma chère et tendre, j'ai relâché deux / trois ouvrages qui me faisaient de l'oeil. Les PAL ne s'en voient pas trop augmentées malgré une stagnation inquiétante avant la Rentrée Littéraire qui s'annonce pour très bientôt. Aaaaah, la vie est dure parfois...

vendredi 19 février 2016

"Mémoire des écumes" de Caza et Lejalé

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L'histoire : Une allégorie sur la création, la vie, la civilisation…

La critique de Mr K : Objet artistique non-identifié aujourd'hui avec ce cadeau d'anniversaire inclassable se situant à la lisière de la BD, du storyboard, du livre illustré et de l'objet d'art. Quel bon choix de l'ami Yannovitch que ce Caza que je ne connaissais pas mais dont je salivais à l'avance la lecture et la découverte tant j'apprécie l'auteur par son dessin et ici ses intentions.

Comme le laisse présager mon rapide résumé (impossible de faire autrement), avec Mémoire des écumes nous ne sommes pas face à une narration classique. L’œuvre en elle-même se divise en quatre grandes parties qui correspondraient à l'évolution de l'univers et de notre monde: La nuit des temps, Mémoire des écumes, Les Dieux et les masques et Comme l'ombre d'un souvenir. Caza et Lejalé nous invitent à suivre ce développement à travers les yeux et le ressenti d'une mystérieuse entité mêlant humanité et démiurge. Il est le témoin de la création du monde issue du néant absolu jusqu'à la destruction de toute vie. Incroyable voyage s'il en est, le lecteur étant bercé par des images fantasmagoriques mâtinées de textes prophétiques et poétiques.

Peu ou pas grand chose à lire donc, si ce n'est quelques pistes pour débrouiller l'ensemble, des indices spirituels nous éclairant sur le Big Bang originel, l'apparition de la vie puis de l'homme et des civilisations. Il faut se laisser transporter sans trop se poser de questions, guidé par les images et les rapprochements que l'on peut faire entre elles. Je dirai qu'ici, le procédé est totalement inverse à la saga initié par Jens Harder et que nous avions grandement apprécié Nelfe et moi. Point de surcharge de contenu ici mais plus une invitation au voyage et au rêve. L'effet est garanti, le dépaysement total et l'éclairage novateur efficace à sa manière, nous conduisant sur des chemins de traverses de la BD. On ne ressort pas tout à fait indemne de ce trip envoûtant et remarquable dans sa construction.

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Le contenu fait penser immédiatement au concept d'Ouroboros, le fameux serpent qui se mord la queue, l'idée que tout est une question de cycle qui se répète à l'infini: un monde se crée un autre se meurt, des espèces disparaissent d'autres évoluent ou apparaissent à leur tour. L'homme dans tout cela, dans l'immensité du système naturel en place n'est qu'un grain de sable, un accident de parcours dans sa capacité à vouloir dompter la nature mais qu'importe… le cycle perdure et nous aussi finissons par disparaître. Il ressort de cette œuvre une mise en abyme bienvenue et une vision distanciée sur notre espèce que je trouve de bon aloi en cette période troublée que nous connaissons déjà depuis un petit bout de temps. C'est rafraîchissant et enthousiasmant, vecteur de réflexion et d'évasion. La totale quoi!

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La forme esthétique en elle-même est aussi originale. On retrouve l'incomparable trait de Caza notamment concernant les quelques personnages qui émaillent les pages et le grain si caractéristique des plages de couleur de cet artiste. Il a aussi beaucoup travaillé sur des photos pour tout ce qui touche aux paysages et aux décors, les retouchant pour relever les contrastes et les couleurs. L'ensemble rajoute à la puissance poétique du message et densifie une œuvre qui n'a comme seul défaut le fait qu'elle se parcourt assez vite. Cependant, l'immersion reste bien après qu'on ait refermé l'ouvrage avec l'impression tenace qu'on a lu / admiré une œuvre à part.

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samedi 18 octobre 2014

Vide médiathèque et petits nouveaux

Ce matin, j'étais sur le pont dès potron-minet pour le vide médiathèque d'une ville voisine. Afin de renouveler ses stocks, la médiathèque proposait une vente aux collectivités et scolaires hier et continuait aujourd'hui sur sa lancée en entrée libre. Beaucoup de bonnes choses ont dû partir hier mais je ne suis pas rentrée les mains vides !

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Oui, je sais, on ne peut pas dire que je suis en manque de lecture mais quand il y a des affaires à faire, je ne peux pas m'en empêcher ! Essayez de deviner combien j'ai dépensé pour ce petit butin ?

Côté lecture :

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- "Suttree" de Cormac McCarthy parce que j'ai adoré "La Route" et que la 4ème de couv' de ce roman ci m'a fait de l'oeil.
- "Et pendant ce temps-là, les araignées tricotent des pulls autour de nos bilboquets" de Raphaële Moussafir pour le titre ! Et parce que j'ai été charmée par l'adaptation cinématographique de "Du vent dans mes mollets".

Côté BD :

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- "Les formidables aventures de Lapinot - Amour et Intérim" de Lewis Trondheim parce que j'adore ce dessinateur et que je lis quotidiennement son blog.
- "Aristide broie du noir" de Séverine Gauthier et Jérémie Almanza pour les dessins qui m'ont donné envie de le découvrir.

Côté musique :

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- "Going to where the tea trees are" de Peter Von Poehl parce que je ne l'avais pas en physique.
- "In Case we die" de Architecture in Helsinki pour les 3 F Télérama et parce que j'avais aimé les quelques titres déjà entendus.

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Rajoutez à la pêche du jour un beau soleil qui réchauffe bien et on peut dire que le week-end commence bien !

vendredi 10 octobre 2014

"L'Empire de la Négation" - Chroniques de la Lune Noire de Froideval

L'Empire de la NégationLe contenu: L'empire d'Haghendorf n'est plus. De ses cendres s'élève une nouvelle puissance sous le règne de Wismerhill Ier.
Les royaumes frontaliers, inquiets, s'interrogent sur ses buts et ses desseins. Ainsi Hishtarland décide-t-elle d'envoyer la sublime Houri Netsharine, pour mettre au jour les rouages du nouveau pouvoir. Elle va, au péril de sa vie et de son âme, découvrir tous les mystères d'un territoire immense où sévit le terrible culte de la Lune Noire: armées légendaires et religion, races et créatures étranges.
La belle espionne nous livre un extraordinaire témoignage sur les arcanes de l'Empire de la Négation.

La critique de Mr K: Voici un très beau volume entre BD et livre documentaire sur une série de BD que j'ai adoré: Les Chroniques de la Lune Noire. Mélange détonant de fantasy et d'humour, beaucoup plus adulte que la série des Lanfeust notamment, j'avais craqué pour ces BD à la fois denses en terme de scénario et assez épatantes dans le traitement visuel qui alliait virtuosité technique et détails nombreux. Le présent add-on est un cadeau d'anniversaire que j'ai bien trop tardé à lire tant il s'avère rempli de qualité. Pardon donc au copain Franck, le tort est aujourd'hui réparé!

C'est à travers les yeux d'une ravissante maîtresse-assassin que Froideval nous propose une balade dans le nouvel empire établi par Wismerhill, notre semi-elfe de héros dans les Chroniques de la Lune Noire. Mêlant textes et illustrations, L'Empire de la Négation nous est décrit à travers un carnet de voyage que la missionnée envoie à ses maîtres. Tout y passe! La géographie générale entre description paysagère et urbaine, les mystérieux portails de téléportation, les mœurs rugueuses des habitants. Elle fait aussi forcément un bon rapport sur les forces de l'Empire qu'elles soient internes ou alliées à lui (gardes de l'empereur, troupes d'élite, alliés orques et autres créatures magiques). Cela permet de replonger dans la flamboyance de l'œuvre originelle qui n'était pas du tout avare en terme de batailles gigantesques et autres affrontements dantesques. Aaaah, ces planches entières de bastons homériques!

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Houri Netsharine finit par arriver au terme de son voyage et met les pieds à la Capitale. S'ensuit une belle description du palais de l'empereur et de sa garde rapprochée. Comme tout espion digne de ce nom, elle observe finement son environnement et essaie de trouver d'éventuelles failles pour pouvoir frapper au moment opportun. Malheureusement pour elle, il s'avère très vite que sa mission risque d'être compliquée voir impossible! Le présent ouvrage se termine par un portrait de l'empereur lui-même et de sa mystérieuse concubine-succube. L'auteur nous réserve une surprise avec les quatre dernières pages nous narrant la fin de mission de l'assassine narratrice. Je vous laisse découvrir par vous-même la conclusion!

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Cette lecture fut un grand plaisir. Bonheur tout d'abord de retrouver un univers qui m'avait séduit et conquis, c'est un peu l'envers du décor qui nous est proposé ici et c'est toujours agréable d'explorer les secrets que l'on ne fait qu'apercevoir dans une œuvre originale. L'ami Froideval est un malin et distille au compte goûte les informations avec son sens du détail et de la minutie qui le caractérise. La forme du récit est originale et permet de maintenir un certain suspens et l'on ne se retrouve pas devant un énième catalogue géographique d'héroïc-fantasy. La démarche est louable et je dois avouer que le pari est réussi!

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On ressort bien instruit du nouveau pouvoir en place et durant l'heure de lecture, on se prend à l'idée de relire la série d'origine. Je me laisserai sans doute tenter lors de prochaines vacances. En attendant, cet ouvrage loin d 'être un gadget commercial de plus et il saura trouver la grâce de tous les amateurs des Chroniques de la Lune Noire.

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A lire également:
Les chroniques, volumes 1, 2 et 3
Les chroniques, volumes 4, 5 et 6
Les chroniques, volumes 7, 8 et 9
Les chroniques, volumes 10, 11 et 12
Les chroniques, volumes 13 et 14
Les chroniques, volume 0

mardi 26 août 2014

"La jeune copte, le diamantaire et son boustrophédon" de Christin et Puchulu

couv bdL'histoire: Une histoire aux multiples facettes, comme ces diamants volés par la jeune héroïne.

La critique de Mr K: Ma collection BD scénarisée par Christin s'agrandit avec ce nouveau volume de la collection Portraits souvenirs des éditions Dargaud, La jeune copte, le diamantaire et son boustrophédon. Comme à chaque fois, il s'agit de dresser le portrait d'un quidam lambda pour éclairer une partie du passé, une histoire se mêlant à l'Histoire entre récit palpitant et immersion dans une période donnée. Place aujourd'hui à Briska et à un coup de projecteur sur l'immédiat après guerre au Moyen-Orient.

Tout commence par une fuite et un grand saut dans l'inconnu. Briska, une jeune copte bourgeoise, s'enfuit de la demeure familiale avec son amant musulman étudiant pauvre pour échapper aux préjugés et aux tabous. Elle emporte avec elle des diamants familiaux à l'origine obscure pour assurer leur avenir. Ils embarquent sur un paquebot où ils vont faire la connaissance de monsieur Shapira, un diamantaire juif qui va les aider à écouler les bijoux. Commence alors la mise en place d'un plan dans toutes ses ramifications. Ils ressortiront à jamais changés et la deuxième partie de la BD est consacrée à leurs engagements politiques respectifs.

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Comme toujours, on peut faire confiance à Christin pour nous livrer un récit dense et documenté. La caractérisation des personnages (même les plus secondaires) est remarquable, en quelques planches, quelques dialogues et autres textes, on saisit de suite leur situation et leurs aspirations. L'ensemble se complexifie par la suite avec une dimension plus engagée et politique de bon aloi qui fait sortir cette œuvre de la simple histoire de couple en fuite. J'ai eu un véritable coup de cœur pour Briska, héroïne au charme certain, à l'esprit vagabond et aventureux. Peu à peu, ce voyage va forger ses idées et ses combats à venir. Loin d'être lisse, sa part d'ombre est toujours envisagée par le lecteur tout au long de la lecture et donne à ce personnage une saveur toute particulière. Elle symbolise à elle seule la jeunesse avide de changement. Monsieur Shapira à l'inverse représente l'ancien monde, il porte sur ses épaules le poids d'une longue lignée juive qui a subi de terribles souffrances durant la Seconde mondiale. Il est donc question avec lui de la création de l'État d'Israël mais une création qui ne doit pas se faire à n'importe quel prix selon lui. Loin d'écarter d'un revers de main les populations arabes, il rêve d'un État binational où chacun vivrait en paix. Douce utopie qui ne se réalisera jamais.

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La reconstitution historique est une fois de plus sérieuse et réussie. Les décors, les moyens de transports, les idéologies en vogue sont admirablement retranscrits. Le dessin concis et fin de Puchulu s'avère un miroir fidèle et brillant au scénario échevelé qui nous est servi. La fuite du couple amoureux, les tensions ethniques et religieuses, la realpolitik, les enjeux internationaux... autant d'aspects différents intervenant dans ce récit qui sont magnifiés par les deux auteurs pour nous proposer une BD à la fois séduisante esthétiquement et exigeante en terme de réflexion. Accessible et pédagogique, elle permet de lever les oublis qui planent sur cette période charnière dans l'Histoire de toute une région (Égypte et ses voisins).

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Ce fut donc un petit bonheur de plus, à ranger aux côtés des autres pièces de ma collection. Une belle lecture que je vous encourage à entreprendre pour tout amateur de récits haletants et de petits focus historiques.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse
- La diva et le kriegspiel
- La Demoiselle de la Légion d'Honneur

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lundi 12 août 2013

"La Demoiselle de la Légion d'Honneur" de Annie Goetzinger et Pierre Christin

demoisellelegiondhonneurL'histoire: Parce que ma vie, même si j'avais tout fait pour oublier que je la vivais, je la sentais quand même qui s'écoulait hors de moi, absurde ruisselet aux rives imprécises...

La critique de Mr K: Une nouvelle BD du scénariste Pierre Christin à mon actif aujourd'hui! On le retrouve ici avec la dessinatrice Annie Goetzinger pour une deuxième collaboration après ma lecture enthousiaste du volume "La Diva et le Kriegspiel". "La Demoiselle de la légion d'honneur" appartient lui aussi à la collection Portraits souvenirs de la maison d'édition Dargaud et ce volume n'a fait que renforcer tout le bien que je pouvais penser d'eux. Une fois de plus, c'est au travers le destin d'une femme lambda que les auteurs nous invitent à traverser tout un pan de siècle pour mieux explorer les périodes obscures de notre Histoire commune.

Aline Erckmann est pupille de la nation. Orpheline suite à la défaite française en Indochine, elle est placée là où vont les filles de soldats morts pour la patrie française avec les honneurs et devient une demoiselle de la légion d'honneur. Dans cette institution très rigoriste pour jeunes filles, elle va passer toute son adolescence et va être en quelques sorte "façonnée". Garants de sa bonne "éducation" , l'inspectrice générale (genre de Folcoche fonctionnaire) et les éducatrices vont s'efforcer d'en faire une femme soumise, n'obéissant qu'aux devoirs incombant à son sexe, réfrénant ses désirs et aspirations. Très vite, elle sera présentée à l'héritier d'une grande famille de la nomenklatura française de l'époque et se mariera comme dans un rêve sans réellement s'en rendre compte. Mais derrière la façade féérique se cache des réactionnaires extrémistes et une vie qui s'envole.

planche_demoiselle_legion_honneur(cliquez sur l'image pour voir en plus grand)

La grande force de Christin réside dans son talent pour caractériser ses personnages et nous proposer une histoire ancrée dans le réel. Le personnage d'Aline est un modèle du genre que l'on retrouve souvent dans les grands fresques littéraires historiques. Rien ne la distingue vraiment mais à travers son destin contrarié, les auteurs abordent des sujets sensibles comme la place de la femme française dans l'après Seconde Guerre mondiale et les choix qui pouvaient s'offrir à elle. Témoin de son temps et de sa vie, le personnage principal pendant une bonne partie de la BD semble absente de son existence et suit les courants sans réellement s'impliquer. Sa belle famille l'utilise comme un bel objet de décoration pour leurs réceptions et les prises de contact de son mari qu'elle se contente de suivre sans vraiment poser de questions. Pour cela, elle se révèle bien énervante même si les planches qui se suivent ne font qu'évoquer les normes sociales d'une époque rétrograde. Le déclic finit bien par venir et elle doit alors prendre son courage à demain pour réunir ce qui lui reste de dignité et d'amour maternel pour retrouver son enfant et se construire enfin une vie où elle décidera seule de son avenir. La fin du récit se termine sur une note optimiste malgré un récit tortueux et vertigineux à la fois.

En suivant Aline, on explore aussi les phases cachées et peu avouables de notre histoire avec notamment une plongée sans concession dans la guerre d'Algérie et le ressentiment nourri par les pro Algérie française mais aussi dans le monde colonial français en pleine déliquescence. Au détour des planches, il est question de complot visant à déstabiliser le pouvoir gaullien accusé de traitrise envers la patrie, des coutumes ancestrales de certaines tribus africaines, de la prise du pouvoir à Cuba par Castro, de scandales politiques, de mai 68, de la lutte des classes et plus particulièrement des mœurs nauséabonds régnant au cœur des grandes familles aristocratiques... Le tout est remarquablement traité avec un souci du détail et un traitement historique sans faille. Belle manière en tout cas de réviser cette période clef que fut la Guerre Froide pour la planète entière car vous l'avez compris, le lecteur voyage beaucoup en compagnie de l'héroïne.

planche demoiselle legion honneur

(cliquez sur l'image pour voir en plus grand)

L'aspect technique est lui aussi très réussi. Les dessins de Goetzinger sont simples mais toujours justes et évocateurs à souhait. On est vraiment plongé dans une époque et son talent complète à merveille celui de Christin. Les pages se tournent rapidement, sans effort et le suspens est maintenu jusqu'au bout. Les allers-retour constant entre la grande Histoire et la vie d'Annie se font naturellement et on ressort à la fois plus instruit mais aussi transporté par cet récit très bien mené.

Une belle expérience de lecture pour un ouvrage que je vous invite à découvrir au plus vite.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse
- La diva et le kriegspiel

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mercredi 8 mai 2013

"Philémon: La Mémémoire" de Fred

 couvL'histoire: Philémon s'adonne à une promenade nocturne juché sur le dos de son fidèle Anatole lorsque lors d'une malencontreuse rencontre avec un hérisson parlant et rétif, il se voit propulser au sol. Patatra! Le voila frappé d'amnésie. Commence alors avec Barthélémy, son ami puisatier rescapé du A, un nouveau voyage au cœur du pays des lettres de l'océan pour retrouver la mystérieuse Mémémoire, seule capable de guérir notre héros.

La critique de Mr K: C'est toujours avec un plaisir immense que je replonge dans l'univers fantasmagorique de Fred et des aventures de Philémon. Très tôt, je suis tombé dedans en feuilletant les albums que mes parents rangeaient dans la bibliothèque familiale. Je ne comprenais pas vraiment tous les tenants et aboutissants mais le voyage était au RDV et les dessins tirant vers l'art naïf m'électrisaient littéralement. L'âge adulte venant, je perçois derrière ces récits fantaisistes toute la poésie et la culture psychédélique cachée derrière les aventures du jeune homme au pull rayé blanc et bleu.

Avec l'aide de l'oncle Félicien, magicien à ses heures perdues, voilà notre héros et son ami propulsé dans le monde parallèle qu'ils connaissent si bien à la recherche de la lettre O où se cacherait la fameuse Mémémoire évoquée ci dessus. Impossible de résumer les événements qui suivent tant on côtoie tour à tour une imagerie merveilleuse, mythologique et déviante. C'est complètement fou, décalé, délirant mais tellement attachant et poétique. Vous croiserez ainsi un alcoolique notoire amateur de bons mots qui a lui aussi perdu la mémoire mais de façon volontaire (boire pour oublier, c'est bien connu), une sirène sans mémoire car c'est une chimère et en tant que fantasme elle n'existe pas vraiment, des secrétaires de la mémoire en grève ce qui cause bien des désagréments au monde réel, des bonhomme de neige pourfendeurs de CRS (passage énorme!), un marchand ambulant de souvenirs ambulants plutôt énigmatique, vous pénétrerez dans les rêves imagés de Philémon dans un style crayonné et psyché, vous rencontrerez les anges clowns aux blagues potaches qui énervent au possible un Saint Pierre désabusé mais tout de même philosophe... autant de passages aussi fous que tripants.

raillon10(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

On retrouve toute la maestria de Fred pour nous plonger dans son univers si typique et onirique à souhait. C'est cela qui très fort chez cet auteur, il est unique et autodidacte. C'est un bonheur de chaque instant de se plonger dans les planches qu'il nous propose, je me suis retrouvé baigné par l'émerveillement qui m'étreignait enfant et je ris aux références que je reconnais et saisis désormais avec la maturité et mon parcours personnel. Une nouvelle belle expérience, une lecture hors du commun que je ne peux que vous recommander!

Autres BD de Fred chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Philémon, Le naufragé du A
- Philémon, L'arche du A
- Philémon avant la lettre
- L'histoire du corbac en baskets

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