dimanche 13 novembre 2022

"Jean Jaurès : non à la guerre" de Didier Daeninckx

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L’histoire : Toujours votre société violente et chaotique même quand elle est en état d'apparent repos, porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l'orage. Messieurs, il n'y a qu'un moyen d'abolir enfin la guerre entre les peuples, c'est d'abolir la guerre entre les individus, c'est d'abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c'est de substituer à la lutte universelle sur les champs de bataille, un régime de concorde sociale et d'unité.

La critique de Mr K : Nouvelle incursion dans la collection jeunesse "Ils ont dit non" de chez Actes Sud Junior avec ce Jean Jaurès de Didier Daeninckx, un auteur qu’on ne présente plus et que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé. Cet écrivain engagé était fait pour raconter Jaurès tant il s’est fait écho à travers ses œuvres des luttes sociales et des combats contre l’injustice. Le résultat est très intéressant, bien écrit et assez pédagogique pour pouvoir accrocher de jeunes lecteurs en quête de connaissances sur ce grand homme disparu trop tôt.

Deux poilus français se retrouvent coincés en plein no man’s land et font connaissance en attendant la suite des événements. Très vite, on apprend que l’un d’entre eux est Louis Jaurès, le fils de Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914 par un déséquilibré influencé par les appels aux meurtres édités régulièrement par des journaux d’extrême droite. Pour avoir défendu l’idée de la Paix, il passait pour un traître pour toute une partie de l’opinion, lui le défendeur des opprimés et le pourfendeur de l’injustice sous toutes ses formes. Le dialogue s’instaure donc entre les deux soldats qui nous parlent indirectement de leur guerre mais aussi de l’illustre homme, de son impact sur leurs existences respectives.

Louis Jaurès et Gaston Lallemand – sic – vivent l’enfer. Rien ne nous est épargné du fracas de la mitraille et des bombardements, des mutilations de guerre et de l’ambiance de fin du monde que vivent au quotidien les poilus dans leurs tranchées. Leur expérience illustre à merveille les propos tenus par Jaurès sur les horreurs de la guerre, le retour à l’état de brutes des humains et la destruction de la vie au sens large. La lecture de quelques courriers égarés lors d’une explosion donne à voir l’état d’esprit désastreux des troupes, littéralement sous le choc face à cette grande boucherie de 14 comme on l’a aussi surnommée.

Et puis, les deux hommes évoquent Jaurès. L’un le père, l’autre l’homme de conviction qui l’a parfois guidé de loin. On en apprend pas mal sur lui notamment sur ses engagements anti-guerre. Je connaissais bien l’aspect lutte sociale (Carmaux notamment) et l’aventure journalistique de l’Humanité, moins ses prises de positions en faveur de la paix mais aussi des arméniens et de tous les peuples opprimés dans le monde, ses voyages, ses rencontres, les menaces dont il a été victime avant sa mort. L’ensemble de ces faits sont malicieusement glissés à travers les discussions et échanges de Gaston et Louis.

L’écriture simple et accessible facilite l’évocation de ce grand homme, la rend vivante et profondément humaine. Tous ses combats sont toujours d’actualité notamment en ces temps plus que troubles, cet ouvrage est vraiment à conseiller pour éclairer nos jeunes sur certains mécanisme du monde et sur d’autres voies possibles. Un petit bijou à sa manière.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Lumière noire
- Nazis dans le métro
- Métropolice
- Main courante et autres lieux

- La Prisonnière du Djebel

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samedi 2 février 2019

"La Prisonnière du Djebel" de Didier Daeninckx

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L'histoire : Pendant 50 ans, Gilbert a gardé le silence. Il n’a jamais osé dire à ses proches qu’il avait servi dans l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Mais un jour son petit-fils Éric trouve un paquet contenant un pistolet, de vieilles cartes postales d’Algérie, et une photo jaunie.

La critique de Mr K : Chronique aujourd'hui d'un cadeau de noël offert par ma douce. La Prisonnière du Djebel de Didier Daeninckx revient sur une partie sombre et occultée de notre histoire nationale : la Guerre d'Algérie. À travers le récit des confessions d'un ancien soldat à son petit fils, l'auteur aborde un épisode plus qu'épineux de notre passé et explore les mécanismes de la mémoire et de la honte. Dans une deuxième partie, Daeninckx nous livre beaucoup d'éléments, d'explications dans une passionnante interview qui clôture l'ouvrage. Ce fut une lecture rapide, passionnante et percutante comme vous allez le voir.

Suite à un dégât des eaux survenu dans l'appartement qu'il tient de son grand-père, le narrateur amorce des travaux. C'est ainsi qu'il tombe de manière impromptue sur une boîte cachée derrière une trappe d'accès de la baignoire. Il y trouve quelques objets, un ancien pistolet et une mystérieuse photo d'une prisonnière ligotée à un arbre mort. Intrigué par cette découverte, il profite d'un voyage dans son sud-ouest natal pour interroger son grand-père sur ces trouvailles. Le jeune homme se rend compte très vite qu'il touche à un sujet sensible, son aïeul se réfugie d'abord dans une fin de non-recevoir et un certain agacement. Mais cette piqûre de rappel va travailler le grand père toute une nuit, libérer des secrets qu'il va ensuite livrer au compte-gouttes, révélant des aspects de sa vie qu'il n'avait jamais confié à personne auparavant...

Nouvelle d'une soixantaine de pages, ce texte est d'une beauté tragique et d'une intensité à couper le souffle. On suit ainsi le narrateur qui retourne dans le village de son enfance qui a bien changé et empli son coeur d'une mélancolie palpable à chaque mot. La modernisation du monde est passée par là, les habitudes, les coutumes, les gens ont changé. Ce naturalisme juste et touchant se voit transcender par la figure du grand-père, qui lui, est resté le même et vit de manière recluse depuis la mort de sa femme. Entre promenades dans le secteur et discussions plus intimes, le vieil homme va finir par se livrer avec pudeur et un peu de honte. Ce destin de jeune embrigadé quasiment de force marque l'esprit du lecteur durablement, absorbé que l'on est par le poids qui semble peser sur le vieil homme. En filigrane, son portrait traduit bien le désarroi qui a pu habiter certains vétérans de cette sale guerre dont l’État a tu la nature exacte pendant très longtemps. Depuis l'écriture de ce livre en 2012, François Hollande en tant que Président de la République a fait acte de repentance au nom de la Nation, il était temps...

Il est donc ici question de Raison d'État, d'une guerre qui en fait a duré bien plus longtemps car débutée depuis 1830, date de la colonisation de l'Algérie par la France et qui depuis avait un souci constant de maintien de l'ordre. Dans l’interview, l'auteur donne foule de renseignements et de détails pour mieux comprendre la colère, le ressentiment et l'incompréhension qui ont pu naître entre les deux camps. Injustice politique, sociale et économique conjuguées avec valeurs des Lumières et Droits de l'Homme ne font pas bon ménage et soulignent les contradictions de notre pays à l'époque (et encore aujourd'hui d'ailleurs...). Ce roman nous propose de regarder l'Histoire en face, sans concessions et surtout dans une quête de vérité que je trouve salutaire et obligatoire dans un pays comme le nôtre qui se prétend démocratique.

La Prisonnière du Djebel est très efficace et abordable car par le truchement de révélations au sein d'une famille lambda, Daeninckx fournit une nouvelle qui conjugue exigence historique et belle histoire de libération intime. Une fois débuté, il est impossible de relâcher cet ouvrage qui nous fait passer par toutes les émotions. À lire absolument et à transmettre, cette oeuvre est essentielle dans son genre !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Lumière noire
- Nazis dans le métro
- Métropolice
- Main courante et autres lieux

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jeudi 18 janvier 2018

"Main courante et Autres lieux" de Didier Daeninckx

61aq9IThF1LL’histoire : La main courante est ce registre sur lequel, dans les commissariats de police, on inscrit brièvement les incidents enregistrés heure par heure, comme une mémoire quotidienne de tragédies minuscules. Et les lieux, chargés d'histoires, deviennent les métaphores des drames qu'ils abritent parce que ceux-ci s'y ancrent au point d'en être indissociables. On passe du lieu au lieu commun du fait divers.

La critique de Mr K : Didier Daeninckx fait partie à mes yeux de ces auteurs incontournables qu’il faut avoir lu au moins une fois. À la fois orfèvre de l’écriture, redoutable tisseur de trames alambiquées et artiste engagé ; j’ai pris de sacrées claques en le lisant notamment avec Cannibale qui pour moi est son chef d’œuvre ou encore Meurtres pour mémoire, un classique du polar. Cet ouvrage regroupe deux séries de nouvelles : Main courante et Autres lieux. Pour la première fois, j’allais pouvoir expérimenter Daeninckx en version "courte" et, même si je connaissais déjà quelques unes de ces nouvelles pour les avoir vues et analysées avec mes mômes de LP, ce fut l’occasion d’aller plus loin dans l’exploration de son œuvre. Globalement satisfait, il me reste cependant un goût mitigé en bouche, la faute à une certaine hétérogénéité dans la teneur des textes ici proposés.

Ces 28 récits partent bien souvent de faits quotidiens banals qui basculent dans le drame au détour d’un coup de sang ou d’un aléa du destin. Meurtres, paupérisation, alcoolisme, passé qui ressurgit, jalousie, bêtise humaine, aliénation de l’individu par la broyeuse sociétale, société du spectacle, le règne de l’apparence, individualisme forcené et toute une grande variété de facteurs font que les vies ou fragments d’existences soumis au lecteur basculent un jour sans prévenir et sans espoir de retour en arrière. Ce mix très large conduit ces nouvelles en des terres bien souvent sombres où la chute est souvent fatale ou du moins bouleversante avec son lot de révélations fracassantes.

On retrouve bien souvent dans ce livre la maestria de Daeninckx à conduire un récit. La nouvelle a cela de difficile qu’il faut en un minimum de mots planter un décor, des personnages et proposer un scénario simple et à la fois exigeant. Le pari est réussi pour une bonne moitié des textes qui tour à tour interpellent, dérangent, amusent et donnent parfois à réfléchir. On connaît le goût de l’auteur pour l’Histoire qui rencontre les destins individuels (voir titres cités plus haut), on est gâté avec ce volume où l’on retrouve à certains moment des références nettes à la France-Afrique, Madagascar ou encore la Seconde Guerre mondiale qui sont évoqués à plusieurs reprises. Avec plus ou moins de bonheur d’ailleurs, certaines références servant plus de prétexte qu’autre chose et n’apportant finalement pas grand intérêt à certains récits. Clairement plusieurs m’ont déçu, voir ennuyé car finalement derrière l’ambition affichée se terraient des récits plutôt classiques et tombant à plat. J’ai donc été quelque peu déçu m’attendant à être épaté par chaque histoire...

Pour autant, le plaisir a été intense sur certaines nouvelles, la verve militante de Daeninckx fonctionnant à plein régime : antiraciste, anarchiste à ses heures perdues, militant du progrès et de la lutte contre les inégalités, beaucoup de textes critiquent de manière acerbe et très bien troussée notre société, et bien que la plupart des récits datent de plusieurs décennies, ils restent malheureusement d’actualité. Pas des plus optimistes me direz-vous mais clairement notre monde ne donne pas vraiment dans ce domaine ces derniers temps... L’humour noir est bien souvent de mise ici mettant en lumière les injustices de ce monde et le dénuement de l’individu face à des forces qui le dépassent (le pouvoir, les forces de l’ordre, la connerie humaine principalement). Certaines nouvelles sont réellement poignantes et vous marqueront dans votre chair si vous entreprenez ce voyage au cœur de l’humain et des sociétés qu’il a engendré.

Bien que ce ne soit pas le meilleur de Daeninckx car inégal à mes yeux, ce recueil vaut tout de même le détour par quelques fulgurances bien senties et des nouvelles qui entrent dans le panthéon du genre. Le style reste toujours aussi juste et incisif, mêlant cynisme et rythme maîtrisé. Et bien que certaines nouvelles usent d’effets de manche plutôt artificiels et sans réel effet sur moi, la majorité des textes vous prendra aux tripes et laissera un souvenir vivace dans l’esprit du lecteur. À tenter si vous le désirez même si je vous conseillerais plutôt, si vous débutez avec lui, ses œuvres plus longues où l’auteur démontre toute l’étendue de son talent.

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lundi 8 juillet 2013

"Métropolice" de Didier Daeninckx

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L'histoire: L'homme à la valise se tenait immobile au bord de la fosse. Le bout de ses chaussures noires entamait la ligne blanche tracée tout le long du quai. Il haussa les épaules quand le grondement se fit plus précis. Jacques se releva et vint se placer juste derrière l'homme. Il frissonna de froid. La sueur mouillait son dos. Ses mains jaillirent de ses poches et se collèrent sur les omoplates de l'homme.

Qui bascula dans un cri terrible.

Il n'avait jamais rien vu de plus gros qu'une motrice de métro.

La critique de Mr K: Retour à Daeninckx aujourd'hui avec un ouvrage tout droit sorti de chez l'abbé. Métropolice le bien nommé nous plonge dans l'univers parallèle du métro parisien nous invitant à côtoyer une faune bigarrée et un univers quotidien suffocant. Roman noir et policier se mêlent pour nous offrir une œuvre brève et immersive au possible.

Tout commence par un événement aussi rare qu'effroyable: un homme transportant une bombe est précipité sous les roues d'une motrice de la RATP. On suit alors deux parcours: celui de la police tout d'abord désarmée face à cet acte fou qui peu à peu va suivre la piste de ce "sérial-pousseur" et remonter sa trace. Le portrait des forces de l'ordre est sans concession notamment par le portrait qui est ici brossé de deux policiers réactionnaires ordinaires et une hiérarchie léthargique qui n'a pas le sens des priorités. Un chapitre sur trois, nous nous retrouvons dans la peau de Jacques, le "pousseur" et suivons ses états d'âme et sa quête effrénée. Le malaise est là, cet homme est plus que perturbé et peu à peu le voile se lève sur ses motivations. La conclusion est sans appel et non dénuée de nuance.

L'univers du métro est ici extrêmement bien rendu. Le décor est banal, chacun vaque à sa petite existence sans soupçonner les déviances et les intrigues qui peuvent se dérouler à moins d'un mètre de soi. L'ambiance est donc étouffante, noire. L'individualisme transpire des pages descriptives mettant en scène le métropolitain et rend plus catharsique le rapport aux personnages qui gagnent du coup en relief. Cet univers sombre et cet absence de réel espoir m'ont plu et embarqué. L'intrigue gagnant en profondeur, de nouveaux questionnements d'ordre plus général apparaissent notamment concernant la montée de l'extrême droite en temps de crise comme nous pouvons le connaître en ce moment en France. A ce niveau, l'ultime page du recueil est à la fois effrayante et réaliste.

Ce fut donc une excellente lecture aussi rapide que plaisante. Il faut dire que l'auteur n'a pas son pareil pour tenir son intrigue et l'élargir à des questions de l'actualité contemporaine. L'écriture est fluide et va à l'essentiel, tous les bons éléments étaient donc réunis pour une réussite pleine et entière.

Déjà chroniqués de Daeninckx:
- Lumière noire
- Nazis dans le métro

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jeudi 18 novembre 2010

"Lumière noire" de Didier Daeninckx

luxL'histoire: Une patrouille de police tire sur une voiture, à Roissy-Charles-de-Gaulle, tuant le conducteur. La bavure est manifeste mais le climat crée par la vague d'attentats terroristes qui secoue alors Paris pousse les différentes hiérarchies à travestir la réalité.

La raison d'État se substitue à la recherche de la vérité. Le passager de la voiture, Yves Guyot, tentera de lutter contre l'évidence imposée. Pour cela, il devra aller jusqu'à Bamako, à la recherche du seul témoin du crime, l'un des cent un Maliens parqués au dernier étage d'un hôtel de l'aéroport, juste avant leur expulsion par charter.

La critique de Mr K: Encore un livre trouvé chez l'abbé! Ils sont vraiment trop forts à l'Émaüs de notre secteur! Une bonne action pour une bonne lecture!

Avec ce livre, Daeninckx nous entraîne une fois de plus dans un polar à suspens dont il a le secret. L'action se déroule essentiellement en France mais aussi pour quelques chapitre au Mali sur les traces d'un mystérieux clandestin qui auarit vu des choses qu'il n'aurait pas du voir. Le fond de l'intrigue est tissé sur l'idée de conspiration, du moins de personnes haut-placées qui essaient par tous les moyens d'étouffer la vérité. face à eux, un homme bien déterminé à comprendre le pourquoi de la mort de son ami.

C'est donc dans l'univers paranoïaque du héros que le lecteur évolue. Justice inique par certaines de ses décisions, police et hautes autorités corrompues, que cache cette bavure? Pendant longtemps, le mystère s'épaissit et l'auteur se plait à nous ballader, faisant naître dans l'esprit fébrile du lecteur les hypothèses les plus folles. Ce n'est que dans les toutes dernières pages que la vérité sera révélée... et quelle vérité! Ne vous attendez pas à un happy end, nous sommes ici dans la pure tradition des romans noirs où le héros se débat comme il peut dans une gigantesque toile d'araignée sans pouvoir s'en extraire. La fin est abrupte mais logique. Elle suscite dégoût et honte mais aussi la réflexion. Sommes-nous en démocratie ou en oligarchie? Qui nous dirige vraiment? Quel poids pesons-nous face aux puissants? Pas grand chose c'est sûr...

Une lecture bien sympa donc, même si ce n'est pas le meilleur Daeninckx (je lui préfère notamment Meurtre pour mémoire, lu il y a déjà un certain temps). On retrouve cependant sa plume alerte, directe et efficace. Son goût aussi pour le souffre et le politiquement incorrect (ça devient rare de nos jours). Avis aux amateurs!

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jeudi 9 septembre 2010

"Nazis dans le métro" série Le Poulpe de Daeninckx

Nazis_dans_le_metroL'histoire: Un homme de 78 ans passé à tabac dans un parking et qui émerge d'un coma profond avec un gros trou à la place de la mémoire, c'est un fait divers banal. Mais quand cet homme est André Sloga, écrivain et homme libre, qui préparait un livre sur une affaire d'empoisonnement dans le Poitou, le Poulpe ne peut que s'y intéresser. Et quand il découvre d'autres personnages qui, eux, empoisonnent depuis trop longtemps l'atmosphère du pays, c'est sans douceur qu'il pose ses gros poings d'interrogation sur des crânes rasés. Ex-dissidents déjantés, ex-gauchos bouffés aux mythes antisémites, ex-yougos un petit peu massacreurs et néo-nazis tout à fait nazes, les verts-de-gris grouillent comme vers de vase: le marécage parisien est bien plus dangereux que le marais poitevin.

Mais pour parvenir à ces malfaisants, le Poulpe devra répondre à la question: qui est Max, et quel est ce haut-parleur qui gueule sur la place?

La critique de Mr: Il y avait déjà un petit bout de temps que je n'avais été rendre visite à ce cher Gabriel, alias le poulpe. Comble de la goujaterie, je n'avais toujours pas lu, le volume écrit par Daeninckx, ô combien apprécié par les amateurs de l'invertébré. Le tort est aujourd'hui réparé et je m'en vais vous parler de mes retrouvailles avec ce privé plus que spécial!

Comme tout opus de la série, après la scène d'expo, le roman débute derrière le zinc où Gabriel a ses habitudes: le Pied de porc (tout un programme!). Au détour d'une lecture du journal, il tombe sur un fait divers dont la victime n'est autre qu'un de ses auteurs fétiches. Il n'aura de cesse de s'arrêter qu'une fois les responsables hors d'état de nuire. Commence pour lui, une lente et longue descente dans les milieux fachos qu'ils soient de droite ou de gauche.

On retrouve ici tout le talent de Daeninckx pour mêler histoire et roman policier, on se rappelle notamment de ses deux chefs d'œuvres: Cannibale et Meurtres pour mémoire. Ici, il plonge dans les milieux extrémistes: petites frappes skins de seconde zone, écrivains révisionnistes, politiques véreux et librairies complaisantes envers les verts-de-gris (surnom des soldats allemands pendant l'occupation, appellation aujourd'hui réservée aux fachos de tout poil). Intéressant de voir les passerelles possibles et empruntées par certains entre l'extrême gauche anti-capitaliste et l'extrême droite. L'extrémisme est d'ailleurs un thème cher à l'auteur, le racisme étant présent au coeur de nombre de ses ouvrages.

Belle langue, légèreté des mots, phrases qui claquent et qui font mouche. On suit avec plaisir le Poulpe entre scènes de bar, de filature, d'interrogatoires plus ou moins musclés, baston à l'occasion. On sourit à chaque apparition de Chéryl, sa coiffeuse d'amoureuse dont le charisme n'a d'égal que son côté décalé. Une lecture agréable donc, rapide et franchement défouloire (acte final terrible) en ces temps où certains de nos gouvernants flirtent avec l'extrémisme.

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