mardi 26 août 2014

"La jeune copte, le diamantaire et son boustrophédon" de Christin et Puchulu

couv bdL'histoire: Une histoire aux multiples facettes, comme ces diamants volés par la jeune héroïne.

La critique de Mr K: Ma collection BD scénarisée par Christin s'agrandit avec ce nouveau volume de la collection Portraits souvenirs des éditions Dargaud, La jeune copte, le diamantaire et son boustrophédon. Comme à chaque fois, il s'agit de dresser le portrait d'un quidam lambda pour éclairer une partie du passé, une histoire se mêlant à l'Histoire entre récit palpitant et immersion dans une période donnée. Place aujourd'hui à Briska et à un coup de projecteur sur l'immédiat après guerre au Moyen-Orient.

Tout commence par une fuite et un grand saut dans l'inconnu. Briska, une jeune copte bourgeoise, s'enfuit de la demeure familiale avec son amant musulman étudiant pauvre pour échapper aux préjugés et aux tabous. Elle emporte avec elle des diamants familiaux à l'origine obscure pour assurer leur avenir. Ils embarquent sur un paquebot où ils vont faire la connaissance de monsieur Shapira, un diamantaire juif qui va les aider à écouler les bijoux. Commence alors la mise en place d'un plan dans toutes ses ramifications. Ils ressortiront à jamais changés et la deuxième partie de la BD est consacrée à leurs engagements politiques respectifs.

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Comme toujours, on peut faire confiance à Christin pour nous livrer un récit dense et documenté. La caractérisation des personnages (même les plus secondaires) est remarquable, en quelques planches, quelques dialogues et autres textes, on saisit de suite leur situation et leurs aspirations. L'ensemble se complexifie par la suite avec une dimension plus engagée et politique de bon aloi qui fait sortir cette œuvre de la simple histoire de couple en fuite. J'ai eu un véritable coup de cœur pour Briska, héroïne au charme certain, à l'esprit vagabond et aventureux. Peu à peu, ce voyage va forger ses idées et ses combats à venir. Loin d'être lisse, sa part d'ombre est toujours envisagée par le lecteur tout au long de la lecture et donne à ce personnage une saveur toute particulière. Elle symbolise à elle seule la jeunesse avide de changement. Monsieur Shapira à l'inverse représente l'ancien monde, il porte sur ses épaules le poids d'une longue lignée juive qui a subi de terribles souffrances durant la Seconde mondiale. Il est donc question avec lui de la création de l'État d'Israël mais une création qui ne doit pas se faire à n'importe quel prix selon lui. Loin d'écarter d'un revers de main les populations arabes, il rêve d'un État binational où chacun vivrait en paix. Douce utopie qui ne se réalisera jamais.

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La reconstitution historique est une fois de plus sérieuse et réussie. Les décors, les moyens de transports, les idéologies en vogue sont admirablement retranscrits. Le dessin concis et fin de Puchulu s'avère un miroir fidèle et brillant au scénario échevelé qui nous est servi. La fuite du couple amoureux, les tensions ethniques et religieuses, la realpolitik, les enjeux internationaux... autant d'aspects différents intervenant dans ce récit qui sont magnifiés par les deux auteurs pour nous proposer une BD à la fois séduisante esthétiquement et exigeante en terme de réflexion. Accessible et pédagogique, elle permet de lever les oublis qui planent sur cette période charnière dans l'Histoire de toute une région (Égypte et ses voisins).

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Ce fut donc un petit bonheur de plus, à ranger aux côtés des autres pièces de ma collection. Une belle lecture que je vous encourage à entreprendre pour tout amateur de récits haletants et de petits focus historiques.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse
- La diva et le kriegspiel
- La Demoiselle de la Légion d'Honneur

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lundi 12 août 2013

"La Demoiselle de la Légion d'Honneur" de Annie Goetzinger et Pierre Christin

demoisellelegiondhonneurL'histoire: Parce que ma vie, même si j'avais tout fait pour oublier que je la vivais, je la sentais quand même qui s'écoulait hors de moi, absurde ruisselet aux rives imprécises...

La critique de Mr K: Une nouvelle BD du scénariste Pierre Christin à mon actif aujourd'hui! On le retrouve ici avec la dessinatrice Annie Goetzinger pour une deuxième collaboration après ma lecture enthousiaste du volume "La Diva et le Kriegspiel". "La Demoiselle de la légion d'honneur" appartient lui aussi à la collection Portraits souvenirs de la maison d'édition Dargaud et ce volume n'a fait que renforcer tout le bien que je pouvais penser d'eux. Une fois de plus, c'est au travers le destin d'une femme lambda que les auteurs nous invitent à traverser tout un pan de siècle pour mieux explorer les périodes obscures de notre Histoire commune.

Aline Erckmann est pupille de la nation. Orpheline suite à la défaite française en Indochine, elle est placée là où vont les filles de soldats morts pour la patrie française avec les honneurs et devient une demoiselle de la légion d'honneur. Dans cette institution très rigoriste pour jeunes filles, elle va passer toute son adolescence et va être en quelques sorte "façonnée". Garants de sa bonne "éducation" , l'inspectrice générale (genre de Folcoche fonctionnaire) et les éducatrices vont s'efforcer d'en faire une femme soumise, n'obéissant qu'aux devoirs incombant à son sexe, réfrénant ses désirs et aspirations. Très vite, elle sera présentée à l'héritier d'une grande famille de la nomenklatura française de l'époque et se mariera comme dans un rêve sans réellement s'en rendre compte. Mais derrière la façade féérique se cache des réactionnaires extrémistes et une vie qui s'envole.

planche_demoiselle_legion_honneur(cliquez sur l'image pour voir en plus grand)

La grande force de Christin réside dans son talent pour caractériser ses personnages et nous proposer une histoire ancrée dans le réel. Le personnage d'Aline est un modèle du genre que l'on retrouve souvent dans les grands fresques littéraires historiques. Rien ne la distingue vraiment mais à travers son destin contrarié, les auteurs abordent des sujets sensibles comme la place de la femme française dans l'après Seconde Guerre mondiale et les choix qui pouvaient s'offrir à elle. Témoin de son temps et de sa vie, le personnage principal pendant une bonne partie de la BD semble absente de son existence et suit les courants sans réellement s'impliquer. Sa belle famille l'utilise comme un bel objet de décoration pour leurs réceptions et les prises de contact de son mari qu'elle se contente de suivre sans vraiment poser de questions. Pour cela, elle se révèle bien énervante même si les planches qui se suivent ne font qu'évoquer les normes sociales d'une époque rétrograde. Le déclic finit bien par venir et elle doit alors prendre son courage à demain pour réunir ce qui lui reste de dignité et d'amour maternel pour retrouver son enfant et se construire enfin une vie où elle décidera seule de son avenir. La fin du récit se termine sur une note optimiste malgré un récit tortueux et vertigineux à la fois.

En suivant Aline, on explore aussi les phases cachées et peu avouables de notre histoire avec notamment une plongée sans concession dans la guerre d'Algérie et le ressentiment nourri par les pro Algérie française mais aussi dans le monde colonial français en pleine déliquescence. Au détour des planches, il est question de complot visant à déstabiliser le pouvoir gaullien accusé de traitrise envers la patrie, des coutumes ancestrales de certaines tribus africaines, de la prise du pouvoir à Cuba par Castro, de scandales politiques, de mai 68, de la lutte des classes et plus particulièrement des mœurs nauséabonds régnant au cœur des grandes familles aristocratiques... Le tout est remarquablement traité avec un souci du détail et un traitement historique sans faille. Belle manière en tout cas de réviser cette période clef que fut la Guerre Froide pour la planète entière car vous l'avez compris, le lecteur voyage beaucoup en compagnie de l'héroïne.

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(cliquez sur l'image pour voir en plus grand)

L'aspect technique est lui aussi très réussi. Les dessins de Goetzinger sont simples mais toujours justes et évocateurs à souhait. On est vraiment plongé dans une époque et son talent complète à merveille celui de Christin. Les pages se tournent rapidement, sans effort et le suspens est maintenu jusqu'au bout. Les allers-retour constant entre la grande Histoire et la vie d'Annie se font naturellement et on ressort à la fois plus instruit mais aussi transporté par cet récit très bien mené.

Une belle expérience de lecture pour un ouvrage que je vous invite à découvrir au plus vite.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse
- La diva et le kriegspiel

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vendredi 22 juin 2012

"La diva et le kriegspiel" de Pierre Christin et Annie Goetzinger

00149f70L'histoire: A la Libération de la France, une célèbre cantatrice est arrêtée interrogée par des maquisards. Elle refuse de parler, les résistants reconstituent à sa place son histoire, son parcours.

La critique de Mr K: Dans cet ouvrage, on suit la vie et la carrière de Camille Provost, grande chanteuse lyrique française, depuis sa naissance dans une famille modeste et sa déchéance lors de la libération. Derrière ce récit de vie se cache une réflexion plus générale sur la période de l'occupation et le rôle que chacun a pu y jouer du collaborationniste zélé au résistant le plus farouche.

Tout commence au début du 20ème siècle avec la jeunesse de Camille. Les fêlures familiales sont déjà là, son père chômeur longue durée va peu à peu glisser dans l'alcoolisme et se laisser séduire par les idées de l'extrême droite véhiculées par les ligues de patriotes (beau passage sur les émeutes du 6 février 34 qui ont vu s'affronter les deux extrêmes face au palais Bourbon) et sa mère qui fait vivre la maisonnée par de menus travaux de couture qu'elle réalise à droite et à gauche.. Camille va se découvrir un réel talent de chanteuse et ne vit que pour son art. Grâce à une rencontre providentielle, elle va pouvoir l'exercer et sublimer toutes les œuvres qu'elle interprète. Elle va au cours de ses tournées rencontrer un germanophile passionné qui va se révéler par la suite être un fervent amateur de l'État Français de Pétain qu'il jugera par la suite pas assez déterminé dans l'aide à apporter à l'Allemagne vis à vis du péril juif.

Jusqu'à cette période trouble, le personnage de Camille est attachant. Elle se contente de vivre l'instant présent sans se préoccuper de la montée des périls durant les années 30 et mène une vie mondaine et insouciante. Son père devenu collabo, son mari propagandiste vichyssois, elle détournera la tête sans pour autant agir durant l'occupation malgré ses relations privilégiée avec des personnes de confession juive. Étrange personnage animé par le désir de vivre pleinement son art (voir l'intro avec sa maison en carton de petite fille) qui va se faire emporter par ses démons: l'indifférence et l'égocentrisme.

Le récit se présente comme la prise d'une déposition. Tout commence dans une ferme, où Camille est interrogée par un duo de résistants qui doit trier le bon grain de l'ivraie. Nous sommes donc situé au moment de l'épuration et il ne plane pas un seul doute sur le verdict qui sera prononcé envers Camille: la mort. Pour autant, au fil du déroulement, on se rend compte que les choses ne sont pas si simples, que les apparences sont parfois trompeuses et la fin vient nous cueillir comme si de rien n'était. On retrouve ici tout le talent de scénariste de Pierre Christin qui reconstitue de manière impeccable cette période historique complexe et le destin de Camille embrasse crédiblement l'Histoire avec un grand H. Ce fut une très bonne lecture qui conjugue à la fois ton épique et drame intimiste. Une belle expérience que je vous invite à partager!

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(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse

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lundi 9 avril 2012

"Partie de chasse" de Pierre Christin et Enki Bilal

s3cc23a5L'histoire: Une partie de chasse est organisée au début des années 80 en Pologne. Elle réunit une dizaine de dignitaires des régimes du bloc soviétique. Chacun représente un courant, une influence, un pays, une sensibilité. Chacun a son histoire, faite de putsch, de remaniements, de goulag ou de guerres. Alexandrovitch est un des plus vieux et des plus respectés d'entre eux. L'accompagnent son confident et traducteur, et un jeune étudiant qui se destine à remplacer ce dernier. Lors de leur voyage en train, le vieux traducteur initie son acolyte à l'histoire tourmentée d'Alexandrovitch.

La critique de Mr K: Très bonne plongée dans un passé pas si lointain que ça avec Partie de Chasse sortit de façon quasi prophétique en 1983, soit trois ans avant la chute du Mur de Berlin et l'effondrement de l'URSS et de ses pays satellites. La version que j'ai découvert est une réédition de 1990 dans laquelle les auteurs ont voulu rajouter ce qu'ils ont appelé une épitaphe présentant le destin des personnages principaux de cette BD après la chute du communisme.

À travers les yeux d'un jeune traducteur polyglotte d'origine française, on suit une réunion un peu spéciale aux confins d'une Pologne plongée dans un hiver particulièrement rude. Il a été chargé de faire office d'interprète pour une personnalité politique russe qui est conviée à une chasse pendant tout un week-end en compagnie de divers éminents apparatchiks d'URSS et de tous leurs pays alliés. Nageant en eau trouble, il se retrouve immergé dans le monde peu recommandable des puissants régissant le bloc de l'Est.

Cet ouvrage est une condamnation ferme du totalitarisme version communiste. On a de quoi faire quand il s'agit de dénoncer le nazisme et le fascisme italien mais avec cette BD on s'attaque tout de même à un régime qui a causé des dizaines de millions de morts, le régime qui dans l'histoire a fait le plus de victimes et ceci au nom de la lutte des classes chère à Marx. À travers les différents flashback qui ponctuent le récit, sont abordés de douloureux thèmes comme les grandes purges et la recherche des traitres à la cause (les initiateurs de la Révolution qui ne sont pas allés assez loin selon certains), les grands procès de Moscou, l'élimination des éléments à problème, le printemps de Prague et l'intervention des chars soviétiques... autant de pages sombres de l'Histoire contemporaine. Les auteurs ont choisi de créer des personnages fictifs pour cette histoire mais il est facile pour ceux qui ont quelques notions de l'Histoire du XXème siècle de faire le parallèle avec les grandes figures de l'époque.

Le scénario est parfait et maîtrisé de bout en bout mais je ne m'attendais pas à moins de la part de Christin qui est un des meilleurs scénariste de BD à mes yeux (La croisière des oubliés et La maison du temps qui passe notamment que j'ai adoré). En 88 pages, il réussit parfaitement à retranscrire l'ambiance paranoïaque qui pouvait régner pendant cette période. Les dessins de Bilal servent d'ailleurs admirablement ce récit à la fois sombre et tortueux. Certaines cases sont de véritables œuvres d'art et sont d'une beauté à couper le souffle. Le seul reproche que je pourrais leur faire c'est parfois leur côté statique qui fait perdre en crédibilité les actions représentées. On est plus dans la contemplation mais c'est son style, je ne suis pas forcément convaincu mais comme l'ensemble textes / dessins atteint son but, cette critique est vraiment minime.

9782203353374_1(Cliquez sur l'image pour agrandir)

Une très bonne lecture donc même s'il faut s'accrocher car le background est lourd et il faut avoir un minimum de bagages en connaissances personnelles pour profiter au maximum de cette oeuvre que Libération avait comparé en son temps au "Citizen Kane" d'Orson Welles. Une bande-dessinée à part qu'il serait dommage de rater!

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vendredi 9 mars 2012

"La croisière des oubliés" de Christin et Bilal

CroisieredesoubliesLa01La critique de Mr K: Retour aujourd'hui sur une BD de 1984 trouvée dans notre magasin d'occaz préféré de Lorient. Dégoté pour pas chère (elle est légèrement abîmée), c'est un petit flashback dans mon adolescence qui m'attendait au détour d'un rayonnage. J'avais en effet lu cet ouvrage au CDI de mon bahut étant lycéen et il m'avait marqué. Il avait aussi été mon premier contact avec Christin dont j'ai déjà chroniqué un ouvrage il y a peu: La Maison du temps qui passe

Tout débute un beau matin dans un petit village des Landes perdu au milieu de la forêt à proximité d'un énigmatique camp militaire. Un habitant se réveille et sort de sa maison pour aller faire paître ses vaches... et là! Il chute d'un beau mètre de hauteur! Les maisons du village ont décollé durant la nuit semblant ignorer la bonne vieille pesanteur chère à Newton! La surprise est de taille pour la population locale peu habituée aux phénomènes étranges et aux mœurs réglés comme du papier à musique! Bizarre vous avez dit bizarre? Un étrange couple fait justement irruption l'après midi même, un homme anonyme possédant une machine aux pouvoirs extraordinaires et une ancienne membre du CNRS ayant travaillé sur la gravité et remerciée il y a peu... pas le temps pour autant de s'interroger car le temps se lève et le village embarque dans une croisière improbable... 

Derrière cette histoire farfelue se cache une belle parabole sur les dangers liés au développement sauvage et non contrôlé. Des expérience étranges sont menées par les militaires dans les parages et contre toute attente ils en seront les premières victimes impuissantes. En plus de cet antimilitarisme revendiqué, cette BD est une ode à l'écologie (voir le passage sur la marina construite à même les dunes, le dérèglement d'une usine, la pollution des eaux) à la fois réflexive et délirante. C'est aussi une BD profondément humaniste montrant les humains dans ce qu'ils ont parfois de plus beau dans leurs relations et leur hédonisme. Les habitants du village volant, loin de paniquer, décident de profiter de cette croisière impromptue, de festoyer et de retourner ensuite la situation en leur faveur face aux militaires bornés et incompétents. Les populations les acclament sur leur passage, les aident (nourriture, eau) et le village sème la liesse dans son sillage. 

Cet ouvrage est vraiment extraordinaire dans son contenu mais aussi dans sa forme. Les dessins de Bilal font merveille et c'est la période que je préfère. Loin de sa période bleue et fade d'aujourd'hui, les teintes sont variées et le trait à la fois précis et inachevé. Le scénario est béton et les dialogues à la fois brut de décoffrage (les héros sont des ruraux frustres mais attachants de réalité) et acerbes (jugements sur les militaire et l'adjoint au maire conservateur). À noter que ce récit possède un incipit BD d'une dizaine de page aussi énigmatique que curieux qui amorce le récit par une étrange réunion se tenant au beau milieu d'un hôtel particulier de Paris où des pontes des services secrets essaient de reconnaître le mystérieux homme présent au village lors de cette «croisière» et nombre d'autres événements comme mai 1968, la guerre d'Algérie, les maquis de la Résistance, une procession dans l'Empire Aztèque...). 

Un bien bel ouvrage donc que je vous invite à découvrir au plus vite!

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mardi 24 janvier 2012

"La maison du temps qui passe" de Christin et Vern

L'histoire: Un homme voit s'écrouler un manoir. Il se remémore l'histoire de ce lieu depuis le moyen âge jusqu'aux années 1930.

Le narrateur et personnage principal de La Maison du temps qui passe est une sorte de colporteur fantastique, sachant toujours amener à ses clients ce qu'ils cherchent est tout simplement immortel. Présent depuis la nuit des temps, il va remonter le passé et ses souvenirs pour nous raconter tous les évènements et les personnes qui ont marqué l'histoire d'une maison et de sa famille propriétaire de nos jours jusqu'à... loin dans le passé.

La critique de Mr K: Voici une bien belle BD que j'ai dégoté une fois de plus chez un bouquiniste. Je n'en avais jamais entendu parlé mais j'ai toujours apprécié les œuvres auxquelles a participé Christin (notamment la série des Valérian). On le retrouve ici dans un volume de la série Portraits souvenirs chez Dargaud, accompagné du dessinateur Vern pour une histoire déroutante et bien menée.

Le personnage principal est un vendeur ambulant qui régulièrement rend visite aux propriétaires d'une belle demeure campagnarde pour leur vendre gravures et autres objets. C'est l'occasion pour lui de nous en dire plus sur les mœurs des Lagorce, ancienne famille noble, proprios du fameux domaine. Une fois la première anecdote familiale passée, on retrouve le même commercial mais une génération avant et ainsi de suite dans un gigantesque compte à rebours inversé qui ne semble jamais s'arrêter. C'est donc le même narrateur témoin qui nous présente les différentes générations de Lagorce mais les époques changent ainsi que les costumes, les coutumes de l'époque concernée et la maison en elle même.

Ce qu'il y a de prenant dans ce récit, c'est l'idée de couvrir l'histoire d'une famille entière à travers les siècles et à rebours. C'est à la fois grisant et déroutant surtout que le vendeur se fait de plus en plus mystérieux au fur et à mesure qu'on se rend compte qu'il était là au moment des récits qu'il rapporte (de l'antiquité romaine à l'époque contemporaine en passant par le moyen-âge et ses inquisiteurs!). Tour à tour, le Pater familias Lagorce que le vendeur va démarcher se fait grand patron français dans l'industrie au XIXème siècle, savant expérimentateur pendant la Restauration, nobliaux de province humaniste chassé par ses paysans béotiens à la veille de la révolution Française, etc... À chaque fait, on retrouve ce fameux vendeur qui connaît le maître des lieux et participe directement ou non aux événements narrés.

Cette BD se dévore très rapidement. Le ton est léger et typique de la production de l'époque en la matière (fin 70', début des 80'). La Maison du temps qui passe est un récit ambitieux dans les thématiques qu'il explore (le temps, les histoires de famille, l'Histoire) au travers de ses personnages proches et simples à la fois. Le graphisme est griffé de cette époque et les dialogues sont souvent savoureux, fricotant parfois avec le meilleur d'Audiard. La fin vient nous souffler et c'est conquis et tout souriant que j'ai refermé l'ouvrage. À découvrir et apprécier au plus vite!

La Maison du temps qui passe

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