vendredi 7 août 2015

"La Classe de neige" d'Emmanuel Carrère

754142_2879931

L'histoire: Dès le début de cette histoire, une menace plane sur Nicolas. Nous le sentons, nous le savons, tout comme il le sait, au fond de lui-même l'a toujours su. Pendant la classe de neige, ses peurs d'enfant vont tourner au cauchemar. Et si nous ignorons d'où va surgir le danger, quelle forme il va prendre, qui va en être l'instrument, nous savons que quelque chose est en marche. Quelque chose de terrible, qui ne s'arrêtera pas.

La critique de Mr K: Compte rendu d'une relecture aujourd'hui avec ce petit chef d’œuvre d'Emmanuel Carrère, "La Classe de neige", qui a obtenu le prix Femina en 1995. J'avais adoré cette lecture lors de sa sortie en poche et c'est à l'occasion d'un concours littéraire adressé aux collégiens et aux lycéens pour l'année prochaine et que je vais sans doute mener avec mes 3ème Prépa-professionnelle que je me suis replongé dans ce roman immersif comme jamais dans l'esprit d'un jeune garçon fragile.

Nicolas part en classe de neige avec toute sa classe. Chétif, timide, maladif et angoissé, il a du mal à s'intégrer dans un groupe. C'est l'occasion selon sa maîtresse et un moniteur de se faire une place, d'essayer de s'imposer un peu plus et de passer un bon moment avec les autres. Malheureusement les choses commencent mal, son père oublie de lui donner sa valise lors de son arrivée sur place, il tombe malade et le jeune garçon commence à se faire des films car on n'a plus de nouvelles de son géniteur. Rajoutez là-dessus une disparition d'enfant inquiétante dans le secteur et Nicolas sombre complètement.

A la fin de cette deuxième lecture même constat: impossible de relâcher ce roman avant la toute fin. L'addiction est immédiate avec un Nicolas très attachant. Manquant cruellement de confiance en lui, il appréhende le contact avec les autres et s'imagine toujours le pire à travers des scénarios morbides. Sans ses parents, il n'arrive pas à se débrouiller seul, on sent bien que leur absence trahit des rapports complexes et problématiques: un père autoritaire et une mère débordée (il a un petit frère). Il est pourtant bien entouré avec une maîtresse attentionnée qui s'en occupe comme d'un oisillon tombé du nid, il partage des moments pleins de connivences avec le moniteur, il fraternise même avec le pire élève du groupe (du moins réputé comme tel) mais rien n'y fait, comme un fatum inexorable, Nicolas ressent une boule noire lui étreindre les entrailles.

Somatisant au maximum, il tombe malade et se retrouve à l'écart du groupe sans possibilité de participer aux activités. Sa solitude s'amplifie et avec elle ses angoisses et peurs d'enfant qui remontent: la mort d'un proche, le regard des autres, son avenir immédiat… La réalité va le rattraper par le biais d'une disparition qui chamboule la donne, influence considérablement l'ambiance de la classe de neige et touchera Nicolas plus profondément qu'il ne le croit avec une révélation finale d'une rare violence.

Petit roman de 148 pages, La Classe de neige étonne par sa profondeur et son économie des mots. Pas besoin de faire bien long en effet pour fournir des personnages très poussés et touchant à souhait. On est bouleversé par la psyché de Nicolas, son esprit bileux qui m'a fait pensé à quelques peurs d'enfant que j'ai moi-même vécu et que j'ai retrouvé dans ce récit. Le huis clos (ça en est presque un) est redoutable d'efficacité avec un garçon à la dérive dans un lieu enneigé loin de tout. L'auteur va à l'essentiel et par petites touches successives distille des indices qui éclairent la situation. Certaines révélations ne sont qu'évoquées et font appel à l'esprit de déduction du lecteur pour qu'il lève lui même le voile sur certains aspects expiatoires du roman. L'écriture est une petite mécanique de précision et de concision qui fait honneur à la langue et à l'esprit d’imagination de tout à chacun, on ressort profondément bouleversé de cette lecture.

Un livre essentiel et d'un brio rarement égalé. Vous voila prévenus!

Posté par Mr K à 20:16 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

lundi 6 juillet 2009

"La Moustache" d'Emmanuel Carrère

La_moustacheL'histoire: Un jour, pensant faire sourire votre femme et vos amis, vous rasez la moustache que vous portiez depuis dix ans. Personne ne le remarque ou, pire, chacun feint de ne l'avoir pas remarqué, et c'est vous qui ne souriez plus du tout. Vous insistez, on vous assure que vous n'avez jamais eu de moustache. Deviendriez-vous fou? Voudrait-on vous le faire croire? Ou quelque chose, dans l'ordre du monde, se serait-il détraqué à vos dépens? L'histoire, en tout cas, finit forcément très mal et, d'interprétations impossibles en fuite irraisonnée, ne vous laisse aucune porte de sortie. Ou bien, si, une, qu'ouvrent les dernières pages et qu'il est fortement déconseillé d'emprunter pour entrer dans le livre. Vous voici prévenu.

La critique Nelfesque: Quand le film est sorti au cinéma en 2005 avec Vincent Lindon à l'affiche, à la vue de la bande annonce, je me suis dit qu'il fallait absolument que j'aille le voir. Voilà un film qui m'avait l'air bien tordu! Et puis les jours et les semaines ont passé et le film n'était plus à l'affiche. Je me suis consolée en me disant que j'allais lire le livre et puis les jours ont passé... Bref vous connaissez la suite...
Il y quelques semaines, le film est passé à la TV et m'a rappelé à ses bons souvenirs. Vu que j'avais maintenant dans l'idée de lire de livre, j'ai refusé de voir ce long métrage qui pourtant me tentait vraiment beaucoup. Suis-je maso? Hum...

Enfin! Ca y est! 4 ans plus tard, j'ai enfin lu ce livre (c'est pas trop tôt)! Il est assez court et il n'est pas resté très longtemps entre mes mains.
Qu'en dire? Et bien je suis partagée. L'idée de départ est intéressante. Le genre d'histoire sur laquelle je saute. Qui a raison? Qui a tort? Qui croire? De qui se méfier? On est entraîné dans un tourbillon de questions en même temps que le personnage principal s'interroge.
Mais là où le bât blesse c'est que j'aime les réponses et que dans cette oeuvre, il n'y en a aucune! Ne vous attendez donc pas à être éclairer sur les 3 questions de la 4ème de couverture: "Deviendriez-vous fou? Voudrait-on vous le faire croire? Ou quelque chose, dans l'ordre du monde, se serait-il détraqué à vos dépens?".
Il faut plus lire ce livre pour le cheminement de pensée et le raisonnement (et déraisonnement) de Marc, pour la folie dans laquelle il tombe (ou celle de sa femme?).

A la fin du livre, vous aurez une idée de qui est fou dans l'histoire mais ne saurez pas pourquoi, ni quand est advenu cette folie... Moi, je dis "dommage". J'aime les fins bien nettes qui ne laissent pas de doutes possibles. Ceux qui sont pour les fins ouvertes trouveront sûrement leur compte.

Il ne me reste plus qu'à voir le film!

Posté par Nelfe à 18:59 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , ,